Comment sortir son enfant d’une école Steiner-Waldorf ?

Au premier abord, on pourrait s’imaginer que la démarche consistant pour un parent à retirer son enfant d’une école Steiner-Waldorf où il l’aurait inscrit serait des plus simples et se résumerait à une simple formalité. Dans les faits, l’affaire s’avère parfois beaucoup plus compliquée.

Depuis l’année 2011, suite à la parution de mon article intitulé L’endoctrinement des élèves à l’Anthroposophie dans les écoles Steiner-Waldorf, j’ai en effet été appelé par les circonstances de la vie à aider de nombreuses personnes à sortir leurs enfants de différentes écoles Steiner-Waldorf, tant en France, qu’en Belgique en en Suisse. Les familles qui m’avaient contactées rencontraient en effet de nombreux problèmes qui semblaient rendre laborieuse et même grandement ardue une entreprise qui auraient dû normalement être simple. Je précise que, si j’ai accepté de répondre à ces sollicitations, voire à ces appels à l’aide, j’ai toujours pris soins de demander à des associations compétentes en matière de dérives sectaires de prendre le relais, n’ayant pas la vocation ni les compétences pour me risquer à assumer seul un tel rôle, mais pouvant cependant être disponible en tant que conseiller susceptible d’éclairer des situations que seul un ancien élève et professeur Steiner-Waldorf est apte à comprendre.

Aujourd’hui, il m’est donc possible de proposer une synthèse des différentes difficultés rencontrées au cours de ces démarches, qui se sont parfois avérées être de véritables combats. Ces difficultés furent de trois ordres :

– psychologiques ;

– administratives ;

– sociales.

Les difficultés psychologiques tiennent bien souvent à la propension de ces écoles à tenir aux parents des discours culpabilisants lorsque ceux-ci commencent à évoquer le fait que cette pédagogie comporte des défauts et ne leur convient plus. On leur explique qu’ils n’ont en réalité pas compris les fondements de ce qui est proposé à l’école. On leur propose de longs entretiens au cours desquels tout est fait pour leur retourner l’esprit et les faire revenir sur les conclusions auxquelles ils avaient aboutis, voire à leur faire oublier les faits graves qui avaient motivé leur décision. Bien souvent, en sortant de ces entretiens, les parents ne comprennent pas bien eux-mêmes ce qui s’est passé, ni ce qui s’est dit, et surtout comment il a pu se faire qu’ils aient finalement opté pour une décision qui était bien souvent à l’opposé de ce à quoi ils tendaient au départ. Pour comprendre un tel phénomène, il faut savoir que les pédagogues anthroposophes de ces écoles disposent de moyens de persuasion qui vont bien au delà des capacités ordinaires. Il ne s’agit pas seulement de leur rhétorique, très au point, mais également de leur façon d’accentuer certaines intonations ou certains mots, à la manière des hypnotiseurs, suivant en cela les conseils en manipulation mentale que Rudolf Steiner avait donnés aux professeurs de la première école de Stuttgart, dont on trouve la trace dans les Conseils, édités par la Fédération des écoles Steiner-Waldorf, que je commente dans l’un de mes articles. En voici un extrait significatif et effrayant :

«  Une certaine sécurité résultera de l’ambiance que nous créerons lors d’un entretien personnel grâce à toute les possibilités d’accentuation des phrases et des mots. (…) Il faut se faufiler. Il faut être conscient que c’est nécessaire au moins pour atteindre notre but, parler aux gens, et intérieurement les duper. » (Rudolf Steiner, Conseils aux professeurs de la première école Steiner-Waldorf de Stuttgart, édité par la Fédération des écoles Steiner-Waldorf, p. 264)

 

Ainsi, on peut comprendre que lors de ces entretiens, bien souvent interminables, les cerveaux des parents soient comme retournés par ce qu’ils entendent, car peu de gens sont habitués à faire face à ce genre de chose et à pouvoir y résister.

