A quoi ressemble le Christ des anthroposophes ?

Christ de GK 2

Les anthroposophes se disent Chrétiens. Rudolf Steiner a même contribué à fonder une « Communauté des Chrétiens » qui dispense un culte similaire à une messe catholique traditionnelle. Dans les écoles Steiner-Waldorf, on célèbre de nombreuses fêtes chrétiennes, comme l’Avent, la Saint-Michel, Pâques, la Saint Jean, la Saint Martin, etc. Mais s’agit-il vraiment de Christianisme, ou bien plutôt d’Anthroposophie ?

Bien évidement, nul n’a le monopole de la définition de l’être du Christ. Ni les Catholiques, ni les Protestants, ni les Orthodoxes, ni les Anthroposophes. En revanche, je trouve problématique de faire comme si l’on adoptait une conception traditionnelle du Christianisme, alors qu’en réalité le Christ des anthroposophes et des écoles Steiner-Waldorf est une figure ésotérique tout-à-fait singulière. Dans le cas des écoles Steiner-Waldorf, qui se prétendent chrétiennes et non-confessionnelles, cette référence au Christ relève selon moi de la tromperie. En effet, les pédagogues anthroposophes devraient avoir l’honnêteté de dire aux parents, qui inscrivent leurs enfants dans ces écoles, que la figure du Christ qui y est vénérée n’est pas celle des religions chrétiennes traditionnelles, mais le Christ cosmique de l’ésotérisme de Rudolf Steiner. Qui est ce Christ cosmique ?

Afin de permettre au lecteur de comprendre plus facilement la singularité de ce Christ anthroposophique, nous allons nous appuyer sur une reproduction d’une fresque anthroposophique. Il s’agit d’un tableau figurant dans une chapelle de la Communauté des Chrétiens de la région parisienne, réalisé par Gérard Klockenbring, l’une des sommités de l’anthroposophie en France, aujourd’hui décédé. Cette peinture possède en effet l’immense mérite de condenser sous forme symbolique la plupart des indications fondamentales de la doctrine ésotérique de Rudolf Steiner en matière de Christologie. Son décryptage sera donc hautement révélateur.

Tout d’abord, nous remarquerons le style général de l’œuvre et ses aspects « new-age ». L’esthétique criarde, la saturation visuelle par des couleurs vives, ne sont pas sans rappeler les œuvres d’autres mouvances sectaires, comme le Mandarom. Mais observons surtout les motifs.

Nous remarquons tout d’abord un personnage diaphane flottant dans l’espace cosmique au dessus du globe terrestre vu de l’espace. On le comprend lorsque l’on sait que, selon Rudolf Steiner, le Christ est une très haute entité cosmique autrefois liée au Soleil, qui est descendue s’incarner jusque dans la sphère terrestre en l’an 30 de notre ère. Le caractère solaire de ce Christ anthroposophique est signifié par le fait que son visage est inscrit dans un cercle jaune et blanc. En revanche, son corps presque transparent s’explique par le fait que, depuis la Résurrection, le Christ possède une espèce de corps physique métamorphosé, que Rudolf Steiner appelle « le fantôme ». Ce fantôme christique est débarrassé des influences de Lucifer et Ahriman, les deux entités maléfiques de la cosmologie steinerienne.

La couleur de peau de ce personnage aux dimensions cosmiques est une sorte de rose-orangé très pâle qui est parfois appelée « fleur de péché ». Selon Rudolf Steiner, cette couleur est l’expression visible d’un principe invisible qu’il nomme « les forces éthériques ». Pourquoi ce Christ a-t-il une peau couleur fleur de péché ? Tout simplement parce que, selon les écrits ésotériques de Rudolf Steiner, le Christ devait faire une nouvelle apparition au cours du XXème siècle dans le « monde éthérique », c’est-à-dire dans le monde invisible des forces de vie, après être apparu dans le monde visible dans un corps physique il y a deux milles ans.

Ensuite, si nous sommes très attentifs aux détails (difficilement perceptibles j’en conviens sur le scanner de cette reproduction, qui était déjà de mauvaise qualité), nous remarquerons, au niveau du front et de la poitrine de ce personnage, des sortes de pétales de couleur rose. Au niveau du front, on ne remarque que deux pétales, tandis que nous pouvons en compter une douzaine au niveau du cœur. Il s’agit bien évidement d’une allusion à la doctrine des Chakras de Rudolf Steiner, telle qu’elle figure dans son ouvrage intitulé l’Initiation. Le Chakra de la tête, situé au milieu du front, possède selon l’anthroposophie deux pétales, tandis que le Chakra du cœur en possède douze, dont le développement de six d’entre eux sont sous l’entière responsabilité de l’être humain. Rudolf Steiner a d’ailleurs donné des exercices de méditation très précis pour éveiller es deux Chakras situés au niveau de la tête, ainsi que les six situés relevant de notre responsabilité au niveau du cœur (R. Steiner, Les six exercices, Ed. Les Trois arches). Ce Christ est donc une sorte d’initié parfait, d’être humain accompli qui aurait su éveiller en lui les Chakras lui permettant de devenir clairvoyant et d’évoluer dans le monde spirituel. Nous voyons donc comment le Christianisme cosmique de Rudolf Steiner s’inscrit dans le cadre d’une conception orientaliste Bouddhiste et non d’un christianisme traditionnel.

