Le premier anniversaire du procès du 5 avril 2013

C’était il y a un an, jour pour jour. La Fédération des Écoles Steiner-Waldorf allait jusqu’au bout de sa funeste entreprise consistant à m’assigner en diffamation, ainsi que l’UNADFI, devant la XVIIème chambre correctionnelle de Paris, réclamant jusqu’à 50 000 Euros de dommages et intérêts. Jusqu’au dernier moment, ni les scrupules moreaux ni la conscience de la stupidité d’un tel acte n’auront arrêté les dirigeants de la Fédération et leurs avocats.

« Si j’étais à leur place, jamais je n’aurais fait de procès ! » disait à plusieurs reprises mon avocat au cours de la préparation qui précéda cet événement. Car la défaite de la Fédération des Écoles Steiner-Waldorf fut sans doute l’une des plus cinglante qu’eut à subir ce mouvement qui se prétend « pédagogique », non seulement en raison du verdict lui-même, qui l’a débouté définitivement, mais aussi et surtout par ses conséquences ultérieures, à la fois morales et politiques.

En effet, les conséquences politiques de ce procès auront été que jamais les acteurs de la vie politique, ni les institutions ou associations chargées de la surveillance des dérives sectaires, n’auront été autant averties de la vraie nature de ces écoles qu’elles ne le sont aujourd’hui ! En agissant comme elle la fait à mon égard, la Fédération n’a fait que trahir son embarras profond à l’égard d’un écrit qui faisait tomber les masques : la manière dont, au cours du procès, sont apparues d’elles-mêmes toutes les contradictions profondes qui travaillent l’Anthroposophie et les écoles Steiner-Waldorf  fut très significative. En utilisant la stratégie lamentable qui a été la sienne au cours des débats, la Fédération n’a pu que confirmer aux yeux de toute la société ce qu’elle était vraiment et ce dont elle était capable. Enfin, en n’ayant pas la sagesse de se rendre compte qu’il est des personnes qu’il aurait bien mieux valu éviter de mettre en colère, cette institution a creusé sa propre tombe.

Mais les conséquences de ce procès sont également morales et individuelles. Marie-Céline Gaillard, Présidente de la Fédération des écoles Steiner-Waldorf, porte en effet la lourde responsabilité personnelle d’avoir été jusqu’à solliciter, pour tenter de me faire condamner coûte que coûte, le témoignage confus et contradictoire de mon ex-compagne anthroposophe, Cécile Acremant, comme je le relate dans mon compte-rendu de l’audience. Se résoudre à cette extrémité consistant à fouiller jusque dans la vie personnelle et familiale de ses adversaires pour les atteindre relève en effet de la bassesse pure et simple ! Quand l’échec est au rendez-vous de ce genre de pratique, cela signifie que l’on a plongé profondément les mains dans la merde pour les en ressortir… sales et vides !

Au cours de l’année qui vient de s’écouler, je me suis souvent demandé comment une personne ayant commis ce type d’action pouvait en porter le poids par la suite. En effet, la situation de Marie-Céline Gaillard est loin  d’être simple. D’un côté, par le manque d’intelligence et de clairvoyance dont elle a fait preuve dans cette affaire, elle a compromis aux yeux de tous et pour très longtemps non seulement les écoles Steiner-Waldorf, mais également l’Anthroposophie dans son ensemble ! Son nom sera donc irrémédiablement associé à ce fiasco et à ses conséquences, qui ne concerneront pas que la France. Pour quelqu’un dont l’unique raison de vivre semble avoir consisté depuis des décennies à se construire une place de premier plan au sein de ce petit milieu, la voici donc couverte d’une honte indélébile et d’un échec qu’il n’est pas possible de ne pas lui imputer, ne serait-ce que partiellement. Je l’avoue, je n’aimerais pas être à sa place !

