La puissance des anthroposophes

La plupart des personnes s’intéressant au phénomène sectaire ont tendance à considérer l’Anthroposophie comme un groupe parmi d’autres. Certes, on le compte parmi les grands groupes sectaires, mais on a encore tendance à le traiter au même titre et de la même façon que les autres, c’est-à-dire la Scientologie ou la Soka Gakkai, par exemple. Mais de ce fait, je crois que l’on méconnaît sa puissance et qu’on ne s’oppose pas à elle de manière adéquate. Je veux dire par là que, tant que l’on continue à penser que l’Anthroposophie peut constituer un danger seulement pour les personnes qui deviendraient membres de la Société Anthroposophique, ou de l’une des institutions de ce mouvement, comme les écoles Steiner-Waldorf, on ne perçoit pas la spécificité de l’Anthroposophie et l’influence qu’elle exerce. Car l’Anthroposophie ne constitue pas seulement un danger pour les personnes qui deviendraient adeptes de celle-ci, ou qui tomberaient dans les filets de ses institutions connexes, mais pour la civilisation dans son ensemble !

Pour s’en rendre compte, il faut réaliser l’étendue de la puissance des anthroposophes. Celle-ci est politique, culturelle et économique. Elle dépasse de loin le cercle des adeptes !

Le poids économique de l’Anthroposophie :

Commençons par examiner la puissance économique des anthroposophes sur notre société. On ne s’en rend pas toujours compte, mais elle est considérable ! Elle s’incarne en premier lieu dans deux organismes financiers et économiques : la NEF (en France) et WELEDA. Les institutions financières issues de l’Anthroposophie existent dans de nombreux pays. Profitant de l’engouement actuel pour le concept de solidarité, ces banques ne cessent de grossir. Or, un réseau bancaire international possède énormément de pouvoir. La firme anthroposophique WELEDA est, quant à elle, une multinationale brassant des sommes et générant des profits colossaux.

Pour cerner la puissance économique de l’Anthroposophie, il faut aussi considérer les poids de la Biodynamie. Cette agriculture, elle aussi, brasse des sommes conséquentes, surtout depuis que de nombreux vignerons  s’y sont associés.

Le pouvoir économique de l’Anthroposophie est également amplifié par le réseau des écoles Steiner-Waldorf. Bien que celles-ci crient misère, sous-payent leurs salariés et sollicitent continuellement des dons, elles ont en réalité des moyens financiers très importants. Pour s’en rendre compte, il suffit de remarquer que, lors du procès que m’a intenté la Fédération des écoles Steiner-Waldorf, pour tenter en vain de faire interdire mon témoignage L’endoctrinement des élèves à l’Anthroposophie dans les écoles Steiner-Waldorf, celle-ci s’était offert les services du Cabinet Lombard-Baratelli, lequel défend de grandes multinationales ou des États !

Enfin, le poids financier de l’Anthroposophie se mesure à la capacité de dons et de legs qu’elle peut susciter. Je me souviendrais toujours d’une ex-étudiante de l’Institut Rudolf Steiner de Chatou qui, lorsque je faisais ma formation avec elle, me racontait que, depuis des années, elle « travaillait au corps », selon son expression, un garçon qu’elle avait rencontré afin qu’il lègue la fortune dont il avait hérité, laquelle se comptait en millions, à une école Steiner-Waldorf. Pourtant, cette jeune femme n’était pas une dirigeante du mouvement des écoles Steiner-Waldorf, ni même une de ses enseignantes, mais juste une mère de famille qui avait mis son jeune garçon à l’école de Strasbourg. Elle s’était cependant chargée elle-même de cette mission de longue haleine consistant à capter une fortune au profit d’une école Steiner-Waldorf. De même, une fondatrice d’un petit jardin d’enfant, dans la même région, me racontait comment elle avait un jour été convoquée par la Police, parce qu’elle avait su obtenir d’une dame âgée, qui s’était liée à son projet, une grande partie de son héritage, ce qui avait provoqué la colère des héritiers et un dépôt de plainte. Les anthroposophes – et même les gens qui ne font que graviter autour de l’Anthroposophie – ont ainsi la faculté de se montrer suffisamment convaincants pour capter les héritages de nombreuses personnes qu’ils approchent, faisant affluer des sommes importantes pour cette mouvance sectaire.

