D’où vient la sagesse des anthroposophes ?

Ce qui est souvent troublant avec les anthroposophes et l’Anthroposophie est qu’ils peuvent tenir des discours de sagesse et d’humanité authentiques, qui ne laisseront pas apparaître de volonté d’emprise, même après un temps assez long. Il arrive en effet souvent que des personnes ayant eu affaire à des anthroposophes témoignent de la manière dont ils ont été touchés par leurs propos, par la bonté et la sagesse qui s’en dégageaient, etc. Elles pourront également jurer que jamais ces personnes n’ont chercher à exercer sur elles la moindre forme d’emprise mentale, ni même n’auront tenté de leur faire la promotion de l’Anthroposophie. Tout au plus auront-elle eu droit à de discrètes allusions, ou au conseil de se diriger vers l’une ou l’autre des institutions issues de l’Anthroposophie, comme de mettre leurs enfants dans une école Steiner-Waldorf, de placer son argent à la NEF ou d’acheter des produits biodynamiques, mais sans jamais d’insistance, du moins au depart. On peut donc se demander comment opère et d’où procède cette « sagesse anthroposophique » qui semble s’offrir si généreusement à ceux qui parfois en bénéficient.

Un exemple permettra de mieux comprendre mon propos. Une amie m’a raconté dernièrement qu’elle consultait un médecin anthroposophe et que celui-ci l’avait réellement aidé, par son écoute et par ses propos, à se rebâtir elle-même. Elle admettait que cette personne débordait largement le cadre d’une consultation d’un médecin généraliste en traitant avec elle de tous les sujets concernant sa vie intime, à la manière d’un psychothérapeute, dont il n’avait pourtant aucunement la formation, mais m’a affirmé n’avoir jamais senti ni observé d’amorces de dérives propres aux sectes, comme des tentatives pour lui soutirer de l’argent ou des avances. Au contraire, les propos tenus et l’écoute de ce médecin anthroposophe étaient selon elle d’une grande justesse et d’une profondeur certaine, qui l’ont énormément aidé.

Cette manière de procéder est typique des anthroposophes. Dans les « Leçons » de l’Ecole de Science de l’Esprit, on trouve ainsi un passage où Rudolf Steiner insiste sur le fait qu’un conseil donné à un inconnu sur le quai d’une gare fait plus pour l’Anthroposophie que de grands discours ou un prosélytisme avéré. D’autre part, dans certaines conférences, Steiner précise aux anthroposophes que l’Anthroposophie n’est rien d’autre qu’un contenu latent dans les âmes des contemporains. Il y a ainsi manifestement avec l’Anthroposophie une volonté de discrétion d’une part, de disponibilité envers autrui d’autre part, qui peuvent être confondantes et qui tranchent avec les attitudes des autres sectes, où les adeptes sont souvent des démarcheurs que l’on entend venir de loin avec leurs gros sabots.

Effectivement, je crois que les anthroposophes ont cette capacité d’être réceptifs à quelque chose d’une dimension supérieure de la vie et à ne pas atteindre ceux à qui ils s’adressent par des pratiques de promotion ostentatoires de l’Anthroposophie.

Mais on commence à s’apercevoir que les choses ne sont pas si nettes qu’elle n’y paraissent quand on comprend que cette « sagesse » tombe la plupart du temps dans des psychismes profondément dérangés, voire pervers. Le propos peut certes être authentique, mais la personne qui les tient ne l’est pas. Les paroles de l’anthroposophe sont sages, mais l’anthroposophe qui les prononce est souvent fou. Cela, on ne s’en rend compte que lorsque l’on est amené à rentrer dans l’intimité de la vie personnelle de ces gens, comme ma vie m’a donné l’occasion de le faire à de nombreuses reprises. C’est ainsi que j’ai pu côtoyer des personnalités éminentes de l’Anthroposophie en France et dans le monde, et m’apercevoir de ce qui se cachait bien souvent derrière les magnifiques paroles de sagesse, de bonté et de vérité qu’ils étaient effectivement capables de prononcer. J’ai pu par exemple connaître le caractère rigide et réactionnaire d’un anthroposophe qui tenait pourtant pendant ses conférences des propos d’une réelle modernité, ou les penchants problématiques d’un médecin anthroposophe qui faisait publiquement des déclarations d’une grande délicatesse et d’un respect admirable quand il abordait le thème de la sexualité, etc. C’est d’ailleurs à mon sens pour cette raison que les éminents anthroposophes prennent bien soin de recouvrir d’un voile épais leurs vies personnelles : voir ce qu’il y a derrière les discréditerait bien souvent définitivement.

Comme l’anthroposophe sait s’effacer quand il est ainsi traversé par les propos qu’il tient, on n’aura pas l’impression que ce qu’il dit émane de sa personnalité problématique. Cette dernière ne sera d’ailleurs pas perceptible, puisqu’en retrait à ce moment-là. Mais en réalité, il s’agit d’une sorte de piège, de séduction subtile, qu’il n’est possible de déjouer que par la connaissance plus large du contexte. Tant que cette amie n’avait affaire au médecin en question que dans le cadre des consultations de son cabinet, les choses pouvaient garder une certaine normalité et ne présenter aucun risque. Mais si elle avait fait ne serait-ce que quelques pas de plus vers cet homme ou vers le milieu anthroposophique, cela aurait été tout autre chose. D’où venait la « sagesse » et l’humanité de ce médecin anthroposophe ? Absolument pas de l’Anthroposophie ni de son propre fond personnel, mais probablement tout simplement de la personne qu’il avait en face de lui au moment où ils échangeaient et dont il avait la capacité de capter intuitivement les paroles qui étaient « en attente » au fond d’elle-même. Car c’est bien ce que développe à mon sens l’Anthroposophie en matière de « perceptions spirituelles » : la capacité intuitive de s’emparer de la sagesse dormante d’autrui pour la lui présenter en miroir, afin de le subjuguer.

A mon sens, on devrait ici parler de « vampirisme spirituel ». En effet, la sagesse que l’anthroposophe parvient à déverser sur ceux qui l’écoutent n’est bien souvent rien d’autre qu’un contenu qu’il vient d’aller dérober lui-même inconsciemment chez son interlocuteur. Il ressemble ainsi à ces médiums qui perçoivent par intuition ce que les personnes ont vécu ou ce qu’elles veulent entendre, mais n’ont en réalité aucun don pour prédire l’avenir. Avec l’Anthroposophie, il s’agit simplement d’un contenu latent qui prend des formes plus générales et moins personnelles lorsqu’il est énoncé, s’apparentant ainsi à de la sagesse. Mais le procédé est le même que chez les médiums que nous évoquions et consiste à aller voler à l’interieur de la personne ce que l’on va ensuite lui restituer en s’en octroyant la paternité, pour en tirer des bénéfices.

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A propos gperra

Professeur de Philosophie
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