Les traits du visages ressemblent pour la plupart à une sculpture en bois de Rudolf Steiner appelée « Le représentant de l’humanité », que les anthroposophes viennent vénérer à Dornach. En effet, selon les affirmations de Steiner, le visage qu’il a sculpté reproduirait fidèlement les traits de Jésus lorsqu’il était vivant. Il aurait perçu ceux-ci grâce à ces dons de clairvoyance lui permettant de lire dans la « Chronique de l’Akasha », c’est-à-dire une sorte de mémoire cosmique des événements de l’histoire de l’humanité depuis les origines, comprenant également des détails de ce genre.

SafreprBOn remarquera plus facilement, sur cette sculpture de Rudolf Steiner, le Chakra à deux pétales du front, qui est également esquissé de façon furtive sur la fresque de Gérard Klockenbring. Ce dernier a ainsi tout simplement repris les schémas esthétiques de l’ésotérisme steinerien, les codes de sa Christologie.

Le Chakra du larynx, qui se trouve selon l’Anthroposophie entre celui du front et celui du cœur, sera quant à lui plus facilement visible sur ce vitrail du « Représentant de l’Humanité » se trouvant au Goetheanum. On y voit nettement les seize « pétales » de ce Chakra, là encore associé au Christ des anthroposophes, comme le montre le fait qu’il soit entouré des quatre Vivants (Aigle, Taureau, Lion, Ange), conformément, cette fois, à l’imagerie chrétienne traditionnelle :

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On m’accordera facilement que ce visage n’inspire ni la joie de vivre, ni une franche gaîté. Certes, la perspective d’une crucifixion ne doit avoir rien de réjouissant, même pour une divinité solaire. Cependant, il faut surtout comprendre que le sérieux triste et exagéré de ce personnage correspond à l’ambiance qui règne au sein du milieu des anthroposophes, en particulier la Société Anthroposophique et la Communauté des Chrétiens. Rien d’étonnant quand on s’aperçoit que l’ensemble des conférences de Rudolf Steiner contiennent d’incessants appels à une austérité mortifère et ennuyeuse.

Christ de GK 2

La tête de ce Christ cosmique est auréolée d’une sorte d’arc-en-ciel inversé. Ceci s’explique par le fait que, dans les leçons de l’école ésotérique des anthroposophes (l’École de Science de l’Esprit) Rudolf Steiner affirme que le regard du clairvoyant perçoit l’activité des Anges, dans le monde spirituel, comme une sorte de coupe de couleurs que l’on perçoit après avoir traversé psychiquement un arc-en-ciel. Cette auréole représente donc l’activité des Anges autour du Christ.

Puis, nous observons que, à droite et à gauche de la planète Terre vue de l’espace, semblent se déployer des volutes de fumée. A gauche du personnage, la nuée est teintée de bleue, à droite de rouge. Ces éléments ont pour but de signifier un élément de la doctrine ésotérique de Rudolf Steiner concernant le Christ, à savoir que le Ressuscité est, selon lui, principalement présent dans la couche atmosphérique qui entoure le globe. Son être se serait lié aux phénomènes atmosphériques, à l’ « être des nuées ». Aussi, il jouerait un rôle d’intermédiaire entre le sol terrestre, où vivent les Hommes, et la sphère céleste, qui est le domaine de Dieu le Père. La teinte bleutée située à la gauche du personnage a pour fonction de symboliser le fait que la gauche est, chez l’être humain, un pôle de passivité et de réceptivité, tandis que le droite serait plutôt un pôle d’activité. D’où le fait que les pédagogues Steiner-Waldorf, dans leurs écoles, tentent bien souvent de contraindre les gauchers d’écrire avec la main droite, leur particularité étant perçue comme un phénomène contre-nature en raison de ce point de leur doctrine.

Sur le globe terrestre, vous voyons une croix portant un crucifié. Cette croix est comme lumineuse. La doctrine anthroposophique stipule en effet que l’entité cosmique solaire du Christ aurait mis trois années, à partir du baptême dans le Jourdain, à s’immiscer totalement dans les enveloppes psychiques et corporelles de Jésus de Nazareth. Ce n’est que lors de la Crucifixion proprement dite que le processus d’incarnation de cet être dans un être humain fut complètement achevé, d’où le fait qu’il se met alors à rayonner une sorte de lumière solaire.

Enfin, si notre regard se porte avec attention sur le globe terrestre, nous remarquerons que les continents sont représentés avec différentes couleurs. L’Asie est représentée dans des teintes bleutées. Le continent européen dans des teintes vertes. Et le continent américain dans des teintes orangées. Cela correspond à un élément de la doctrine ésotérique de Rudolf Steiner, selon laquelle l’œil spirituel perçoit en effet que les différents continents ont des couleurs astrales différentes. C’est pourquoi, selon Steiner, les Américains développeront ce qu’il appelle un « occultisme mécanique », les Européens développeront un « occultisme thérapeutique » et les Asiatiques un « occultisme eugénique ».

Ainsi, nous voyons donc que cette représentation du Christ des anthroposophes est très éloignée de la représentation traditionnelle du Christ dans les grandes confessions religieuses chrétiennes. Il s’agit d’une vision du Christ issue d’un syncrétisme religieux, mélangeant des éléments de la doctrine chrétienne à d’autres du Bouddhisme et de l’ésotérisme Hindouiste provenant de H. P. Blavatsky, la fondatrice de la Société Théosophique.

Une dernière remarque. Pour avoir bien connu Gérard Klockenbring, qui a réalisé cette fresque, je ne peux m’empêcher de remarquer que certaines expressions et certains traits du visage de ce Christ anthroposophique ressemblent aux siens. Comme quoi l’anthroposophie n’est jamais très loin de l’anthropomorphisme, et de la projection de fantasmes inconscients.

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