Notre expérience d’une année scolaire à l’école Rudolf Steiner

J’avais depuis plusieurs années pris la décision de ne pas mettre notre fille à l’école publique quand serait venu l’âge pour elle de faire sa première rentrée scolaire. Je suis la fille de deux parents enseignants et j’ai travaillé moi-même durant une quinzaine d’année dans le système scolaire ordinaire et spécialisé. N’étant pas du tout en accord avec ce système concernant la pédagogie et la prise en charge des enfants, j’ai proposé à mon mari une option différente pour notre fille.

J’avais entendu parler de l’école Steiner par des anciens élèves et des parents qui avaient fait le choix d’une pédagogie différente et qui en semblaient satisfaits. Je me suis renseignée et nous nous sommes rendu régulièrement aux fêtes de cette école qui sont ouvertes au public (marché de Noël, fête du printemps, portes ouvertes etc.) avant que notre fille ne commence sa première année.

Les fêtes avaient un côté magique, il régnait une atmosphère chaleureuse et tout le monde était agréable et souriant. On se sentait un peu comme hors du temps et nous étions enchantés de découvrir un lieu si particulier où la dure réalité de la société semblait ne pas exister.

L’architecture même de l’école est particulière, j’ai entendu un enfant dire : « on dirait l’école d’Harry Potter ! ». On y découvrait des expositions de travaux manuels, d’arts créatif fais par les enfants et c’était incroyable et épatant de voir ce qu’ils avaient réalisés. Toutes les boissons et nourritures vendues étaient de nature biologique et nous étions très heureux car cela nous correspondait vraiment. Les enfants de l’école participaient au déroulement de la fête, ils servaient les repas chaud et les boissons, présentaient leurs créations artistiques au public etc. Ils semblaient heureux et ils exprimaient aimer leur école. Mon mari était désormais lui aussi convaincu que cet endroit était le lieu idéal pour notre fille.

Nous en étions tellement convaincus que nous avons préinscrit notre fille une année à l’avance afin de s’assurer qu’elle ait une place pour sa première rentrée. Pour cela nous avons eu un entretien au préalable avec une jardinière d’enfant.

Cet entretien nous a laissé un peu perplexe. Nous étions partagés par deux sentiments ou ressentis différents. D’un côté ce qu’elle nous décrivait de la pédagogie était très touchant et presque pas croyable. Le programme de l’année scolaire s’articulait autour des saisons, il y avait une table des saisons dans la classe, chacun participait à la décoration en fonction de la saison, les fêtes se retrouvent également liées aux saisons etc. L’accent était mis sur la nature, l’individualité de chaque enfant, le respect de son rythme de développement et sur l’importance des activités manuelles et créatrices. Elle nous a expliqué ne pas brusquer les enfants, qu’elle tentait de les rassembler au lieu de s’adresser directement à eux. Les enfants ont à disposition des jouets « pas fini », afin de développer leur imaginaire et leur créativité.

Le goûter se prend tous ensemble autour de la table, la jardinière achète elle-même le goûter composé de produits biologiques. Nous avons posé des questions concernant le premier jour de la rentrée et elle nous a expliqué que l’on pouvait rester dans la classe le premier jour et même les suivants si notre fille en avait besoin, afin qu’elle s’adapte en douceur. J’ai été encore une fois touchée du respect et du regard bienveillant et juste que cette pédagogie semblait avoir sur les enfants.

Et d’un autre côté, la première impression que cette personne nous a laissé n’était pas bonne. Je ressentais une forme de rigidité en elle qui était à l’opposé de la pédagogie qu’elle exposait. Cela était de l’ordre du ressenti. Nous lui avons posé une question importante à nos yeux concernant la religion. Nous avions en effet aperçu dans une classe lors de la fête de Noël un livre tiré de la religion catholique. Nous lui avons donc demandé quelle place avait la religion dans cette école et si elle était enseignée aux élèves. Elle nous a répondu que leur école était non confessionnelle et que les fêtes se référaient à l’histoire et aux saisons. Il n’était donc pas question d’un enseignement religieux. Nous étions rassurés.

Suite à cet entretien nous avons eu un contact téléphonique avec la personne responsable de la sphère financière qui nous a informés du prix des frais d’écolage pour notre fille.

L’année suivante nous avons repris contact avec l’école pour confirmer notre inscription et signer le contrat parents-école. Nous avons alors été surpris de découvrir que le prix des frais d’écolages avaient augmentés de près de 40%. C’était considérable et nous n’avions pas calculé ce montant dans notre budget. On nous a alors proposé un rabais de 10% tout en nous précisant qu’il fallait qu’on prenne conscience que ces 10% que l’on ne payait pas allaient être pris en charge par d’autres parents solidaires.. J’ai ressenti une tentative de réveiller en nous une culpabilité et un sentiment d’être redevable envers l’école avant même d’avoir commencé l’année scolaire. J’ai trouvé très surprenant de leur part.

Notre fille a commencé son année scolaire et nous payions 630 Francs Suisses (CHF) par mois pour 3 matinées par semaine (8h15 à 12h00) et cela les 12 mois de l’année. Plus une caution de 1000 Francs Suisses versée en 10 fois. C’est une somme considérable et nous nous sommes « serrés très fortement la ceinture » pour arriver à les payer. Nous payions également 5 Frs par matinée de présence par semaine par mois pour le goûter (notre fille allait 3 matinées par semaine à l’école : 5 x 3 = 15 CHF par mois).
En plus des frais d’écolage nous nous sommes engagés à faire le ménage dans la classe (il y avait un tournus sur l’année pour tous les parents), à effectuer deux jours de travaux par année dans l’école et à participer activement aux fêtes de l’école en y confectionnant des objets,  en animant des ateliers, des stands ou la garderie. Cette école demande une implication totale et constante des parents.

