L’Anthroposophie est-elle un culte à Lucifer déguisé ?

Au détour de mes  recherches, un lecteur m’a indiqué un article s’interrogeant sur la vraie nature de la dimension cultuelle et spirituelle de l’anthroposophie. Personnellement, je désapprouve totalement la condamnation d’une doctrine au nom d’une autre qui se croit supérieure à la première. Ici, par la bouche de Vaquié, c’est l’intégrisme de l’Église Catholique qui s’oppose à l’Anthroposophie. Un tel pugilat n’a rien de pertinent et il n’y a rien à gagner à y assister, et encore moins a prendre partie pour l’un ou l’autre. Laissons les esprits fermés se jeter entre eux des anathèmes ! Par contre, le fait d’avoir quitté le monde des anthroposophes ne m’a pas fait abandonner le champs des interrogations  spirituelles. C’est pourquoi, je considère que mettre le doigt sur l’accointance de Steiner avec le « luciferiannisme » n’est pas un apport a négliger complètement. Mais ici, je me positionne surtout en tant qu’ancien membre de l’École de Science de l’Esprit, qui a bien remarqué que certains gestes, certains propos, certains effets psychiques de ce « culte inversé », comme l’appelle Steiner, pourraient aller dans le sens évoqué par cet auteur dans les extraits que nous citons ci-dessous. Par exemple, cette idée de Rudolf Steiner selon laquelle Lucifer deviendrait le nouveau Saint-Esprit. Ou la sorte de pentagramme inversé et incomplet qui constitue le « signe de Michaël », que le « lecteur » de l’École de Science de l’Esprit trace dans l’air à la fin de chaque « leçon ». Taxer l’Anthroposophie de démoniaque na rien de pertinent ! Et personne n’a le monopole de l’être du Christ, ni de Dieu, si ces derniers existent. Mais indiquer que la source d’inspiration de Steiner pourrait avoir été plus trouble qu’il n’y parait expliquerait bien des choses sur le plan du vécu spirituel et social de l’adepte de l’Anthroposophie, en particulier dans les cercles les plus fermés de ce mouvement. Il s’agit d’être clair : ce n’est que par l’éclairage possible qu’ils jettent sur un vécu concret que je trouve les passages de cette étude que je publie pertinents, mais je ne reconnaît pas à cette dernière une qualité de démarche intellectuelle suffisante. Lorsque sera bientôt publiée l’étude monumentale de Yves Casgrain intitulée Et si Lucifer était le Maître de votre enfant ?, sans doute aurons-nous en notre possession un ouvrage de la qualité désirée permettant de faire le lien nécessaire entre l’Anthroposophie, la pédagogie Steiner-Waldorf et la dévotion à Lucifer. Mais en attendant cet heureux événement, nous devons nous contenter des démarches intellectuelles largement imparfaites qui existent, ce qui est fort dommage. De même, lorsque Paul Ariès, dans son ouvrage intitulé Anthroposophie, enquête sur un pouvoir occulte (Éditions Golias), fait remarquer que Rudolf Steiner a été, au début du XXème siècle, l’une des personnes qui a fréquenté le cercle de la « magie sexuelle » de Vienne n’est pas une information à négliger, notamment pour comprendre certains comportements sociaux de type sectaire qui existent dans le milieu anthroposophique. Car ce n’est sans doute pas pour rien que la séduction sexuelle joue un si grand rôle et prend une telle place, ainsi que j’ai pu l’observer, dans les nombreuses institutions anthroposophiques que j’ai fréquentées. C’est dans cet esprit que je met à disposition de mes lecteurs les extraits de l’étude de cet auteur, dont je ne reprends nullement l’ensemble des propos et dans la démarche générale duquel je ne m’inscris pas.

Grégoire Perra

Un extrait d’une étude de Jean Vaquié :

