Le burn-out dans les institutions Steiner-Waldorf

L’intitulé du stage proposé par la Fédération des écoles Steiner-Waldorf sonne au premier abord comme un gag : « Prévenir ou gérer le burn out par l’improvisation ». Il rappelle ces propositions fumeuses de mouvances new-ages de tout bords prétendant soigner les cancers par le rire, ou les dépressions par la méditation. Cependant, le descriptif affirme sans ambages le prétendu sérieux de la proposition :

« Face au surmenage professionnel et aux situations conflictuelles en milieu scolaire, nous réagissons fréquemment par le repli sur soi ou le passage en force, accentuant de la sorte une dynamique de séparation, vis à vis de notre environnement comme de nos propres ressources, pouvant conduire, dans les cas extrêmes, aux symptômes de plus en plus répandus de l’épuisement professionnel. (…) La combinaison d’une source d’inspiration interne et d’une grande capacité à capter l’environnement fait de l’improvisateur un esprit dont la souplesse et l’adaptabilité permettent de mieux gérer les situations de stress et de surcharge de travail dans le quotidien des enseignants. (…) Le public concerné : Enseignants des écoles Steiner-Waldorf, tous cycles confondus, étudiants et anciens étudiants des instituts de formation à la pédagogie Steiner-Waldorf. »

Ainsi, la Fédération des écoles Steiner-Waldorf semble réaliser qu’il existe bel et bien au sein de ses institutions une tendance au burn-out de ses personnels enseignants, puisqu’elle propose une forme de solution adressée spécifiquement à ceux qui ont ou auront à travailler dans les écoles Steiner-Waldorf ! C’est une bonne chose que de finir par l’admettre ! En effet, comme je le décris dans mon article intitulé L’endoctrinement des élèves à l’Anthropsophie dans les écoles Steiner-Waldorf, la logique d’enfermement sectaire de ces institutions conduit bien souvent son personnel à se retrouver dans des situations de surmenage extrême, de disparition totale de la sphère de la vie privée au profit d’un surinvestissement démesuré et pathogène dans la « vie de l’école » :

 » (…) Cette constante inefficacité pourrait prêter à sourire, si elle n’était à l’origine d’un surinvestissement continu des professeurs dans la gestion de leur école. Certaines semaines particulièrement chargées, je finissais tout simplement par ne plus rentrer chez moi, dormant plusieurs jours de suite à l’infirmerie. Or l’épuisement physique et moral fait partie de la logique d’enfermement déjà évoquée : résignés, découragés, lessivés, les enseignants Waldorf n’en deviennent que plus serviles à l’égard d’une institution à laquelle ils ont fini par sacrifier leur vie et leur énergie. Au bout du compte, l’enseignant est à tel point impliqué dans cette fameuse « vie de l’école » qu’il n’a bientôt plus de vie personnelle. Si son conjoint n’adhère pas aux conceptions et pratiques de l’école, les collègues lui font comprendre qu’il ne vit sans doute pas avec la personne qu’il lui faut. Il trouve en compensation, à travers l’école, une sorte de nouvelle famille. »

Certes, il est permis de penser qu’en proposant un tel stage, la Fédération n’a fait que trouver un nouveau créneau permettant de soutirer des sommes supplémentaires aux personnels de ses propres institutions, lesquels sont en effet constamment sollicités pour participer à des formations en tout genre, dont les formateurs bien rémunérés se trouve être des anthroposophes haut placés au sein de la mouvance. Cela me fait penser à cette affaire judiciaire du dentiste qui arrondissait ses fins de mois en soignant des caries qu’il avait lui-même implanté dans la bouche de ses patients. Mais on peut aussi imaginer, avec une certaine candeur, que l’initiative de ce stage se fonde sur le constat honnête de l’épidémie de burn-out qui sévit dans les institutions scolaires Steiner-Waldorf. En ce cas, on pourrait toutefois s’interroger sur l’utilisation de la technique de l’improvisation théâtrale comme remède efficace. Personnellement, j’aurais plutôt tendance à conseiller à la Fédération d’utiliser des méthodes plus pragmatiques comme :

– de veiller à un meilleur respect des règles du Code du Travail au sein de chaque établissement scolaire ;

– d’exiger la signature, pour les écoles Steiner-Waldorf qui ne se sont toujours pas plié à cette exigence légale et sociétale, de Conventions Collectives permettant aux salariés de connaître et de faire respecter leurs droits élémentaires ;

– de recommander fermement à chaque établissement scolaire Steiner-Waldorf de ne plus imposer de réunions hebdomadaires non-rémunérées à ses personnels, qu’elles aient pour but l’étude d’ouvrages ésotériques de Rudolf Steiner, les concertations pédagogiques ou les réunions avec les parents ;

– de leur stipuler d’embaucher du personnel qualifié qui déchargerait le personnel enseignant des multiples tâches annexes bénévoles comme : la surveillance de repas, celle des récréations, le ménage des salles de classe, le jardinage, etc. ;

– de leur proposer officiellement d’abandonner le principe de la « gestion collégiale », source d’inefficacité et de conflits structurels permanents ;

– de veiller scrupuleusement à ce que les instances dirigeantes des écoles Steiner-Waldorf renoncent à la pratique du harcèlement moral comme moyen systématique de pousser les salariés dérangeants à la démission ;

– de les encourager à accepter le principe de la représentation syndicale, malgré l’opposition doctrinale radicale de l’Anthroposophie à ce sujet ;

– d’assumer les torts infligés par le passé à ses personnels, qui aujourd’hui portent plainte auprès des instances prud’homales ;

– etc.

Si de telles recommandations étaient suivies, je suis persuadé que la Fédération des écoles Steiner-Waldorf parviendrait à mieux gérer le burn-out dans ses institutions scolaires. Bien sûr, cela demanderait de remettre en cause de nombreuses directives venant du Maître, lequel prétendait recevoir directement des Dieux les principes de sa pédagogie, ce qui est probablement psychiquement totalement impossible à un pédagogue anthroposophe de ce genre d’institution. Et cela serait sans doute aussi un renoncement à des méthodes qui permettent de briser psychiquement les individus afin qu’ils finissent progressivement par se dévouer corps et âmes à leur institution issue de l’Anthroposophie. Mais après tout, être capable d’improviser, comme le propose l’intitulé de la formation, n’est-ce pas être en mesure de se délester du poids du passé pour vivre dans le présent ?

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