La Communauté des Chrétiens de Rudolf Steiner

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Quand on entend parler d’Anthroposophie, la Communauté des Chrétiens n’est généralement pas loin ! On trouve en effet toujours la présence de cette organisation cultuelle autour d’autres institutions liées à l’Anthroposophie, comme les écoles Steiner-Waldorf, les fermes biodynamiques, les centres de formation liés à l’Anthroposophie, les instituts de pédagogie curative anthroposophique, etc. Pour autant, cette institution a plus ou moins réussi à se faire passer comme une entité indépendante de la Société Anthroposophique. Qu’en est-il réellement ?

Je voudrais dans cet article tenter d’apporter mon éclairage au sujet des liens réels et souterrains qui unissent l’Anthroposophie et ses institutions à la Communauté des Chrétiens. Ce qui m’autorise à le faire est le fait d’avoir été moi-même un membre actif de cette communauté pendant près de 13 années et d’y avoir observé suffisamment de choses pour pouvoir aujourd’hui en témoigner.

Mon activité au sein de la Communauté des Chrétiens

J’ai donc été un membre actif et important de la Communauté des Chrétiens en France. Ma participation et mon implication au sein de ce mouvement religieux étroitement lié à l’Anthroposophie a comporté de nombreux aspects :

– Le service aux offices ;

– Le service aux baptêmes, mariages, levées de corps, enterrement et messes pour les défunts ;

– L’animation de groupes d’études religieux à Paris : études des contes de Grimm, des Évangiles, etc. ;

– L’écriture d’articles pour la revue de la communauté, intitulée Perspectives Chrétiennes ;

– La tenue de conférences en pour les membres de cette communauté ;

– L’organisation de veillées de prières dans la chapelle, notamment pendant les « Douze nuits saintes de Noël », ou la « Semaine Sainte » ;

– La préparation, pour les vœux de chaque nouvelle année, de 2000 à 2011, de cartes contenant des citations poétiques d’un auteur, différent chaque année, ce qui me demandait de lire l’œuvre intégrale d’un poète chaque année (ces recueils de citations sont publiées sur mon blog) ;

– Ma participation assidue à tous les séminaires et journées consacrées à des thèmes religieux de cette communauté, pendant au moins dix ans ;

– Ma participation à l’entretien et au ménage de la Chapelle ;

– Ma participation à la rédaction et à la distribution de la brochure trimestrielle de la Communauté de Paris, Perspectives chrétiennes ;

– Ma collaboration avec le prêtre, chaque trimestre pendant près de 8 ans, à la préparation du dépliant trimestriel de la communauté de Paris ;

– Ma participation, pendant des années, à tous les offices organisés par cette communauté, y compris les offices ayant lieu chaque matin, pendant les douze jours de Noël, ou les sept jours de la Semaine Sainte, etc. ;

– Ma participation régulière au sacrement de la « Consultation sacramentelle » (nom servant à désigné d’une autre façon la « confession » dans la Communauté des Chrétiens) ;

– Ma participation aux Assemblées Générales Ordinaires et Extraordinaires de l’association Communauté des Chrétiens ;

– Le service au cours de l’Ordination de l’un des prêtres très importants de cette communauté : Françoise Bihin ;

– etc.

Pendant des années, mon implication a donc été totale et inconditionnelle. Il s’en est fallu de peu que je ne décide de d’effectuer la formation pastorale dispensée aux Séminaires de Stuttgart, Hambourg et Chicago et que je ne devienne ensuite moi-même prêtre de cette communauté. J’y ai été d’ailleurs fortement incité par une prêtresse, jusqu’à ce que je me rende compte que cette insistance ne laissait que peu de place à ma liberté de choix. C’est alors que j’ai décidé de ne pas donner suite à cette perspective.

J’ai fréquenté de près les personnalités les plus hautes placées de cette institution, comme Marie-Pierrette Robert, membre du Cercle des Sept, lequel dirige cette communauté à l’international, ou Gérard Klockenbring, formateur au Séminaire de Stuttgart. J’ai été au courant de faits et de secrets que peu de gens connaissent, tant sur le plan institutionnel que sur celui des pratiques et des mœurs de cette communauté religieuse liée à l’Anthroposophie. Et c’est donc à ce titre que je me sens aujourd’hui le droit et le devoir de témoigner à ce sujet.

