Comment les professeurs Steiner-Waldorf deviennent les mentors des parents d’élèves

Nous publions ici la lettre qu’un professeur d’une grande école Steiner-Waldorf de France a adressée aux parents de la « 6ème classe » dont il avait la charge en tant que « professeur de classe« . Il  s’agit d’une lettre où ce professeur adopte un style qui consiste à parler à la place de l’enfant, qui est sensé s’adresser à ses propres parents, pour leur dire un certain nombre de choses. Le « professeur de classe » en question délivre donc un message aux parents en se mettant à la place de leur enfant, en parlant en quelque sorte à travers sa bouche. Le procédé peut paraître complexe, mais il est néanmoins très habile et extrêmement révélateur de l’endoctrinement des parents que je dénonçais dans mon article paru sur le site de l’UNADFI. Examinons le document en question.

Il nous faut tout d’abord préciser le contexte dans lequel il a été écrit. Lors de la première réunion de parents de l’année de chaque classe d’une école Steiner-Waldorf, celle-ci commence systématiquement par une « image de l’enfant selon l’anthroposophie à l’âge concerné ». Concrètement, cela signifie qu’un pédagogue anthroposophe (souvent le « professeur principal » dans les « Classes Moyennes » et les « Grandes classes », ou le « professeur de classe » dans les « Petites classes ») commencera la réunion en décrivant ce qu’est censé être, pour l’anthroposophie, un enfant de l’âge de six, neuf, onze ou dix-sept ans (en fonction de l’âge qu’il a lorsque la réunion de parents a lieu). Bien souvent, ce sont de vieux pédagogues anthroposophes qui se chargent de cette tâche, car eux-seuls peuvent citer Rudolf Steiner sur le bout des ongles. Le « professeur de classe » qui a écrit cette « lettre aux parents » avait ainsi voulu compléter son exposé pédagogico-anthroposophique de début de réunion par une sorte de « missive spirituelle », que les parents devaient ensuite emporter à la maison, pour la méditer. Elle fut d’ailleurs conservée dans bien des foyers pendant des années comme une sorte de relique, tant le professeur en question jouissait d’une admiration proche de l’adulation.

Tout d’abord, nous pouvons remarquer que ce procédé consistant à adopter un style indirect, comme si le professeur parlait à travers la bouche de l’enfant, signifie que le professeur Steiner-Waldorf en question prétend mieux connaître l’âme de l’enfant que ses propres parents, au point qu’il peut s’instituer comme une sorte d’intermédiaire entre lui et eux. Il parle pour lui. Il parle aux parents comme s’il était le porte-parole de l’âme des enfants, le connaisseur de leur « moi profond ». Et dans les faits, c’est bien ce qui finit par se produire dans les écoles Steiner-Waldorf. Les parents font peu à peu une telle confiance au « professeur de classe » qu’ils en viennent à penser que celui-ci en sait plus qu’eux au sujet de leur propre enfant. Il n’est ainsi pas rare de trouver, dans ces écoles, des parents qui s’en remettent entièrement au professeur de leur enfant pour tout ce qui concerne son éducation, même au niveau de la sphère familiale. Celui-ci en profite alors pour leur donner un certain nombre de conseils impactant leur vie privée, comme des recommandations alimentaires, vestimentaires, relationnelles et mêmes religieuses. Ainsi, certains professeurs donnent-ils aux parents des prières et des mantras de Rudolf Steiner qu’ils devront réciter à leurs enfants au moment de les coucher, ou au réveil. Ce phénomène n’est nullement un accident de parcours, mais il est inscrit dans la logique même de la soi-disant « pédagogie » Waldorf, dont les principes de base ne font aucune distinction claire entre ce qui relève de l’école et ce qui relève de la famille, ce qui appartient à l’enseignement et ce qui s’inscrit dans le domaine de l’éducation. Aussi, nous avons rapidement des professeurs-parents, se substituant aux parents proprement dits, les dessaisissant de leur rôle, au nom d’un savoir secret qu’il prétendent posséder au sujet de leurs enfants.

Comment les parents ne se sentiraient-ils pas dépossédés de leur rôle et de leur confiance en la légitimité de leur mission à l’égard de leurs propres enfants, face à des professionnels qui prétendent les connaître mieux qu’eux ? En effet, tous les parents ressentent un jour ou l’autre qu’ils méconnaissent la « chair de leur chair », qu’ils croyaient pourtant connaître intimement, et que la personnalité profonde de leur enfant leur échappe, surtout à certains moments clefs, comme la puberté. Ce sentiment est normal. Mais lorsque surviennent alors des soit-disant pédagogues, qui prétendent posséder ce savoir qui leur fait défaut, comment ne seraient-ils pas tentés d’abdiquer leur rôle au profit de ces « êtres supérieurs » ? Ainsi, les parents d’une école Steiner-Waldorf en viennent-ils progressivement, à des degrés très divers, à se faire déposséder de leur rôle éducatif vis-à-vis de leurs propres enfants. Leurs enfants ne leur appartiennent plus vraiment. Et l’école a de plus en plus le sentiment que ces enfants lui appartiennent. Certains professeurs se croient même plus légitimes que les parents pour éduquer les enfants. Au point de ne plus vouloir les laisser partir…

