La plaidoirie de mon avocat au procès du 5 avril 2013

 

 Plaidoirie de Maître Marc François

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17ème Chambre Correctionnelle de PARIS

Affaire n° 1127923050

Audience du 5 avril 2013 à 13 heures 30

 

 

 

 

 

CONCLUSIONS

 

 

POUR :

 

Madame Catherine PICARD

 

Monsieur Grégoire PERRA

 

Madame Marie DRILHON

 

Prévenus

 

Assistés par Maître Marc FRANCOIS, avocat

 

 

 

CONTRE :

 

L’Association Fédération des Ecoles STEINER WALDORF en France

 

Assistée par Maître Olivier BARATELLI, avocat

 

Partie civile

 

 

En présence de :

 

Monsieur le Procureur de la République

 

 

 

 

 

 

 

PLAISE AU TRIBUNAL CORRECTIONNEL

 

 

 

Selon acte en date du 6 octobre 2011, la Fédération des Ecoles STEINER WOLDORF en France a saisi le Doyen des Juges d’Instruction du Tribunal de Grande Instance de PARIS du chef de diffamation publique envers un particulier.

Cette plainte visait divers passages d’un article rédigé par Monsieur Grégoire PERRA, constitué par un témoignage de ce dernier et publié sous le titre « L’endoctrinement des élèves à l’anthroposophie dans les Ecoles STEINER WALDORF ».

Ce témoignage était publié sur le site de l’Association accessible à l’adresse www.unadfi.org.

Le dossier a fait l’objet d’une ordonnance de renvoi devant le Tribunal Correctionnel après que Monsieur PERRA et Mesdames PICARD et DRILHON ont été mis en examen du chef de diffamation publique envers un particulier.

L’Association Fédération des Ecoles STEINER WALDORF en France a maintenu ses demandes de sorte qu’il y aura lieu d’examiner au fond les charges contenues dans l’ordonnance de renvoi du 19 novembre 2012.

Après avoir liminairement rappelé qui sont les protagonistes de cette affaire, les présentes conclusions tendent à la relaxe pure et simple des prévenus.

I.- Liminairement sur les parties en présence :

  • Monsieur Grégoire PERRA :

Ainsi que le prévenu le rappelle dans son témoignage, dans un passage non repris par la plaignante lors de la saisine du Magistrat Instructeur, Monsieur PERRA est un ancien élève des Ecoles STEINER WALDORF.

Il est en effet entré en classe de CE2, en septembre 1979 à l’Ecole STEINER WALDORF de VERRIERES LE BUISSON, puis en 1988 à l’Ecole STEINER WALDORF PERCEVAL de CHATOU en classe de terminale.

En 1995, il est devenu membre de la Société Anthroposophique en France (« SAF ».)

Après avoir obtenu un CAPES de philosophie et débuté sa carrière d’enseignant dans l’Education Nationale, il a par ailleurs et concomitamment été embauché à temps partiel par l’Ecole PERCEVAL de CHATOU comme professeur de philosophie, puis de français et de théâtre en septembre 2003.

Il a ensuite étroitement collaboré avec la Société Anthroposophique en remettant jusqu’en décembre 2008 plusieurs rapports sur la formation anthroposophique.

Un certain nombre de ses travaux seront également publiés par l’organe de presse de la Société Anthroposophique et notamment courant mars/avril 2009.

Il donnera également des conférences pour la Société Anthroposophique en France jusque dans le courant de l’année 2010.

Monsieur Grégoire PERRA est donc un témoin privilégié du fonctionnement de la Société Anthroposophique, du développement et de l’articulation de cette pensée anthroposophique, ainsi que du fonctionnement des Ecoles STEINER WALDORF.

  • Mesdames Catherine PICARD et Marie DRILHON :

Madame Catherine PICARD est ancienne députée de la 5ème circonscription de l’Eure.

Elle est co-auteur de la loi n° 2001-504 du 12 juin 2011, dite Loi About-Picard tendant à renforcer la prévention et la répression des mouvements sectaires portant atteinte aux droits de l’homme et aux libertés fondamentales.

Depuis 2004, Madame Catherine PICARD est présidente de l’UNADFI, Union Nationale des Associations de Défense des Familles et de l’Individu.

Cette association, qui existe depuis plus de 30 ans pour avoir été créée le 18 mars 1982, a été reconnue d’utilité publique selon décret du 30 avril 1996.

L’UNADFI est membre du conseil d’orientation de la MIVILUDES (Mission Interministérielle de Vigilance et de Lutte contre les Dérives Sectaires), de l’UNAF (Union Nationale des Associations Familiales)  et du COFRADE (Conseil Français des Droits de l’Enfant).

Elle est enfin membre de la FECRIS (Fédération Européenne des Centres de Recherche et d’Information sur le Sectarisme).

L’objet social de l’UNADFI tel que présidé par Madame Catherine PICARD est défini à l’article 2 de ses statuts :

« […] prévenir les agissements des groupes, mouvements et organisations à caractère sectaire ainsi que de défendre et d’assister les familles et l’individu victimes de groupes, mouvements ou organisations à caractère sectaire, quelles que soient leur appellation, leur forme et leurs modalités d’action, portant atteinte aux Droits de l’Homme et aux libertés fondamentales définis par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. »

A cette fin, elle réunit, anime et coordonne les différentes associations de défenses des familles et de l’individu (ADFI) et toute association régulièrement déclarée ayant le même objet.  

Dans le cadre de son action, outre la défense des droits réservés aux parties civiles devant diverses juridictions, l’UNADFI a également un rôle de publication et d’information tendant à l’exécution de son objet social.

***

Cela étant rappelé, il convient de préciser la chronologie des faits.

II.- BREF RAPPEL CHRONOLOGIQUE DES FAITS :

Ainsi qu’il l’a été dit liminairement, l’UNADFI joue un rôle de publication et d’information tendant à l’exécution de son objet social.

