Pédagogie Waldorf : une doctrine religieuse ? Reportage de Planète F , Andréanne Moreau

Pédagogie Waldorf : une doctrine religieuse ? – Planète F
Andréanne Moreau

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Andreanne Moreau

21/01/2016

À la une, Débats, Éducation, Société

Un sentiment rassurant a envahi Mélanie* (nom fictif) lorsque la mère de famille a visité l’École Rudolf-Steiner de Montréal. Les jouets en bois, l’importance accordée aux arts, la valorisation de la nature, l’apprentissage par l’expérience et par les travaux manuels l’ont séduite. Elle y a inscrit ses deux enfants et s’est tout de suite impliquée bénévolement. Mais petit à petit, elle a ressenti un certain malaise  : plus qu’une philosophie, elle sentait que la pédagogie Waldorf était presque… religieuse.

Pour l’œil extérieur, la religion est difficilement décelable dans les écoles Waldorf, puisque l’anthroposophie n’y est pas enseignée directement. L’anthroposophie, ou science de l’esprit, est une doctrine initiatique religieuse fondée par Rudolf Steiner au début du XXe siècle. Steiner lui-même parlait de la relation entre l’anthroposophie et la pédagogie Waldorf comme d’une relation mère-fille. Développée par Steiner pour la première école Waldorf, ouverte à Stuttgart (Allemagne) en 1919, la pédagogie Waldorf est maintenant enseignée dans plus de soixante pays.

D’ailleurs, Rudolf Steiner interdisait d’initier les enfants à l’anthroposophie ou de leur enseigner ses principes de façon littérale. Il préconisait plutôt d’entourer les enfants d’images fortes et de métaphores. « Les lois cosmiques doivent être pressenties et ressenties par l’enfant sous le vêtement du symbole », peut-on lire dans la retranscription de sa conférence L’éducation de l’enfant à la lumière de la science de l’esprit.

Les écoles Waldorf visent à développer toutes les dimensions de l’enfant. Ses connaissances, bien sûr, mais aussi ses sentiments, sa volonté et même, sa spiritualité. C’est ce qu’a éprouvé Mélanie à l’École Rudolf-Steiner de Montréal. « C’est très difficile de savoir quand le religieux commence, parce qu’on ne parle jamais d’une religion, mais on la sent. On sent qu’on est dedans, dans quelque chose d’exclusif », relate-t-elle. Les parents dont les enfants fréquentent cette école admettent au fil des discussions un lien entre les écoles Waldorf et l’anthroposophie. Sous le couvert de l’anonymat, on affirme que c’est seulement pour les plus vieux, s’ils le veulent.

« Les professeurs sont comme des agriculteurs qui préparent le terrain à une éventuelle conversion », explique Yves Casgrain, journaliste spécialiste des sectes qui étudie le mouvement anthroposophique et sa pédagogie depuis maintenant plus de vingt ans. Selon lui, le but des écoles Waldorf n’est pas que tous les enfants deviennent des anthroposophes, du moins, pas nécessairement « dans cette vie ».

« Ils travaillent sur du très, très long terme. Que la conversion se fasse à l’âge adulte ou après la mort, dans une autre vie, ça leur importe peu. » Yves Casgrain

Yves Casgrain croit que l’anthroposophie arrive à passer inaperçue principalement parce que les gens ne sont pas familiers avec ses symboles. « S’il y avait une école qui fonctionnait exactement de la même façon que les écoles Waldorf, sur une base catholique plutôt qu’anthroposophique, ça ne passerait pas. Parce qu’on est beaucoup plus à l’aise avec les notions catholiques. On sait ce que c’est et on reconnaitrait les symboles. »

Waldorf au Québec

Le Québec compte quatre écoles Waldorf. L’École Rudolf-Steiner de Montréal et l’École Imagine de Val-David (Laurentides) sont privées, tandis que l’École des enfants de la Terre de Waterville en Estrie et l’École communautaire l’Eau-vive de Victoriaville sont publiques. Ces dernières décrivent leur projet éducatif comme étant « à vocation artistique ». L’article 240 de la Loi sur l’instruction publique autorise les écoles publiques à avoir un projet éducatif particulier, à condition qu’il ne soit pas de nature religieuse.

En juin 2014, après lui avoir retiré l’année précédente son statut d’école à vocation particulière, la Commission scolaire des Patriotes a décidé de fermer une autre école publique à vocation Waldorf, l’École de la Roselière, à Chambly. Un rapport de Yolande Nantel, conseillère indépendante en éducation, dénonçait le retard scolaire accumulé par les élèves. Les parents se sont mobilisés, en vain, pour sauver leur école. Dans la foulée, le ministère de l’Éducation a promis un suivi plus serré des deux autres écoles Waldorf publiques.