En outre, il arrive très souvent que, lors de ces entretiens, les pédagogues anthroposophes, lorsqu’ils sont sur la défensive, utilisent des procédés de culpabilisation. Cela leur est d’autant plus facile qu’ils connaissent bien souvent beaucoup de choses sur la vie intime des parents, non seulement parce que les écoles Steiner-Waldorf sont des petits milieux où tout se sait, mais également parce qu’ils auront bien souvent eux-mêmes posé des questions très indiscrètes lors des entretiens précédents, par exemple lors de celui d’admission, soit-disant pour mieux connaître l’environnement de l’enfant. Ainsi, il peut arriver que, lorsque des parents viennent se plaindre auprès des professeurs Steiner-Waldorf de certains aspects de leur prise en charge pédagogique, voire commencent à emmètre le désir de retirer leur enfant de l’école, ces derniers se mettent à évoquer certains aspects de la vie privée des parents dans le but de les déstabiliser. Par exemple, ils affirmeront que l’enfant a des difficulté dans sa scolarité ou avec ses camarades parce que le couple ne va pas si bien, ou que son univers familial n’est pas d’une qualité suffisante, etc. Certaines accusations pourront s’avérer particulièrement humiliantes. Elles peuvent parfois avoir pour fonction de briser les couples, afin d’affaiblir la structure parentale qui ose tenir tête à l’école.

Concernant l’argumentaire proprement dit, voici une liste de ce qui est asséné aux parents pour les faire revenir sur leur décision, ou au minimum la différer :

– partir est votre droit, mais ce n’est pas « le bon moment pour votre enfant », il faut attendre les « paliers » où le passage vers le système public sera plus facile pour lui à supporter.

– vous auriez dû nous prévenir bien plus tôt, son départ maintenant risque de déstabiliser l’ensemble de la classe, attendez encore un peu.

– votre enfant a des difficultés à l’école parce qu’il est « trop éveillé », nous travaillons justement sur cet aspect problématique de son tempérament et les résultats seront bientôt au rendez-vous, mais il faut continuer à nous faire confiance.

– votre enfant est un être beaucoup trop sensible pour le système traditionnel, il ne le supportera pas.

– il serait dommage de le retirer de l’école maintenant car les notions que nous allons aborder dans la prochaine « période » sont justement celles dont votre enfant à profondément besoin pour son développement intérieur et personnel.

– etc.

Comment résister à un tel argumentaire, qui semble s’appuyer sur une connaissance si précise de l’être de sa progéniture ?! (alors qu’il s’agit en fait d’arguments stéréotypés et reproduits à l’identique depuis la création de ces écoles)

Ensuite, la pression psychologique se double bien souvent d’une pression sociale. En effet, dès que l’on entre dans une école Steiner-Waldorf, l’on est très vite intégré dans une petite communauté composée des parents et des professeurs, en apparence très chaleureuse. On se fait la bise chaque matin, on se tutoie, on se fait des repas ensembles, on participe à des activités communes, on prépare ensembles les « fêtes » de l’école, on se raconte sa vie privée, etc. Tout cela est en fait sciemment organisé pour créer un groupe social soudé dont il est difficile de sortir, une sorte de famille élargie, voire de clan. Certains parents particulièrement convaincus sont chargés d’être les « parrains » des autres, de dissiper les éventuelles interrogations, etc. Très vite, emmètre des critiques et même des doutes sur ce qui se passe à l’école ou dans cette pédagogie est perçue comme un signe de faiblesse, de stupidité, voire comme une trahison. Comme il est difficile de maintenir contre tout un groupe une position issue d’une réflexion qui s’appuie bien souvent sur des observations de faits subtils, voire presque imperceptibles parfois, les parents sont amenés à penser que ce sont eux qui perdent la raison, alors qu’il n’en est rien. Et si cela ne suffit pas et que le parent persiste, les pédagogues anthroposophes se permettront volontiers quelques remarques destinées à remettre en cause la santé mentale de celui qui critique leur pédagogie. Remarques qui feront le tour de la communauté.

Enfin, les difficultés peuvent être d’ordre administratives. Par exemple, dans certains dossiers que j’ai suivis, j’ai pu remarquer que les secrétaires des écoles Steiner-Waldorf n’avaient parfois volontairement pas effectuées les démarches auxquelles elles étaient tenues, qui auraient permises aux parents de sortir à temps leurs enfants afin de les inscrire ailleurs, tout en affirmant avec aplomb aux parents qu’elles les avaient faîtes. Ou encore, j’ai pu voir comment certaines écoles se livraient à des pressions à partir du règlement intérieur qu’elles avaient fait signer aux parents, lequel stipule bien souvent que le départ d’un enfant ne peut avoir lieu qu’après une série d’entretiens avec diverses commissions et avec l’accord du Collège des Professeurs, alors que ce document n’a en réalité aucune valeur contraignante d’un point de vue juridique.