Nous avons été invités à participer à une journée de « travaux de rentrée » le vendredi précédant la rentrée, ce qui nous permettait de rencontrer d’autres parents et enfants de la classe de notre fille.

Les enfants étant âgés de 4 à 6 ans par classe, il y avait des anciens parents et des nouveaux parents. Nous avons été extrêmement bien accueillis par la jardinière et les anciens parents. Les parents se tutoyaient, semblaient être des amis proches, tout le monde était content de se retrouver et de nous accueillir. Il régnait une ambiance familiale, la joie et l’enthousiasme étaient présents, tout le monde semblait très heureux. Nous avons jardiné, taillé les haies et buissons de la cour de récréation, enlevé les mauvaises herbes. Nous avons passé un très bon moment et étions ravi de notre choix.

Le premier jour de la rentrée, notre fille, qui a toujours été assez autonome, nous avait déjà dit que l’on pourrait partir très vite de la classe et que tout irait bien pour elle mais nous avions prévu de passer la 1ère matinée dans la classe. Nous n’avions aucune inquiétude quant à la séparation et son éventuelle adaptation.

Pourtant le premier jour d’école, au moment où les parents partaient de la classe gentiment, notre fille nous a exprimé son besoin qu’on reste avec elle. Nous avions prévu de le faire ce premier jour et nous n’avons pas compris comment nous nous sommes retrouvés en dehors de la classe alors que notre fille nous demandait de rester. Tous les autres parents sont partis et nous nous sommes sentis poussés dehors, avec cette étrange sensation de ne pas comprendre pourquoi nous n’étions pas restés. Un sentiment de gêne et de nous « sentir en trop » dans l’attitude de la jardinière nous a poussé à nous éclipser alors que ce n’était pas ce qui avait été prévu et que cela allait à l’encontre de ce que nous demandait notre fille. J’ai fait la remarque à mon mari en sortant de la classe et nous avons discuté quelques instants sur l’attitude de la jardinière qui nous a surpris et que l’on n’a pas compris. Et très vite nous avons retrouvé d’autres parents dehors et nous avons discuté dans l’enceinte de l’école dans la bonne humeur et les rires.

Les anciens parents nous vantaient les mérites de cette fabuleuse école et cela nous a mis en confiance. Une réunion pour les nouveaux parents a eu lieu le lendemain et en passant devant le secrétariat pour aller à la réunion nous étions accueilli chaleureusement par la secrétaire (dont on avait entendu parler des mérites) qui semblait être ravie de nous accueillir et de nous parler de l’école. Ses 3 enfants y avaient fait leur scolarité et ils aimaient tellement leur école ! Elle nous expliquait ; « quand votre enfant pleure quand il est malade parce qu’il ne peut pas aller à l’école et qu’il vous supplie d’y aller quand même, vous réalisez à quel point cette école est bonne pour eux ». C’est sûr que quand on entend cela on se dit qu’on ne pouvait pas faire meilleur choix pour son enfant.

En tant que nouveaux parents nous nous sommes sentis importants aux yeux du personnel de l’école et des anciens parents. Nous nous sommes sentis valorisés et accueilli à bras ouverts. Un vrai bonheur.

Le début de l’année a bien commencé même si notre fille était très fatiguée et avait du mal à s’adapter au rythme. Etant très attentive au bien-être de ma fille je venais régulièrement 10 minutes plus tôt pour l’observer à la recréation et discuter avec la jardinière du déroulement de la matinée. Je lui demandais toujours comment s’était passé la matinée et notre fille semblait s’adapter puisqu’elle me répondait toujours : « très bien ». Puis elle me glissait une phrase plus tard dans la conversation pour dire que notre fille avait du mal à être attentive, qu’elle s’éparpillait. Et puis elle changeait de conversation.

Nous avons assez vite ressenti un manque d’organisation quant à la transmission des informations aux nouveaux parents. Nous recevions des informations parfois contradictoires et il semblait régner un flou, beaucoup de choses n’étaient pas claires, pas structurées.

Nous avons très rapidement été sollicités pour confectionner des objets pour « La grotte aux nains » de la fête de Noël. Nous étions drillés et fortement encouragés à participer à des ateliers pour apprendre la confection artisanale de petits objets faits uniquement avec des matières naturelles.  Des livres de confection étaient en vente à la librairie de l’école ainsi que tout le matériel dont on avait besoin. Les anciens parents ont été priés d’organiser une réunion à l’école ou chez eux pour montrer et aider les nouveaux parents à confectionner les objets pour le marché de Noël.

Dès le premier jour de la rentrée nous avons entendu parler du marché de Noël et de son importance pour l’école. Nous avons ressenti une forme de pression. On sent que l’on débarque dans une sorte de communauté qui nous pousse très vite à entrer dans leur moule, dans leur façon de faire et de penser. On comprend inconsciemment et assez rapidement que l’on doit s’adapter et aller dans le même sens que l’école sans trop poser de questions. Ce qui permet d’accepter cela sans vraiment en avoir conscience est toute l’ambiance qui y règne ainsi que les relations entre parents qui sont très amicales, voir familiales pour certaines. C’est comme si on arrivait dans une grande famille où tout le monde paraît heureux, tout le monde est satisfait et comblé par l’école qui est devenue une partie de leur vie. Vous comprenez bien inconsciemment que si vous n’adhériez pas tout de suite à ce fonctionnement vous risqueriez d’en être exclu. Tout cela se passe sur un plan très subtil. Vous vous sentez en plus reconnaissant de ce lieu qui offre une pédagogie respectueuse du bon développement de votre enfant (ce qu’on ne trouve pas, à mes yeux, à l’école publique et dans la plupart des écoles privées). On se dit qu’on a de la chance d’avoir fait un si bon choix pour notre enfant.

