Les exercices méditatifs pour chaque mois de l’année des anthroposophes

Harmonies zodiacales

 

 

 

 

Bélier

 

C’est le début du printemps, en mars, et l’aube point.

Une poussée de vie nouvelle travaille la terre, stimulant les racines, les bulbes, les rhizomes. L’air est traversé de flèches de lumière. Les forces de la croissance se mobilisent sous la surface du sol, sous l’écorce des arbres ; elles percent la croûte dure, font craquer la gaine du bouton et dressent la tige qui attire la lumière d’avril. La sève monte et s’accumule dans les renflements du végétal jusqu’à ce que son élan reparte vers les espaces qui s’ensoleillent, triomphant des oppositions qui n’ont pu la retenir dans sa poussée vers les hauteurs du ciel.

 

Surgis, ô prime lumière,

Saisis l’essence du devenir,

Empare-toi du jeu des forces,

Jette les feux qui éveillent la vie.

Tire parti des résistances,

Livre-toi au cours du temps.

O prime lumière, persiste !

 

 

 

Taureau

 

La matinée s’engage et le printemps s’affirme. La vie végétale noue des noeuds de force dans la plante qui n’était encore en avril que jet, élancement, fusée Les branches terminales s’épanouissent en supports pour la beauté sensible : la fleur de mai qui apparaît. La prairie se couvre de petits astres multicolores dans lesquels la lumière du ciel s’éparpille. La prairie «s’astralise».

Le devenir universel contraint la dure résistance terrestre à manifester une fois encore le miracle de la vie sur terre.

 

 

 

Brille plus clair, éclat de l’être,

Ressens la force du devenir,

Entrelace les fils de la vie

Dans l’existence foncière des mondes,

Dans la manifestation sensible,

Dans la brillante vie ostensible.

O éclat de l’être, sois visible !

 

 

 

Gémeaux

 

L’élan de vie s’amortit en se dédoublant. Un équilibre doit intervenir dans la croissance ; la poussée trop forte perdrait sa mesure ; elle doit se diviser, se fragmenter et se multiplier. L’équilibre s’établira entre les forces contraires de cette multitude d’êtres qui vont s’affronter et se stabiliser. Ainsi la nature en juin brise le jet de croissance dans la profusion des créatures en inventant des houppettes, plumets, aigrettes des graminées. Au bout des longues tiges souples apparaît la petite graine qui concentre un peu de vie universelle dans l’une de ces formes minuscules qui sont les précieux bijoux de la prairie alors qu’elle « monte en graine ». La vie, prête à s’éparpiller, est retenue, gardée pour la terre où tombera la semence tandis que pollen et parfum se dispersent dans l’air.

 

 

Ouvre-toi, être du soleil,

Mobilise ce qui voudrait stagner,

Retiens ce qui veut s’élancer

Pour que la vie s’intensifie,

Pour qu’avec bonheur l’univers se saisisse,

Pour qu’en un fruit le devenir mûrisse.

O être solaire, fais solstice !

 

 

Cancer

 

Le plein été prélude aux après-midi des faunes. Parvenue au zénith, la force de vie sensible va refluer sur elle-même. Une fois la pause du solstice atteinte, le souffle de la nature, avant le retournement, reste en suspens entre l’atmosphère qui s’est pénétrée d’une chaleur d’âme et l’âme heureuse d’aspirer en elle la chaude atmosphère.

Au soleil implacable de juillet qui fait régner midi-le-juste succède dans la nuit moite la lente montée de la lune reflétée par les flaques d’eau stagnantes où la vie fermente. Les terres s’immobilisent sous la chaleur caniculaire. Et le végétal, soulevé d’une conscience claire-obscure, «rêve» l’esprit de l’univers.

Toi, calme et lumineux rayon,

Engendre la chaleur de vie,

Echauffe la vie de l’âme,

Pour que d’elle-même avec force elle s’imprègne,

Pour que d’esprit elle-même se pénètre,

Exhalant sa calme lumière.

Toi, lumineux rayon, sois fort !

 

 

 

Lion

 

La terre savoure la gloire des moissons et l’homme la ressent comme un lion splendide qui remplit l’univers d’une vibration de chaleur à laquelle rien ne peut se dérober ; rien ne peut non plus pour cette année dépasser les dons recueillis.

