Un danger inhérent aux écoles Steiner-Waldorf : les professeurs ou intervenants fous.

L’un des dangers qui peuvent potentiellement se produire dans les écoles Steiner-Waldorf et dont, à mon sens, les parents qui songent à inscrire leurs enfants dans ces établissements doivent être avertis, est celui que l’institution ait recours à du personnel ayant d’importants problèmes psychologiques, voire psychiatriques. Malheureusement, lors de l’embauche, les professeurs Steiner-Waldorf chargés du recrutement n’auront bien souvent absolument pas perçu ces tares, là où, très probablement, des personnes n’appartenant pas au milieu anthroposophique auraient tout de suite décelé le problème et auraient fait barrage, interdisant que des « déséquilibrés » aient affaire à des enfants ou à des adolescents. A quoi tient cette tendance dangereuse, que j’ai eu l’occasion d’observer à de multiples reprises lorsque j’étais enseignant dans ces écoles ?

A mon sens, il faut expliquer la propension des pédagogues Steiner-Waldorf à ne pas percevoir la folie des personnes qu’elles recrutent lorsque celles-ci en sont atteintes par leur adhésion à l’Anthroposophie. En effet, cette doctrine produit, selon moi, plusieurs effets délétères qui rendent impropre à distinguer des phénomènes psychopathologiques lorsque ceux-ci sont présents chez un individu. Le lecteur pourra ici se référer à deux de mes précédents articles, à savoir Eléments explicatifs de l’enfermement mental provoqué par l’Anthroposophie et Une oeuvre qui rend fou. J’y montre en effet en détails comment l’œuvre de Steiner produit une forme d’enfermement de la pensée, de coupure avec toute altérité et, en définitive, avec la réalité elle-même. « J’en ai marre de tous ces zinzins ! » me déclarait un jour Bodo von Plato, membre du Comité directeur de la Société Anthroposophique Universelle, en désignant les anthroposophes. Le problème est que ce sont de tels « zinzins » que vont recruter de préférence les écoles Steiner-Waldorf, qui se fondent sur la doctrine anthroposophique. De surcroît, il faut mentionner le fait que, dans le milieu des gens qui fréquentent les écoles Steiner-Waldorf, la croyance en toutes sortes de lubies du New-Age crée une ambiance où les comportements bizarres, étranges, décalés, suspects, dérangeants, problématiques, sont totalement admis et intégrés. Lorsqu’on les voit, et qu’on fait partie de cette mouvance, on ne les remarque bien souvent même plus tant ils sont habituels.

Je voudrais ici donner deux exemples de ce type de problème de recrutement de personnes dérangées au sein des écoles Steiner-Waldorf, afin que le lecteur puisse se faire une idée précise du phénomène que je cherche à caractériser. Les deux se sont produits dans la même école Steiner-Waldorf, à dix ans d’intervalles.

Le premier cas concernait le recrutement d’une professeur d’Allemand.  La femme d’une personnalité éminente de la Société Anthroposophique et de la Communauté des Chrétiens était en effet à la recherche d’un emploi, son mari et elle venant de s’installer aux alentours de l’école. Cependant, ce dernier exerçant une profession itinérante, son épouse n’avait pu véritablement développer de quelconques compétences professionnelles au cours de son existence. Elle était d’un âge avancé sur le plan professionnel et ne pouvait espérer être embauchée dans le circuit ordinaire. Mais le couple avait un besoin important d’une source de revenus complémentaires. A l’école Steiner-Waldorf, une professeure, qui était également une personnalité éminente de l’Ecole de Science de l’Esprit de la Société Anthroposophique, décida de leur venir en aide, conformément à la logique du réseau secret auquel elle appartenait. Elle proposa donc elle-même la candidature de l’épouse en question auprès du Collège de Direction de l’école. Lorsque certains des membres de ce derniers posèrent quelques questions et émirent certaines réserves au sujet de la personne et de ses compétences, la professeure, membre de l’École de Science de l’Esprit, déclara aussitôt d’un ton solennel : « Je m’en porte garante ! ». Ceci clôtura les débats. Il faut savoir en effet qu’être membre de l’École de Science de l’Esprit signifie, chez les pédagogues anthroposophes, surtout quand la personne est un « lecteur » ou une « lectrice » (un officiant des cérémonies initiatiques de cette institution), à la fois une position éminente de maître spirituel et une qualité supposée de clairvoyance, que la médiation des mantras spécifiques de cette institution est sensée procurer. Cependant, quelques mois plus tard, la nouvelle recrue due être licenciée en urgence de l’établissement  : lors d’un cours, exaspérée par l’un de ses élèves, elle avait tout simplement soulevé une chaise et tenté de l’abattre de toutes ses forces sur le dos de ce dernier, qui esquiva de justesse. La capacité de « clairvoyance » de l’éminente membre de l’École de Science de l’Esprit qui avait proposée et recommandée l’épouse de la sommité anthroposophique semblait avoir eu quelques ratés… Lorsque je parlais, un peu plus tard, de l’incident avec un des professeurs de cette école, celui-ci me demanda :

– « Toi qui la connaissais, tu savais qu’elle était cinglée ?! ».