Le poids politique de l’Anthroposophie :

On aurait tendance à négliger l’influence politique que la mouvance anthroposophique est capable d’exercer, notamment en France. Pourtant, qui dit pouvoir économique et financier dit aussi pouvoir politique. Notre pays aurait ainsi tort de se croire épargné en se comparant à l’Allemagne, ou aux pays nordiques, dans lesquels l’Anthroposophie est très puissante. Dans ces pays, certains ministres sont des anthroposophes déclarés, ce qui n’a encore jamais été le cas chez nous. Néanmoins, la capacité d’action des anthroposophes sur la sphère politique française est loin d’être négligeable. Pour en donner une idée, je vais puiser dans mes souvenirs, lorsque j’étais encore dans ce mouvement :

Par exemple, je me souviens très bien que lorsque, en 2000, les écoles Steiner-Waldorf ont été désignées comme sectaires, que les pédagogues de ces écoles en charge de la contre-offensive m’avaient confié qu’ils avaient réussi à mobiliser des personnes appartennant au proche entourage de Ségolène Royal, afin de la faire changer d’avis. Mais celle-ci « n’avait rien voulu entendre ». Les anthroposophes étaient même parvenus à obtenir le soutien du chanteur Renaud, qui avait émis un communiqué affirmant qu’il soutenait les écoles Steiner-Waldorf. C’est dire à quel point ils ont le bras long ! On peut aussi évoquer la manière dont ils avaient réussi à mettre dans leur poche Jack Lang, alors Ministre de l’Education Nationale, via l’intervention de sa nièce, contribuant peut-être à la disparition de certains rapports d’inspection compromettants.

Mais l’influence des anthroposophes est également très importante à Droite. Je me souviens ainsi des confidences du Trésorier de la Société Anthroposophique, Bruno Denis, gérant d’une grande entreprise textile de la Mayenne, évoquant ses conversations avec Jean Arthuis, Sénateur renommé, au sujet de la « tripartition sociale de Rudolf Steiner ». De même, je me rappelle bien comment Jacques Dallé, alors Président de la Fédération des écoles Steiner-Waldorf, évoquait ses entrevus avec de nombreux ministres en fonction.

En dehors de la France, cette influence  politique des anthroposophes est parfois allée très loin. Qui est au courant que le défunt Président de la Géorgie, Zviad Gamsakhourdia, était un anthroposophe pur et dur ? Qui sait que Václav Havel, l’ancien Président de la Tchécoslovaquie, était très proche des anthroposophes ? Au Bhoutan, l’anthroposophe Ha Vinh Tho dirige actuellement le Centre du bonheur national, qui est une institution très importante de cette petite nation asiatique. Il faut donc savoir que, dans certains pays, les anthroposophes ont pris le pouvoir, même si ce ne fut que momentanément. Ils pourraient le faire ailleurs le moment venu.

Le poids culturel de l’Anthroposophie :

À première vue, l’Anthroposophie apparaît comme isolée. Mais ce n’est pas le cas. Elle bénéficie de nombreux relais et de soutiens parmi l’élite culturelle et intellectuelle. On peut même dire que s’est créé une sorte de réseau, dont certaines figures émergent publiquement tandis que d’autres restent dans l’ombre. Parmi les figures en vue actuellement, citons Nancy Huston, Edgard Morin, Pierre Rabhi, etc. Un travail de recherche journalistique consistant à mettre à jour ce réseau serait à réaliser. Les écologistes y seraient probablement très impliqués. Ce travail montrerait sans doute à quel point le pouvoir politique des anthroposophes est étendu.

Pour en donner une idée, on peut considérer le fait que même la Présidente de l’UNADFI, Janine Tavernier, il y a dix ans, était acquise aux anthroposophes. Sa fille s’etait engagée publiquement en faveur des écoles Steiner-Waldorf en 2000. Elle a d’ailleurs récidivé en 2013, en fournissant à la Fédération des écoles Steiner-Waldorf, qui m’avait attaqué en diffamation, une lettre qui a été produite lors du procès, utilisant de nouveau la fonction de sa mère pour défendre ces institutions et surtout tenter de faire condamner ma personne.

Mentionnons enfin que dans un de ses articles, l’éminent anthroposophe Uwe Werner, salarié permanent du Goetheanum, se félicite de ce que certains serveurs informatiques internationaux aient refusé des publications dénonçant le racisme de Rudolf Steiner.

Conclusion :

La puissance des anthroposophes s’étend donc aux domaines économique, politique et culturel. L’Anthroposophie ne concerne ainsi pas seulement les seuls adeptes-victimes de la Société Anthroposophique, ni même également les élèves des écoles Steiner-Waldorf subissant un endoctrinement dans ces pseudo-structures scolaires, ni même encore les salariés d’institutions issues de l’Anthroposophie, qui sont bien souvent lésés dans leurs droits. Car, au delà de ces personnes atteintes directement, l’Anthroposophie a les moyens de peser sur le destin de notre société toute entière.

Aujourd’hui, les forces en présence sont telles que la prise de conscience de l’influence et du caractère nocif de l’Anthroposophie est encore possible. Ce ne sera sans doute plus le cas demain. Alors, notre société sera irrémédiablement liée à la volonté de cette mouvance. C’est pourquoi celle-ci fait tout pour rester le plus longtemps possible invisible : une influence et un pouvoir s’exercent d’autant plus facilement qu’ils ne sont pas repérés. C’est aussi pourquoi les personnes qui font partis de ses relais se font aujourd’hui les plus discrètes possibles : il s’agit de prendre notre civilisation par surprise !