Ma fille avait l’air perturbée en ce début d’année par le fait qu’elle « avait l’impression d’avoir deux maison ». Je n’ai pas réussi à saisir tout de suite ce qu’elle tentait d’exprimer. Elle me disait : « c’est bizarre maman, c’est comme si maintenant j’avais deux maisons. C’est comme si l’école était une sorte de deuxième maison ». Je lui ai dit qu’elle avait une maison et une école, que c’était différent. Mais elle revenait dessus en me disant qu’elle avait l’impression que l’école était une deuxième maison et elle trouvait ce sentiment bizarre.

En parallèle, plus le temps passait, plus je remarquais des « manquements » de la part de la jardinière d’enfant. Les enfants avaient le goûter et la récréation très tard dans la matinée (à 10h45 pour le goûter et 11h30 pour la récréation). Ces informations ne nous ont pas été transmises avant la première réunion de parents. Lorsque je venais chercher ma fille à midi, les enfants des autres classes étaient également dehors et je croyais que la classe de ma fille avait eu une récréation avant. C’est en l’interrogeant que j’ai compris que la récréation était en toute fin de matinée, juste avant que je vienne la chercher. Il y avait un flou et j’ai interrogé, ainsi que d’autres parents, la jardinière lors de la première réunion de parents au mois de septembre. Elle nous a informés officiellement à ce moment-là de l’heure du goûter et de la récréation. Plusieurs parents ont réagis en exposant leurs points de vue. L’heure du goûter était tard pour les enfants (ils commençaient à 8h15 l’école et ne goûtaient pas avant 10h45-11h) et l’heure de la récréation était tard également. Il y a eu des demandes d’explication quant au contenu du goûter (nos enfants nous avaient dit qu’un jour ils ne mangeaient que du riz).

J’ai été stupéfaite de découvrir la façon dont la jardinière a répondu à ces interrogations et demandes. Elle a expliqué qu’en effet l’heure du goûter était tard mais que c’était comme cela. Que les enfants mangeaient effectivement que du riz le lundi et que c’était bien de leur apprendre à manger différemment. Quant à l’heure de la récréation c’était parce que les 3 autres classes du jardin d’enfant la prenaient avant et que les enfants ont leur récréation par classe. Quand un parent a alors demandé s’il était possible de prendre le goûter plus tôt et  faire la récréation avant, la jardinière lui a répondu que c’était plutôt un problème d’intendance, que ça l’arrangeait de sortir les enfants juste avant la fin de la matinée car sinon c’était compliqué pour elle de les déshabiller à nouveau pour ensuite les rhabiller après. J’ai trouvé sa réponse très gonflée et j’ai réalisé à ce moment-là que malgré le fait que nous payions et que nous travaillions pour l’école (nous payions également les goûters), nous n’avions pas notre mot à dire sur la prise en charge de nos enfants. J’ai également réalisé que contrairement à ce qu’ils mettent en avant dans la publicité de leur école, l’enfant n’est pas mis au centre dans cette « pédagogie ». Il faut préciser que la réunion se passait, comme toujours, dans une ambiance très familiale. Les anciens parents préparaient de la tisane et la servaient, ils avaient l’air très proches de la jardinière, tout le monde se tutoyait etc.

Notre fille est tombée malade deux ou trois semaines après la rentrée. Elle l’est très rarement mais cela ne nous a pas étonnés car je savais que la première rentrée n’est pas évidente pour tous les enfants, et que c’était également la première fois qu’elle côtoyait autant d’enfants aussi régulièrement.

Notre fille est revenue à l’école et elle est à nouveau tombée malade deux ou trois semaines après. Une fois guérie je la ramène, et là la jardinière m’appelle vers 10h15 pour me dire qu’elle n’est pas bien et que je dois venir la chercher.

Une fois arrivée je vois ma fille qui a l’air d’aller mieux qui est toute contente que je vienne la chercher. Je pars avec elle et j’ai l’impression qu’elle n’est pas malade (elle me demande de faire du toboggan en sortant dans la cour !). J’interroge ma fille et elle me dit qu’elle se sent mal quand s’approche l’heure du goûter. Elle me demande d’ailleurs le lendemain de venir la chercher avant la fin de matinée. J’en parle à sa jardinière qui me dit que tout se passe bien pour ma fille à l’heure du goûter. Je ne comprends pas, j’interroge à nouveau ma fille qui me dit que la matinée est trop longue pour elle.

En parallèle à cela, j’observais ces manquements au quotidien. Je découvrais parfois que ma fille n’avait eu que dix minutes de récréations avant que j’arrive, voire pas de récréation du tout (parfois j’arrivais à midi et ils n’étaient pas encore sortis). Ce qui faisait qu’elle avait besoin de se défouler en sortant et de jouer un moment avec ses copines. Je devais donc attendre qu’elle joue avant de rentrer à la maison. La matinée se terminant à midi, nous ne rentrions pas avant une heure à la maison (ce qui ne nous arrangeait pas).

