Ecoles Steiner-Waldorf et impossibilité de respecter la liberté de conscience des élèves

Dans un récent article paru sur le site du CLPS, la judicieuse question de savoir si les écoles Steiner-Waldorf respectent la loi Debré est posée :

« Si des classes sont sous contrat avec l’Etat, l’établissement, selon les termes de la loi Debré, est libre de de garder son caractère propre, ici c’est pour le visiteur profane l’inspiration steinerienne, mais doit aussi garantir la liberté de conscience des élèves qui lui sont confiés. »

Selon moi, la réponse à cette question ne peut être que négative. En effet, comme l’a montré mon article paru sur le site de l’UNADFI, les écoles Steiner-Waldorf non seulement enseignent l’Anthroposophie aux élèves, mais elles le font, ce qui est pire, de manière insidieuse, sans le dire ouvertement, par imprégnation progressive de certaines idées dont la provenance (Rudolf Steiner) ne sera pas mentionnée aux élèves, ne permettant ainsi pas à ceux-ci de se rendre clairement compte de l’endoctrinement qu’ils subissent.

L’article ci-dessous de Roger Rawlings, sur son site Waldorfwatch, dont nous proposons ici une traduction, permets de jeter une lumière sur l’origine de ce procédé malhonnaête et irrespectueux des consciences individuelles. En effet, Rudolf Steiner était semble-t-il persuadé que sa doctrine particulière n’était pas une nouvelle confession religieuse comme une autre, mais une science objective. Il considérait donc que tout ce que disait l’Anthroposophie n’était nullement de l’ordre du dogme, ou de l’opinion, ni de l’arbitraire, mais qu’il s’agissait de faits objectifs. Ainsi, que le Christ soit descendu du Soleil, que le Bouddha se soit réincarné sur Mars ou que l’Atlandide avait existée, constituait pour lui des vérités absolues, indépendante de l’Anthroposophie, qu’il était donc légitime d’enseigner, sans toutefois que cela se voit trop.

Les citations de l’article de Roger Rawlings éclairent singulièrement cette position intellectuelle particulière (et totalement indéfendable !) de Steiner. Était-il sincère en l’énonçant ? S’il l’était, cela signifierait que son raisonnement relève d’un orgueil incommensurable, à la limite de la démence. Et s’il ne l’était pas, son hypocrisie était tout autant colossale ! Malheureusement, que ce soit l’une ou l’autre de ces deux raisons qui aient motivé ses actes, ou les deux, ce sont des telles contradictions profondes qui perdurent dans les esprits des professeurs des écoles Steiner-Waldorf aujourd’hui encore. Jamais ceux-ci ne pourrons les lever par eux-mêmes. Ils ne pourront que les masquer. C’est pourquoi il est nécessaire que la société intervienne.

 L’Anthroposophie dans les écoles Steiner-Waldorf, par Roger Rawlings

Steiner a souvent prétendu que les écoles Waldorf ne doivent pas enseigner l’anthroposophie aux élèves. Il déclare ainsi : « Nous ne voulons pas imposer nos dogmes, (…), nos principes, ou le contenu de notre vision du monde aux enfants  Nous nous efforçons d’inclure dans nos méthodes d’enseignement un moyen de considérer les âmes individuelles à l’aide de ce que peut offrir une science spirituelle vivante.« [1] En un certain sens, cette affirmation est vraie. En effet, le contenu intellectuel, c’est-à-dire les «dogmes» de l’anthroposophie, ne sont généralement pas enseignés de manière explicite aux élèves des écoles Waldorf.

Mais en réalité, dans un autre sens, l’affirmation de Steiner repose sur un manque de clarté. Car si la pédagogie Waldorf provient de ce qu’il appelle une « science spirituelle vivante » (…), les « âmes individuelles » des élèves sont constamment influencés par l’anthroposophie. Certes, les élèves ne vont pas apprendre la terminologie anthroposophique, mais ils vont absorber, jour après jour, année après années, les effets de l’anthroposophie. [2] Cet objectif est implicite dans la déclaration de Steiner.

A une autre occasion, Steiner a révélé ses véritables intentions : «Je crois que la science spirituelle diffère de toute autre science par sa capacité à remplir toute la personne«  [3]

Une déduction logique ici s’impose :

a) Si les enfants sont influencés par la « science spirituelle » (l’anthroposophie), et si la science spirituelle remplit par définition toute la personne, les enfants seront nécessairement eux-aussi remplis par la science spirituelle.

b) Si les élèves sont « remplis de science spirituelle » (d‘anthroposophie), il devient clair que la véritable fonction des écoles Waldorf est de répandre l’anthroposophie. Cette propagation peut se produire par le fait que l’on verse de la « science spirituelle » dans les esprits des élèves en rendant explicites ou sans rendre explicites les dogmes anthroposophiques, ou encore en suscitant l’intérêt des parents de ces écoles envers les dogmes en question (par exemple en faisant connaître certains dogmes, de préférence peu à la fois), ou les deux.