D’un autre côté, c’est à titre personnel que Marie-Céline Gaillard s’est compromise. Ne fut-elle pas en effet ma professeur durant de nombreuses années, non seulement au cours de ma scolarité à la Libre École Rudolf Steiner de Verrières-le-Buisson, mais également lors de ma formation à l’Institut Rudolf Steiner de Chatou ? Son propre mari ne fut-il pas également mon professeur de classe durant de nombreuses années ? Or, toute personne qui a exercé le métier d’enseignant ou de formateur sait bien que notre responsabilité personnelle à l’égard des êtres humains à qui nous dispensons nos compétences va bien au-delà des délais de l’exercice de nos fonctions. Une part profonde de nous-mêmes continue de se sentir reliée au devenir de ceux qui ont été nos élèves, même des années après, même quand nous n’avons contribué que pour une faible part à ce qu’ils sont devenus par la suite. Marie-Céline Gaillard a donc osé prendre la responsabilité personnelle d’intenter un procès à un de ses anciens élèves alors même que, selon ses propres mots – qui m’ont été rapporté par des personnes dignes de foi – elle était convaincue de ma sincérité et de la justesse de nombre de mes allégations, contenus dans mon témoignage intitulé L’endoctrinement des élèves à l’anthroposophie dans les écoles Steiner-Waldorf !

Pourquoi, me direz-vous, parler de responsabilité personnelle, alors que ce qui caractérise précisément la nature d’une dérive sectaire est que les individus ne savent plus y agir en tant qu’individus, qu’ils y sont dépossédés d’eux-mêmes et qu’ils sont prêts à tout sacrifier, jusqu’à leur dignité, pour la cause et le mouvement qu’ils servent ? Certes, je n’ignore pas que, d’une certaine façon, Marie-Céline Gaillard n’avait pas le choix d’agir autrement qu’elle l’a fait, quels qu’aient pu être ses scrupules et ses réticences. Mais c’est sa signature qui figure au bas de l’acte d’accusation qui a été envoyé au Procureur de la République ! Et c’est encore sa signature que l’on peut voir sur le droit de réponse qui a été envoyé à l’UNADFI, relevant de la même stratégie immonde de diabolisation de ma personne pour tenter de décrédibiliser mon écrit ! C’est donc elle-même qu’elle a impliqué jusqu’au cou dans cette affaire.

Dans leur doctrine, les anthroposophes insistent beaucoup sur le fait qu’après la mort, l’âme humaine est confrontée aux conséquences de ses actes. Ils nomment « Kamaloca » le lieu du monde spirituel et astral où la personne décédée éprouve les conséquences objectives de ses propres actions réalisées durant son existence passée. Et Rudolf Steiner d’insister sur la souffrance que ce domaine du « feu dévorant » inflige à ceux qui se sont mal comporté à l’égard de leurs semblables. Pour ma part, je sais que la dimension morale de l’existence est une réalité, que nos actes ne tombent pas dans le néant et que notre être profond doit les assumer, tôt ou tard, même quand on se ment à soi-même afin de ne pas les voir. Mais je n’ai pas les moyens de savoir si cette dimension morale se manifeste après la mort de la manière dont la décrit le fondateur de l’Anthroposophie. Et d’une certaine manière, je n’ai pas à m’en soucier, puisque j’assume déjà, dans ma vie présente, autant qu’il m’est possible de le faire, ce que j’ai accompli de bon ou de mauvais.

Mais qu’en est-il pour quelqu’un dont l’être est profondément divisé et qui n’a fait que fuir depuis de nombreuses années la part morale d’elle-même ? La question si longtemps différée ne devra-t-elle se poser avec force au moment où son heure sera venue ? Pour Marie-Céline Gaillard, le simple écart entre le contenu de ses propres croyances et la réalité de ses actes ne sera-t-il pas un jour une source de souffrances bien plus grandes que celles que peut infliger un « feu dévorant », fut-il astral ?