Ce témoignage n’a pas été l’un des plus faciles pour moi, car mon attachement à ce culte et à cette communauté avait été profond. J’ai longtemps estimé qu’il s’agissait de ce qu’il y avait de plus valable et de plus authentique au sein de l’Anthroposophie, car l’aspect religieux de cette dernière semblait y être assumé et cultivé ouvertement. En dehors des aspects négatifs, j’y ai appris ce que peut être une vie spirituelle et religieuse authentique et profonde. En la personne de Rose Klockenbring, j’ai rencontré une personnalité dévouée aux autres chez qui la confiance en la vie spirituelle se conjuguait avec une grande intelligence. Cependant, je me suis rendue compte que, comme toutes les créatures auxquelles Rudolf Steiner a donné naissance, cette institution était frappée du même mal que les autres, c’est-à-dire : la stratégie de la dissimulation. Tandis que le tort de l’Anthroposophie est de cacher sa nature religieuse en se prétendant être une science, que le tort des écoles Steiner-Waldorf est de prétendre être une institution pédagogique alors qu’il s’agit d’un outil de promotion insidieuse de l’Anthroposophie, le tort de la Communauté des Chrétiens est selon moi de prétendre être un mouvement religieux indépendant alors qu’il n’en est rien. Il se prétend en effet indépendant sur le plan doctrinal, alors qu’il s’agit d’un culte et d’une communauté dont l’assise dogmatique est l’Anthroposophie.  Il se prétend indépendant en tant qu’institution, alors qu’en réalité il appartient entièrement à la mouvance anthroposophique, laquelle est pilotée par la Société Anthroposophique et son École de Science de l’Esprit.

Ma réflexion étant allé jusqu’au bout, j’ai pu finir par y voir clair. Ce sont donc les conclusions d’une longue réflexion que je présente ici. Elles ne fut pas facile à mener à son terme. Cet aboutissement était pourtant nécessaire.

Une appartenance dissimulée à l’Anthroposophie

La Communauté des Chrétiens est une communauté religieuse chrétienne s’étant constituée autour de prêtres, protestants ou catholiques, qui étaient également des disciples de Rudolf Steiner. Celui-ci leur a en effet donné non seulement un nouveau rituel, mais aussi des principes d’organisations de la vie communautaire. Lorsqu’elle se présente au public, la Communauté des Chrétiens affirme être totalement indépendante de la Société Anthroposophique. Elle prétend que Rudolf Steiner n’aurait joué dans la fondation de cette institution religieuse qu’un rôle de conseiller. Voici ce qu’on peut lire à ce sujet sur le site de la Communauté des Chrétiens en France :

« La Communauté des chrétiens» a été fondée en 1922 sous l’impulsion de jeunes théologiens et scientifiques qui, prenant en compte les conséquences de la première guerre mondiale, éprouvèrent intensément le besoin de développer une vie religieuse qui corresponde à l’évolution des consciences de leur temps. Avec Friedrich Rittelmeyer, ils demandèrent conseil à Rudolf Steiner qui les aida à fonder le mouvement de renouveau religieux : «La Communauté des chrétiens». »

On nous présente ici une communauté fondée à partir d’une impulsion propre, avec un Rudolf Steiner ne jouant qu’un rôle de consultant externe. Historiquement, à mon sens, ces allégations sont de l’ordre du mensonge : Rudolf Steiner s’est impliqué corps et âme dans la fondation de cette institution et en a fait lui-même une forte promotion auprès des anthroposophes ! Le premier office de ce culte a été célébré par ses soins au Goetheanum, c’est-à-dire au siège même de la Société Anthroposophique Universelle ! Pourtant, cette communauté religieuse n’admet qu’en des termes ambigus ce lien :

« La Communauté des chrétiens fait donc partie du mouvement anthroposophique en tant que courant de pensée. Chaque confession chrétienne a ses facultés de théologie. À la Communauté des chrétiens, l’anthroposophie élargit et éclaire la théologie et l’exégèse classiques. Cela dit, insistons ici sur l’indépendance réciproque de » la Communauté des chrétiens » et de la « Société anthroposophique » en tant qu’organisations concrètes. La Communauté des chrétiens n’est pas l’Église des anthroposophes. »

La Communauté des Chrétiens n’est pas l’Église des Anthroposophes ?! Alors pourquoi n’ai-je rencontré en son sein, pendant des années, que des personnes qui adhéraient intégralement aux idées ésotériques et mystiques de Rudolf Steiner !? Voire des personnes qui étaient également des membres de la Société Anthroposophique. Pourquoi toutes les conférences, sermons et propos religieux tenus par les prêtres et dirigeants de cette institutions s’appuyaient-ils systématiquement sur des références à l’Anthroposophie de Rudolf Steiner, qu’elles soient citées explicitement ou implicitement ?

