L’incroyable naïveté du Recteur de l’Académie d’Aix-Marseilles

Un récent article paru dans Le Monde du 10 octobre 2016 fait une nouvelle fois l’apologie de l’école du Domaine du Possible, ce prototype d’une nouvelle forme d’école Steiner-Waldorf camouflant mieux que les précédentes son lien à la dérive sectaire de l’Anthroposophie. Comme nous avons pu en effet le démontrer dans un précédent article, ce soi-disant projet pédagogique innovant est en réalité supervisé par les hauts dirigeants de la Société Anthroposophique Universelle (Lire à ce sujet : La nouvelle stratégie Steiner-Waldorf et le prototype du Domaine du Possible, paru sur ce blog). Comme le révèle clairement un document interne de la Société Anthroposophique Universelle, cette école d’Arles a été conçue dans le but bien précis de dissimuler son lien à l’Anthroposophie afin d’expérimenter un nouveau type de relation aux autorités et à la société où s’implante ce cheval de Troie de la cause New-Age. Comme le dit lui-même Bodo von Plato, membre du Comité directeur de la Société Anthroposophique : « Nous ne dirons pas au parents qu’il s’agit d’une école Steiner-Waldorf ».

 

Ce genre de complicité d’une certaine presse avec les écoles Steiner-Waldorf et l’Anthroposophie de Rudolf Steiner est tellement fréquente qu’elle ne m’étonne plus guère aujourd’hui. Le Monde est malheureusement loin d’en être à sa première compromission dans ce domaine. J’ai tenté d’en analyser les causes dans Pourquoi la presse soutient-elle les écoles Steiner-Waldorf ?

 

Ce qui m’étonne bien davantage, ce sont les déclarations du Recteur de l’Académie d’Aix-Marseilles, qui tient dans Le Monde les propos suivants :

 

« L’école n’est pas du tout suspectée de dérive sectaire, assure le recteur d’Aix-Marseille, Bernard Beignier. S’il y avait quelque chose, nous le saurions tout de suite. A une époque où nous essayons de renouveler la pédagogie, des expérimentations de ce type sont utiles. Et les responsables de l’établissement se tournent régulièrement vers nous. Il n’existe aucune volonté de nous fuir. C’est tout le contraire. »

 

Ainsi donc, le Recteur Bernard Beignier s’imagine que parce que les dirigeants de cette institution scolaire liée à l’Anthroposophie – et travaillant main dans la main avec le Comité Directeur du Goetheanum – sollicitent des entretiens fréquents avec ses services, cela traduirait un esprit d’ouverture à l’opposé d’une quelconque dérive sectaire ! C’est véritablement ne rien connaître à la stratégie mise en œuvre par Rudolf Steiner depuis les années 20 du siècle dernier, laquelle consiste précisément à toujours se tourner vers les représentants officiels de la société où tentent de s’implanter les écoles Steiner-Waldorf, afin d’obtenir d’elles les accréditations et l’argent qui leur permettront de se développer, feignant habilement de respecter le cahier des charges qui leur sont imposées, mais réalisant en fait les véritables intentions du gourou, à savoir d’étendre son mouvement.

 

S’il possède la capacité de revenir sur ses propres jugements, le Recteur Bernard Beignier pourra ainsi utilement consulter les consignes que Rudolf Steiner a laissé à ses disciples et qui sont aujourd’hui encore éditées par la Fédération des écoles Steiner-Waldorf, à savoir :

 

– il faut toujours essayer d’obtenir de l’argent de la communauté ;

– il faut parler aux représentants des institutions de la société et intérieurement les duper.

 

Ces propos sont édités par la Fédération des écoles Steiner-Waldorf dans l’ouvrage intitulé Conseils de Rudolf Steiner aux professeurs de la première école Steiner-Waldorf de Stuttgart, dont je reproduis de nombreux extraits dans un de mes articles (Extraits édifiants des Conseils de Rudolf Steiner).

 

Près d’un siècle plus tard, il semble que ces « conseils » soient toujours aussi efficaces, puisque même une personnalité comme celle du Recteur d’Aix-Marseilles se laisse prendre au filet de cette stratégie bien rodée. En effet, avec son habilité et ses talents de manipulateur, Rudolf Steiner avait parfaitement compris que les autorités administratives des institutions d’un pays n’apprécient rien tant que le fait qu’on vienne vers elles avec un (apparent) esprit de collaboration. Car, par définition, une administration est toujours quelque peu éloignée de la réalité du terrain. C’est pourquoi les anthroposophes et les écoles Steiner-Waldorf savent s’adresser à celles-ci en sollicitant des rendez-vous fréquents, afin de donner l’impression de faire remonter des informations et d’ offrir des signes de respect envers ces dernières. (Il s’agit probablement-là d’un résidu de fonctionnement aristocratique inhérent à toute institution administrative d’un État). Signes de respect qui n’empêcheront par ailleurs nullement les dirigeants de ces écoles d’organiser des tricheries et des dissimulations colossales en cas d’inspections, comme je le raconte dans mon témoignage paru sur le site de l’UNADFI.

Si les visites fréquentes aux représentants des autorités officielles sont pour Bernard Beignier un gage suffisant d’absence de dérive sectaire, qu’il sache qu’Henri Dahan, le directeur de cette « école », serait sans doute prêt à l’attendre chaque matin sur le pas de sa porte avec un café et des croissants pour démontrer que l’Anthroposophie n’est pas une secte ! En serait-il pour autant réellement convaincant ?

 

Cette stratégie n’a donc rien de nouveau et repose sur les mêmes mécanismes psychologiques que Rudolf Steiner avait parfaitement repérés en son temps. Ce sont probablement eux qui ont permis aux dirigeants des écoles Steiner-Waldorf d’une autre Académie, celle de Versailles, d’obtenir également les faveurs de leur Rectorat et les subventions qui vont avec. En effet, lorsque j’étais enseignant dans ces écoles, je me souviens comment nos dirigeants vantaient la qualité des contacts récurrents qu’ils étaient parvenus à obtenir avec certains responsables de cette institution de région parisienne.

 

Nous ne pouvons que regretter qu’une personnalité comme le Recteur de l’Académie d’Aix-Marseilles semble à son tour tombée dans un panneau anthroposophique vieux de plus d’un siècle, avec les conséquences que son erreur de perception aura selon nous immanquablement sur les élèves qui passeront par une scolarité au Domaine du Possible. Sans doute la consultation des sources que nous avons citées, mais également celles de la MIVILUDES, comme son dernier rapport, ou la lettre de sa Secrétaire Générale au sujet de ces écoles, l’auraient-elles aidé à se forger un avis un peu moins naïf et un peu plus éclairé sur cette question.

 

Source : 

Le Domaine du possible, une école pour « faire bouger les lignes »

LE MONDE du 10.10.2016 • article de Benoît Floc’h

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Professeur de Philosophie
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