C’est dans ces conditions qu’elle publie trimestriellement une revue intitulée « Bulles ».

Le numéro 110, paru pour le 2ème trimestre de l’année 2011 comportait en pages 13 à 19 des extraits du témoignage de Grégoire PERRA, lequel sera diffusé dans son intégralité sur le site de l’association accessible au public.

Le 23 août 2011, la Fédération des Ecoles STEINER WALDORF en France adressera à l’UNADFI une correspondance sollicitant en application de l’article 13 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse l’insertion d’un droit de réponse en 3 points et aux termes duquel il était indiqué :

« L’UNADFI, qui ne pouvait ignorer ces éléments qui interdisent de considérer la pédagogie pratiquée dans les Ecoles STEINER WALDORF comme empreinte d’un caractère sectaire a-t-elle fait preuve de légèreté en publiant, sans procéder à quelque vérification les accusations de Grégoire  PERRA ? Ce document ainsi que la présentation qu’en fait l’UNADFI en page d’accueil contient au demeurant suffisamment d’allégations diffamatoires pour contraindre la Fédération des Ecoles STEINER WALDORF en France à envisager l’engagement de poursuites devant les juridictions pénales. ».

S’agissant de « l’interdiction » de « considérer la pédagogie pratiquée dans les Ecoles STEINER WALDORF comme empreinte d’un caractère sectaire », la Fédération des Ecoles STEINER WALDORF en France mettait en avant une décision rendue par la 17ème Chambre Correctionnelle de PARIS le 21 mars 2000, réformée par la Cour d’Appel de PARIS, qui aurait, toujours selon la Fédération des Ecoles STEINER WALDORF en France, établi une sorte de principe de « caractère pénalement répréhensible de toute allégation de sectarisme portée à l’encontre des institutions anthroposophiques ».

Cet élément de contexte est d’importance puisqu’il permet d’appréhender l’ambiguïté singulière dans laquelle se positionnent délibérément ce qu’il est convenu d’appeler les « institutions anthroposophiques », telles d’ailleurs que décrites par Monsieur PERRA dans son témoignage et qui comprennent tout à la fois la Fédération des Ecoles STEINER WOLDORF en France, mais également la Société Anthroposophique en France ou d’autres instances telles que la NEF ou encore l’Ecole de Science de l’Esprit…

Le Tribunal se rapportera utilement à la motivation de l’arrêt rendu le 6 septembre 2001 par la 11ème Chambre de la Cour d’Appel de PARIS qui, à aucun moment, ne pose le moindre principe de condamnation pénale systématique de toute allégation de sectarisme portée sur « les institutions anthroposophiques ».

Lors du procès intenté à Monsieur GUYARD, Député et Président de la Commission d’Enquête Parlementaire sur la situation financière patrimoniale et fiscale des sectes, il n’était d’ailleurs pas spécifiquement question de la Fédération des Ecoles STEINER WALDORF en France, pas plus que de pédagogie ou des relations entre cette Fédération et l’éducation nationale.

Il était simplement question pour la Cour d’arbitrer les questions relatives à l’expression d’un rapporteur parlementaire ensuite d’un rapport consacré à la situation financière, patrimoniale et fiscale d’un certain nombre de mouvements.

Encore une fois, cette référence à l’arrêt du 6 septembre 2001 est essentiellement révélatrice de la stratégie développée par diverses institutions anthroposophiques à l’effet d’interdire tout débat de fond s’agissant singulièrement des pratiques mises en œuvre au sein des Ecoles STEINER WALDORF.

C’est donc manifestement insatisfaite de l’exercice du seul droit de réponse, qui d’ailleurs lui a été volontiers accordé par l’UNADFI, que la Fédération des Ecoles STEINER WALDORF en France a cru devoir agir sur le terrain pénal à l’effet d’interdire aux concluants la diffusion de toute réflexion contraire à l’affirmation péremptoire de l’interdiction de toute critique portée à l’anthroposophie et à la pédagogie mise en œuvre dans les écoles STEINER WALDORF.

Ce point étant rappelé, il y a lieu d’examiner les demandes de la partie civile au fond.

En l’espèce, force sera de constater, à titre principal, l’absence de diffamation (III) et en toute hypothèse la parfaite bonne foi des prévenus (IV).

III.- SUR L’ABSENCE DE PROPOS DIFFAMATOIRES :

Dans ses écritures, la partie civile expose que le témoignage de Monsieur PERRA « comporte onze passages diffamatoires visant directement la Fédération des Ecoles STEINER et contenant des faits précis portant atteinte à son honneur et à sa considération ».

La partie civile fait valoir six imputations.

Assez habilement, la partie civile évite de reprendre, passage par passage, l’articulation d’une argumentation factuelle précise qui pourrait soutenir telle ou telle imputation prétendument diffamatoire.

Elle impose en réalité sa propre lecture de l’article de Monsieur PERRA, au travers de sa propre affirmation concernant ces « six imputations », et en traque les indices dans les onze passages visés dans sa plainte.

En d’autres termes, la partie civile tente d’imposer sa propre lecture de l’article de Monsieur PERRA afin de cantonner le débat aux quelques passages ayant fait l’objet de la plainte.

Ce faisant, la partie civile exclut en réalité l’essentiel de l’article publié.

Cela, sauf à considérer qu’elle ne trouve rien à redire sur les passages consacrés par l’auteur au mouvement anthroposophique et à ses institutions (par exemple, III de l’article d’où il n’est tiré aucun passage prétendument diffamatoire…).

De la même manière et singulièrement, la partie civile n’émet aucune critique sur les développements de l’auteur concernant « un univers pédagogique entremêlé de croyance », « la pratique de la langue de bois », « l’endoctrinement des parents », « l’endoctrinement des enseignants ».

Or, il n’est évidemment pas envisageable de procéder, comme tente de le faire la plaignante, c’est à dire par voie de « synthétisation » et d’imputations dont les termes lui appartiennent en propre, sans remettre cette analyse dans le contexte même de l’article.