Pour faire face à ces difficultés rencontrées par les parents qui veulent sortir leurs enfants d’une école Steiner-Waldorf, voici donc les conseils généraux que je suis en mesure de fournir :

– Aussitôt que votre enfant émet le désir de quitter cette école ou qu’il exprime à sa manière une souffrance ou un trouble anormal liés à la particularité de cet univers pédagogique, il faut le prendre très au sérieux. Cela peut se manifester par des refus de se rendre à certains cours précis, ou bien de participer à des rituels en apparence anodins, comme les goûters ou les siestes. Mais ces moments cachent bien souvent tout autre chose dans une école Steiner-Waldorf ! Le mieux sera alors, à mon sens, de prendre une mesure d’urgence et de retirer l’enfant de l’école, avec arrêt maladie délivré par un médecin compétent (qui ne devra pas être un médecin anthroposophe, ni le médecin scolaire de l’école, bien entendu !). Pendant ce temps, sans faire part d’aucune façon de leurs intentions à l’école, les parents pourront lever les obstacles permettant une scolarisation ailleurs. Les conseils qui vont suivre s’inscrivent donc dans le cas de figure où l’enfant aura été soustrait à l’univers de l’ecole et ne pourrait en aucun cas faire l’objet de représailles (conscientes ou inconscientes) émanant de ses professeurs ou de ses camarades, apprennant qu’un processus de rupture serait en cours. Si cette option s’averait impossible, il faudrait procéder de manière beaucoup plus discrète, pour protéger l’enfant.

– Au cours de ce processus, il ne faut pas accepter les entretiens que l’on vous propose, ni en individuel avec le professeur principal ou la jardinière d’enfant de votre enfant, ni avec une quelquonque commission. Ceux-ci n’ont pas d’autres buts que de vous embrouiller l’esprit, de vous faire revenir sur votre décision ou tout simplement de gagner du temps. Si vous acceptez néanmoins de vous y rendre, veillez à rester maîtres du temps : au delà de 45 minutes, je vous conseille de prendre congé de vous-mêmes, quitte à vous lever et à partir après avoir dit au revoir, même au milieu d’une phrase, alors que les professeurs Steiner-Waldorf resteront assis et feront comprendre qu’ils veulent poursuivre, voire qu’ils vous asséneront des phrases comme : « personne ne sortira de cette pièce tant qu’on ne sera pas parvenu à un accord ! ». Parfois, sans l’accord des parents, certaines écoles s’arrogent le droit de réaliser des soit-disant compte-rendus de ces entretiens, censés retracer les débats : si un tel document vous était communiqué, je conseille d’en contester immédiatement par courrier recommandé la légitimité et l’objectivité et de stipuler que vous n’avez jamais donné votre accord pour qu’il soit réalisé.

– Vous devrez filtrer vos appels téléphoniques pendant tout le temps que durera la procédure, car l’école n’hésitera pas à faire appeler chez vous et sur votre portable si elle voit qu’elle ne parvient plus à vous atteindre par les moyens ordinaires. Les écoles Steiner-Waldorf sont assez prudentes pour ne pas lancer leurs appels téléphoniques répétés depuis le secrétariat, ce qui les identifierait, mais à faire appeler depuis les numéros privés des parents ou des professeurs : vous devrez donc veiller à ne pas décrocher lorsque surviennent ce genre d’appels et à faire de même avec tout numéros inconnus. De même pour le téléphone de votre domicile, ce qui pourra être compliqué à gérer avec vos enfants.

– Quand votre décision est prise, vous devez en effet cesser immédiatement de communiquer non seulement avec les personnels de l’école, mais également avec les autres parents, même ceux en qui vous pensez pouvoir avoir totalement confiance. Sachez en effet que le moindre de vos propos transmis à une personne faisant partie de l’entourage de l’école est susceptible d’être immédiatement retransmis à la direction de celle-ci, et pourrait être utilisé ensuite contre vous. Cette recommandation peut paraître rude, car il y a et il y aura toujours au sein des écoles Steiner-Waldorf dès personnes sincères, intéressantes et gentilles. Mais il faut bien comprendre que si vous restez en contact avec ces personnes, vous le restez également avec le milieu anthroposophique et indirectement avec les dirigeants de l’ecole. Or ces dirigeants savent utiliser les liens que l’on a conservé avec des personnes honnêtes et bonnes qui font partie de leur entourage : celles-ci ne se rendront même pas compte du rôle qu’on pourra leur faire jouer le cas échéant. Je parle ici par expérience. Ce genre de coupure peut paraître extrême, mais quand on veut vraiment sortir son enfant d’une école Steiner-Waldorf, il faut être prêt à cette radicalité.