AJOUT: L’évaluation des apprentissages pose problème dans cette école. Il n’y a pas d’adéquation entre l’enseignement dispensé et les résultats obtenus. Les problèmes d’apprentissage sont identifiés, mais il semble y avoir peu de différenciation pédagogique en classe. C’est le même enseignement pour tout le monde. L’orthopédagogue, qui doit consacrer son temps aux élèves qui ont des difficultés en lecture, est d’avis que les élèves auraient également besoin de services en écriture. L’évaluation des élèves, en lecture et en écriture, par l’orthopédagogue, qui utilise des outils standardisés, et celle des enseignants ne correspondent pas.

Yolande Nantel, Rapport d’analyse sur la conformité de l’école de la Roselière au programme de foramtion de l’école québécoise, à la loi sur l’instruction publique, au régime pédagogique et à la progression des apprentissages dans le cadre du renouvellement de son statut d’école à vocation particulière, décembre 2012.

Toute la pédagogie de Rudolf Steiner est basée sur les « septans », et sur la descente des différents « corps cosmiques » dans le corps physique. Pour M. Casgrain, c’est bien la preuve qu’il s’agit d’écoles religieuses. « Il faut cerner la raison derrière chaque méthode pédagogique pour se rendre compte que la réponse est toujours dans l’anthroposophie. Si on enlève tout ce qui est anthroposophique dans une école Waldorf, on a une coquille vide. Une école normale, et c’est tout. »
Les stades de développement de l’enfant dans la pédagogie Waldorf (septans) :

De 0 à 7 ans : descente du corps éthérique.
– L’enfant apprend par imitation.
– Il faut veiller à bien orienter son imagination.
– Ne rien faire dans son entourage qu’il ne puisse imiter.
– Cette période correspond dans les écoles au jardin d’enfants, l’équivalent de la prématernelle.
De 7 à 14 ans : descente du corps astral.
– L’enfant apprend par l’image et le symbole.
– Il faut entourer l’enfant de tout ce qui est riche de sens.
– C’est à sept ans (deuxième année) que l’apprentissage de la lecture et de l’écriture débute dans les écoles Waldorf
De 14 à 21 ans : descente du corps du « je ».
– L’enfant peut commencer à raisonner par lui-même.
Selon Steiner, il ne faut pas chercher à éveiller le jugement personnel de l’enfant avant 14 ans.

« On ne saurait infliger de préjudice plus grand à un enfant. » (Rudolf Steiner, L’Éducation de l’enfant à la lumière de la Science de l’esprit)
*Tiré de « L’Éducation à la lumière de la Science de l’Esprit », Rudolf Steiner, 1907.

Ainsi, les diverses notions de la doctrine anthroposophique ne se retrouvent pas noir sur blanc dans le curriculum pédagogique des écoles Waldorf, mais plutôt sous forme d’images ou de symboles dans chaque aspect de l’enseignement. Les paroles récitées, les dessins, les contes, la nourriture, jusqu’à la couleur des murs, tout est anthroposophie.

« L’anthroposophie est mélangée aux différentes matières », explique Grégoire Perra, ancien élève et ex-enseignant de la pédagogie Waldorf qui s’est éloignée de l’anthroposophie à la suite de ses études en philosophie. Il compare d’ailleurs les effets psychologiques laissés par la pédagogie Waldorf à ceux qu’une secte laisse sur une personne qui souhaite réintégrer la société. « C’est comme une épice dans un plat. Vous n’allez pas la repérer, mais ça donne du goût, ça colore les choses. » Les grands thèmes de l’anthroposophie (réincarnation, karma, êtres invisibles, corps célestes, Christ solaire, Atlantide, etc.) se retrouvent donc sous différentes formes dans les contes étudiés, les paroles récitées ou les dessins et les travaux effectués.

L’eurythmie en est un bon exemple. Cette forme de danse enseignée à tous les niveaux dans la pédagogie Waldorf n’est pas un simple exercice physique. Ses mouvements, élaborés grâce à la collaboration de Rudolf Steiner avec une chorégraphe, serviraient à mettre l’âme en conformité avec les forces cosmiques, à favoriser la descente de l’esprit dans le corps physique.

Dans une école Waldorf, même les plus simples détails sont calculés en fonction de l’anthroposophie. « Tu ne peux pas dire que ce n’est pas religieux quand même la couleur des murs produit des effets sur les corps spirituels de l’enfant, et que les profs et la direction refuseront catégoriquement de changer la couleur. Ils refuseraient même de changer la façon de l’appliquer, puisque ça aussi a un effet supposé » lance Yves Casgrain.

