Vous m’avez donné la force d’écrire…

C’est un beau et touchant témoignage qui m’est parvenu par l’intermédiaire de mon blog : celui de Mélanie, qui a passé 12 années de sa vie dans le milieu des anthroposophes, qui a pu en sortir et qui témoigne aujourd’hui. Son témoignage est accessible via le site d’un mouvement (Vegan) auquel elle adhère désormais : http://thevegantrotter.blogspot.fr/2015/04/a-vegan-midst-eurythmists.html

Son témoignage, rédigé en anglais, et maintenant disponible en français, est très riche, car il décrit de nombreux aspects du milieu anthroposophique, confirmant certaines caractéristiques que j’ai moi-même pu rencontrer et décrire dans Ma vie chez les anthroposophes, ainsi que d’autres, toutes aussi effrayantes.

Par exemple, Mélanie décrit bien comment il est possible de passer de nombreuses années de sa vie à aller d’une « formation  anthroposophique » à une autre, comme ce fut son cas avec l’Eurythmie (qu’il soit soit disant « artistique », « thérapeutique » ou « pédagogique »), n’apprenant en fait strictement rien de concret ni de valable, mais dépensant ainsi du temps et de l’argent en pure perte.

Elle décrit également de façon remarquable comment, lorsqu’on est atteint d’une affection sérieuse, il est possible de traîner pendant des années une pathologie qui ne sera en fait pas soignée, par le simple fait que l’on se fait suivre par un ou des médecins anthroposophes, dont certains sont parfois bien plus dangereux qu’inefficaces.

Elle décrit enfin comment il est possible de passer autant de temps dans le milieu anthroposophique, sans véritable retours ni inscriptions dans la vie sociale normale, en raison du fait que cette mouvance sectaire dispose à présent d’un véritable circuit économique parallèle, où il est possible de trouver des petits boulots, presque toujours assez mal rémunérés mais suffisants pour survivre, comme professeur dans les écoles Steiner-Waldorf, ou aide-soignante dans une clinique anthroposophique, ou employé dans une ferme biodynamique, ou thérapeute dans un Camphill, etc. Ceci ne fait que rendre plus difficile la démarche d’en sortir.

En lisant ces lignes, avec le recul que j’ai aujourd’hui, je n’ai pu m’empêcher de me demander comment il se fait que l’on puisse passer tant d’année de sa vie, comme ce fut aussi mon cas, dans une espèce d’existence hors du temps, à méditer et étudier une doctrine qui n’apporte rien à personne, sinon un faux savoir qui rend profondément orgueilleux, au milieu de gens aux comportements malsains, souvent moralement pervertis, hypocrites et malhonnêtes, parfois proches de la folie, à accepter des emplois mal rémunérés, épuisants et très souvent dégradants dont on finit toujours par se faire jeter comme des malpropres si on a eu le malheur de conserver intacte une partie de sa raison et que l’on n’a pas su fermer sa bouche ? Car le parcours de Mélanie dans l’Anthroposophie a traversé de nombreux pays : France, Allemagne, Suisse, Canada, Angleterre, Australie, etc. Or ce sont toujours les mêmes types de gens, les mêmes ambiances, les mêmes déviances, les mêmes problèmes, les mêmes déconvenues que l’on rencontre dans le monde des anthroposophes, quels que soient les pays ! Finalement, passer d’un pays à l’autre ne change presque rien, car l’Anthroposophie est toujours la même, où qu’elle se trouve.

Les mots que Mélanie m’adresse aujourd’hui, après avoir eu le courage d’écrire son témoignage, me touchent à plus d’un titre :

Ils me touchent tout d’abord car, lorsqu’elle m’écrit que je lui aurais « donné la force d’écrire », cela me rappelle l’entretien que j’ai eu avec une responsable de l’UNADFI, peu de temps avant la parution de mon témoignage sur les écoles Steiner-Waldorf. Alors que celle-ci me disait que je devais m’attendre à « en prendre plein la figure », je lui répondais que si mon témoignage aidait ne serait-ce qu’une seule personne, une seule, j’acceptais d’affronter les ennuis que mon acte allait m’apporter. Ainsi, quand des propos comme ceux de Mélanie me sont adressés – ou que des parents me remercient de leur avoir permis de prendre conscience de la réalité et de retirer leur enfant d’une école Steiner-Waldorf – je me dis que les souffrances que j’ai du endurer en raison du procès que m’a intenté et perdu la Fédération des écoles Steiner-Waldorf en France avaient bien tout leur sens.

D’autre part, ils me touchent car, dans ce parcours de douze années à perdre sa vie et son énergie, à user et mettre en danger sa santé, que les anthroposophes vous volent, comme on prend la substance d’une personne pour s’en nourrir, je perçois l’infini tristesse d’une blessure qui ne pourra jamais être complètement guérie, puisqu’il s’agit en réalité d’une amputation. Mais j’y perçois aussi une manifestation de cette force intérieure, très profonde, assez mystérieuse, qui, de souffrances en souffrances, d’humiliations en humiliations, finit par dire que cela suffit, et que la vie dans une secte doit avoir une fin, pour faire place à une vie véritable.

Enfin, le témoignage de Mélanie est pour moi réconfortant car, jusque dans sa manière d’écrire, dans le choix de ses mots, dans sa volonté d’être précise, concise et juste, refusant l’emphase ou la haine, sachant rester prudente et proche de la réalité dans ce qu’elle décrit, elle montre que c’est sa manière même de penser qu’elle a su délivrer de l’emprise anthroposophique. Et ceci est la plus belle victoire sur cette mouvance sectaire que l’on puisse espérer !

Bonne et heureuse vie à présent Mélanie ! Let’s danse now ! No more Eurythmie ! Nous faisons partie des premières victimes de l’Anthroposophie à avoir pu prendre conscience et témoigner de la manière appropriée. Comme me l’écrivait un jour Roger Rawlings, nous sommes en ce sens un peu des « frères ». Il en viendra d’autres, auxquels nos plumes auront ouvert la voie, obligeant, un jour ou l’autre, la société à prendre ses responsabilités sur ce sujet.

Grégoire Perra

« Cher Grégoire, je suis tellement reconnaissante pour votre témoignage sur votre vie avec les anthroposophes. Il m’a m’a beaucoup aidé à voir d’un autre point de vue ma propre expérience de 12 années dans cette secte. Vous m’avez donné la force d’écrire à ce sujet dans mon propre blog, c’était presque thérapeutique. Je n’étais pas membre de la Société (Annthroposophique) mais, en tant qu’eurythmiste, c’était presque pareil. Si vous avez le temps vous pouvez le lire mais je comprends si votre anglais n’est pas votre point fort. Je suis vraiment étonné d’avoir lu comment vous avez pu réussir à quitter cette organisation puisque vous étiez si profondement dedans. Encore une fois, je vous remercie d’avoir partagé votre expérience. Salutations. Mélanie. » http://thevegantrotter.blogspot.fr/2015/04/a-vegan-midst-eurythmists.html

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