Nonobstant cette première observation qui fera l’objet de développements ultérieurs (IV), le Tribunal constatera que la tentative de synthétisation d’imputations diffamatoires par la partie civile est inapte à asseoir ses demandes.

A ce titre, le Tribunal constatera la mauvaise foi singulière qui préside à la lecture, par la partie civile, de l’article de Monsieur PERRA.

On lit en effet dans les écritures de la partie civile que « le premier passage diffamatoire est intégralement consacré à la méthode d’endoctrinement au créationnisme ».

Une simple lecture, même rapide, du passage prétendument diffamatoire, permet d’écarter cette affirmation.

Monsieur PERRA a en réalité écrit : « Je crois que ceux qui subissent un endoctrinement au créationnisme ont en quelque sorte plus de chances. Il leur sera possible, à un moment ou à un autre, de voir leurs idées se heurter aux idées objectives de la science actuelle. C’est rarement possible avec les interprétations anthroposophiques, […] ».

Monsieur PERRA n’a donc jamais laissé penser que les élèves des Ecoles STEINER étaient endoctrinés au créationnisme comme le laisse pourtant entendre la partie civile.

L’ensemble des autres griefs reprochés à l’article est issu de la même logique incantatoire et péremptoire.

En réalité, il n’est tout simplement pas sérieux d’alléguer le caractère diffamatoire de quelques passages de ce qui constitue une réflexion tant pédagogique que philosophique, tout en refusant systématiquement d’évoquer non seulement les nuances et finesses mises en avant par son auteur dans un souci de prudence et de précision, mais encore l’essentiel du raisonnement tenu par l’auteur.

Ce point est d’une importance tout particulière puisqu’il n’aura évidemment pas échappé au Tribunal que l’objet du document incriminé n’est pas un « rapport » comme l’intitule la partie civile, ni un « article », mais un témoignage, fruit à la fois d’une expérience personnelle et d’une réflexion approfondie.

Dans cet écrit, Monsieur Grégoire PERRA développe une série d’arguments qui s’appuient sur son analyse intellectuelle et sa pratique du mouvement anthroposophique et de la pédagogie mise en œuvre dans les Ecoles STEINER WALDORF.

En réalité, le but poursuivi par la publication de ce témoignage de Monsieur Grégoire PERRA est de communiquer au public, comme l’auteur l’a d’ailleurs fait de longue date, son appréciation de l’anthroposophie et ses idées.

Il s’agit en réalité pour Grégoire PERRA d’alimenter contradictoirement un débat public, caractéristique de toute société démocratique.

Ainsi, Monsieur PERRA émet-il effectivement un jugement de valeur quant au fonctionnement des Ecoles STEINER WALDORF.

Il s’agit là de toute évidence d’une question d’intérêt public, qui touche à l’éducation d’un certain nombre d’enfants.

En réalité, ce que la partie civile qualifie de déclarations diffamatoires constitue en fait une opinion, un jugement de valeur, fondés sur divers éléments factuels objectifs.

Pour ces raisons, il n’est pas possible d’envisager la lecture de ce témoignage comme le fait la partie civile, c’est-à-dire en excluant systématiquement tous les développements philosophiques qui entourent le témoignage de Monsieur PERRA.

A titre d’exemple et s’agissant précisément de l’imputation d’endoctrinement pointé par la partie civile, la lecture intégrale du document (et non simplement d’une infime partie telle que visée par la plainte) permet de comprendre la logique qui est celle de l’auteur : Monsieur PERRA constate d’abord les conditions dans lesquelles l’enseignement est dispensé par les Ecoles STEINER WALDORF (on gardera ici en mémoire que Grégoire PERRA a été non seulement élève, mais encore ensuite enseignant dans ces écoles).

Il fait dans un second temps le rapprochement entre ces méthodes pédagogiques et les fondements mêmes de l’anthroposophie et les concepts essentiels de cette doctrine (Monsieur PERRA a été membre de la société d’Anthroposophie…).

Il tire enfin du rapprochement de ces deux constats la conclusion que, selon lui, existe une démarche qu’il qualifie de « subtile », consistant à faire admettre pour des vérités objectives des éléments de doctrine anthroposophique à des élèves de tous âges.

Aller directement à la conclusion comme le fait la partie civile, sans tenir compte à aucun moment du raisonnement tenu par l’auteur, revient à nier l’idée même de l’existence d’un débat démocratique sur la pertinence ou non du fonctionnement de telle ou telle institution.

Telle est évidemment la position de principe de la Fédération des Ecoles STEINER WALDORF, ainsi d’ailleurs qu’elle l’a fait savoir dans le cadre du droit de réponse inséré sur le site de l’UNADFI.

Il n’est ainsi, pour la Fédération des Ecoles STEINER WALDORF, pas envisageable d’engager le moindre débat ou la moindre réflexion sur la qualité, la pertinence ou les fondements mêmes de la doctrine anthroposophique et sa transmission aux élèves des écoles.

En réalité, en sollicitant la condamnation des trois prévenus, la Fédération des Ecoles STEINER WALDORF poursuit, ni plus, ni moins que l’interdiction pure et simple de tout débat public sur l’anthroposophie et les institutions qui en sont l’émanation.

A la question : « A-t-on le droit de débattre de la pertinence de l’anthroposophie et de la transmission de cette doctrine dans les Ecoles STEINER WALDORF ? », la réponse suggérée par la plainte de la partie civile est : NON.

***

Pour autant, cette position dogmatique est totalement contraire aux principes qui régissent l’exercice des libertés publiques.

Il s’agit d’une lecture exceptionnellement restrictive de la liberté d’expression telle qu’envisagée par le droit interne et surtout totalement contraire aux dispositions protectrices de la Convention Européenne des Droits de l’Homme et en particulier de son article 10 qui dispose :

« 1.  Toute personne a droit à la liberté d’expression. Ce droit comprend la liberté d’opinion et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées sans qu’il puisse y avoir ingérence d’autorités publiques et sans considération de frontière. Le présent article n’empêche pas les Etats de soumettre les entreprises de radiodiffusion, de cinéma ou de télévision à un régime d’autorisations.