Une créativité dirigée

On peut observer ces dessins aux lignes estompées dans toutes les écoles Waldorf. « Ce sont les mêmes dessins, les mêmes techniques, les mêmes motifs depuis 1919, raconte M. Perra. Ça a l’air d’être créatif, mais ce n’est pas la créativité des élèves. Ça ne vient pas d’eux. C’est uniforme et intemporel. »

Les contours estompés de ces dessins ne sont pas non plus uniquement un style artistique particulier. M. Perra explique que les contours définis sont caractéristiques du monde physique. Pour les anthroposophes, dans les mondes éthérique et astral, « les lois de l’espace ne sont plus les mêmes et les êtres s’interpénètrent. »

Ce triangle à partir duquel les autres triangles sont produits n’est pas qu’une image servant à étudier la géométrie. Selon Grégoire Perra, c’est également un exercice de méditation spirituelle pour les anthroposophes.

L’aînée de Mélanie l’avait expliqué à sa mère en ces termes : « Ils disent qu’on fait des dessins librement, mais quand je veux les faire comme moi je pense, ils ne sont pas d’accord. Je suis obligée de faire les dessins comme eux veulent. »

Des rituels bien ancrés

De nombreux rituels sont également présents dans toutes les écoles Waldorf, sans exception. Dans le quotidien, les enfants récitent avec leur professeur des paroles chaque matin, avant le dîner, et chaque soir à la fin des classes. Ces paroles varient selon le niveau scolaire et contiennent de nombreux symboles anthroposophiques sous forme de métaphores. Les textes sont tous de Rudolf Steiner ou d’autres anthroposophes. On peut donc facilement les comparer à des prières.

« Dans la nuit de la terre germent les plantes,
Par le pouvoir de l’air jaillissent les herbes,
Et la force du soleil fait mûrir les fruits.
Ainsi germe l’âme, dans le secret du cœur,
Ainsi jaillit l’ouverture de l’esprit, à la lumière du monde,
Ainsi mûrit la force de l’homme, dans l’éclat de Dieu. »

Les fêtes sont aussi associées à de nombreux rituels. Elles rythment toute l’année scolaire dans les écoles Waldorf, et sont très nombreuses. Il y a Noël, bien sûr, mais aussi l’Épiphanie, la Pentecôte, la St-Michel… Ces fêtes d’origine catholique sont transformées et des rituels spécifiques à la pédagogie Waldorf y sont associés. Il y a, par exemple, la spirale de l’Avent, rituel pendant lequel chaque enfant va mener une bougie au centre d’une spirale formée de sapins. La Saint-Michel est célébrée par une mise en scène de la bataille de St-Georges tuant le dragon et délivrant la princesse. Ici, le dragon représente en fait le matérialisme de notre époque et la princesse, l’âme humaine. Saint-Georges est quant à lui la force spirituelle, seule capable d’affronter le matérialisme. Cette métaphore n’est bien sûr jamais expliquée directement aux enfants.

Mais tout peut être sacré pour les anthroposophes. « Tout peut devenir un culte, explique M. Perra. Le goûter, la récréation, allumer une bougie, etc. C’est dans la manière d’amener les choses, d’instaurer une certaine ambiance, de ritualiser. »


Toutes les religions, une seule anthroposophie

Cette réappropriation de mythes et de fêtes chrétiens n’est pas unique. On enseigne dans les écoles Waldorf tant les mythologies hindoues, celtiques ou égyptiennes que les religions monothéistes. Cette pluralité religieuse peut rassurer certains parents, inquiets que leur enfant reçoive un enseignement confessionnel. Mais enseigner toutes les religions ne signifie pas nécessairement d’en enseigner aucune.

« Une grande partie de l’anthroposophie est en fait une interprétation des religions, des mythes et des doctrines, explique M. Perra. Quand ils parlent des autres religions aux élèves, ils en parlent avec les interprétations que Steiner en fait dans son livre La Science de l’occulte. »

Casgrain abonde dans le même sens. « Ils ne sont pas en combat avec les anciennes religions, ils les déforment à la sauce anthroposophique. Ils en font une lecture différente. » Un peu comme Chrétiens et Musulmans considèrent l’Ancien Testament comme un livre sacré, sans pour autant l’interpréter de la même façon que les Juïfs.
Les enseignants Waldorf vont enseigner ces mythologies et religions en les mêlant avec les faits historiques.