Un fondement doctrinal plus anthroposophique que chrétien

La Communauté des Chrétiens prétend vénérer principalement la figure du Christ et se baser sur la Bible. Mais si l’on observe plus attentivement, on s’apercevra que le Christ qui y est vénéré est surtout celui des anthroposophes, c’est-à-dire un être conçu comme cosmique et lié au Soleil, ainsi que j’ai pu le monter en détails dans un autre article. Aucun mal à cela, mais il faut le dire, et non prétendre que l’on s’inscrit dans les pas des églises traditionnelles, ou de « la théologie et l’exégèse classiques ».

En réalité, la Communauté des Chrétiens est bel et bien une organisation cultuelle dont le but primordial est, selon moi, la diffusion de la doctrine ésotérique de Rudolf Steiner par le prisme de ce qui se présente comme un mouvement religieux dispensant des sacrements en apparence traditionnels et s’appuyant sur la Bible. Car ce n’est pas tant sur la Bible proprement dite que s’appuient les prêtres et les dirigeants de la Communauté des Chrétiens, mais bien plutôt sur les interprétations occultistes que Rudolf Steiner a pu donner de cette dernière.

Commençons par analyser les liens qui existent entre la conception religieuse de la Communauté des Chrétiens et la doctrine de Rudolf Steiner. Tout d’abord, ce lien doctrinal est perceptible dans le texte même du rituel. En effet, Steiner a réécrit lui-même la messe et a donné des directives sur ce que devait être la marche de l’institution ecclésiastique, avec un rituel d’ordination des prêtres, une hiérarchie montant aux niveau nationaux jusqu’à des « Recteurs », etc. C’est une véritable église nouvelle avec pour fondement la doctrine anthroposophique que Rudolf Steiner a conçue !

On peut donc y assister à un culte, dont le contenu est très proche des conceptions anthroposophiques. Ce texte est en effet composé, pour une grande part, d’une réécriture de la messe traditionnelle. A première vue, ce texte ne contient pas de références explicites au vocabulaire spécifique de l’Anthroposophie, comme le « corps étherique », le « corps astral », le « karma », les « périodes post-atlantéennes », etc. Cependant, quand on connaît bien l’Anthroposophie, on s’aperçoit que des éléments doctrinaux anthroposophiques y sont présents, mais exprimés sous des formes qui n’attirent pas l’attention. Ainsi, au cœur même de ce texte, certains termes apparaissent, ça et là, qu’on ne peut comprendre que lorsqu’on s’aperçoit qu’il s’agit de références à des concepts anthroposophiques. Par exemple, lors de la « Communion », on entendra parler du fait que le Corps du Christ doit être salutaire pour les « forces formatrices » du communiant. Or ces termes sont une autre façon de désigner ce que les anthroposophes appellent le « corps éthérique », ou « corps vital », ou « corps de forces formatrices » (Lire à ce sujet Théosophie). De même, lors de la Transsubstantiation, on remarquera qu’il est question  de : « ma pensée pure », « mon cœur aimant » et de « ma volonté qui se donne ». Ces désignations reprennent très précisément la nomenclature et la doctrine anthroposophique selon laquelle l’Homme est tripartite, c’est-à-dire composé de la « pensée », des « sentiments » et de la « volonté ». Ou encore, il est question de « cycles terrestres », termes faisant références aux petites et aux grandes « rondes » de la Chronique de l’Akasha de Rudolf Steiner, ou encore aux « périodes » de sa Science de l’Occulte, c’est-à-dire à une conception du monde occulte selon laquelle le temps est composé de séquences temporelles ayant des unités spécifiques, se répétant. Je pourrais multiplier les exemples de ce genre.