Des « professeurs-parents » dans une « école-famille » avec des « élèves-disciples » : telle est la transformation progressive et la confusion des rôles qui se produit selon moi nécessairement dans une école Steiner-Waldorf ! Cette lettre aux parents des enfants d’une « sixième classe » en est juste un élément révélateur. Elle est importante car, en général, les écoles Steiner-Waldorf s’arrangent pour ne laisser aucune trace écrite de ce qui se passe entre leurs murs, afin que rien de compromettant ne filtre vers l’extérieur. Le professeur en question a simplement commis ici une erreur en raison du fait qu’il était suffisamment imbu de lui-même pour tenter de passer à une sorte de postérité littéraire auprès des parents qui le vénéraient, ce qui l’a poussé à rédiger et à diffuser cette lettre ouverte.

On remarquera également que, toujours à travers la bouche de l’enfant, le professeur en question tente subrepticement de faire passer des idées anthroposophiques, comme celle de la prénatalité de l’âme (« C’est mon plus grand désir, comme celui qui me poussa autrefois, longtemps avant ma naissance, à venir à vous », page 1), ou le fait que les enfants choisissent leurs parents avant de naître, lorsqu’ils sont encore dans le « monde spirituel » (« Faites moi confiance comme j’ai eu confiance en vous », page 3), etc. En effet, selon la doctrine mystique de Rudolf Steiner, l’âme se réincarne et connaît donc une forme de conscience supérieure entre deux existences, conscience qui lui permet de choisir ses futurs parents avec la sagesse nécessaire.

Parfois, ces allusions anthroposophiques sont tellement mystérieuses qu’elle provoquent une totale confusion dans certains propos de ce « professeur de classe » :

« Je gagne la substance de mon monde intérieur comme le pêcheur jette ses filets. Vos poissons sont déjà dans la nasse comme y seront les miens un jour » (page 4). Malgré de longues études littéraires et philosophiques, j’avoue être strictement incapable de comprendre quoi que ce soit à ce charabia mystico-pédagogique où s’entremêlent une allusion à un passage des Évangiles (la pêche miraculeuse de la fin de l’Évangile selon Jean), son interprétation anthroposophique (les poissons symbolisent les enseignements de la vie) et les propos d’un enfant.

« Le monde ne change pas par hasard, mais à travers chaque être humain. Peut-être aussi à travers moi. Je crois à ce miracle auquel vous vous cachez de croire » (page 4). Ici, c’est la syntaxe de la phrase qui est tellement attaquée par la confusion de l’esprit de cet enseignant qu’elle en devient grammaticalement incorrecte.

« Derrière ce que je vois ou sens de mon corps, il y a autre chose que je suis et aimerais ressentir » (page 1). Dans cette phrase, ce pédagogue anthroposophe a visiblement tenté de faire une sorte d’allusion au concept anthroposophique d’ « Homme-Esprit », c’est-à-dire au fait qu’il existerait derrière les manifestations sensibles du corps humain une substance éternelle et divine où l’entité suprasensible de l’être humain est présente. Mais quel parent peut comprendre une telle allusion feutrée ?

« Comprenez que ce que je donne au monde, je le donne à ma manière à des êtres que vous ne connaissez pas » (page 3). Ici, il s’agit d’une allusion à la doctrine ésotérique des anthroposophes selon laquelle l’être humain agit sur la Terre afin que ses actes et leurs conséquences deviennent la nourriture d’entités supérieures suprasensibles, comme les Anges, les Archanges ou les Kyriotétès.

Toutes ces allusions confuses sont typiques des écrits mystiques ou gnostiques. Elles appellent bien évidement des explications, que seul peuvent fournir des « initiés ». Tout ceci ne poserait aucun problème dans le cadre d’une école d’ésotérisme, ou d’un ordre initiatique. Mais nous sommes ici dans le cadre d’une école sous contrat et ce professeur de classe s’adresse à des parents d’élèves ! On peut vraiment se demander comment il se fait que l’Éducation Nationale accepte encore d’accorder à de telles institutions le statut d’écoles « sous-contrat », quand on voit comment la pédagogie elle-même y devient au fond une affaire d’ésotérisme.