2.  L’exercice de ces libertés comportant des devoirs et des responsabilités peut être soumis à certaines formalités, conditions, restrictions ou sanctions prévues par la loi, qui constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la sécurité nationale, à l’intégrité territoriale ou à la sûreté publique, à la défense de l’ordre et à la prévention du crime, à la protection de la santé ou de la morale, à la protection de la réputation ou des droits d’autrui, pour empêcher la divulgation d’informations confidentielles ou pour garantir l’autorité et l’impartialité du pouvoir judiciaire. »

En l’espèce, il est bien évident que la lecture intégrale de l’article de Monsieur PERRA révèle son intention consistant à communiquer des informations et des idées indispensables à la tenue d’un débat public et démocratique.

On rappellera par ailleurs que le débat touchant à l’éventuel caractère sectaire de diverses organisations ou à leur capacité à endoctriner tel ou tel est évidemment d’intérêt général.

Les limites de l’expression d’une opinion définies par l’article 10 CEDH, s’il est tenu compte de l’intégralité des termes utilisés par l’auteur, n’ont à aucun moment été atteintes, ni dépassées.

De fait, il n’est en conséquence pas admissible de qualifier ces passages, pris isolément, de diffamatoires et, de ce seul fait, les prétentions de la partie civile seront intégralement rejetées.

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Ce n’est donc qu’à titre parfaitement subsidiaire que la bonne foi des prévenus sera retenue.

IV.- SUR LA BONNE FOI DES PREVENUS :

L’admission de la bonne foi suppose quatre critères qui, en l’espèce, sont réunies :

. l’auteur des écrits a agi sans animosité personnelle (a.-) en poursuivant un but légitime (b.-) avec prudence et mesure dans l’expression (c.-) après avoir mené une enquête sérieuse (d.-).

a.- Sur l’absence d’animosité personnelle :

Dans ses écritures, la partie civile tente de démontrer l’existence d’une animosité personnelle de Monsieur PERRA à son encontre, qui serait partagée par l’UNADFI, ainsi que le démontrerait notamment la « réponse à la réponse » publiée lors du droit de réponse de la Fédération des Ecoles STEINER WALDORF sur le site de l’association.

Deux séries d’observations s’imposent :

  • S’agissant d’une part de la prétendue animosité personnelle de Monsieur PERRA :

La partie civile croit pouvoir déceler des indices de cette animosité dans ce qu’elle nomme « le contexte d’animosité personnelle particulièrement problématique de Grégoire PERRA à l’égard de la concluante », et qui tiendrait aux conditions dans lesquelles Monsieur PERRA aurait quitté son poste à l’Ecole PERCEVAL de CHATOU.

Sans d’ailleurs le conclure expressément, la partie civile prend le soin d’insister avec véhémence dans la partie liminaire de ses écritures sur les conditions qui ont, selon elle, présidé au départ de Grégoire PERRA de cette école.

La Fédération des Ecoles STEINER WALDORF prend ainsi le soin de rappeler qu’une élève a effectivement eu l’occasion de se plaindre du comportement de Monsieur PERRA à l’occasion d’une sortie scolaire, comportement qui a fait l’objet d’excuses de Grégoire PERRA et qui aurait été à l’origine de son départ de l’Ecole de CHATOU.

La partie civile en conclut bien hâtivement que « Grégoire PERRA a spontanément et immédiatement présenté sa démission, préférant ainsi éviter son licenciement pour faute lourde.

Le comportement de Grégoire PERRA à l’égard de la concluante s’est manifestement et progressivement transformé en haine féroce. Il a nourrit une acrimonie d’autant plus forte qu’il s’est senti vraisemblablement trahi par ceux qui étaient les plus proches de lui. ».

En un mot, la Fédération des Ecoles STEINER WALDORF soutient que Monsieur PERRA nourrit, depuis le mois de mars 2007, date de sa démission de l’Ecole PERCEVAL de CHATOU, une haine personnelle à l’égard de la Fédération des Ecoles STEINER WALDORF qui l’aurait conduit à rédiger, quatre ans plus tard, un article uniquement motivé par l’intention de nuire.

Ce faisant, la partie civile méconnait simplement la réalité concrète des faits et leur chronologie.

Monsieur Grégoire PERRA va en effet, plusieurs années après son départ de l’Ecole PERCEVAL de CHATOU, continuer une riche collaboration avec le milieu anthroposophique.

Cela, notamment du fait qu’il a toujours pu bénéficier du soutien inconditionnel de membres éminents du milieu anthroposophique.

Ainsi, Monsieur Antoine DODRIMONT, Président de la Société d’Anthroposophie en France (SAF) va-t-il adresser une correspondance, courant février 2008, aux membres du « collège interne » de l’Ecole PERCEVAL de CHATOU en ces termes :

« Au cours de l’été 2007, il m’est apparu que le licenciement (ou si vous préférez rupture de commun accord) de Grégoire PERRA survenu en cours d’année scolaire pour des raisons graves, pouvait provoquer ce que j’appellerai des dégâts collatéraux eu égard à l’image négative qui pourrait être véhiculée de ce collègue à l’extérieur de l’Ecole.

En clair, c’est l’image d’un séducteur qui, ayant agi à CHATOU, pourrait le faire ailleurs…

En vous écrivant, je voudrais vous faire part du fait que j’ai été amené à collaborer avec Grégoire PERRA depuis plusieurs années et que par-là est né un lien de confiance qui m’a amené à lui proposer d’intervenir publiquement dans desrencontres anthroposophiques.

Ici, je ne souhaite pas intervenir sur ce qui se serait passé en interne car ce n’est pas de mon ressort.