J’ai également découverts que régulièrement le goûter ne commençait pas avant onze heures passées, ce qui faisait que ma fille n’avait pas faim en rentrant. Elle n’était également pas habillée adéquatement pour la récréation (je l’ai retrouvée plusieurs fois sous la pluie avec la veste grande ouverte, son bonnet absent ou mal mis, pas de chaussures adéquates en fonction du temps etc.). Nous avons toujours opté pour un maximum d’autonomie chez notre fille mais là je trouvais que ça allait un peu trop loin, que cela dépassait les capacités liées à son âge. J’ai fait la remarque à la jardinière et lui ai demandé si elle pouvait être attentive au fait que notre fille soit bien habillée à la récréation. Quand je suis venue la chercher, elle était bien habillée mais son bonnet, que je lui avais mis le matin alors qu’il faisait froid, était attaché très serré près du menton alors qu’il faisait beaucoup plus chaud que le matin. Ma fille transpirait dedans. J’ai relevé à ce moment-là le fait que la jardinière avait bien entendu ma demande, mais qu’elle avait agis dans l’autre extrême en serrant d’un nœud le bonnet en laine de ma fille autour de son menton alors qu’il faisait grand soleil et que la température ne se prêtais plus à porter un bonnet aussi chaud, d’autant plus serré comme ça. J’ai considéré cela comme un manque de professionnalisme. Je découvrais de plus en plus de petits détails importants à mes yeux qui me révélaient une forme d’amateurisme dans la prise en charge des enfants. J’ai mis ça sur le compte de l’âge avancé de la jardinière, tout en me disant que pour le prix et l’investissement que nous mettions dans l’école, la qualité du travail effectué auprès de nos enfants laissait parfois à désirer.

Un soir à la maison à table, notre fille nous dit que pendant l’heure du goûter les enfants doivent chuchoter. Ensuite elle va chercher un sablier, le met sur la table, le retourne et nous dit : « chuuut..,  on ne doit pas parler pendant que le sable coule ». Nous découvrons alors des règles qui nous surprennent, des règles ou un cadre stricte qui semblent plus correspondre à un milieu d’appartenance religieuse. Nous sommes très étonnés.

Quelques jours plus tard, je croise une maman d’un enfant de la même classe que notre fille qui est régulièrement présente dans la classe car son enfant a du mal avec la séparation et met un peu plus de temps à s’adapter. En discutant avec elle, elle me confirme les propos de ma fille et me fait part également de son étonnement quant au silence imposé à table pendant le goûter. Je commence à mieux comprendre les difficultés de mon enfant pendant l’heure du goûter. J’interroge à nouveau la jardinière qui me répond que tout se passe bien pour ma fille au goûter.

La première fête de l’école à laquelle nous avons assisté a été la fête des récoltes. Durant plusieurs semaines nous avions été invités à amener des légumes et fruits de saison à l’école pour créer « la table des saisons » (les fleurs étaient également les bienvenues). La petite fête se déroulait en fin de matinée et j’ai été touchée de voir la classe si bien décorée. Puis la jardinière a fait une ronde avec les enfants. J’ai très vite remarqué que les enfants ne connaissaient pas vraiment la ronde et ne chantaient pas. Seule la jardinière chantait d’une voix très haute et semblait complétement « dans son monde ». Les enfants imitaient ses gestes. La ronde a duré longtemps, certains enfants n’étaient plus attentifs et j’ai été surprise de la façon dont la jardinière s’adressait à eux pour les remettre dans la ronde (assez sèchement). Cette ronde s’éternisait de plus en plus et je trouvais désormais qu’elle n’était pas adaptée aux enfants. La jardinière leur demandait une attention constante alors qu’il est très difficile pour des enfants de ces âges-là de se concentrer aussi longtemps (la ronde a bien duré 20 minutes). Je commençais à ressentir un malaise. Ce qui était demandé aux enfants n’était pas juste à mes yeux et n’avait pas beaucoup de sens pour eux. Ils ne participaient qu’avec leur corps en imitant les mouvements de la jardinière. Ils en avaient marre et la jardinière en était agacée. A la fin de la petite fête ma fille était très mal. Elle était très en colère et nous a demandé de partir immédiatement.

A l’approche du marché de Noël organisé par l’école, nous avons été priés, en tant que parents, de nous inscrire à des ateliers que nous devions animer. On nous a demandé que chaque famille s’inscrive à 2 sessions dans la journée (ce qui représente 4 heures de présence dans les ateliers). Ce que nous avons fait. La journée du marché de Noël nous avons donc travaillé de midi à 16h30 (la relève de l’atelier que nous devions terminer à 16h est arrivée en retard). Nous avons été épuisés par cette journée et n’avons pas profité de la fête. L’organisation des ateliers n’était pas bonne, j’ai animé une « garderie » qui proposait uniquement de faire des biscuits. Les enfants arrivaient à tous moments, certains restaient longtemps, d’autres étaient de passage (comme une garderie) mais on nous a demandé que chaque enfant puisse faire des biscuits, les décorer et repartir avec. Etant la seule activité proposée dans cette garderie, nous étions complétement dépassés par le manque d’organisation entre nous et surtout par le concept « garderie-atelier biscuit » qui n’était pas compatible. Soit on crée une garderie avec beaucoup de matériel à disposition pour les enfants (une garderie est un endroit où l’on garde les enfants), soit l’on crée un atelier où chaque enfant vient dans le but de confectionner des biscuits et de repartir avec (ce qui est très différent dans la prise en charge). Mais les deux en même temps ne sont pas compatibles et ne permettent pas de passer un moment agréable que ce soit du côté des adultes qui y travaillent que du côté des enfants. Nous devions également nous assurer qu’aucun enfant ne reparte seul (la porte était ouverte) alors que nous ne touchions déjà plus terre dans ce manque de clarté et d’organisation. Et bien sûr cela est arrivé, c’était inévitable dans ce fouillis. Après cette dure journée, j’ai décidé d’en parler à la prochaine réunion de parents pour donner mon point de vue. Je percevais des failles importantes et commençais à avoir le sentiment de me faire un peu exploitée.

