La perfection familliale anthroposophique comme moyen de séduction sectaire

Parmi les nombreux témoignages de personnes qui ont approché l’Anthroposophie et ont pu en revenir que je suis amené à recevoir et à recueillir, il en est certains dont la forme récurrente m’a amené à prendre conscience d’une des formes de séduction que peut chercher à exercer l’Anthroposophie. Celle-ci est tellement subtile qu’elle peut passer inaperçue. Il s’agit de la façon dont certains couples d’anthroposophes vont s’évertuer à projeter une image de famille idéale auprès de tout ceux qui les approchent :

« Cette famille avait l’air si épanouie, témoigne ainsi l’ex-compagne d’un anthroposophe, à présent séparée de celui qui n’a plus eu de considération pour elle dès lors qu’il a compris qu’elle n’accepterait jamais d’épouser la doctrine. Quand nous allions dans la famille de sa sœur, tout semblait tellement parfait ! Les enfants avaient l’air heureux ! Ils jouaient, couraient, riaient, paraissaient heureux et pleins de vie ! Ils faisaient de la musique, écoutaient des contes le soir à la lumière d’une bougie, mangeaient bio… La maman semblait savoir exactement ce qu’il fallait faire pour qu’ils grandissent harmonieusement. Les prières collectives étaient des moments d’une telle intensité que j’en avais les larmes aux yeux. Tout dans leur maison était charmant et naturel : bois, cire d’abeille, produits biologiques, fragrances de produits Weleda, couleurs rouges, mauves et violettes, vêtements en laine, etc. Les rapports entre chacun des membres de la famille semblaient chaleureux et bienveillants. Il régnait une ambiance à la fois baba-cool et sérieuse qui me faisait penser que cette famille était une sorte d’idéal inatteignable auquel j’aspirais de tout mon cœur… »

Ce précieux témoignage, ainsi que d’autres du même ordre, m’ont permis de comprendre l’une des réalités sournoises du milieu anthroposophique : celle du pouvoir de captation de la famille anthroposophique parfaite. Dans notre monde contemporain, où la difficulté à constituer des relations de couple durable et à fonder des familles est devenu une source de souffrances et d’inquiétudes pour de nombreux individus, la force de séduction de ce genre de famille anthroposophique est puissante ! Car elle se présente effectivement comme une sorte d’idéal inatteignable et pourtant réalisé auquel aspirent de nombreuses personnes, en particulier des femmes. Le fait qu’une telle réalisation fantasmatique de la famille opère un pouvoir de séduction n’est d’ailleurs pas quelque chose que les anthroposophes ignorent. Je me souviens comment mon ex-compagne anthroposophe me racontait comment elle avait servi, en tant qu’enfant, à convaincre sa famille élargie des bienfaits de l’Anthroposophie, par sa simple façon d’être, alors que ce milieu catholique traditionnel n’avait au départ que de la méfiance et de l’hostilité à l’égard de cette étrange mouvance apportée par leur gendre  :

 » Nous avions l’air d’enfants épanouis, bien dans leurs peaux et heureux de vivre. Quand nous allions chez nos cousins, notre manière de nous comporter suffisait à susciter l’admiration de tous. Nous en étions fiers ! « 

Effectivement, les familles d’anthroposophes parviennent parfois à donner l’impression d’une famille moderne parfaite. Parfaite et, au fond, impossible. Car ce genre de famille est bâtie sur la conciliation apparente de deux idéaux contradictoires : l’épanouissement baba-cool de type libéral du New-Age et la rigueur stricte d’un milieu religieux traditionnel. Mais ce que ne remarquent pas ceux qui approchent de telles familles d’anthroposophes (ou proches de l’Anthroposophie), c’est que ces dernières sont une pure projection volontaire extérieure d’un idéal familial dont la seule fonction est la séduction. Toute l’énergie intérieure des membres de ce genre de famille est en effet constamment tendue vers un seul but : en mettre plein la vue, afficher leur bonheur, persuader de l’exemplarité de leur modèle de vie, montrer à quel point ils incarnent la famille exemplaire à laquelle tous aspirent aujourd’hui ! Car ainsi, ils font aussi la promotion de ce qui a rendu possible une telle incarnation de la perfection : l’Anthroposophie ! Il ne s’agit pas nécessairement d’une séduction consciente, puisque chacun croit réellement réaliser cet objectif dans sa vie quotidienne. Mais il s’agit de la projection, sur les autres et sur soi-même, d’une image captivante. Ces gens vivent en permanence dans l’image du couple parfait ou de la famille parfaite qu’ils croient incarner, qu’ils veulent incarner aux yeux de tous. Je ne dirais pas qu’ils ne le sont pas, puisque cette projection peut perdurer durant de nombreuses années. Mais, en contrepartie, ils ne sont pas eux-mêmes. Ils se perdent dans cette image. Et le seul bénéfice authentique qu’elle leur procure n’est pas leur bonheur, mais la jouissance du pouvoir de séduire.

En effet, si la projection de cet idéal familial – fut-il factice – était une source de satisfaction pour eux-mêmes, je ne n’approuverais certes pas cette forme de bonheur, mais je ne porterais sur lui aucun jugement. En revanche, le fait même que la principale motivation de l’existence de ces « familles anthroposophiques parfaites » ait pour objectif la séduction et la captation de nouveaux adeptes me parait parfaitement répugnant. Car il s’agit tout simplement pour certaines personnes de devenir, jusque dans leurs vies personnelles et intimes, des représentants commerciaux sournois de l’Anthroposophie, des agents recruteurs masqués d’une dérive sectaire. Le fait que ceux-ci vivent de manière permanente animé de cet objectif, jusque dans la chambre à coucher, me glace d’horreur ! Et je ne parle pas des enfants de ce genre de famille qui, depuis leur plus jeune âge, ont été habitués à tenir ce type de rôle. Il y a là pour eux, à mon sens, une atteinte des plus graves à leur liberté intérieure, une perversion morale profonde. Rien d’étonnant à ce qu’ils deviennent souvent plus tard eux-mêmes des prosélytes du mouvement anthroposophique, des personnes superficielles rivées au culte des apparences, affichant leur splendide épanouissement en toutes circonstances, souriant angéliquement en permanence, reproduisant un modèle de vie qui est devenu pour eux une sorte de seconde nature, mais qui ne correspond en rien à leurs êtres véritables.

 

 

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Professeur de Philosophie
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