Ce sur quoi j’interviens c’est sur les rumeurs qui pourraient circuler le concernant, rumeurs accréditant le bien-fondé de l’image esquissé ci-avant.

Quant à moi, je voudrais simplement déclarer que je ne compte pas accorder de crédit à de telles rumeurs et que je m’interdirai d’en faire écho, en vertu de la réputation de la personne et de ses proches.

[…] ».

Ainsi donc le Président de la Société Anthroposophique prend-il publiquement la défense de Grégoire PERRA près d’un an après sa démission de l’Ecole de CHATOU… et pour cause !

A cette époque, Monsieur PERRA continue de collaborer activement avec la Société Anthroposophique.

Ainsi remettra-t-il courant janvier 2008 à Madame Daniella HUCHER, administratrice de la Fédération des Ecoles STEINER WALDORF et membre du Comité Directeur de la Société Anthroposophique, un rapport sur « la question de la formation des professeurs dans les Ecoles STEINER WALDORF en France ».

Loin d’entretenir « une haine féroce à l’encontre des Ecoles STEINER WALDORF », Monsieur Grégoire PERRA continue donc de collaborer avec les instances dirigeantes de la Fédération.

Il est remarquable de noter que, dans ce rapport, Monsieur PERRA pointe un certain nombre de difficultés concernant la formation des enseignants qu’il qualifie de « catastrophique ».

Monsieur PERRA reprend dans cet écrit, qu’il rédige donc à la demande de l’une des représentantes de la Fédération des Ecoles, l’un des thèmes que l’on retrouvera dans le témoignage publié par l’UNADFI, en l’occurrence la désorganisation chronique des écoles au plan administratif, ce qui a également pour effet de mobiliser « toutes les forces du corps enseignant », Monsieur PERRA indiquant en outre : « il n’est pas rare qu’en plus de leurs cours, chaque enseignant consacre un mi-temps, voir un plein temps supplémentaire pour la gestion collective de son école. Il ne lui reste ainsi plus de temps pour se former, ni même bien souvent pour sa vie personnelle d’ailleurs, ce qui favorise la constitution d’un vase clos profondément pathogène […] ».

Là encore, dans ce rapport rédigé à l’attention de la Fédération des Ecoles STEINER WALDORF, se retrouvent dès janvier 2008 des observations reprises dans l’article rédigé quelques années plus tard…

D’ailleurs, la collaboration entre Monsieur PERRA et la Société Anthroposophique se poursuivra après ce premier rapport.

Ainsi, Grégoire PERRA remettra-t-il à Messieurs Antoine DODRIMONT et BODO VAN PLATO un second rapport, rédigé à leur demande, intitulé « Réflexions sur le projet de Formation Anthroposophique Générale ».

Ce rapport, remis le 29 janvier 2008, contient également de sévères critiques et un constat sans concession du fonctionnement de la Société Anthroposophique et de la formation anthroposophique.

Ainsi peut-on lire sous la plume de Monsieur PERRA courant janvier 2008 : « […], il me semble important qu’il existe un lieu initiateur qui sache insuffler de l’enthousiasme et de la vie par la manière même dont il fera découvrir l’anthroposophie. C’est-à-dire non pas en tant que doctrine constituée et achevée (ce qu’elle n’est pas, mais ce dont elle donne trop souvent l’image) mais en tant que science des réalités spirituelles. Science, ce qui veut dire recherche, risque, découverte, expérience ! Or, le monde anthroposophique présente à ce jour trop les faces d’un milieu enfermé dans des certitudes établies alors qu’il faudrait sans doute présenter l’anthroposophie comme un laboratoire […] ».

S’en suivent une série de propositions permettant à l’époque, selon Grégoire PERRA, de parfaire la formation anthroposophique de telle sorte que soit assurée la diffusion de cette doctrine.

Là encore, il serait donc totalement faux d’évoquer une « haine féroce » que Monsieur PERRA aurait entretenu à l’égard de l’anthroposophie en général et de l’Ecole STEINER WALDORF en particulier puisque, tout au contraire, les membres les plus éminents de la Société Anthroposophique chargeront précisément l’ancien professeur de CHATOU de mener une réflexion approfondie s’agissant des correctifs à apporter aux méthodes de transmission des dogmes anthroposophiques.

D’ailleurs, le travail de Monsieur PERRA sera tellement apprécié par la Société Anthroposophique qu’un troisième rapport lui sera commandé, qui sera remis le 15 décembre 2008, intitulé « Lettre sur la formation anthroposophique en France ».

Dans ce troisième rapport, au chapitre des « défauts et des travers du milieu anthroposophique dont nous devons être conscients pour avancer », Grégoire PERRA pointe un certain nombre d’éléments parmi lesquels :

« . l’auto-référenciation en circuit fermé de l’anthroposophie

. la négligence à l’égard de sa propre vie (négligence de sa propre destinée au profit de celle d’une institution)

. l’hypocrisie, la malhonnêteté, l’inhumanité et l’immoralité

. l’incapacité d’assumer réellement l’anthroposophie

. la difficulté à penser par concept et la tendance à penser par image de manière mystique

. le conformisme de l’opinion commune qui consiste à admettre et à répéter sans réflexion des idées anthroposophiques reçues ou des opinions anthroposophiques. ».

Là encore, le Tribunal constatera donc qu’au sein de ce rapport rédigé à la demande des instances anthroposophiques elles-mêmes, se lisent des critiques strictement identiques à celles que l’on retrouve dans l’écrit incriminé.