C’est mon mari qui a participé à la deuxième réunion de parents au mois de novembre, juste avant la « fête de la St-Martin » (fête qui m’était inconnue jusque-là. La jardinière nous a donné une feuille expliquant que la St-Martin était tirée d’une légende, et que « cette belle histoire nous incitait à méditer sur la notion du partage »). Pour cela, à la réunion, les parents ont été mis à contribution pour terminer les lanternes que les enfants avaient commencées. La jardinière a ensuite expliqué la façon dont leur pédagogie analyse les enfants. J’ai été stupéfaite d’entendre ce que mon mari m’a retourné. Les enfants sont classés dans plusieurs catégories de tempéraments. Le mélancolique, le colérique etc. Aucun document écrit n’a été transmis, tout s’est dit oralement. Et bien pour nous qui ne voulions pas mettre notre enfant dans une pédagogie fermée qui l’obligerait à rentrer dans un moule nous étions déconfis. Comment peut-on parler de pédagogie ouverte et respectueuse de l’individualité de chacun quand on classe les enfants par catégories ?? Je commençais à percevoir une autre face de cette école et avait bien du mal à comprendre pourquoi ils n’étaient pas clairs sur leur pédagogie dès le départ. L’image qu’ils mettaient en avant commençait, à mes yeux, à s’effriter.

Il s’est également passé un autre évènement à cette réunion, dont mon mari a participé, qui n’a pas manqué de nous faire réagir. Il s’est avéré que la personne qui tenait le rôle de parent délégué de la classe avait eu un poste de travail dans l’école, ce qui ne lui permettait plus de remplir cette fonction. Le soir de la réunion, la jardinière a annoncé quelques minutes avant la fin qu’il fallait que deux nouveaux délégués de parents soient nommés sur le moment. Les parents étant un peu pris au dépourvu (ce rôle consiste à s’engager encore plus dans l’école en participant à des réunions de délégués, en rédigeant et transmettant les informations de l’école par mails aux autres parents etc. C’est du travail), un seul parent s’est proposé. Alors certains ont donné leurs motivations sur des personnes non présentent à la réunion (dont je faisais partie).

Mon mari est rentré en me disant qu’on me « proposait » le rôle de délégué, enfin que j’étais citée avec un autre parent qui n’était pas présent non plus, et que je devais donner une réponse dès le lendemain matin ! Mon mari a été poussé à donner une réponse à ma place sans me consulter et a dû dire son mécontentement face à cette façon de procéder. Il nous a alors été laissé un peu de temps pour être consultés et donner une réponse… ! Dès le lendemain matin et les jours suivants j’ai été questionnée par les autres parents. C’est fou de devoir se justifier pour le refus d’un rôle ou d’une responsabilité que je n’avais jamais proposée de prendre et dont je n’étais pas présente lors des discussions et des décisions ! J’ai eu le sentiment qu’on m’imposait quelque chose d’une manière sombre et détournée. J’ai refusé de prendre ce rôle de délégué.

J’ai été surprise, un jour en venant chercher ma fille, de voir les élèves des grandes classes déguisés avec des robes et des tuniques, qui répétaient le spectacle de la St-Martin dans la cour de récréation. Ne connaissant pas cette fête je les ai observés. Ils rejouaient une scène de St-Martin, ils portaient des casques et des épées et représentaient une armée. Je me suis interrogée sur le sens de cette mise en scène qui malgré le fait que ce fameux St-Martin ait coupé son manteau en deux pour le donner à un mendiant qu’il a rencontré sur son chemin (on nous a dit que c’était la raison principale de cette fête) ce que je voyais me paraissait étrange et sans sens. Je n’arrivais pas à saisir le sens et le but de cette « fête » pour les enfants. Nous n’avons pas non plus manqué de constater que ce St-Martin était la représentation d’un Saint, donc tiré de la religion catholique. La jardinière, elle, insistait sur le fait que cette fête était basée sur l’histoire.

J’ai oublié de préciser que quelques semaines après le début de l’année, la jardinière m’a glissé entre deux conversations que notre fille était trop éveillée. Le mot « trop » m’a surprise et était de trop à mes yeux ! Trop par rapport à quoi ? Une norme ? Je croyais que cette école n’en avait justement pas et qu’elle acceptait la spécificité et la différence de chaque enfant… C’est d’ailleurs ce qui nous avait séduits dans la publicité de leur pédagogie.  Pourquoi nous avoir fait croire le contraire ?  Je commençais à être un peu en colère et avoir le sentiment de m’être faite avoir. La jardinière m’a redit à plusieurs reprises que notre enfant était trop éveillée (toujours entre deux conversations, en venant chercher ma fille). Je lui ai signifié que je voulais reprendre ses propos avec elle en entretien individuel. Je savais que ma fille était éveillée, c’est d’ailleurs dans ce sens que nous avions choisi cette école. J’étais stupéfaite par ses remarques.

Les vacances de Noël approchant, nous avons été informés que les enfants allaient participer à la « spirale de l’Avent ». Il nous a été expliqué que les enfants prenaient une bougie et parcouraient une grande spirale pour aller allumer la bougie sur une flamme se trouvant au centre de la spirale. On nous a dit que c’était « pour retrouver la lumière dans l’obscurité de l’hiver ». Les parents pouvaient y participer s’ils le souhaitaient. Je suis donc venue pour voir cette spirale de l’Avent. J’ai été surprise par toute la mise en scène plutôt impressionnante de cette spirale, qui en fait, ressemblait à une cérémonie.