« Je me souviens qu’on nous parlait du Mont Olympe, où vivaient les dieux, sans jamais nous dire que c’était une croyance des Grecs, raconte M. Perra. Il y a une continuité entre le fantastique et l’historique. »

Cette confusion viserait à ce que les enfants se sentent partie intégrante d’un monde à la fois visible et invisible.

L’enseignant-parent-missionnaire

Dans les écoles Waldorf, les enfants gardent le même enseignant tout au long de leur parcours, et aucun changement de groupe n’est accepté. Le groupe doit apprendre à fonctionner ensemble, à traverser les conflits. Comme pour une famille. Cette approche crée des liens très forts dans le groupe, toujours chapeauté par le même adulte.

Le professeur devient pratiquement un parent. « La professeure de ma grande se voyait comme une mère, raconte Mélanie. Et quand elle enseignait, les parents ne pouvaient pas entrer dans la classe parce que ça dérangeait la famille. »

Perra raconte que, pendant sa formation comme enseignant Waldorf, on les encourageait à caresser les cheveux des élèves, à leur passer un bras autour du cou. « L’enseignant est un substitut de parent. Il faut créer un contact familial avec l’élève », explique-t-il.
Les enseignants ont une place très importante dans l’anthroposophie. « Steiner les considérait comme des prêtres, explique M. Casgrain. Ils accompagnent la naissance du noyau sacré de l’enfant. Et, au salaire qu’ils font, c’est pratiquement des missionnaires. »

Cette question du salaire des enseignants a aussi frappé Mélanie. Elle confie que la professeure de son aînée était souvent mal payée, qu’il y avait parfois des mois où elle ne l’était pas du tout. « Ce n’est pas normal qu’un professeur qui ne reçoit pas son argent continue à enseigner. Il faut qu’il soit vraiment convaincu. »

L’anthroposophie trouve des applications dans chaque aspect de la vie. Il y a l’agriculture biodynamique, des produits cosmétiques, la médecine anthroposophique… Et les parents des écoles Waldorf sont fortement encouragés à adopter ce mode de vie.

« Ça peut toucher tout, explique M. Casgrain, les vêtements, l’alimentation, les jouets, les médicaments… »

À l’école Rudolf-Steiner de Montréal, une affiche posée à côté d’un comptoir à l’entrée indique qu’il est possible d’acheter les produits cosmétiques du Dr Hauschka, issus de la culture biodynamique « en harmonie avec la nature ». Cette appellation n’est pas une appellation biologique. Elle est anthroposophique. Les procédés qui permettent de l’obtenir ne sont pas uniquement de nature physique, mais également de nature spirituelle.
Une boutique à Montréal vend des jouets Waldorf (poupées, mobiles, blocs) et offre des ateliers de fabrication. Ils vendent également du matériel scolaire et artistique Waldorf comme les crayons en cire d’abeille. Les ateliers sont tous annoncés à l’entrée de l’École Rudolf-Steiner.

Planète F a tenté de joindre l’école Rudolf-Steiner pour une entrevue, mais les nombreux appels ont été sans réponse.

Les élèves visitent aussi, dans le cadre d’une sortie scolaire, une ferme biodynamique. Mélanie raconte d’ailleurs que les produits de cette ferme sont vendus quotidiennement à l’école.

La médecine anthroposophique a aussi sa place à l’école. Une naturopathe formée en médecine anthroposophique tient lieu d’infirmière scolaire. Cette spécificité de l’école pose particulièrement problème dans le cadre des campagnes de santé publique comme la vaccination, puisque celle-ci est considérée comme nocive par Rudolf Steiner en raison de son influence sur le karma de l’enfant. Ainsi, les parents désirant que leur enfant soit vacciné peuvent le faire, mais en dehors de l’école. D’après Mélanie, peu le font. « Ce n’est pas bien vu de façon générale à l’école de faire vacciner son enfant », dit-elle.

Pour elle, ce mode de vie est tellement extrême qu’elle ne croit pas qu’elle aurait tenu bien des années. « C’est difficile pour le quotidien. Ils viennent chez toi au début pour voir comment l’enfant vit. Tu dois éliminer tous les jouets en plastique, tous les écrans. »

L’école offre un cours aux parents, pour leur apprendre les notions de base de l’éducation anthroposophique, afin que l’environnement de l’enfant à la maison soit adapté à la pédagogie Waldorf. Mélanie avait apprécié ce cours qui lui permettait de comprendre les raisons qui sous-tendent l’enseignement fait à l’école. Elle avait cependant remarqué qu’au moindre problème scolaire, la première réaction de l’enseignant était de demander si elle avait suivi le cours, si elle appliquait les principes à la maison. La pression était toujours plus forte.