Dans ce rapport, initié par la Société Anthroposophique, Monsieur PERRA émet des critiques très vives à l’encontre de cette doctrine :

. « j’oserai dire que l’on trouvait de véritables gourous anthroposophes cachés, comme ce personnage bien connu qui invitait ses élu(e)s dans sa « chambre de méditation » pour les initier de manière individuelle »

. ou encore : « si les concepts anthroposophiques ont le moindre sens, ne devraient-ils pas être capables d’éclairer la vie contemporaine ? et pourtant, que nous sommes faibles en ce domaine ! »

. ou encore : « combien d’anthroposophes ai-je vu devenir des êtres menteurs, profondément insincères avec eux-mêmes, manipulateurs, mégalomanes, etc ! »

. ou encore : « dans le milieu anthroposophique, nous en sommes bel et bien arrivé à la tendance au développement d’une moralité de façade, dégoulinante de chaleur en apparence mais complètement hypocrite. Cela est advenu parce que la question de la moralité a été laissée en friche, ou vécue de manière très abstraite pendant de trop nombreuses années ».

Force est donc de constater que c’est à l’occasion de travaux concernant le fond de la pensée anthroposophique que Grégoire PERRA s’est forgé une opinion critique de cette doctrine.

Il va néanmoins poursuivre ses travaux, toujours à la demande des responsables anthroposophiques, et publiera un article intitulé « de l’idéalisme à l’anthroposophie » dans la revue Nouvelles de la Société Anthroposophique en France.

Cet article marque un point de rupture dans la réflexion de Monsieur PERRA concernant la doctrine anthroposophique.

Ainsi peut-on lire en particulier dans cet article : « ainsi la possibilité existe bel et bien de se laisser posséder par l’Anthroposophie, au point de se perdre soi-même et d’en faire subir les conséquences à son entourage ».

Ainsi, dès 2009, les travaux de Grégoire PERRA initiés par la Société Anthroposophique et la Fédération des Ecoles STEINER WALDORF conduisent ce dernier à remettre en cause le libre arbitre, malmené selon lui par la pensée anthroposophique elle-même.

Là encore, il s’agit d’une critique que l’on retrouvera dans l’article incriminé.

Pourtant, là encore, ce texte est publié par les Nouvelles de la Société Anthroposophique en France.

Peu de temps après la parution de cet article, Grégoire PERRA présentera sa démission de la Société Anthroposophique (en juin 2009).

Ce qui ne lui interdira pas, malgré tout, de donner une conférence intitulée « Le milieu anthroposophique, une animalisation de la vie de la pensée », laquelle sera mise à disposition des membres de la Société Anthroposophique en France à partir de juin 2010, notamment par l’intermédiaire des Nouvelles de la Société Anthroposophique.

Dans ce dernier texte (« mis à la disposition des membres qui souhaitent en prendre connaissances » par les Nouvelles de la Société Anthroposophique en France), Grégoire PERRA fait une critique majeure du fonctionnement de nombre d’institutions anthroposophiques et en particulier des Ecoles STEINER WALDORF :

. « Il n’est qu’à regarder la manière dont se déroule le processus de nomination par exemple à la Fédération des Ecoles STEINER WALDORF ou ailleurs, pour se rendre compte à quel point le milieu anthroposophique est avancé dans la loi de la jungle sociale ou les plus cruels et les plus insincères atteignent leur but […]. » (page 10) 

. ou encore « un haut responsable de l’anthroposophie s’est un jour permis de dire, devant témoins, que les élèves WALDORF « portent dans leur Karma de rencontrer l’anthroposophie ». En effet, par l’imprégnation d’un certain nombre d’idées omniprésentes dans ce qu’on leur enseigne, du décorum des écoles, de leurs rituels, les élèves en question subissent un pré-conditionnement à approcher les modes de vie et les représentations des anthroposophes. Ce n’est pas du tout parce qu’ils « le porteraient dans leur carma » que certains vont ensuite s’intéresser à l’anthroposophie, mais parce qu’on a mis en place autour d’eux un système représentatif qui les isole déjà du monde et du réel pour les faire entrer, sans même qu’ils s’en aperçoivent dans des modes de vie anthroposophiques […] ».

Singulièrement, ce texte expose ni plus, ni moins que la thèse d’endoctrinement à la doctrine anthroposophique des élèves des Ecoles STEINER WALDORF.

Il a pourtant été mentionné dans l’organe de diffusion de la Société Anthroposophique…

On lira encore, toujours sous la plume de Grégoire PERRA mise en exergue par la Société Anthroposophique : « dans la pédagogie WALDORF, les pédagogues utilisent des mots courants dans une autre acception pour en dissimuler le cœur ésotérique aux parents. Ainsi, la prière devient « des paroles ». Bien sûr, il y avait sans doute dans le projet initial de STEINER, la volonté de ne pas fonder une nouvelle religion, mais de proposer une « religiosité non confessionnelle » délicate à définir et à mettre en place. Il n’est cependant possible d’accéder à un tel idéal que si on fait constamment l’effort de sortir des représentations pour accéder au concept. A contraire, la pédagogie WALDORF a complètement plongé dans les formes représentatives religieuses chrétiennes : on célèbre avec les élèves presque toutes les fêtes chrétiennes, on prie en début de chaque cours et de chaque repas, le professeur joue bien souvent un rôle de pasteur, voire de gourou, bien davantage que celui d’enseignant à l’égard de ses élèves. Mais on ne dit jamais aux parents, ni aux élèves qu’ils vivent une éducation chrétienne, on leur parle juste de principes d’éducation différents. Comme ces choses ne sont pas nommées, qu’on dévie donc les concepts vers des représentations inappropriées, on égare les gens, on les empêche de prendre conscience de la réalité de ce qu’ils vivent et de se situer en leur âme et conscience par rapport à celle-ci. Bref, on porte atteinte à leur liberté ! ».

Difficile de faire plus clair que ces observations de Grégoire PERRA publiées en avril 2010…

Pourtant, ces écrits n’avaient à l’époque provoqué aucune procédure judiciaire, aucune plainte, aucun droit de réponse….

***

De ce simple rappel factuel et chronologique, il résulte en réalité que le témoignage rédigé par Grégoire PERRA, publié sur le site de l’UNADFI, est le fruit d’une longue et intense réflexion à la fois sur l’anthroposophie elle-même et ses modes de propagation, notamment au sein des Ecoles STEINER WALDORF.