Plus grave encore, on remarque comment ce professeur incite fortement les parents à se confier aux professeurs Steiner-Waldorf, à leur dire des choses intimes non seulement au sujet de leur enfant, mais à propos d’eux-mêmes : « Dites à mon professeur des choses qu’il ne sait pas, pas tant sur moi-même que sur vous-même », pages 3-4. En effet, d’après mes sources, il n’est pas rare que les jardinières d’enfants, lors du premier ou deuxième entretien d’admission, en viennent à poser aux futurs parents des questions très intimes. Par exemple, de leur demander quel était leur désir d’enfant avant la conception, comment se passait leur vie de couple, ou même de demander des détails sur l’acte sexuel qui a présidé à la conception, celui-ci étant sensé être révélateur de ce qui se produit pour l’âme dans le monde spirituel avant la naissance de l’enfant (Lire à ce sujet La vie avant la vie, de Marie-Françoise Cuvillier, Ed. Les Trois Arches), ou enfin de décrire les circonstances précises de l’accouchement. Comme tout ceci est demandé avec toutes les apparences d’un intérêt strictement spirituel et scientifique – et qu’il est toujours flatteur que des professionnels de l’éducation semblent s’intéresser ainsi à notre vie intime et à notre progéniture – les parents d’élèves ne se rendent pas compte de ce que ces pratiques peuvent comporter d’intrusif et de manipulatoire.

Un élément inquiétant concernant l’éducation à la conscience de la sexualité des enfants, que ce professeur semble conseiller aux parents : « L’anatomie de mon sexe et ses fonctions ne sont pas au centre de mes préoccupations. Si vous en parlez, soyez concrets » page 1. A quoi est-il fait ici allusion ? En quoi serait-il justifié de décrire anatomiquement de façon très concrète à des enfants de 11 ans leur propre organe sexuel ? A quelles fins pédagogiques, ou autres, peut servir une telle description, qui a toute les chances d’être prématurée ? Quelles représentations veut-on ici placer dans l’esprit de ces jeunes enfants ? En quoi est-il utile que des enfants soient familiarisés aussi tôt au fonctionnement anatomique de leur propre organe sexuel ? Ce passage énigmatique, dont l’irruption au beau milieu d’un propos spiritualiste a de quoi surprendre, me semble plus inquiétant qu’autre chose.

Certes, la lecture d’un tel document interne peut paraître fastidieuse à une personne saine d’esprit, tant ce style pompeux semble-être une mauvaise singerie des écrits spirituels et pédagogiques de Saint-Exupéry, avec des métaphores empruntées au vocabulaire mystique (« J’espère que vous apprendrez à me parler à partir de l’endroit où vit l’être invisible en moi, là où brille son étoile » page 1-2). Mais je conseille pourtant de s’y pencher avec attention, afin de percevoir en quoi un tel document est révélateur de cette ambiance mystico-pédagogique qui finit bien souvent par imprégner la communauté des parents d’une classe Steiner-Waldorf, réunie autour du « professeur de classe » comme autour d’un gourou, lequel finit parfois par se prendre au jeu au point de leur envoyer des lettres de « directives spirituelles et pédagogiques » comme celle-ci, à la manière dont Saint Paul envoyait autrefois des lettres aux Églises des premières communautés chrétiennes.

La première phrase du texte appelle une dernière remarque. Nous lisons en effet : « Ne m’éduquez pas d’après le modèle auquel vos parents ont eu recours, car je suis différent de ce que vous étiez autrefois  » (page 1). Quand on connaît comme moi de l’intérieur les écoles Steiner-Waldorf – et l’incapacité de son corps enseignant à changer ne serait-ce que d’une virgule les indications « pédagogiques » que Rudolf Steiner a données il y a 90 ans révolus – on peut trouver surprenante et même risible l’appel de ce « professeur de classe » à s’adapter aux enfants d’aujourd’hui. Comment peut-on en effet se faire l’apôtre de l’adaptation au présent alors qu’on est en fait le gardien d’une tradition sacrée ? Il y a là un paradoxe de taille, mais qui se résout facilement quand on découvre que les pédagogues de ces écoles ne font que répéter sans réfléchir l’appel à l’adaptation que Rudolf Steiner lui-même faisait au début de son cours aux futurs pédagogues intitulé Nature Humaine. Les pédagogues anthroposophes ont à ce point désappris à penser qu’ils ne se rendent absolument pas compte de l’effroyable contradiction qui consiste à professer de tels principes tout en étant ce qu’ils sont. Dire qu’ils sont en contradiction permanente avec eux-mêmes serait un euphémisme : l’emprise qu’ils ont subie les a à ce point détournés de leur être véritable qu’il y a peu de chances qu’ils ne le retrouvent un jour !

Lettre aux parents JPA

Lettre aux parents JPA 2

Lettre aux parents JPA 3

Lettre JPA 4

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