Quand elle a fait vacciner sa fille, elle a senti un changement. Elle ne faisait plus partie du groupe. « Il faut être courageux pour faire des choses différentes de ce que la communauté permet et rester quand même. » Elle a donc fini par quitter l’école.

Un groupe fermé

C’est en grande partie ce sentiment d’exclusion qui a mené Mélanie à changer ses enfants d’école. Elle remettait de plus en plus en question certains aspects de l’enseignement, comme le manque d’intervention en cas d’intimidation. Et, « dans cette école, dès que tu deviens critique envers le système, tu sens que tu es exclu », confie-t-elle.

Quand elle a décidé de partir, son aînée n’avait pas le droit d’en parler aux autres élèves de sa classe. « Elle ne pouvait pas parler de cette autre école parce que ça dérange la classe, les activités. Ça dérange les pensées des autres élèves. » Cette référence à une autre façon de faire en dehors de l’école n’était pas autorisée.

Cette coupure avec le monde extérieur est un point commun avec des écoles religieuses confessionnelles. C’est le constat qu’en a fait Stéphanie Tremblay, doctorante en éducation comparée et fondements de l’éducation et auteure de Les écoles juives, musulmanes et Steiner, pluralité des voies éducatives, bien qu’elle ne considère aucunement les écoles Waldorf (Steiner) comme étant religieuses. Après avoir passé trois semaines d’observation dans chaque école et y avoir mené plusieurs entrevues (une école juive, une école musulmane et l’École Rudolf-Steiner de Montréal), elle a constaté que chacune d’elle mettait en place une double frontière avec le monde extérieur. « La communauté éducative a une frontière interne, c’est-à-dire qu’elle développe un discours autour des valeurs diffusées à l’intérieur de l’école, un récit qui rallie ses membres. Et il y a une frontière externe : on critique quelque chose du reste de la société, » explique-t-elle.

Mélanie s’est donc retrouvée à l’extérieur de la frontière, même si elle faisait encore partie de l’école.

Question d’honnêteté

Les écoles Waldorf ne cachent pas qu’elles accordent de l’importance à la spiritualité. « On y postule clairement que l’enfant possède une dimension spirituelle comme être humain, dit Mme Tremblay. C’est ce qui fait qu’on y rencontre très peu de parents qui ne souhaitent pas que leur enfant développe une certaine spiritualité. Une mère me disait que c’était comme un manteau pour l’âme. » Elle admet cependant qu’on ne dit pas tout aux parents. « Ils ne leur annoncent pas d’emblée que c’est lié à ce système de pensée (l’anthroposophie), mais les parents l’apprennent bien assez vite. »

Yves Casgrain désapprouve entièrement cette façon de faire. « Ce n’est pas mauvais cette spiritualité. Je n’ai rien contre. Mais qu’ils le disent ! Qu’ils soient francs ! Et pas pendant le cursus, avant que le parent signe », s’exclame-t-il.

Sur les sites Internet des écoles comme dans leurs documents pour les nouveaux parents, on ne retrouve pratiquement jamais de mention de l’anthroposophie. Si on en parle, elle est plutôt définie comme une philosophie humaniste ayant inspiré la pédagogie Waldorf, sans plus.
Cette pudeur à mentionner l’anthroposophie est probablement due, d’après Mme Tremblay, à une crainte d’utiliser un terme qui pourrait faire peur à certains parents. Pour M. Casgrain, c’est de la tromperie pure et simple, afin d’attirer plus d’élèves. Une fois que les enfants sont inscrits, les parents pourraient hésiter à les changer d’école, même s’ils ne sont pas entièrement en accord avec ce qu’ils découvrent sur l’anthroposophie, surtout si leur enfant est heureux.
Il faudrait donc que les écoles Waldorf soient plus honnêtes.

C’est ce que croit aussi Mélanie. « Si j’avais su pour l’anthroposophie, jamais je n’aurais inscrit mes enfants là, » s’écrie-t-elle. Une explication complète des fondements de la pédagogie Waldorf serait donc de mise.

« Ce n’est pas noir et blanc. Ils ne nuisent pas forcément aux enfants. Mais ça reste que ce sont des écoles illégales au public. Au privé, elles ne sont pas illégales, mais elles sont malhonnêtes. » Yves Casgrain

Pour lui, il n’est donc pas question de remettre en doute les méthodes de la pédagogie Waldorf, mais plutôt d’éclaircir ses fondements, et d’énoncer clairement son appartenance religieuse.
Lors de la fermeture de l’école Roselière de Chambly, l’écrivaine Nancy Houston est venue à la défense des écoles Waldorf.

http://www.planetef.com/reportage/pedagogie-waldorf-une-doctrine-religieuse%E2%80%89/

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