« Les Posophes », une chanson révélatrice de la conscience de l’endoctrinement que peuvent avoir les élèves Steiner-Waldorf

Parmi les documents retrouvés de ma scolarité Steiner-Waldorf, la chanson ci-dessous peut paraître anodine. Pourtant, elle me semble extrêmement révélatrice d’un point précis énoncé dans mon témoignage paru sur le site de l’UNADFI, à savoir que certains élèves peuvent avoir conscience de l’endoctrinement qu’ils subissent dans leur école Steiner-Waldorf, mais que cette prise de conscience est rendue d’autant plus pénible qu’elle s’accompagne, parallèlement, de la conscience d’y avoir bénéficié d’éléments pédagogique à caractère épanouissant :

 » (…) Ces facteurs d’épanouissement de la pensée des élèves se conjuguent, dans cette pédagogie, à l’endoctrinement insidieux décrit plus haut. Cela met les élèves dans une situation effroyablement paradoxale : ils sentent qu’ils doivent l’épanouissement de leur faculté de jugement et l’éveil de leur raison à une méthode pédagogique et à une équipe enseignante qui, par ailleurs, les endoctrinent. Pour beaucoup d’élèves, cette contradiction sera une source de souffrances qui les accompagnera toute leur vie, si tant est qu’ils parviennent à en prendre conscience. Devoir certains aspects de son propre épanouissement à un contexte sectaire et psychiquement destructeur, quelle logique aliénante ! Comment, plus tard, remettre en question ce qui en apparence nous a procuré du bien-être ? »

 La chanson « Les Posophes » que nous publions ici fut composée et chantée par moi-même et un camarade de classe à l’occasion du carnaval de l’école Rudolf Steiner de Verrières-le-Buisson, en 1988. Il s’agit du même carnaval où Marie-Céline Gaillard, actuelle Présidente de la Fédération des écoles Steiner-Waldorf, s’était produite sur scène, comme je le raconte dans mon article intitulé La Magistrale défaite de la Fédération des écoles Steiner-Waldorf. « Les Posophes » est pour moi une chanson touchante, car elle montre à quel point nous avions conscience de vivre une forme d’endoctrinement à l’anthroposophie, et que le milieu anthroposophique dans lequel notre scolarité Steiner-Waldorf nous avait immergé était un monde de fous, coupé de la société normale. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’humour dont nous étions capables à ce sujet n’était pas le signe de notre liberté de critiquer, mais surtout révélateur de notre souffrance :  comme d’autres élèves, nous plaisantions sans cesse au sujet des « posophes » (diminutif familier pour désigner les anthroposophes), mais ces plaisanteries étaient au fond la marque de notre exaspération.

La chanson se termine d’ailleurs sur un « Merci à toute la secte » hautement révélateur. Révélateur de deux choses : la conscience de vivre dans quelque chose ressemblant à une secte ; et le besoin de remercier cette dernière pour ce qu’elle nous avait apporté. Lorsque mon camarade de classe a écrit ces mots, je pense que ce sont effectivement ces deux idées contradictoires qui l’habitaient. D’une part la conscience du sectarisme de son école. D’autre part le sentiment d’une profonde reconnaissance envers cette institution. Or ce double jugement, cette contradiction profonde qui vivait en lui, je pense qu’il l’a porté durant tout le reste de sa vie. Durant nos années d’études, il était le premier à me dire : « Les cours que nous avons suivis à l’école étaient en fait des cours d’anthroposophie ». (Pour moi qui m’étais engagé dans l’anthroposophie, ces propos me paraissaient scandaleux.) Mais en même temps, ce camarade ne parvenait pas à se défaire d’une profonde nostalgie lorsqu’il en parlait. Je pense que le moyen par lequel il est parvenu à surmonter plus tard cette contradiction a consisté à se lancer, avec talent, dans des études universitaires poussées, afin de pouvoir intégrer un univers de références et un milieu social proche de la normalité. Ainsi, son acharnement au travail, au delà du caractère sérieux de sa personnalité, avait en ce sens quelque chose d’une planche de salut.

Cette chanson du Carnaval 1988 peut donc paraître insignifiante, mais toute personne qui possède une compréhension psychologique suffisante saura y déceler en quoi elle est extrêmement révélatrice du passage cité plus haut de mon témoignage paru sur le site de l’UNADFI. La Fédération des écoles Steiner-Waldorf, plutôt que d’avoir tenté d’en interdire la parution par voie de Justice, aurait dû plutôt s’interroger avec sincérité sur ce phénomène. Mais est-il encore possible pour des êtres humains de s’interroger sincèrement au sujet de quelque chose de dérangeant, quand ils appartiennent à une institution fondée depuis 90 ans sur le mensonge ?

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