Je ne sais pas comment, dans la vie ou dans la mort, la Présidente de la Fédération des écoles Steiner-Waldorf parviendra ou non à se mettre en accord avec sa conscience, au regard de ce qu’elle a posé contre moi et contre la vérité. Et au fond peu m’importe ! Car, la concernant, ce genre de dilemme ne m’intéresse qu’à titre de curiosité anthropologique. Seuls les soucis moreaux de mes vrais amis, de mes vrais proches ou des gens que j’estime sont susceptibles aujourd’hui de retenir mon attention et ma compassion. Bien que mon ancienne professeur de l’école Rudolf Steiner de Verrières-le-Buisson ait été placée vis-à-vis de moi dans le contexte d’une dérive sectaire où tout était fait pour qu’elle prenne à mes yeux la figure d’une sorte de mère, je sais désormais que nous ne sommes en réalité rien l’un pour l’autre. Et qu’il en va de même de tout les autres membres de la mouvance anthroposophique que j’ai pu côtoyer durant des années, voire des décennies pour certains, partageant parfois avec eux une profonde intimité, ou des relations de collaboration intense. Car aussitôt que vous n’appartenez plus à leurs cercles, que vous vous distancez de leur doctrine ou que vous la rejetez, vous n’existez plus pour les anthroposophes ! Vous êtes, au mieux, une « âme égarée », un être « qui n’a pas su accueillir le Christ en lui », etc. Et, au pire, un ennemi, un hérétique, dont ne proviennent que des « attaques », pour reprendre leur terminologie. Tout ces gens vous font certes de grands sourires, vous appellent leur ami,  vous parlent de liens karmiques insécables entre entre vous et eux, tant que vous appartenez à leur milieu. Mais au fond d’eux-mêmes, ils ne savent absolument rien des liens profonds qui peuvent unir un être humain à un autre être humain à travers le temps et les épreuves de la vie. Car leur cœur est mort à l’autre !

Pour ma part, je n’oublierais jamais que j’ai partagé l’épreuve de ce procès et sa préparation aux côtés de ma compagne. Et que le soutien que j’ai reçu de sa part à cette occasion traduit un lien plus grand que tout ce que j’ai pu connaître de factice chez les anthroposophes !

Bien qu’il ait constitué une épreuve difficile, ce procès, voulu par la Fédération des écoles Steiner-Waldorf, aura donc été pour moi l’occasion d’un progrès moral important : celui de pouvoir trancher complètement et radicalement les dernières attaches qui me retenaient encore au milieu anthroposophique. Pour certaines, il s’agissait de liens humains : telle ou telle personne que je croyais suffisamment distanciée, ou honnête, ou à qui j’accordais encore à tort ma confiance. En réalité, il n’est pas possible d’être véritablement honnête et droit tout en appartenant peu ou prou au monde des anthroposophes, comme me l’a révélé le comportement de ces personnes à l’occasion de l’approche du procès. Ou de liens persistants avec certaines institutions, comme la Communauté des Chrétiens, avant que celle-ci ne révèle à cette occasion sa complète allégeance au milieu anthroposophique et sa totale complicité avec la Fédération, ainsi que je le raconte dans Ma vie chez les anthroposophes. Mais il s’agissait aussi de liens idéologiques, comme quelques restes de tournures de pensée new-age, mystiques ou magico-religieuses, dont je peux mesurer aujourd’hui à quel point le fait de m’en éloigner a constitué un bienfait pour ma vie personnelle.

Enfin, cette épreuve a fait que je suis devenu un témoin. Le témoin de ce que sont vraiment les écoles Steiner-Waldorf et toutes les institutions de l’Anthroposophie ! Ce fait a du poids. Et il en aura sans doute de plus en plus à l’avenir. Ainsi, c’est à ce titre et dans la joie qu’il convient que soit célébré le premier anniversaire du procès du 5 avril 2013.

Le samedi 5 avril 2014

Grégoire Perra

 

 

 

 

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Professeur de Philosophie
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