« Rudolf Steiner avait accepté le secrétariat de la société allemande de théosophie à la condition qu’il pourrait y exprimer librement ses propres opinions. Dès lors il ne s’en prive pas, et il conduit son auditoire dans une direction qui n’est plus parfaitement théosophique et qui inaugure déjà l’anthroposophie. Dans cet esprit, il commence la publication d’une nouvelle revue qu’il intitule « Lucifer ». Il précise, bien entendu, qu’il ne s’agit pas de l’ange déchu mais del’ange « porte-lumière ». C’est une distinction habituelle dans les milieux occultiste s: on raisonne comme si l’ange « porte-lumière » était resté un bon ange, ou comme si son éviction du ciel était une légende tout à fait négligeable. En mettant sa revue sous le nom de Lucifer, Steiner montre son ignorance ou plutôt son attrait pour l’équivoque en matière de démonologie. Il écrit dans son autobiographie : « La revue Lucifer reçut bientôt une heureuse impulsion. Un certain M. Rappoport, de Vienne, qui éditait une revue, me fit la proposition de réunir les deux périodiques. Le Lucifer parut sous le titre LUCIFER-GNOSIS et Rappoport supporta, pendant un certain temps, une partie des frais. Lucifer-Gnosis eut une carrière brillante ». (chapitre XXXII). Toujours est-il que l’enseignement déjà nettement anthroposophique de Rudolf Steiner, s’exprime pour la première fois publiquement sous la double invocation de Lucifer et de la Gnose. Il y a là une disposition providentielle qui est un véritable avertissement et dont le sens ne saurait échapper à un chrétien un tant soit peu attentif aux signes extérieurs de la volonté divine. » (…)
« Les gnostiques donnaient l’appellation d’EONS à chacun de ces mondes émanés du couple Père-Silence. Steiner préfère abandonner cette appellation. Il abandonne aussi la répartition du monde des esprits en trente degré. Il se contente de trois échelons : – le « Dévachan supérieur » qui est directement au contact du couple Père Silence, – le « Dévachan inférieur » qui constitue un monde intermédiaire, – et enfin le « monde astral » qui est immédiatement mitoyen avec le monde matériel sensible. Et naturellement il va diriger sa clairvoyance sur ces mondes qui nous dominent afin d’en élucider les mystères. Le voilà donc dirigeant son regard spirituel dans la zone du Père Silence « vers le plan qui est encore au dessus du Dévachan supérieur ». (« Le Christ et le Monde Spirituel », p. 27) Il est abîmé, depuis un moment, dans cette contemplation quand une VISION se présente à son oeil intérieur :
« Alors apparaît l’ÉTOILE qui a fait sentir sa force dans la pensée gréco-latine… On voit apparaître, au delà du Dévachan, ce qu’on peut appeler symboliquement une étoile, c’est à dire l’ENTITÉ SPIRITUELLE qui est à l’origine de l’essor de pensée survenu au début de notre ère. » (ib., p. 27)
Il revient un peu plus bas sur cette même « vision de l’étoile » qui l’a visiblement frappé et marqué pour toujours. Il cherchait la cause de ce qui est entré dans les âmes à l’époque gréco-latine et il attendait que sa faculté de clairvoyance lui révèle cette cause :
« J’attendais, non pas en vain, car surgit, à l’horizon, infiniment lointain de la vie spirituelle, une ÉTOILE et de cette étoile rayonne une force dont je suis en droit de dire qu’elle est à l’origine de mon expérience intérieure. » (ib. p. 27-28).
Telle est la fameuse « vision de l’étoile » dont il reparle sans cesse et qui a été pour lui une illumination. Après un interminable périple à travers les philosophes grecs et latins, les sibylles, les Rishis de l’Inde pour finir par la légende du Graal, Steiner en arrive à dévoiler que cette « étoile », cette « entité spirituelle » dont il a eu la vision n’est autre que le Logos. Nous sommes obligés d’avouer que nous en sommes beaucoup moins sûr que lui. Étant donné les procédés de mystique provoquée que Steiner emploie, étant donné l’orientation et l’éclairage gnostique, occultiste et hindouiste au milieu desquels sa clairvoyance s’exerce, cette étoile-entité, qui fait ainsi son apparition feutrée, nous paraît, au contraire, ressembler de très près à cette « étoile tombée du Ciel » dont parle Isaïe pour désigner Lucifer. Et si, comme il le dit, une telle « force » est à l’origine de son expérience intérieure, il y a de grandes chances pour que toute cette mystique vienne, en dernier ressort, du démon. C’est à cette même conclusion que nous a déjà conduit l’analyse de la mystique steinérienne. Et la suite de notre enquête renforcera encore cette opinion. (…)
Nous avons vu que l’Entité christique, dont on nous a parlé si souvent, s’est rapprochée de la terre, par étapes, dès la fin de l’ère atlantéenne. La tendance de Steiner à considérer cet être comme présentant les caractères d’un ange est absolument évidente. L’Entité christique qu’il rencontre avec tant de fréquence dans son investigation spirituelle est indubitablement un ange. Tantôt il se contente de le suggérer prudemment, tantôt il se hasarde à l’affirmer nettement :
« Il faudrait dire que le Christ s’est fait âme dans un « ETRE ANGÉLIQUE ». (« Le Christ et le Monde Spirituel », p. 61)
« L’être angélique habité par le Christ dut accomplir un acte qui rejette hors de l’âme humaine l’élément chaotique qui devait en être expulsé pour que l’harmonie et l’ordre puissent régner dans la pensée, le sentiment et la volonté. Une image s’offre à nous : faisons-la vivre devant notre regard intérieur (clairvoyance). C’est l’image de cet ETRE ANGÉLIQUE, de l’Être qui est encore dans les mondes spirituels mais qui deviendra plus tard l’Enfant-Jésus de Nathan… » (ib. p. 61)
Cet être, dans l’esprit de Steiner, est-il angélique par nature, ou ne serait-il pas plutôt le résultat de l’angélisation de la divinité, c’est à dire de la descente de la divinité dans un ange ? Certains passages tendraient à le prouver :
« Dans les mystères apolliniens, on disait qu’une très grande divinité avait un jour pris possession d’un ÊTRE DE LA HIÉRARCHIE DES ANGES et qu’un reflet de son action harmonisatrice sur la pensée, le sentiment et la volonté se trouvait dans la musique… » (ib. p. 64)
« Apollon en effet, c’est l’Être angélique dont nous avons parlé, c’est un aspect, une projection dans la mentalité grecque de l’Être angélique dont l’action s’est réellement exercée à la fin de l’Atlantide et qui était animé par le Christ. C’est cet Être qui, par la voix des Pythies, inculqua la sagesse aux Grecs, cet Apollon, reflet de l’ANGE HABITE PAR LE CHRIST, c’est à dire l’Être angélique animé par le Christ ». (ib. p. 65)
Et il termine ses considérations sur l’angélisme de l’Entité christique par ces mots :
« Voilà ce que nous révèle L’OBSERVATION OCCULTE ». (p. 65)
Tout cela a donc pour origine la fausse mystique dans laquelle il est passé maître. Il est évident que toute cette mythologie christique, à laquelle il donne le nom de christologie, il la doit à son « regard intérieur », c’est-à-dire à sa clairvoyance. Nous avons donc un trait supplémentaire prouvant que cette fausse mystique met en jeu une forte participation démoniaque. Quelle est donc, en effet, cette ENTITÉ ANGÉLIQUE, sinon Lucifer cherchant à se faire passer pour le Christ ? De telle sorte que la prétendue « christologie » de Rudolf Steiner nous donne duChrist une définition dans laquelle Lucifer peut venir se loger sans que l’on ait à y changer un mot. En honorant le Christ de l’Anthroposophie, on honore l’Antéchrist. (…)
Beaucoup d’autres aspects de ce CHRISTIANISME ENRICHI par la clairvoyance seraient encore à examiner. Car l’influence du mouvement anthroposophique est considérable dans le monde entier et constitue une réelle tentation idéologique et religieuse pour beaucoup de personnes. Aussi seronsnous obligés de revenir régulièrement sur ce sujet. Pour conclure le présent exposé, nous ne saurions mieux faire que de reproduire les paroles de l’hymne au CHRIST-SOLEIL que l’on chante dans les cérémonies anthroposophiques qui se déroulent au Goetheanum de Dornach près de Bâle en Suisse, centre mondial du mouvement. Nous allons y reconnaître facilement cette religiosité frémissante et luciférienne qui n’a de chrétienne que la prétention.
Publicités