Ma première surprise était le noir qui y régnait. Je me suis dit que les enfants ne seraient pas trop rassurés (je suis venue dans la salle avant avec d’autres parents. Les enfants sont arrivés après par classe). Il y avait des musiciens qui jouaient de la musique classique et la spirale était dessinée au sol avec des branches de sapins. Il y avait 2 classes en tout et chaque enfant passait chacun son tour. Ils parcouraient la spirale, allumaient la bougie (qui était fixée sur une pomme) au centre de la spirale et déposaient leur bougie sur les branches de sapin où ils le désiraient, sur le chemin du retour. Il y avait une jeune fille déguisée en ange qui donnait les bougies aux enfants. Les musiciens jouaient et chantaient des chants de Noël. Je ressentais un malaise. Les chants étaient très religieux et cela me dérangeait. Et puis que c’était long cette attente assis dans la quasi obscurité (plus les enfants passaient et déposaient leurs bougies, plus il y avait de la lumière) en regardant chaque enfant faisant le même parcours pendant près d’une heure trente ! Alors imaginez pour les enfants… J’ai accompagné ma fille lors de son parcours dans la spirale, puis elle s’est rassise avec sa classe et je suis retournée m’asseoir avec les parents. Elle était assise à l’autre bout de la salle en face de moi et je la distinguais de mieux en mieux vu que la lumière augmentait. Un moment donné je l’ai regardée et j’ai vu qu’elle était en pleure, elle s’effondrait littéralement. Je suis allée vers elle et nous sommes sortis de la salle. Elle a pleuré profondément et avait du mal à se calmer. Quand je lui ai demandé par la suite ce qui l’avait rendue si triste, elle m’a répondu qu’elle ne savait pas vraiment, que c’était sûrement la musique. Après cet évènement, j’ai décidé de rester dans la classe pour la fin de la matinée et de participer au goûter.

Et en effet, ce goûter prenait une tournure particulière. J’ai découverts à ce moment-là que la jardinière faisait une prière avec les enfants avant de commencer à manger. Avant cela, les enfants attendaient à table, un des enfants était chargé de servir la boisson et un autre le goûter. Il y avait une cloche du silence sur la table, chaque jour un enfant était responsable de la cloche du silence et devait la secouer si les enfants faisaient trop de bruit. Si les enfants faisaient trop de bruit, la jardinière n’autorisait pas le service du goûter. Quand tout le monde était servi, les enfants étaient autorisés à manger. Les enfants devaient chuchoter et pendant que le sable coulait dans le sablier ils ne devaient plus parler. J’ai trouvé ce goûter bien étrange, avec des règles strictes et une prière qui rappelaient très fortement un concept religieux. La jardinière avait une attitude dérangeante à mes yeux. Elle avait un air supérieur et semblait se prendre pour une sainte. Elle n’entendait rien de ce que les enfants lui demandaient, ce qui les rendaient mal à l’aise.

Ce jour-là elle servait du riz et les enfants devaient lui exprimer, au moment de se faire servir, leur souhait pour l’assaisonnement du riz. Ne comprenant ou n’entendant pas ce que certains des enfants avaient dit (ce n’était déjà pas facile pour eux de s’exprimer devant tous les autres enfants), elle leur servait leur riz avec un assaisonnement qu’il ne leur convenait pas (elle proposait de l’huile d’olive, du tamari ou du gomasio). J’ai dû intervenir plusieurs fois pour lui répéter ce que les enfants souhaitaient car elle n’entendait vraiment rien.

Notre fille continuait à tomber malade régulièrement et je trouvais cela inquiétant.

Un jour, je suis venue chercher ma fille à midi et j’ai croisé une autre maman qui me dit que ma fille a énormément pleuré à l’heure du goûter. Lorsque je vois la jardinière je lui demande comment s’est passé le goûter et elle me dit que tout s’est bien passé, que ma fille a pleuré un peu mais rien de grave. Sur le chemin du retour à la maison, je discute de ce qu’il s’est passé à l’heure du goûter. Ma fille était très en colère. Elle m’a expliqué qu’en effet elle avait beaucoup pleuré au goûter et qu’elle pleurait tellement qu’elle n’arrivait plus à s’arrêter. Elle m’a dit qu’elle est très fâchée avec la jardinière car celle-ci lui avait dit : « chut ! » au moment où elle s’est mise à pleurer. J’étais estomaquée…  J’ai compris que ma fille avait craqué et avait pleuré toutes les difficultés accumulées au goûter depuis le début de l’année. Et comme réponse on lui a répondu : « chut ! ». Je qualifie cet acte de maltraitance psychologique. La jardinière lui a ensuite dit : « tu pleures pour pas grand-chose ». Ma fille nous a parlé de cet évènement pendant 3 jours, elle était choquée. Lorsque j’en ai parlé à la jardinière, son visage s’est fermé et elle m’a confirmé qu’elle avait demandé à ma fille qui pleurait de faire moins de bruit car elle n’entendait pas ce que disaient les autres enfants. Elle m’a dit l’avoir consolée après avoir servi les autres. Là les limites étaient pour moi dépassées. La jardinière agissait totalement à l’inverse de ce qui était mis en avant dans l’image de leur pédagogie. La colère et l’indignation commençaient à monter en moi. J’ai compris que depuis le début de l’année, ce goûter était terriblement difficile à vivre pour ma fille et qu’elle avait essayé,  avec les moyens qu’elle avait, de nous montrer sa détresse. J’ai perdu, à ce moment-là, toute la confiance que j’avais mise en la jardinière et en l’école.

Nous avons d’ailleurs pris la décision de ne pas poursuivre la scolarité de notre fille dans cette école l’année suivante.

En parallèle à cela, notre fille a commencé à nous parler de plus en plus régulièrement de deux garçons de sa classe qui l’embêtaient à la récréation. Elle en parlait et en rêvait la nuit. J’ai décidé d’observer ce qu’il se passait à la récréation. En effet, deux grands garçons de sa classe (ils avaient 6 ans) couraient sans arrêt sur notre fille et ses copines pour les effrayer. Ils couraient vers elles avec des bâtons pour les « attaquer ». Les filles avaient l’air excitées mais effrayées en même temps. Ils allaient jusqu’à se lancer des cailloux et du sable. J’avais remarqué depuis quelques temps que les enfants se retrouvaient toujours seuls à la récréation, sans adultes pour les surveiller. Une forme d’anarchie y régnait et cela commençait à devenir inquiétant. J’intervenais souvent quand j’arrivais (j’ai vu une fois un garçon se faire « attaquer » par 5 autres enfants qui s’acharnaient sur lui) et il semblait que la violence de certains enfants était acceptée sans réaction aucune. Ce qui me donnait le sentiment que cette violence était encouragée par l’attitude totalement passive des jardinières. Mon mari en a fait la remarque à la jardinière de notre fille et elle lui a répondu qu’ils jouaient, que les filles aimaient également ce jeu (malgré le fait qu’on lui ait expliqué que notre fille en parlait, en rêvait etc.).