– Peu après le départ de votre enfant de l’école, celui-ci sera peut-être sollicité pour participer à des fêtes d’anniversaires ou bien à des goûters avec ses anciens camarades (alors qu’il ne l’était pas forcément auparavant). Mieux vaut décliner poliment ces propositions, même si cela peut paraître injuste et cruel pour votre enfant. D’une part, elles auront pour effet de replonger ce dernier au sein d’un groupe dont il a été membre, d’une communauté à laquelle il appartenait, ce qui peut provoquer en lui une immense nostalgie, même si cette communauté le maltraitait (la nature humaine est ainsi faite). Il vous suppliera alors de le remettre à l’école, ce qui était en fait la véritable fonction de cette invitation. D’autre part, il faut savoir qu’à ces festivités se trouvera bien souvent convié également l’ancien professeur de votre enfant, qui s’emploiera certainement à profiter de ces rencontres « fortuites » pour obtenir de vous l’entretien que vous lui aviez refusé précédemment.

– Vous ne devez jamais croire sur parole ce que vous dit une secrétaire d’une école Steiner-Waldorf. Par exemple, si elle-ci vous dit que le dossier scolaire de votre enfant à été transmis à l’école publique du secteur dont dépend votre enfant, vérifiez ce qu’il en est auprès de l’établissement en question, sinon vous pourrez vous retrouver en situation de dépassement des délais impartis et devoir laisser votre enfant à l’école Steiner-Waldorf une année supplémentaire (ce qui est en réalité le but de la manœuvre) .

– Conservez tous les documents que vous aura fourni cette école (règlement intérieur, lettres de professeurs, cahiers de vos enfants, etc).

– Contactez rapidement une personne d’une association compétente, comme l’UNADFI, le CCMM ou le CLPF. La MIVILUDES est également à même de vous épauler, car elle est au fait de la vraie nature de ces établissements. Les Rectorats des Académies possèdent également des conseillers académiques et des correspondants en matière de dérives sectaires, qui sont éventuellement susceptibles de recevoir votre situation et de vous épauler dans vos démarches. Il est très important, ne serait-ce que symboliquement, de mettre entre vous et cette dérive sectaire une personne compétente représentant la société.

– Payez ce que vous devez à ces écoles : ne laissez aucune « ardoise » derrière vous qui serait ensuite susceptible d’être utilisée contre vous, notamment si vous décidiez un jour de témoigner publiquement. Je sais que cette recommandation est parfois très difficile à suivre, car les parents ont bien souvent à ce stade le sentiment d’avoir été purement et simplement escroqués. « Non seulement ils endoctrinent et maltraitent nos enfants, mais en plus ils nous prennent notre argent pour le faire ! » m’ont parfois déclaré certains parents. Pourtant, il est nécessaire de ne laisser aucun litige financier entre vous et ces institutions issues de l’Anthroposophie.

– Consignez dans un écrit le plus tôt possible l’ensemble des faits et des éléments qui vous ont amené à prendre votre décision, en étant le plus précis possible dans les détails, même ceux qui peuvent paraître les plus insignifiants. N’hésitez pas à formuler également ce qu’ont été vos pensées, vos doutes, vos difficultés à réaliser pleinement la situation.

– Quand votre décision est prise et que votre enfant est sorti définitivement, ne remettez sous aucun prétexte les pieds dans l’école, même pour y aller chercher des affaires de votre enfant qui y seraient restées !

– Bien souvent, l’un des principaux freins qui dissuade les parents à sortir leur enfant d’une école Steiner-Waldorf est la peur du système public. Cette peur, parfois déjà présente au moment de leur choix d’y inscrire leurs enfants, aura bien souvent été exacerbée jusqu’au paroxysme par les professeurs Steiner-Waldorf. C’est ce qui poussera bien souvent les parents à attendre, voire à différer leur décision jusqu’a la fin de l’année scolaire, alors même que la prise de conscience a eu lieu. Sachez cependant que dans la totalité des situations que j’ai eu à suivre, le retrait des enfants et leur integration du système public traditionnel a été une bonne chose : les enfants se sont aussitôt sentis libérés d’un poids ; leur intellect, qui était laissé en jachère, a de nouveau été sollicité, pour leur plus grand plaisir ; les relations sociales qui étaient difficiles avec leurs camarades à l’école Steiner-Waldorf se sont immédiatement améliorées dans une structure publique, etc. Le croquemitaine de l’Education Nationale, qui effrayait les parents, s’est révélé n’être qu’un mythe conçu pour jouer sur leurs peurs profondes.