Cette construction du culte de la Communauté des Chrétiens à partir des références à la doctrine de Rudolf Steiner est particulièrement sensible avec les « Épîtres ». Ces derniers sont en effet des textes lus au début et la fin de chaque office. Ils s’éloignent  du texte canonique de la messe traditionnelle, pour évoquer des événements du cycle naturel de l’année. Par exemple, il existe une Épître pour la saison hivernale (Épître de l’Avent), une Épître pour le début de l’Été (appelée « Épître de la saint Jean ») une Épître pour l’Automne (appelée « Épître de la Saint Michel »), une Épître du Printemps (appelée « Épître de Pâques »), etc. Ce qui me fait dire que ces Épîtres sont surtout liées aux événements naturels et aux cycles des saisons, davantage qu’aux Saints mentionnés, n’est autre que le contenu même de ces textes : l’Épître de la Saint Jean est entièrement bâtie sur une dévotion à la lumière et au soleil estivale, l’Épître de l’Avent est construit sémantiquement sur le crépuscule hivernale, à ce moment de l’année où les jours raccourcissent, l’Épître de Pâques sur les phénomènes atmosphériques et lumineux propres à cette saison, etc. Cette insistance sur le vécu des saisons est typiquement anthroposophique : il doit être mis en relation directe avec le fameux Calendrier de l’Âme de Rudolf Steiner, un recueil de strophes mantriques où le gourou associe des états d’âmes particuliers à des impressions liées à certains moments précis du cycle annuel.

Des liens institutionnels avec la Société Anthroposophique

Mais le lien de la Communauté des Chrétiens à l’Anthroposophie ne concerne pas que la doctrine de Rudolf Steiner. Il s’agit aussi de liens institutionnels avec la Société Anthroposophique. Ainsi, une prêtresse de cette communauté me fit un jour la confidence que les prêtres de ce mouvement religieux sont membres de droit de l’École de Science de l’Esprit ! Ce fait montre qu’il existe un lien institutionnel très étroit entre la Communauté des Chrétiens et la Société Anthroposophique, puisque l’École de Science de l’Esprit est le cœur du système.

D’ailleurs, une tradition bien implantée au sein de l’Anthroposophie veut que l’on ne place jamais les « lectures » de la « Classe » (Les cérémonies initiatiques de l’École de Science de l’Esprit) aux horaires des offices de la Communauté des Chrétiens, même si de rare exceptions peuvent exister, comme à Paris.

C’est la raison pour laquelle les prêtres de la Communauté des Chrétiens sont en réalité au service des dirigeants et des instances du mouvement anthroposophique. J’ai pu m’apercevoir de ce fait en septembre 2011, peu après la publication de mon témoignage intitulé L’endoctrinement des élèves à l’Anthroposophie dans les écoles Steiner-Waldorf. En effet, je fus alors sollicité par mail par le prêtre de ma communauté pour aborder avec lui la question de cette parution, avec un message me suggérant habilement qu’il ne mettait pas en cause son contenu, mais qu’il imputait sa rédaction « aux souffrances que j’avais pu subir ». Voyant parfaitement où il voulait en venir et quelles fins ce prêtre visait à mon égard, je ne donnais aucune suite à sa « proposition ». C’est pourquoi je recevais, quelques semaines plus tard, un courriel de ce dernier m’informant que le Conseil de la Communauté de Paris, à laquelle j’appartenais depuis 11 ans, avait décidé de se passer de mes services pour la préparation des cartes de vœux aux membres, que je réalisais pourtant depuis plus de cinq ans, totalement bénévolement. Il s’agissait clairement d’une punition, voire d’une excommunication.

Ainsi, par cet acte, les dirigeants de la Communauté des Chrétiens ont révélé leur complète collusion avec les instances du mouvement anthroposophique. Pourtant, associer comme ils l’ont fait la parution de mon témoignage à mes activités au sein de cette communauté n’avait rien de légitime, puisque la Communauté des Chrétiens et la Fédération des écoles Steiner-Waldorf sont sensées être deux entités distinctes. On voit donc qu’il n’en est rien !  Il est important que ceux qui ont recours au sacrements de cette communauté sachent ce genre de faits, surtout s’ils sont amenés à se confesser et à dire en toute confiance aux prêtres des choses qui pourraient être transmises aux dirigeants d’autres institutions anthroposophiques, et seraient susceptibles de se retourner contre eux, ou bien être utilisées. D’ailleurs, sans même parler de cette circonstance très particulière qui a été la mienne, il me faut préciser que, depuis un an avant ces événements, j’avais cessé d’avoir recours au sacrement de la « consultation sacramentelle » (la Confession), car j’avais remarqué que ce moment, sensé être un face à face avec moi-même devant Dieu avec l’aide du prêtre, servait surtout à ce dernier de temps pour organiser ma participation bénévole aux activités de la communauté.