La sensation d’exister couve dans la nature du mois d’août comme un feu intérieur que devront recouvrir les cendres des combustions estivales. Cependant que dans le noyau du fruit, le bois durcit autour de la semence fragile, et qu’une décision volontaire mûrit sourdement au pourtour des pensées. Et tandis que la nature est au comble des richesses de l’année, elle médite déjà l’année qui suivra.

Pénètre de ta gloire sensible

L’essence du monde réalisée,

Les substances devenant sensitives,

Prenant la décision d’exister.

Dans le brillant de la vie déferlante,

Dans les douleurs d’enfantement régnantes,

En ta grandeur sensible, montre-toi !

 

 

 

Vierge

 

Le soleil encore chaud d’un après-midi de septembre est payé d’une rançon : la lourde rosée qui fait plier les herbes.

En glissant du Lion à la Vierge, l’année se dégrise et frissonne. Dans l’atmosphère qui fraîchit, un voile impalpable se tisse entre le promeneur et les choses ; les fils de la Vierge le frôlent au passage comme pour le retenir en lui-même. Son âme n’est plus aspirée sans réserve par la beauté universelle. Elle lui revient pensive, chargée de souvenirs, aspirant à méditer en elle-même sur les splendeurs contemplées et goûtées. L’esprit qui vit dans l’univers se recueille dans l’esprit qui vit en l’homme et tente de s’y réfléchir. L’âme reprend conscience d’elle-même ; la puissance créatrice de vie est engrangée pour devenir force intérieure de connaissance.

 

 

Regarde bien les mondes, ô âme !

Que l’âme perçoive les mondes,

Que l’esprit conçoive les êtres,

Agis par le pouvoir de la vie,

Sur la volonté ressentie, fonde,

Aie foi dans l’éclosion des mondes.

O âme, connais les êtres.

 

 

 

 

Balance

 

L’heure du crépuscule en automne. Le jour garde encore l’équilibre avec la nuit, dans ce balancement incertain qui fait tout le charme des journées d’octobre. L’été qui meut se fie aux compensations des étés qui viendront.

Dans un des plateaux de la Balance, voilà le noyau du fruit tombé en terre et la graine qui sous le pied s’est enfouie. Dans l’autre plateau, voici la terre éternellement jeune et féconde qui transformera le grain meurtri en semence que le printemps fera lever.

L’équinoxe calme et bienfaisant va offrir à la végétation épuisée d’astralité le lit reposant d l’humus hivernal.

 

 

Les mondes maintiennent les mondes,

Dans les êtres se ressent l’être,

Dans l’existence s’enrobe l’existence.

Et l’être suscite les êtres

Pour s’épancher en actions à venir,

Et de l’univers paisiblement jouir.

O mondes, portez les mondes !

 

 

 

Scorpion

 

Les formes se défont. C’est le premier travail de la métamorphose qui s’accomplit durant les mois sombres sous le sol glacé. Que l’ancien perde tout ce qui lui donnait son caractère, qu’il se décompose, qu’il périsse ! Il faut que le grand’oeuvre commence par la mort, que toute chose meure à elle-même avant de pouvoir songer à renaître sur un autre plan.

L’humidité de novembre est l’agent de cette décomposition qui liquéfie tout, pourrit tout, jette ce qui doit être jeté. C’est dans la pourriture universelle qui gagne la terre, l’humus, les graines, les membres de l’homme, que la vie manifeste sa persistance. Celui qui pourra s’emparer des forces qui passent de forme en forme au moment où la pensée humaine peut les saisir, percera le secret de l’univers et lira dans la pensée des mondes.

L’existence, elle consume l’être,

Dans l’être cependant perdure l’existence.

Dans l’agir s’épuise le devenir,

Dans le devenir persiste l’agir.

Dans l’ordonnance cosmique punitive,

Dans la forme à soi-même répressive,

L’être conserve les êtres.

 

 

 

Sagittaire

 

La nature s’enfonce dans l’hiver et la terre dans la nuit.

Le soleil de décembre est au plus bas du ciel et l’élan créateur à son point mort. Cristaux de neige, squelettes d’arbres, structures pétrifiées devenues visibles, rappellent seuls encore le monde des formes et des étoiles sur le sol. Mais en ces formes la vie ne circule ni ne chante. Elle n’est plus que volonté tenace de durer dans les profondeurs où elle s’est réfugiée. Là se conservent les formes-mères, celle dont s’inspirera l’été prochain. Là est le type, la vérité, l’origine que rien n’efface ni n’altère. Tout ce qu’il y avait d’imparfait dans la tendance s’achève en se réalisant de forme en forme.