– « Mais tout le monde le savait, lui répondis-je. »

L’autre exemple que je voudrais évoquer dans cet article se produisit dans la même école, quelques années plus tôt. Cette institution était à la recherche d’un intervenant extérieur pour la période de Théâtre de « 11ème classe » (l’équivalent de la Seconde de Lycée). On chercha donc, parmi les parents d’élèves, un professionnel des arts du spectacle vivant pour intervenir ponctuellement sur le projet de réalisation d’une œuvre dramatique, pendant trois semaines. On chercha donc parmi les personnalités proches de l’école, conformément à la logique de prudence dans le processus de recrutement, systématiquement mis en œuvre dans les écoles Steiner-Waldorf, visant à chercher  avant tout des sympathisants du milieu anthroposophique. Un parent fut repéré. Il était comédien, marié, et avait inscrit ses deux enfants dans l’école récemment. Il semblait être quelqu’un du métier, capable d’apporter cette touche de professionnalisme dont l’école souhaitait voir bénéficier ses élèves. Le fait qu’il s’arrêtait parfois, au beau milieu d’un chemin, pour entrer en communication avec les forces de la Nature, ou qu’il parlait aux « esprits des éléments », n’inquiéta personne : ces forces et ces esprits sont des réalités pour les pédagogues Steiner-Waldorf. Il fut donc embauché. Mais, après les trois semaines du stage en question, l’école déchanta. En effet, la responsable de classe avait été contactée par les parents d’une élève, absolument furieux. Ils venaient de rencontrer l’intervenant en question, que leur fille de 16 ans avait tenu à leur présenter. Elle leur avait soutenu qu’il était « l’homme de sa vie » et avouée qu’ils étaient sortis ensemble au cours du stage de théâtre, les choses étant allé assez loin. La responsable de classe porta l’affaire au Conseil des Grandes Classes de l’école, qui décida d’étouffer l’incident, « dans l’intérêt de tout le monde ». Les autres instances de l’école ne furent pas mises au courant officiellement, conformément à la logique de cloisonnement de l’information en compartiments étanches mise en place dans les établissements Steiner-Waldorf. En utilisant cette expression, « dans l’intérêt de tout le monde », la responsable de classe voulait sans doute parler de l’intérêt de l’intervenant, qui était marié, de celui de la jeune fille mineure, qui avait accepté de renoncer à cette relation, mais aussi et peut-être surtout de l’intérêt de l’école, qui aurait du faire un signalement.

Bien évidement, tout les établissements scolaires sont un jour ou l’autre confrontés à des personnalités dérangées, pouvant avoir un comportement violent, où ne voyant pas le problème à franchir la ligne rouge avec les élèves dont ils ont la charge. Il ne s’agit pas de l’apanage des écoles Steiner-Waldorf, loin s’en faut ! Mais le problème particulier de ces établissements spécifiques est selon moi leur difficulté, pour ne pas dire leur impossibilité, à repérer ces comportements déviants et potentiellement dangereux chez les personnes qu’ils recrutent. Puis de les gérer conformément à la loi une fois que le problème a éclaté, en raison de leur volonté de protéger avant toute chose leur institution, volonté passant trop souvent avant la protection des enfants ou des adolescents eux-mêmes. Certes, la folie n’est pas toujours facilement détectable, même pour des professionnels de la Psychiatrie. Mais dans les écoles Steiner-Waldorf, l’adhésion à la doctrine anthroposophique et la forme de pensée embrumée qu’elle suscite produit une normalisation de la perception de la folie. Je décris ce processus en détail dans mon article intitulé Rapports à soi-même et rapports aux autres dans le milieu anthroposophique. C’est pourquoi les écoles Steiner-Waldorf sont soumises au risque accru d’embaucher des personnes déséquilibrées et de s’en rendre compte trop tard, soit que le recrutement ait eu lieu au sein des membres de la Société Anthroposophique, comme dans le premier cas que j’ai mentionné, soit qu’il ait eu lieu parmi la mouvance New-Age des parents ou des amis qui fréquentent ces établissements, comme dans le deuxième cas évoqué dans cet article. Tout parent a le droit d’être conscient de ce risque lorsqu’il inscrit ses enfants dans ce type d’école.

Il est intéressant de noter que la Fédération des écoles Steiner-Waldorf a toujours été consciente du risque que nous dénonçons dans le présent article. En effet, dans un entretien accordé au journal Libération du 11 septembre 2000, son Président Jacques Dallé déclarait :

«On voit parfois arriver des personnes dérangées mais elles ne restent jamais longtemps chez nous.»

Nous avons ici un remarquable exemple de la technique rhétorique dont Jacques Dallé m’a un jour personnellement confié le secret, ainsi que je le raconte dans Ma vie chez les anthroposophes, à savoir que, pour contrecarrer une information gênante, il faut rapidement diffuser un mensonge contenant un élément de vérité. « L’élément de vérité contenu dans le mensonge viendra confirmer ce dernier », me déclarait fièrement Jacques Dallé en avril 2007, lors d’un entretien en présence de Raymond Burlotte, directeur de l’Institut Rudolf Steiner. Dans cette phrase diffusée par le journal Libération, l’élément de vérité est le suivant : « On voit (parfois) arriver des personnes dérangées« , tandis que le mensonge est contenu dans la dernière partie de la phrase : « Mais elles ne restent jamais longtemps chez nous ». En réalité, très souvent, ces personnes dérangées restent dans les institutions scolaires Steiner-Waldorf, dans lesquelles elles sont arrivées parce qu’elles étaient anthroposophes ou proches de l’anthroposophie. Elles en deviennent même les piliers. Elles n’en partiront que si les actes qu’elles ont commis sur les élèves se sont manifestés publiquement d’une manière trop compromettante pour que  l’institution à laquelle elles appartiennent puisse prendre le risque de continuer à les couvrir.

 

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