Comme l’a dit Steiner : «Un des faits les plus importants concernant l’école Waldorf, est que, grâce à elle, nous sommes en mesure de faire du mouvement anthroposophique un grand mouvement [ce qui signifie que l’une des fonctions les plus importantes de l’école Waldorf est de répandre l’anthroposophie]. Le mouvement anthroposophique est devenue un grand mouvement. » [4]

Steiner était parfois relativement franc au sujet de l’importance de l’anthroposophie dans les écoles Waldorf  :

« Le mouvement anthroposophique est à la base des écoles Waldorf. » [5]

Pourtant, il a continué à soutenir que les écoles Waldorf n’enseignaient pas l’anthroposophie. Ainsi, il déclare :

« Nous avons conçus nos programmes et nos objectifs éducatifs sur la base d’une véritable compréhension de l’être humain, qui ne peut se développer hors de la terre fertile de l’anthroposophie. C’est pourquoi nous avons donné naissance à une école universellement humaine, non une école fondée sur une philosophie ou une dénomination particulière… »[6]

Il est impossible de savoir si les déclarations de Steiner étaient sincères. Mais nous pouvons comprendre leur signification. Sa position consistait à affirmer que l’anthroposophie n’était ni une philosophie, ni une confession religieuse. Pour lui, il s’agissait de « science spirituelle ». Cette science énonçait la vérité objective. Elle permettait « une véritable compréhension des choses ». Sur cette base, Steiner prétendait qu’une  école Waldorf « n’est pas une école fondée sur une philosophie ou une dénomination particulière« , car pour lui l’anthroposophie ne se définissait pas ainsi. Cependant, quelle que soit la définition qu’on lui donne, l’anthroposophie est bien la base de la pédagogie Waldorf.

Toutefois, Steiner lui-même a parfois contredit sa propre position selon laquelle les dogmes de l’anthroposophie ne devait en aucun cas être enseigné dans les écoles Waldorf. Par exemple, il a une fois exhorté un professeur Waldorf en ces termes: « Votre problème est que vous n’avez pas su adapter l’anthroposophie au niveau des petits enfants. Dans votre cours, vous avez enseigné l’anthroposophie aux enfants. Mais vous n’avez pas su transformer l’anthroposophie en la mettant à la portée d’un enfant « . [7] Notons que Steiner n’a pas reproché à cet enseignant d’avoir commis une erreur en enseignant l’anthroposophie en classe : il a seulement dit que l’enseignant n’avait pas  su présenter l’anthroposophie sous une forme que ses élèves pouvaient saisir.

En réalité, l’anthroposophie est bel et bien présente dans les classes des écoles Waldorf. Elle l’est habituellement sous une forme déguisée, mais parfois ouvertement. Et les élèves Waldorf doivent, selon Steiner, accepter cet état de fait :

 « Vous devez rendre les enfants conscients qu’ils reçoivent la vérité objective. Et si cela semble parfois anthroposophique, ce ne est pas l’anthroposophie qui est fautive. Les choses sont ainsi parce que l’anthroposophie a quelque chose à dire au sujet de la vérité objective L’anthroposophie sera présente à l’école quand elle est objectivement justifiée, c’est-à-dire quand elle est appelé par la réalité elle-même. « [8]

Or pour Steiner, l’anthroposophie est la clé de la sagesse. De plus, il reconnaît que l’anthroposophie doit imprégner tous les sujets traités au cours d’une scolarité Waldorf. Quand sera donc convoquée l’anthroposophie par la réalité elle-même ? Presque toujours.

Bibliographie :

[1] Rudolf Steiner, RUDOLF STEINER IN THE WALDORF SCHOOL: Lectures and Addresses to Children, Parents, and Teachers (Anthroposophic Press, 1996), p. 26.

[2] In an account of my own experiences as a Waldorf student, I put it like this: “Imagine being educated by a group of dedicated Catholics or Communists or Mormons or Fascists — or secretive members of any ideological group: For year after year, you are taught to think and speak and act in accordance with the group’s ideology, but you are never told precisely what that ideology is, and you are never shown any of its central texts. That’s what going to Waldorf was like.” I liken the process to brainwashing. [See “I Went to Waldorf”.]

[3] RUDOLF STEINER IN THE WALDORF SCHOOL, p. 79.

[4] Ibid., p. 156.

[5] Ibid., p. 162.

[6] Ibid., p. 186.

[7] Rudolf Steiner, FACULTY MEETINGS WITH RUDOLF STEINER (Anthroposophic Press, 1998), pp. 402-403.

[8] Ibid., p. 495. 

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