Les travaux manuels dans les écoles Steiner-Waldorf

La pédagogie Steiner-Waldorf comporte dans son programme un nombre impressionnant d’activités manuelles et de travaux artisanaux : menuiserie, tricot, couture, jardinage, cuisine, modelage, forge, cuivre, etc. Ce programme peur séduire les parents qui se disent que leurs enfants deviendront ainsi doués de leurs mains et seront capables de réaliser un grand nombre de choses sur le plan pratique.

Le discours que les pédagogues anthroposophes avaient tenu à mes parents étaient de cet ordre. Ils affichaient leur volonté d’équilibrer le développement du pôle intellectuel, hypertrophié à notre époque, en compensant par des activités manuelles et artisanales diverses et variées.

Cependant, ces cours furent pour moi, jusqu’à la « neuvième classe », les pires moments de ma scolarité. Non pas que je n’aimais pas me servir de mes dix doigts, bien au contraire ! Mais les pédagogues de mon école avaient une manière effroyable d’enseigner ces activités. En effet, toutes les activités de ce genre sont faites, normalement, pour développer, chez ceux qui s’y adonnent, un certain sens de la créativité, de l’ingéniosité, combinés à un amour authentique des matériaux (bois, cuivre, tissus, etc). Mais du fait que ces pédagogues étaient des anthroposophes, leur rapport personnel à ces activités était marqué par une forte psychorigidité. Ainsi, tous les élèves devaient réaliser le même objet à l’identique. Obsédés par l’idée que les enfants réalisent un bel objet, conforme à leurs critères, le professeur récupérait à la fin de chaque séance le travaux de l’élève afin de lui « avancer ». Par « avancer », le professeur entendait surtout « corriger » ce qu’avait fait l’élève, c’est-à-dire réaliser lui-même l’objet parfait qu’il avait en tête. Parfois, lorsqu’il repérait une erreur dans l’ouvrage, il arrivait  au professeur de travaux manuels de défaire entièrement ce qu’avait fait l’élève pour le refaire complètement à sa place. Ainsi, tous les enfants se retrouvaient avec quasiment le même objet sans personnalité, qu’ils étaient d’ailleurs incapables de reconnaître si ce dernier se mélangeait avec ceux de leurs camarades. Lors des « Portes-ouvertes », lorsque les élèves exposaient leurs travaux, il fallait mettre une étiquette afin qu’ils sachent lequel leur appartenait.

Cela se traduisait aussi par une grande froideur envers la plupart des élèves, sauf ceux qu’ils considéraient comme leurs élus. En outre, les professeurs se contentaient de nous donner des ordres que nous devions exécuter, sans les comprendre. Par exemple, en cours de bois, on nous disait de prendre telle planche, de la scier sous tel angle, puis de prendre une gouge et de creuser à tels endroits tant de centimètres, etc. La plupart du temps, nous ne savions même pas quel type d’objet devaient être réalisé à la fin. Nous suivions les consignes. Nous discutions entre nous, ne nous souciant pas trop de ce que nos mains faisaient. Ce travail avait ainsi quelque chose de similaire à celui des forçats qui cassent des cailloux dans les bagnes. A la fin du temps scolaire imparti, presque aucun élève n’avait fini son objet. Le professeur prenait alors ses outils électriques, effectuait en deux temps et trois mouvements ce qui nous aurait encore pris de nombreuses heures sans les outils qu’il avait, et nous nous retrouvions avec un bel objet (un plateau de fruits, un petit bateau, etc), que nous pouvions ramener à nos parents, ébahis. Pendant ces cours, le professeur se montrait parfois violent avec les élèves, surtout quand il s’agissait des garçons, leur tirant les oreilles jusqu’à les soulever du sol quand ils n’exécutaient pas comme il l’entendait ses consignes. Avec les jeunes filles, il lui arrivait de laisser s’égarer ses mains.

En cours de couture et de tricot, je ne crois pas avoir réalisé un seul objet abouti lors des quatre premières années de ma scolarité. La professeur, particulièrement rigide, jugeait déplorables toutes mes productions et ne m’accordait aucune aide lorsque je la sollicitais. Estimant que j’étais nul, elle finit par me mettre dans un coin, assis par terre, pour démêler ses pelotes de laines. Avec les « bons élèves », dans un autre coin de la salle, elle discutait de contes et de légendes. Pendant ce temps, le petits groupe de caïds de la classe passait son temps à m’insulter et à me provoquer. Lorsque parfois je m’énervais au point de hausser la voix, elle quittait sa retraite dorée pour venir me punir, sous les ricanements de mes persécuteurs, puis retournait à sa place avec son groupe d’élèves favoris. Au bout de plusieurs années, excédé, comprenant que ce que je vivais n’était pas normal, je prévenais mes parents que je ne voulais plus assister à ces cours de couture et de tricot. Ils acceptèrent.

Aujourd’hui encore, comme la plupart de mes anciens camarades de classe, je ne sais pas recoudre un bouton de chemise, alors que j’ai fait quatre année de cours de couture, à raison parfois de quatre heures par semaine, dans l’école Steiner-Waldorf où j’ai été scolarisé.

(un extrait de Ma vie chez les anthroposophes)

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Professeur de Philosophie
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