 

Le devenir accède au pouvoir d’exister,

En existant, le devenir va s’éteignant.

Le but réalisé emprisonne l’élan

Dans un vouloir-vivre qui va s’imposant.

L’ordre du monde achève d’être mûr en mourant,

Les formes dans les formes disparaissant.

L’existant puisse-t-il ressentir l’existant!

 

 

 

Capricorne

 

Minuit, le point décisif de l’hiver. Le double profil du dieu Janus préside au changement de l’année : un regard sur le passé qui sombre, un regard sur le nouvel horizon. Dans les graines, sous la terre, au solstice d’hiver, quelque chose a changé; Aucune circulation de vie n’est encore visible, mais l’esprit de la terre veille et les graines absorbent le plan de leur espèce ; elles n’ont plus de lien avec les plantes de l’an passé qui sont mortes ; elles ne sont pas encore semence des plantes à venir. Dans un présent sans espace ni temps, elles s’imprègnent de leur «type» immatériel. Chacune, selon son espèce, est confiée à son vigilant gardien. La vie universelle rencontre dans la nuit obscure de chaque grain, chaque pépin, chaque noyau, chaque bulbe, une résistance particulière à surmonter, un obstacle spécifique à vaincre, pour l’élever vers la lumière. Dans cette lutte, la vie s’affermira.

 

Que l’avenir sur le passé repose.

Que le passé ressente l’avenir

Pour conforter la vie dans son présent.

Dans la résistance vitale intérieure,

Que la vigilance des mondes s’affirme,

Que l’efficience de la vie s’épanouisse.

Le passé puisse-t-il supporter l’avenir !

 

 

 

 

Verseau

 

À l’angoisse de mourir, de passer d’un monde familier dans un monde inconnu, Rudolf Steiner comparait l’angoisse ressentie par l’enfant qui naît ; il quitte la plénitude sans bornes du ciel pour les humiliantes limitations terrestres.

Pouvons-nous ressentir le Verseau comme un signe d’équilibre qui apporte un apaisement à cette angoisse et nous engage sur la voie des sacrifices consciemment consentis ? En lui, deux courants viennent se confronter : celui du fleuve dévorant, le devenir qui tout entraîne et tout emporte, arrachant à elles-mêmes les herbes de la rive ; et celui des existences trop singulières qui se referment sur elles-mêmes de peur de livrer un peu de l’être qui vit en elles.

La semence doit s’ouvrir sans réserve au flot de vie qui soulève le germe, mais rester fidèle au plan mystérieux dont elle est dépositaire.

 

Que le limité s’offre à l’illimité.

Là où manquent les bornes, que l’être creuse

Aux profondeurs, pour s’en forger lui-même ;

Qu’il s’élève dans le torrent,

Se maintenant comme une vague dans l’écoulement,

Par la forme passant du devenir à l’existence.

Donnes-toi des limites, ô illimité !

 

 

 

Poissons

 

Le sacrifice a été consenti ; tout le passé a été dépouillé, rejeté ; ce fut la grande purification de février. Il faut encore couper, tailler, rogner, châtier. La vigne est réduite à ses moignons ; le sécateur met à nu l’aubier. La terre grattée, mortifiée, est fendue, ouverte, labourée par le soc et la bêche.

Lorsqu’approche la pleine lune de Pâques, le bouleversement est à son comble. Dans les couches que les structures cristallisées de l’hiver ont abandonnées, le chaos règne ; chaos nécessaire pour que d’une nouvelle vague de fécondation les forces de vie soient saisies, ces forces de l’éternel «meurs et deviens».

Alors du haut du ciel surgira dans toute sa puissance organisatrice la lumière printanière du Ressuscité en qui «la mort devient la vie».

Et pourra revenir sur terre le début du printemps, et l’aube…

 

Que dans le perdu se retrouve la perte,

Que dans le gain se perde le gain,

Que ce qui conçoit se cherche dans le conçu

Et dans le reçu se reçoive lui-même.

Grâce au devenir promue à l’existence,

Grâce à l’existence rendue au devenir,

Que la perte soit en fait un acquis !

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A propos gperra

Professeur de Philosophie
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