A propos gperra

Professeur de Philosophie
Cet article, publié dans Le vrai visage de l'Anthroposophie, Une religion masquée, est tagué , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

4 commentaires pour L’Anthroposophie est-elle un culte à Lucifer déguisé ?

  1. Après quelques recherches, j’ai découvert que Jean Vaquié a été le cofondateur d’un mouvement catholique marginal hyper-orthodoxe dans la ligne de Mgr Lefèbvre, réactionnaire et dogmatique qui a pris le prêtre jésuite illuminé, obsédé par la théorie du complot, Augustin Barruel (1741-1820), comme figure de proue pour son association. On est en droit d’émettre des doutes légitimes sur l’objectivité de ce genre d’articles. J’ai lu l’article complet, et il est truffé d’approximations, voire d’erreurs. À lire avec beaucoup de circonspection et d’esprit critique. Ce qu’on peut aussi dire de l’anthroposophie, certes, auquel l’auteur s’attaque avec une partialité inhérente à tout prétendu détenteur de la vérité.

    • Sarah dit :

      Augustin Barruel ne dit pas que des bêtises, il faut éviter de penser que quelqu’un dit faux quand il dit « le ciel est bleu », sous le prétexte qu’il ne dit pas que des choses sensées. Le ciel n’en devient pas mauve sous ce prétexte. Je suis intéressées par les approximations et les erreurs (je pense que tout le monde en fait cependant)

      Je m’adresse maintenant à l’auteur du blog, si j’ai bien compris l’article, il n’y a pas assez de preuves pour affirmer que le luciférisme et l’anthroposophie sont liées, mais appeler une revue « lucifer », pour ne prendre que ce détail, semble quand même être un aveu de rattachement, ou plutôt de volonté de rattachement, je ne pense pas qu’il ait trouvé le nom juste jolie? C’est juste un détail idiot, mais le problème, c’est que même sans avoir lu le texte de Vauquié, ce qui était mon cas, on en arrive à plein de bizarre « coïncidences » symboliques, et de cohérences doctrinales entre les deux courants.

      • Jean-François Theys dit :

        Si Steiner a choisi ce nom c’est tout simplement parce qu’il avait fondé une section de la Société théosophique, et que la revue théosophique avait été appelée ainsi probablement par Helena Petrovna Blavatsky. Ceci dit, je n’ai jamais dit que Vaquié n’écrivait QUE des choses insensées, mais qu’il fallait lire ce genre d’article avec beaucoup de circonspection et d’esprit critique, tout comme les œuvres de Steiner par ailleurs. Vous vous dites intéressées par les approximations et les erreurs, bien, mais dans ce cas la moindre des choses serait de commencer par lire attentivement le texte en question !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s