Un repère de déséquilibrés mentaux

La Communauté des Chrétiens se définit par son objectif communautaire. Son idéal est la constitution de liens sociaux chaleureux et harmonieux dont le rituel serait le vecteur. Cependant, les formes sociales que j’ai pu y observer me paraissent plus problématiques que saines. En effet, on y fréquente des fidèles qui peuvent parfois s’avérer être de véritables cas psychiatriques. On pourrait penser que ce type d’individus est malheureusement attiré par les mouvements religieux, quels qu’ils soient. Pour ma part, je crois plutôt qu’on retrouve à la Communauté des Chrétiens, sous une forme encore accentuée par la nature essentiellement cultuelle qu’y prends l’Anthroposophie, ce processus de désagrégation de la pensée qui caractérise l’emprise anthroposophique. En effet, j’ai pu décrire dans mon article intitulé Éléments explicatifs de l’enferment mental provoqué par l’Anthroposophie comment cette doctrine finit par porter atteinte à la structure mentale de ses adeptes. Au bout du compte, c’est leur perception même de la réalité qui est altéré, à l’image de mon ex-compagne qui, devant le juge qui l’interrogeait, au cours du procès du 5 avril 2013, à avoué qu’elle avait été incapable de lire mon témoignage paru sur le site de l’UNADFI, alors qu’elle venait de le qualifier de mensonger. Son cerveau n’était tout simplement pas parvenu à lire mon article !

On trouve donc au sein de cette communauté beaucoup de personnes qui semblent y avoir perdu leur élémentaire bon sens, acquiesçant benoîtement à tout ce que peut dire ou ordonner leur prêtre, qu’elles considèrent comme leur maître spirituel, tandis que la participation aux offices est devenue leur unique raison de vivre. La plupart de ces gens finiront leurs vies seuls et malades (pour se soigner avec la médecine anthroposophique), se croyant entourés d’une communauté qui, au fond, n’aura aucun soucis véritable de leurs personnes. Elles donneront la plupart du temps une grosse partie de leur héritage à cette communauté, voire la totalité.

Une exacerbation maladive de la tendance à la ritualisation

Ceux qui s’attachent véritablement à la vie du culte de la Communauté des Chrétiens sont pris dans une pratique religieuse très intensive. Il ne s’agit pas seulement d’assister à un culte hebdomadaire, mais à deux quand cela est possible. De plus, lors de la période Noël, il faut suivre un culte chaque jour, sans compter la nuit de Noël où trois offices ont lieu (à minuit, à l’aube et en plain jour). Lors de la Semaine Sainte également, il faut suivre un culte chaque jour, du dimanche des Rameaux au Lundi Saint, soit neuf jours complets. Quant à la Pentecôte, elle nécessite également de suivre trois offices pendant trois jours successifs. Cette participation à tous les offices n’est pas obligatoire, mais fortement conseillée.

Cette pratique religieuse est des plus intense et dépasse de loin celle des églises traditionnelles occidentales.  Certes, peu de membres de la Communauté des Chrétiens sont aussi assidu que je l’ai été. Un grand nombre se contentent de participer aux grands offices de l’année, comme ceux de Noël et de Pâques. Cependant, le groupe de fidèles le plus mobilisé finit quant à lui par intégrer une vie où la place du culte devient absolument centrale.

Par exemple, je me souviens ne pas être parti en voyage, durant des années, pendant les vacances de Noël, parce qu’il était inconcevable pour moi de rater un seul des douze offices sacrés de cette période de l’année. Ou de demander à un ami médecin anthroposophe de me faire des arrêts de travail de complaisance durant la Semaine Sainte, afin de pouvoir assister à tout les offices. La participation au culte devenait donc l’objectif principal de ma vie, ce qui lui donnait son sens. Tout passait après ! Mon ami d’enfance, qui m’avait invité à son mariage en Bretagne, fut abasourdi lorsque, la nuit du samedi au dimanche de Pâques, après le dîner, je lui annonçais que je devais me lever à 4h du matin, afin de prendre un avion à 6h, qui me permettrait d’arriver à Paris à temps pour l’office de 10h30 le jour de Pâque, qu’il me paraissait inconcevable de rater, même à l’occasion du mariage de mon plus vieil ami d’enfance. De même, lorsqu’il y avait un décès de l’un des membres de cette communauté, je suivais le rituel consistant à se relayer pour veiller le mort en continu durant trois jours et trois nuits, en lisant en boucle l’évangile de Jean, du chapitre 15 au chapitre 18, afin que les « esprits des éléments » ne viennent pas voler au défunt de sa « substance corporelle spiritualisée », selon la croyance des anthroposophes. Il m’est donc arrivé de passer des parties entières de certaines nuit à veiller assidûment des morts que je ne connaissais pas, lorsque le processus de décomposition était amorcé, puisque la croyance anthroposophique recommande de ne pas avoir recours à des méthodes de conservation des corps avant la crémation.