Ma fille m’a dit un matin qu’elle ne voulait plus aller à l’école. Je l’ai interrogée un peu plus longuement et elle m’a dit qu’elle ne voulait plus participer au goûter. Elle m’a affirmé qu’elle trouvait que les règles n’étaient pas justes et qu’elle n’en pouvait plus. Elle m’a demandé de venir la chercher avant. Je l’ai emmenée à l’école et j’ai informé la jardinière que notre fille ne voulait plus participer au goûter et que je viendrai la chercher avant. Le visage de « l’enseignante » s’est fermé d’un coup et elle m’a laissé apparaître une toute autre face que celle que je voyais d’habitude. Je lui ai expliqué que ma fille ne trouvait pas juste les règles du goûter, que le silence imposé à table l’angoissait. La jardinière a laissé alors apparaître un visage encore plus sombre et m’a lancé ;  « Les enfants actuels parlent trop, ils doivent apprendre à se taire » ! Elle a rajouté ; « Tu dois dire à ta fille qu’elle ne peut pas dire ce qui est juste ou pas, un enfant ne sait pas ce qui est juste. Tu dois lui dire qu’elle peut uniquement dire qu’elle n’aime pas les règles ». Eh bien voilà, le masque était levé… J’étais estomaquée par ses propos et par la façon dont elle s’adressait à moi. En tant que professionnelle de l’éducation, je ne me permettrai jamais de m’adresser à un parent d’une manière aussi directive et irrespectueuse. Je lui ai répondu que je n’avais pas la même vision qu’elle de l’éducation et du développement de l’enfant et que je n’étais pas d’accord avec ses propos. Nous avons convenu de nous voir très prochainement en entretien individuel.

A partir de ce jour-là, ma fille n’est plus restée au goûter. Je venais la chercher avant mais plus les jours avançaient, plus je sentais un malaise. J’avais demandé à quelle heure exactement  le goûter débutait et je venais toujours 5 minutes avant l’heure indiquée. Au bout de 3 jours environ, je découvre que les enfants avaient déjà commencé le goûter avant que je n’arrive. Ma fille n’était pas bien car elle angoissait de voir le début du goûter se mettre en route alors que je n’étais pas encore arrivée. Voyant ce qui se passait, j’ai décidé de venir plus tôt que d’habitude pour être sûre que ma fille ne soit pas prise au dépourvu. Et bien j’ai été surprise de découvrir que malgré mon avance (de 15min) le goûter avait déjà commencé…

Que penser d’une « enseignante » qui n’est pas à l’écoute des enfants, qui ne détecte pas la détresse d’un enfant pendant des mois, qui détourne l’inquiétude légitime des parents face à la détresse et la souffrance que leur enfant exprime, et qui, quand les parents interviennent et demandent une collaboration pour le bien-être de leur enfant, semble tout faire pour aller à l’encontre de la demande des parents et de l’enfant, en provoquant volontairement la situation difficile que l’enfant en question ne voulait justement plus vivre ? Il est très étrange, en effet, que l’heure du goûter qui jusqu’à présent était très tard (il était censé être donné à 10h45 mais il était donné vers 11h la majorité du temps) se soit retrouvé avancé pareillement à ce moment-là, alors que c’est une demande qui avait été faite lors de la première réunion de parents et à laquelle la jardinière avait répondu négativement. Il est également curieux que la jardinière ne m’ait pas informée que le goûter se prendrait plus tôt le matin même, lorsque j’ai amené ma fille. Le jour suivant, le goûter avait également déjà commencé à mon arrivée alors que j’étais, encore une fois, bien en avance. S’en était trop.

J’ai donc eu un entretien avec la jardinière quelques jours plus tard. Elle m’a accueillie avec un tout autre visage que celui qu’elle m’avait montré lorsque je lui avais dit que je viendrai chercher ma fille avant le goûter. Elle a essayé de me demander des détails sur la naissance de ma fille pour mieux comprendre son fonctionnement. J’ai coupé court à sa demande pour lui informer que j’avais des choses à lui dire. J’ai repris avec elle les propos choquants, à mes yeux, qu’elle m’avait tenue dans la classe. Là j’ai eu droit à : « oh mais tu sais, c’est parce que c’était entre deux portes, il y avait les enfants etc. » J’ai souri intérieurement car j’avais bien sûr compris que ce qu’elle m’avait montré entre deux portes, justement, était son vrai visage. J’ai repris avec elle le fait qu’elle me dise que ma fille était trop éveillée et lui ai informé que le mot « trop » était de trop. J’ai eu droit à une tentative d’explication de la pédagogie Steiner à laquelle j’ai coupé court. Je l’ai ensuite questionnée sur les raisons pour lesquelles ils n’informaient pas les parents de la réalité de leur pédagogie. Elle faisait semblant de ne pas comprendre et me demandait ce qu’ils auraient dû mettre, à mon avis, sur la publicité de leur école ( !). Elle me disait que mes réflexions étaient intéressantes et qu’elle allait en parler en équipe. Elle me disait : « mais alors à ton avis on devrait mettre quoi ? ». C’était un peu irréel comme conversation.