– Une fois votre enfant sorti de l’école, il est à mon sens nécessaire de se méfier de l’attitude consistant à vouloir rapidement oublier cette mésaventure pour passer à autre chose, comme le font de nombreux parents. Il faut être en effet bien conscient que, pour un enfant, avoir été entre les mains des pédagogues anthroposophes n’est pas une expérience anodine, même si elle n’a duré que quelques semaines. L’enfant a bien senti – souvent même mieux et plus rapidement que ses parents – que quelque chose d’étrange et de malsain était à l’œuvre dans ce qu’il a traversé. Tandis que les parents n’ont parfois eu que de simples soupçons, il aura vu par moments se fissurer le masque si séduisant que présente aux adultes son professeur ou sa jardinière, laissant apparaître un visage qui aura glacé son sang. Mais il n’aura pas eu les mots adéquats pour prendre conscience de la réalité. C’est pourquoi il sera très important de le faire avec lui, avec les mots qui correspondent à son âge, après sa sortie de l’école. Puis d’y revenir régulièrement tout au long de son éducation, jusqu’à sa majorité. En effet, ce qu’il a vécu est de l’ordre de la maltraitance. Celle-ci n’aura pas été nécessairement physique, mais son impact psychologique ne devra pas être négligé. Malheureusement, ce qu’il a subi l’accompagnera toute sa vie. Mais le fait de pouvoir mettre des mots justes sur cette expérience, de savoir qu’il est passé par une dérive sectaire, lui permettra non seulement de vivre avec, mais aussi de ne pas être plus tard une proie facile pour les anthroposophes, qui savent bien que l’endoctrinement qui a été opéré dans leurs écoles, que ce qu’ils ont « implanté dans les âmes des enfants », selon leurs propres termes, est susceptible d’être réactivé bien plus tard, même après des décennies. C’est pourquoi un suivi psychologique de l’enfant, par un professionnel compétent au fait des phénomènes de dérive sectaire, peut à mon sens s’avérer être nécessaire.

– Enfin, je pense que les parents eux-mêmes devront entreprendre un travail de réflexion sur ce qui les a conduit jusqu’aux portes de l’une de ces écoles, puis à mettre leur enfant entre les mains des anthroposophes. En effet, ce genre d’événement n’arrive jamais fortuitement. Bien souvent, il est motivé très longtemps à l’avance, par exemple par un vécu difficile du système scolaire ordinaire, quand le parent était lui-même enfant. Ce sont ces blessures profondes et parfois inconscientes que les anthroposophes auront su exploiter. Ou alors il s’agira d’une rupture sociale déjà bien entamée, mais que l’école aura approfondie. Ou bien encore le parent aura été conduit à mettre son enfant dans une de ces écoles en raison des valeurs auxquelles il adhère,  comme l’écologie, la solidarité, ou la spiritualité. Le parent devra alors à mon sens réfléchir profondément à ses propres valeurs. Non pas qu’elle seraient mauvaises en soi ! Mais il lui faudra comprendre que celles-ci ont été récupérées et noyautées dès l’origine par l’Anthroposophie, comme un ver au cœur même du bourgeon. S’il a le réel désir de les défendre après cette terrible mésaventure, il devra alors réaliser que l’ennemi n’est pas simplement extérieur, sous la forme d’une capitalisme matérialiste triomphant, mais peut-être et surtout intérieur : le New-Age, dont l’Anthroposophie est la colonne vertébrale. Et je crois que tout en expliquant à son enfant que jamais il n’a voulu ce qui lui est arrivé, qu’il n’aurait jamais permis une telle chose s’il en avait été averti (ce qui est vrai), il lui faudra également assumer le poids d’une part de culpabilité qui l’accompagnera jusqu’à la fin de ses jours, même quand son enfant, tout au fond de lui, aura pu lui pardonner ce qui s’est passé.

Quand on a de l’argent, faire entrer son enfant dans une école Steiner-Waldorf est facile. L’en faire sortir l’est beaucoup moins ! Les souffrances qu’ont parfois eu à subir les familles que j’ai pu accompagner dans cette démarche en témoignent. Leur combat les a bien souvent laissées au bout du roulot sur le plan nerveux. Le libre choix pédagogique est une valeur que je respecte profondément. Mais il implique également celui de pouvoir changer d’école librement et de pouvoir le faire l’esprit tranquil. Visiblement, les écoles Steiner-Waldorf, en mettant en place des situations d’emprise psychologique dont les parents comme les enfants peinent à se défaire, ne respectent pas cette implication du principe dont elles se réclament pour faire leur propre promotion.

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A propos gperra

Professeur de Philosophie
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