La dimension du temps doit ici être évoquée pour terminer cet article. En effet, l’Anthroposophie vit dans une autre temporalité que celle de notre société. Pour le dire simplement, je dirais qu’elle a le temps pour elle. Car les gouvernements passent. Les responsables de certains ministères également. Les opposants et ceux qui la dénoncent veillisssent et meurent. Les associations elles-mêmes, comme l’UNADFI, ou autre, quoique pérennes, ont une durée de vie bien moindre que celle de l’Anthroposophie et de ses institutions, qui ont la longévité d’une religion. Son temps se compte en siècles, non en dizaines d’années ! Elle a la vie d’une baleine, tandis que, comparativement, ses opposants ont celle des souris. C’est pourquoi la victoire sur l’Anthroposophie ne pourra pas être une question de personnes, même si le rôle de certaines – qui ont eu le courage de donner l’alerte, comme Roger Rawlings, Dan Dugan, Renaud Marhic, Yves Casgrain, etc. – sera déterminante. Cette victoire – ou cette défaite – sera celle de toute notre société !

Les enjeux du combat contre l’Anthroposophie concernent en effet certains fondements qui travaillent notre modernité : le lien à la religion, la question de la place de la spiritualité, notre rapport à la science et au bouleversement de la conception du monde qu’elle induit, etc. En effet, nous aurions tort de croire que le bouleversement de notre vision du monde s’est arrêté après la Révolution Copernicienne. Chaque jour, les progrès de la science impliquent des transformations radicales de notre manière de voir les choses et d’envisager la place de l’Homme dans l’univers. Mais nous n’affrontons que très rarement en pleine conscience ces bouleversement induits par les nouvelles découvertes en Astronomie, en Biologie, en Anthropologie, en Chimie, etc. L’être humain a été un être fondamentalement religieux depuis des millénaires : qu’il lui est difficile de devenir un être scientifique ! Rudolf Steiner n’a pas pu le supporter. C’est pourquoi il a décidé de combattre de toutes ses forces la science moderne, par la ruse.

Cependant, tant que nous aurons nous-aussi du mal à affronter ces questions de manière intellectuellement honnête, nous ne pourrons pas surmonter les réponses malhonnêtes que l’Anthroposophie formule, ni le mode de vie qu’elle propose. Notre société et notre civilisation toute entière s’engageraient alors dans une voie qui serait celle d’un retour progressif au Moyen-Age. Car il n’y a, au fond, pas d’autre alternative, si la science est refusée. Or, ils sont nombreux ceux qui, comme l’Anthroposophie, la refuse et sont prêts à faire alliance,  pour que ce refus soit couronné de succès. Je me souviens bien avec quelle sympathie, par exemple, certains anthroposophes considéraient l’Islam chiite, alors même que Rudolf Steiner taxe l’Islam de religion luciférienne. Et pour avoir eu l’occasion de jeter un oeil sur les écrits de la Scientologie ou de la Soka Gakkai, ou d’autres mouvances sectaires, je dois dire que si le vocabulaire diffère, la syntaxe et la manière de penser sont exactement les mêmes !

L’exemple du Communisme devrait nous servir de modèle à la compréhension de ce que peut devenir un jour la puissance de l’Anthroposophie. En effet, pendant plus d’un siècle, en Europe, le Socialisme et le Communisme ont été un simple mouvement intellectuel et social, avant de se répandre un peu partout dans le monde et de prendre le pouvoir sur la moitié de la surface du globe. Aujourd’hui, le New-Age et sa composante Anthroposophie sont dans la même situation que le Socialisme à ses débuts. Tout comme lui, il est encore composé d’une multitude de groupes, de mouvances et de doctrines qui peinent à se fédérer et dont l’unité semble incertaine. Mais tout comme lui, il y parviendra aisément le moment venu, proposant un modèle de civilisation radical. Il faut donc réaliser qu’un monde où le New-Age et les anthroposophes s’empareront d’une partie du pouvoir sur la planète et formeront un véritable empire, comme il a existé un empire communiste, n’est plus à exclure. Je pense même que cela est devenu malheureusement inévitable. Car cette idéologie, fondée sur un refus viscéral d’une refonte de notre conception des rapports de l’Homme et du Monde, ainsi que de nos modes de vie et façons de penser la réalité, a aujourd’hui le vent en poupe un peu partout. Il suffit de remarquer le nombre de jeunes qui décident de devenir végétariens, ou qui adhèrent à des idées spiritualistes et écologistes. Non pas que de telles conceptions seraient mauvaises en soi ! Mais tant qu’elles sont provoquées et orientées, au moins en partie, par un refus de la scientificité et de ses conséquences, elles deviennent les outils qui permettent au New-Age et à l’Anthroposophie d’étendre leur puissance.

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Professeur de Philosophie
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