La haine du Rock et de la Modernité dans la pédagogie Steiner-Waldorf

« L’activité pédagogique s’insère dans le combat spirituel présent de l’humanité contemporaine. La civilisation contemporaine ne tire pas son origine et sa forme de la connaissance de la véritable nature de l’homme en devenir. Elle est née des forces de décadence du passé. C’est pourquoi les éléments d’anéantissement qu’elle engendre : télévision, cassettes vidéo, « musique » pop et « musique » rock, bruit assourdissant de la circulation et les milles autres phénomènes de la civilisation destructeurs, attaquent massivement l’homme en devenir dans les jardins d’enfants et toutes les classes des écoles, et lui portent dommage. » Jörgen Smit (Extrait page 12 du livre intitulé Pour approfondir la pédagogie de Rudolf Steiner)

(…) Dans cet extrait que nous reproduisons, la rhétorique utilisée par l’un des grands dirigeants de la pédagogie Waldorf dans le monde est saisissante. Nous voyons que les termes utilisés sont ceux du « combat ». La logique de propagation de cette pédagogie est donc martiale. Le pédagogue anthroposophe se croit en effet engagé dans une guerre : celle des forces d’avenir contre les forces de décadence issues du passé, celle du Bien contre le Mal. Cette croyance en une sorte de confrontation eschatologique dont la pédagogie Waldorf serait l’une des clefs place effectivement le pédagogue de ces écoles dans une logique de fanatisme. Mais elle lui fait aussi considérer tous les apports culturels nouveaux comme des sortes d’émanations des puissances sataniques. Ici, c’est le pop et le rock qui sont nommément cités. Ecouter ce genre de musique est en effet considéré par les anthroposophes comme une forme de possession. Dans certains congrès anthroposophiques auxquels j’avais participé, on nous expliquait que les forces de décadence de la musique rock provenaient de ses origines africaines. On nous disait que le rythme même du rock était inadapté aux « corps etheriques » des occidentaux et nous faisait « sautiller comme des nègres », selon les termes employés par Rudolf Steiner lui-même. Mais au-delà de cette manifestation évidente de racisme teinté d’ésotérisme, je crois que ce que les anthroposophes détestent surtout dans ce genre de musique et de danse pour la pulsion de vitalité et de libération dont elle est porteuse. En effet, à mon sens, l’anthroposophe est un être dont les forces vitales sont comme amoindries, endormies, paralysées. Il y a quelque chose du zombie dans la manière dont il traverse l’existence. Le rock agit au contraire sur la vitalité corporelle et émotionnelle comme une puissante stimulation libératrice. Il s’agit d’une musique qui invite à trouver en soi une énergie corporelle qui semble venir de nos profondeurs intimes et personnelles. Elle est aussi une forme de relation à l’autre que ne connaissent jamais les anthroposophes, empêtrés dans l’hypocrisie et les faux-semblants qui constituent leurs rapports sociaux. Il est donc logique qu’elle soit perçue comme une menace, au même titre que toutes les activités contemporaines où s’expriment aujourd’hui la créativité, comme la télévision ou le cinéma. En lisant Jörgen Smit, on a pas seulement l’impression d’entendre un vieux grincheux des années trente ou cinquante, pestant contre la modernité. L’anthroposophie et la pratique continuelle des méditations qu’elle propose semble avoir provoqué chez lui une forme d’autisme, ou de tempérament autistique, au point que même le « bruit de la circulation » constitue pour lui une forme d’agression insupportable. On a vraiment l’impression, à le lire, que la seule existence digne d’être vécue serait celle d’une vie paysanne, à la campagne, à proximité d’une église, dans un calme et un recueillement qui lui permettrait de s’adonner toute la journée aux exercices méditatifs recommandés par Rudolf Steiner. Le problème est que cette mentalité rétrograde et cette volonté de se couper du monde contemporain est l’idéal de vie que les pédagogues anthroposophes voudraient non seulement pour eux-mêmes, mais également inculquer aux enfants des institutions scolaires qu’ils dirigent, soit disant pour préserver leurs âmes des méfaits du monde moderne.

(Extrait de mon article Extraits édifiants)

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Professeur de Philosophie
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Un commentaire pour La haine du Rock et de la Modernité dans la pédagogie Steiner-Waldorf

  1. anonyme dit :

    Bonjour,
    Il est toujours difficile de quitter une école anthroposophe parce que les enseignants arrivent très bien à donner aux parents l’impression que l’école est bien mais que c’est leur enfant qui est plein de problèmes et qu’ils ont une chance énorme d’être chez eux plutôt que dans l’école publique. De plus, dans la culture européenne, il y a énormément de proverbes et dictons du type : l’herbe est toujours plus verte ailleurs, mieux vaut un tu l’as que deux tu l’auras… mais franchement, je ne connais que des familles très contentes d’avoir quitté, autant les parents que les enfants. Si vous hésitez, il faut foncer. J’ai rencontré des gens ayant recommencé en septembre à l’école publique, c’est dur au niveau scolaire, mais c’est tellement mieux pour la vie de famille. Si un enfant a subi une cour de récréation Steiner, il est presque impossible que ce soit pire dans votre ville ou village.
    Bonne chance à tous.

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