Pour quelle raison me suis-je ainsi laisser prendre dans cette vie sur-ritualisée au point d’en négliger ma vie sociale, la vivant de manière quasiment obsessionnelle,  durant des années ? Sur quelle fragilité psychologique profonde s’est appuyée la Communauté des Chrétiens pour que j’adhère ainsi à ce processus qui  m’a progressivement coupé du monde et des autres, de manière fanatique ? Intégrer une vie religieuse m’a sans doute donné l’impression de pouvoir rythmer le temps d’une autre façon, de me créer des rendez-vous réguliers, des attentes, des événements, que j’accompagnais de manière active. Ainsi, je me suis donc senti acteur du temps de ma vie. En réalité, j’entrais dans une forme d’éternelle répétition dont la vie elle-même était progressivement exclue.

Ainsi, comme j’ai pu le vivre et l’observer autour de moi, très nombreux sont les adeptes de la Communauté des Chrétiens qui n’ont plus d’autres raisons de vivre que d’assister aux offices. Au cours de ceux-ci, ils y entendent des sermons qui les exhortent à accueillir la Vie en eux, ou à aller avec Amour vers les autres, alors que l’imprégnation dans cette communauté les a dépossédée de toute vie et les a paralysé dans leur capacité à s’ouvrir aux autres.

Un constante hypocrisie sur le plan des mœurs

Enfin, il me faut témoigner d’un aspect peu reluisant de la Communauté des Chrétiens, à savoir son rapport aux mœurs et à la sexualité. En effet, ce mouvement religieux semble présenter à première vue des aspects modernes, puisque les prêtres n’y sont pas contraints au célibat, comme dans l’Église Catholique, et que des femmes peuvent y être ordonnées. On aurait pu donc s’attendre à ce que la vie sexuelle y soit assumée de manière franche et saine. Mais ce n’est pas ce que j’ai pu y observer. J’ai ainsi été témoin de comportements que je peux au minimum qualifier aujourd’hui de profondément hypocrites, voire à comparer à certains aspects des dérives sectaires sur ce plan.

Par exemple, j’ai eu connaissance d’un prêtre très important de ce mouvement religieux qui avait eu une quantité de maîtresses parmi ses fidèles, ainsi que de nombreux enfants non-reconnus avec celles-ci. Lorsque les membres de la communauté en venaient à être au courant de ce genre de faits, ils excusaient aussitôt l’homme en disant de lui : « c’est normal, il est l’Amour ! ».

De même, comme exemple de cette hypocrisie constante, j’ai eu connaissance du comportement d’une prêtresse qui avaient de nombreux amants. Rien de mal à cela bien entendu, sauf qu’elle passait son temps à cacher la chose. Jusqu’au jour où un membre, qu’elle avait décidé d’héberger avec sa famille dans son presbytère, en est venu à porter plainte contre elle pour harcèlement sexuel. Bien que l’enquête policière ait débouché sur un non lieu, la prêtresse en question, désavouée par sa hiérarchie qui la muta aussitôt dans une autre communauté, ne s’en remis jamais complètement. Elle développa une forme de dépit profond qui fut probablement à l’origine d’un cancer du sein dont elle mourût quelques années plus tard, dans d’atroces souffrances causées par les gonflements de ses métastases généralisées, que même la morphine n’apaisait plus, pour avoir voulu trop longtemps se soigner avec des décoctions de plantes, selon les principes de la médecine anthroposophique honnissant les remèdes allopathiques.

Je peux également témoigner de la façon dont une jeune séminariste, qui avait quasiment terminée sa formation et allait être ordonnée, s’est vu refuser l’accès à la prêtrise en raison de la découverte de son homosexualité. Non pas qu’il n’y ait pas de prêtres et surtout de prêtresses qui ont des relations homosexuelles au sein de la Communauté des Chrétiens, bien au contraire ! Mais celles-ci sont généralement cachées et on ne tolère pas les personnes qui « sortent du placard ».