Ce texte ne résulte donc en aucune manière d’une quelconque « haine féroce » de Monsieur PERRA à l’égard de quiconque.

L’absence d’animosité personnelle de Monsieur PERRA est établie.

 

 

 

  • S’agissant d’autre part de la prétendue animosité personnelle de l’UNADFI :

A ce titre, il est assez singulier de lire sous la plume de la partie civile que l’UNADFI serait partie prenante au présent débat.

Tout au plus la référence directe à l’UNADFI et non pas simplement à sa présidente est-elle significative de la stratégie judiciaire mise en place par la partie civile.

Il est en effet constant, ainsi qu’il l’a été largement démontré, que le discours de Monsieur PERRA est ancien et a d’ailleurs été pour une large part provoqué par des membres de la Société Anthroposophique en France ou de la Fédération des Ecoles STEINER WALDORF et qu’il n’a été question d’y porter attention et d’y répliquer par la voie judiciaire qu’à partir du moment où l’UNADFI s’en est fait l’écho.

L’attention du Tribunal se portera à ce titre sur une correspondance adressée fin août 2011 à l’ensemble des collèges des professeurs et conseils d’administration des Ecoles STEINER WALDORF par Monsieur Henri DAHAN, délégué général de la Fédération.

Ainsi peut-on lire dans ce courrier :

« le document qu’il [Grégoire PERRA] vient de rédiger et que l’UNADFI a mis en ligne est très dur, bien écrit et mêle habilement le vrai et le faux ; il met en cause tous les domaines qui s’inspirent de l’anthroposophie et a suscité, de ce fait, un certain émoi dans les milieux anthroposophiques ».

On peut également lire un peu plus loin dans ce courrier : « j’ai reçu de nombreux messages et sollicitations durant tout l’état. Outre le fait qu’ils ne m’ont pas laissé beaucoup de repos, ils m’ont souvent aidé dans la réflexion mais m’ont aussi conduit à penser qu’il fallait tout mettre en œuvre pour éviter de jouer le jeu de Grégoire PERRA et de l’UNADFI et ainsi s’abstenir de diffuser largement son texte, éviter aussi de lui répondre directement quelles que soient les relations que les uns ou les autres pourraient avoir avec lui […] ».

Incontestablement, ce qui pose véritablement problème à la Fédération des Ecoles STEINER WALDORF n’est pas ce que pense ou écrit Grégoire PERRA depuis de nombreuses années, mais bien le fait que ce soit l’UNADFI ait publié son témoignage.

Ce qui faire dire à la partie civile que l’UNADFI, personne morale, ferait montre d’une animosité personnelle à l’encontre de la Fédération des Ecoles STEINER WALDORF pour ce simple fait qu’elle aurait effectivement publié cet écrit.

Outre le fait qu’il s’agisse là d’une tautologie, il s’agit surtout d’une inexactitude.

En publiant le témoignage de Monsieur PERRA, l’UNADFI, pas plus que Mesdames PICARD ou DRILHON ne font preuve d’une quelconque animosité à l’encontre de la partie civile : elle remplissent simplement l’objet social qui leur est assigné, en portant à la connaissance du public des éléments de réflexion aptes à alimenter un débat public.

Il n’est pas question pour l’UNADFI de nuire à la Fédération de Ecoles STEINER WALDORF, il est question d’informer le public, d’alimenter le débat démocratique.

Sauf à considérer que le débat démocratique puisse se contenter de discours laudatifs unanimes, il est de son essence même d’être ouvert à la critique, à l’interrogation, à la réflexion.

Le rôle de l’UNADFI, parfaitement assumé lors de cette publication, est exclusif d’une quelconque animosité.

Le Tribunal écartera la prétendue animosité personnelle de l’un quelconque des prévenus à l’égard de la partie civile.

b.- Sur la légitimité du but poursuivi :

L’argumentation de la partie civile est à ce titre particulièrement concise.

Ainsi, est-il indiqué lapidairement que « Les raisons qui ont poussé l’UNADFI à publier ce témoignage ne sauraient s’inscrire dans aucun débat judiciaire, politique, religieux ou social susceptible de venir légitimer les propos poursuivis. En effet, il n’y avait aucune légitimité à publier un témoignage de la sorte, aussi inattendu et brutal qu’isolé. ».

Pour la partie civile, l’absence de légitimité du but poursuivi se déduirait donc du caractère « inattendu et brutal » et « isolé » du témoignage publié.

Le Tribunal ne se laissera évidemment pas abuser par pareille argumentation.

En réalité, il est constant que les débats concernant l’éducation des enfants jeunes ou moins jeunes sont, dans une société démocratique, des débats d’intérêt général.

De la même manière, la réflexion menée par un certain nombre d’organisme (UNADFI, MIVILUDES, FECRIS, …) est elle-même mue par des considérations d’intérêt général.

Force est donc de constater que le but poursuivi par la publication de cet article, en l’occurrence l’information du public tout à la fois sur le mouvement anthroposophique et sur le fonctionnement des Ecoles STEINER WALDORF, était parfaitement légitime.

c.- Sur la prudence et la mesure dans l’expression :

Il faut ici renvoyer au texte publié par l’UNADFI dans son intégralité.

Si on s’abstient (au contraire de la partie civile) de faire l’économie d’une lecture attentive et complète du texte, apparaissent alors de très nombreuses nuances dans l’expression de la pensée de Grégoire PERRA.