Comment une école peut-elle ne pas être au courant que la publicité qu’elle affiche à l’extérieur ne correspond pas à la réalité de ce qui est appliqué en interne? Comment peuvent-ils afficher extérieurement des valeurs saines et positives dans leur regard sur l’enfant et avoir des comportements envers les enfants qui se révèlent être totalement opposés des valeurs qu’ils prétendent avoir ?  Ça ne joue pas.

Pourquoi également ne pas informer les parents de la nature « religieuse » de leur pédagogie ? Il est très étrange qu’une école qui se décrit comme non confessionnelle applique des rituels de prière avant le goûter et affiche dans toutes ses classes une photo de Marie et Jésus (photo qui n’étais pas présente lors du premier entretien avec la jardinière en vue de l’inscription de notre fille).

Ma fille est retournée à l’école et lorsque je suis venue la chercher, elle m’a dit que la jardinière avait changé d’attitude avec elle et qu’elle ne se sentait pas en sécurité. Nous avons alors décidé de retirer notre fille de l’école.

J’ai compris ensuite pourquoi la jardinière disait que ma fille était trop éveillée. Elle était trop éveillée pour cette école car elle ressentait le fond de ce qu’il s’y passait et en parlait régulièrement, avec les moyens qu’elle avait sur le moment, à ses parents. Et cela dérangeait grandement. Il faut dire qu’avec du recul, j’ai compris pourquoi tant d’enfants s’adaptent à cette école et paraissent aimer y aller. Les enfants ont besoin de plaire à leurs parents, de répondre aux attentes que ceux-ci ont à leur égard. Le principe des écoles Steiner est d’impliquer les parents physiquement et émotionnellement dans l’école. C’est une façon de casser la frontière entre l’école et la vie de famille et de créer une forme de fusion. Les enfants observent leurs parents, qui sont très souvent présents à l’école, et les voient évoluer dans leur école comme s’ils étaient un peu chez eux. Ils y ont des amis qui sont des autres parents et paraissent épanouis et heureux d’être au sein de leur école. C’est comme une sorte d’élargissement de la famille et l’école Steiner devient partie intégrante de la vie de toute la famille. Il est donc difficile pour les enfants de pouvoir déceler les comportements déviants des « enseignants » car leur école est totalement impliquée dans leur vie affective et dans celle de leurs parents (c’est pour cela que ma fille me disait en début d’année d’avoir le sentiment bizarre d’avoir « deux maisons »).

Je me suis demandé comment une telle « supercherie » pouvait fonctionner depuis autant d’années, auprès d’un si grand nombre de parents, sans qu’ils n’y voient que du feu. Puis j’ai visualisé tout le déroulement de l’année et retracé ce nombre infini de petits détails qui ont fini par se relier pour dessiner une trame. C’est un ensemble de choses infiniment fines et subtiles qui reliées les unes aux autres permettent l’illusion d’une fausse réalité. C’est un ensemble de comportements, de mots, qui créent une forme de « matrice » qui permet de détourner notre regard et d’agir dans notre dos en toute tranquillité. C’est utiliser l’image du naturel, du biologique, respectueux de la nature et de l’environnement qui transmettent des valeurs saines et attirent des personnes sensibles au respect de la nature et à une alimentation saine. C’était un travail de séduction intense pour que nous déposions toute notre confiance et ainsi permettions à l’enseignante de rentrer dans le mensonge permanent sans que nous puissions imaginer un seul instant qu’elle puisse se comporter d’une manière néfaste envers notre enfant et/ou envers nous-même.

J’ai été horrifiée de réaliser à quel point nous avons été trompés et manipulés. Il n’y a pas d’autres mots. Nous avons cru en la pédagogie saine de l’école Steiner, nous nous sommes investi financièrement et physiquement en y travaillant régulièrement, en y mettant énormément d’énergie.

Nous avons fait cela pour le bien-être de notre fille en pensant que cette école était saine et exerçait une pédagogie ouverte et respectueuse de l’enfant, alors qu’au contraire, nous avons découvert qu’elle fonctionnait dans la dissimulation, le mensonge et la maltraitance. Cette école dépend de l’argent et de la force de travail des parents pour fonctionner et elle les prend pour des imbéciles en leur cachant le véritable fondement de leur pédagogie ainsi que les croyances et les valeurs qui s’y rattachent.

Si les enseignants sont persuadés de faire un travail spirituel, il faudrait avoir la décence et l’honnêteté de l’afficher. Et je doute fort que l’on puisse accomplir un quelconque travail spirituel dans le mensonge, la manipulation et la maltraitance. J’ai étudié et travaillé sur la maltraitance infantile durant de nombreuses années. Cela a été terrible de découvrir que ma fille en avait été victime au sein de cette école.

J’ai du mal à comprendre comment la pédagogie Steiner ait pu s’étendre partout dans le monde depuis tant d’années, et puisse continuer à agir en toute impunité avec un fonctionnement aussi déviant et grotesque que celui que j’ai pu observer et vivre au sein d’une de ces écoles. Il me semble indispensable de transmettre cette information, surtout à l’heure actuelle. En effet, beaucoup d’enfants ne pouvant plus s’adapter aux exigences et au formatage que l’école publique applique, sont dirigés vers les écoles Steiner.

Ces écoles se présentent tels des sauveurs dans le domaine de l’éducation (leur 1er argument est que les enfants scolarisés à l’école Steiner ADORENT leur école) pour mieux nous tromper. C’est une subtile séduction qui, heureusement, a été démasquée avec l’aide de notre fille. Je ne souhaite à personne de faire la même expérience que la nôtre, c’est pourquoi il était important, à mes yeux, de laisser mon témoignage.

Une maman totalement indignée

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Professeur de Philosophie
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