Enfin, je peux témoigner de ce couple de prêtres (un prêtre et une prêtresse) qui vivaient ensemble sous le même toit et avait ensemble des relations sexuelles, qui s’est évertué jusqu’à la mort de l’un d’eux à cacher cette relation au reste du monde.

En mentionnant ces faits, il ne s’agit pas pour moi de dénoncer des comportements que je jugerais déviants, bien que je puisse m’interroger sur l’omniprésence de la sexualité comme vecteur du lien social dans cette mouvance, ainsi que dans toutes les dérives sectaires. Je ne porte aucun jugements sur ces comportements eux-mêmes. J’estime que chacun peut avoir la vie sexuelle qu’il veut, dans le respect des lois, qu’il s’agisse de libertinage, d’homosexualité, de relations adultères, ou autres. En revanche, je considère lamentable et dangereux que ces comportements soient vécus dans le secret, dans le but de préserver une fausse image. A mon sens, cette hypocrisie sociale récurrente qui sévit au sein de la Communauté des Chrétiens, jusque dans le cercle de ses prêtres, n’est pas sans rappeler les comportements factices des anthroposophes dans leurs rapports aux autres et à eux-mêmes, ainsi que j’ai pu le dénoncer dans mon article intitulé Rapports à soi-même et rapports aux autres dans le milieu anthroposophique.

Un dispositif de clôture

Qui va à la Communauté des Chrétiens ? Essentiellement des anthroposophes, de manière occasionnelle, en dehors du cercle restreint des fidèles. En effet, dès qu’ils ont besoin d’un sacrement, les anthroposophes se tournent immédiatement vers la Communauté des Chrétiens. Ainsi, il s’agit surtout d’un moyen pour l’Anthroposophie de disposer d’une institution capable de dispenser des sacrements, ce qui évite aux anthroposophes d’avoir à se tourner vers une institution religieuse extérieure au mouvement anthroposophique.

En effet, lorsqu’il y a nécessité de procéder à un baptême, à un mariage ou à un enterrement, c’est à la Communauté des Chrétiens que s’adressent les anthroposophes, même s’ils ne fréquentent pas assidûment de culte, voire pas du tout. Ce dispositif a selon moi été voulu par Rudolf Steiner, afin de clôturer le milieu anthroposophique et d’éviter que ses membres ne soient amené à côtoyer d’autres réalités que celles liées à l’Anthroposophie.

En conclusion

La Communauté des Chrétiens est donc un dispositif de plus pour attirer de nouveaux adeptes vers l’Anthroposophie, ou pour éviter aux anthroposophes d’avoir à sortir du milieu anthroposophique en allant chercher des sacrements en dehors de celui-ci.

Par le biais de ce mouvement, on attirera plus volontiers les individus qui ont une fibre religieuse. Ainsi, cette « communauté » n’est que l’un des dispositifs de captation mis en place par Rudolf Steiner, au même titre que les écoles Steiner-Waldorf, la Biodynamie, la NEF, etc. Celles-ci ne sont en effet qu’en apparence indépendantes les unes des autres. Ce sont les bras d’une seule et même créature ! Toute la ruse de Rudolf Steiner a simplement consisté à dissimuler ce qui relie en réalité ces appendices à l’Anthroposophie à la Société Anthroposophique. Ou, en tout cas, à présenter ces liens sous une forme suffisamment diaphane pour que la société civile, les institutions et les simples citoyens ne puissent s’apercevoir du fait que tout ceci constitue bel et bien un tout, un ensemble dont chacun des membres est  comme un organe qui échange constamment ses  « fluides » avec les autre entités. Il faut bien comprendre que la spécificité de l’Anthroposophie consiste à vampiriser tout ce qui peut appartenir au monde ordinaire pour en faire quelque chose d’anthroposophique ! Tout, absolument tout, peut devenir anthroposophique : les arts, les cultes, la construction des bâtiments, l’agriculture, la confection des vêtements, des instruments de musique, des jouets pour enfants, les religions, les cuisines, les mœurs, la sexualité, etc. La Communauté des Chrétiens n’est que l’une des réalités externes que l’Anthroposophie a touchée, captée et transformée en l’une de ses créatures. (Lire à ce sujet mon article : La stratégie du figuier-étrangleur)

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Professeur de Philosophie
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