Ainsi, des passages entiers du texte sont-ils même relativement laudatifs concernant le fonctionnement des Ecoles STEINER WALDORF :

– « […] de nombreux élèves prennent plaisir à être scolarisés dans ces écoles. Et de nombreux enseignants s’y épanouissent – malgré tout – dans leur pratique enseignante. Ce serait mentir que de ne pas le reconnaître […] »

– un peu plus loin : « […] certaines innovations pédagogiques favorisent effectivement le raisonnement libre des élèves. Je pense que cela est dû notamment aux méthodes d’apprentissage de la lecture et du calcul, à la manière d’aborder les sciences par le biais de l’expérience et non de la pure théorie »

– ou encore : « […] pour ma part, je sais bien qu’une grande partie de ma pertinence d’analyse provient de certains éléments pédagogiques dont j’ai pu bénéficier dans l’Ecole STEINER WALDORF où j’ai effectué ma scolarité […] »

– ou encore : « […] il est essentiel de souligner que l’ensemble des pratiques que je viens de décrire ne conduit nullement à un endoctrinement massif des élèves immergés dans cette pédagogie. Peu d’entre eux deviendront, comme ce fut mon cas, membre de la Société Anthroposophique […] »

– ou encore : « Je souhaite que mon témoignage permette à tous ceux qui font une promotion inconditionnelle de ces écoles, journalistes ou personnalités en vue, de faire preuve de plus de prudence dans leur appréciation […] ».

Par ailleurs, à de très nombreuses reprises dans le texte, Monsieur PERRA insiste sur le fait que les enseignants qui dispensent leur pédagogie « différenciée » dans le Ecoles STEINER WALDORF sont de parfaites bonne foi :

– « Beaucoup d’enseignants ne réalisent d’ailleurs pas qu’ils endoctrinent »

– plus loin « Les enseignants eux-mêmes ne semblent pas pour la plupart avoir conscience de leur pratique d’endoctrinement ».

En réalité, l’article publié sur le site de l’UNADFI est à maints égards bien moins virulents qu’une partie des textes publiés antérieurement… mais il est vrai par d’autres canaux médiatiques.

En toute hypothèse, il ne saurait être contesté que le texte dont s’agit est empreint de prudence et de mesure dans l’expression.

d.- Sur le sérieux de l’enquête :

Dans ses écritures, la partie civile expose que « l’UNADFI ne rapporte pas la preuve de réelles recherches ou d’investigations approfondies lui permettant de soutenir la réalité du témoignage de Grégoire PERRA ».

Elle fait ensuite valoir une série d’arguments desquels il se déduirait que le point de vue exposé par Monsieur PERRA serait faux, ce qui démonterait l’absence d’enquête.

Deux remarques s’imposent :

  • D’une part, la partie civile omet habilement de rappeler que le texte n’a pas été rédigé par l’UNADFI, mais par Monsieur PERRA et qu’il ne s’agit pas d’une enquête, mais, comme elle l’indique elle-même, d’un témoignage.

Or, ce témoignage émane d’une personne particulièrement qualifiée pour donner un avis sur le fonctionnement des Ecoles STEINER WALDORF puisque Monsieur Grégoire PERRA, ainsi qu’il l’a été rappelé liminairement, et ainsi qu’il l’est exposé dans les observations introductives de l’article, a d’abord été élève dans deux Ecoles STEINER WALDORF, puis professeur dans l’une de ces écoles, puis membre de la Société Anthroposophique en France et enfin a travaillé ardemment non seulement pour la Fédération des Ecoles STEINER WALDORF mais encore pour la Société Anthroposophique à l’effet de réformer la formation anthroposophique de manière générale et au sein des Ecoles STEINER WALDORF en particulier.

Il s’agit donc de toute évidence d’un témoignage de premier ordre.

Qui plus est, le témoignage de Monsieur PERRA étant dénué de toute animosité personnelle, ainsi qu’il l’a été démontré, il était une évidence pour l’UNADFI, conformément à ses statuts et à sa reconnaissance d’utilité publique, d’alimenter le débat public en publiant ce témoignage, solide et étayé.

  • D’autre part, le fait que la partie civile soit en mesure de produire divers témoignages d’élèves ayant quant à eux le sentiment d’avoir réussi leurs études ou une partie de leur vie professionnelle grâce à l’enseignement reçu dans les écoles STEINER WALDORF ne remet évidemment pas en cause le témoignage de Monsieur PERRA ni sa pertinence.

Au demeurant, aucun des prévenus n’a jamais soutenu que l’intégralité des élèves ayant suivi un enseignement au sein des Ecoles STEINER WALDORF serait en échec ou voué à des difficultés systématiques.

Seule la caricature, sous le masque de laquelle la partie civile présente la pensée de Monsieur PERRA, permet pareille conclusion.

De la même manière, il importe peu que tel ou tel organe de presse ait pu se faire l’écho de la réussite ou du bien être vanté par les écoles elles-mêmes.

Il est de la nature même du débat démocratique, vanté par la partie civile, d’être alimenté par la contradiction.

Ainsi que l’indique fort justement Monsieur PERRA aux termes de son article, il est simplement suggéré que ce témoignage « permette à tous ceux qui font une promotion inconditionnelle de ces écoles de faire preuve de plus de prudence dans leur appréciation ».

Ce n’est que dans l’esprit des tenantsde la doctrine anthroposophique ou des défenseurs inconditionnels des Ecoles STEINER WALDORF que Monsieur PERRA symbolise l’intolérance ou la radicalité.

D’ailleurs, force est de constater que nombre d’acteurs de la pédagogie STEINER WALDORF ont admis le bien fondé d’un certain nombre d’observations de Monsieur PERRA.

Ce qui, bien évidemment, confirme que ce dernier s’est exprimé aux termes d’une enquête et d’une réflexion longues et sérieuses.

***

En d’autres termes, c’est avec une parfaite bonne foi que Monsieur PERRA a rédigé le texte publié sur le site de l’UNADFI, de telle sorte que les trois prévenus seront renvoyés des fins de la poursuite.

PAR CES MOTIFS

Vu les dispositions de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse ;

Vu les dispositions de l’article 10 de la Convention Européenne de Sauvegarde des Droits de l’Homme et des Libertés Fondamentales,

RELAXER les prévenus et les renvoyer des fins de la poursuite.

Sous toutes réserves

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Professeur de Philosophie
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