Les Colibris et les Anthroposophes

Depuis plusieurs années, je remarque des liens très forts entre le mouvement des Colibris et le mouvement anthroposophique. En effet, lorsque j’étais moi-même anthroposophe, j’ai assisté en 2007 à la fondation de ce mouvement et savais alors que de nombreux anthroposophes s’y étaient impliqués, pour devenir ses cadres. Ce qui était logique, compte-tenu du fait que Pierre Rabhi, la figure de proue de ce mouvement, était lui-même un anthroposophe-masqué, c’est-à-dire une personne reprenant consciemment à son compte des idées de Rudolf Steiner, mais en dissimulant ses sources et en modifiant pour cela le vocabulaire d’origine (Lire à ce sujet Pierre Rabhi, la Biodynamie et l’Anthroposophie).

Pour autant, je me suis interdit d’affirmer et de croire que l’ensemble des membres de ce mouvement étaient des anthroposophes, car je pouvais constater que tel n’était pas le cas. En effet, nombre de gens parmi mes connaissances et même des amis avaient des sympathies pour ce mouvement, sans pour autant être des anthroposophes, ni de près ni de loin, et n’adhéraient au discours des Colibris qu’en raison de leur sensibilité sincère à certains thèmes écologiques, à un souci véritable du devenir de notre planète.

Mais aujourd’hui, les soupcons de collusion que je pouvais nourrir, non envers l’ensemble des personnes, comme je le disais, mais envers les appareils et leurs dirigeants, se sont vus confirmés par le fait que la firme Weleda, qui est une firme anthroposophique, dirigée par des anthroposophes, finançant des institutions et des publications anthroposophiques, se livrant à des opérations de magie anthroposophique dans la confection de ses produits (Lire à ce sujet mon article Weleda sur France 2), soutient aujourd’hui publiquement les Colibris, comme nous le révèle un encart publicitaire du journal Le Monde :

La question est donc à présent de savoir pourquoi les dirigeants des Colibris, en rendant de manière aussi publique des liens avec une firme anthroposophique, tombent à présent un peu plus le masque qu’ils ne l’avaient fait jusqu’à présent.

Selon moi, les dirigeants des Colibris pouvaient légitimement espérer que l’identification de la firme Weleda à l’Anthroposophie n’apparaisse pas de manière trop nette aux yeux du public, car cette entreprise, conformément aux directives de Rudolf Steiner, son fondateur, a pris soin depuis longtemps de ne pas faire étalage de ses origines et de certaines de ses pratiques. Le risque était donc faible. Mais il a néanmoins été pris. Et s’il l’a été, c’est sans doute parce que les anthroposophes, dans l’état de crise sociale et politique que traverse notre pays à l’occasion de ces présidentielles, sentent qu’ils ont là une carte à jouer et que leur heure est peut-être venue en France. En effet, dans ce climat de recomposition politique délétère et de disparition de certains repères qui structuraient jusqu’à présent la vie sociale, l’écologie est devenue une valeur forte. Profitant de ce phénomène dont il faut certainement se réjouir, le personnage de Pierre Rabhi, porté par une presse aveugle ou sollicitée par le puissant réseau des Éditions de l’Aube, s’est imposé, jusque dans les références idéologiques de ce qu’était jusqu’à aujourd’hui la Gauche, comme on le voit notamment dans les sources d’inspiration dont se réclame Benoît Hamon. De ce fait, les dirigeants des Colibris, liés à l’Anthroposophie, ont probablement compris qu’ils avaient une place institutionnelle à prendre, s’ils parvenaient à bien se placer dans cette recomposition en cours. Ils ne présentent certes pas de candidature à cette campagne présidentielle, contrairement à ce qui avait été un temps envisagé en 2007. Mais ils sont bel et bien « en campagne », comme on peut le lire dans l’encart publicitaire. Et le choix de ce mot n’est certainement pas anodin.

Pour ma part, je n’ai rien contre les idées écologiques. Mais l’Anthroposophie n’est pas une écologie, car son  but premier n’est pas la préservation  de la Nature, mais l’asservissement de l’Homme. Par ailleurs, lisez sur mon blog le témoignage de Mélanie Widmer, qui a travaillé dans un grand nombre de fermes  biodynamiques (l’agriculture des anthroposophes) à travers l’Europe, si vous voulez vous faire une idée plus juste de la manière dont les anthroposophes traitent effectivement les animaux ! (Une Végane chez les Eurythmistes). On peut notamment y lire ceci :

« Le slogan « En harmonie avec la nature et l’être humain » de Weleda, m’énerve. Il n’y avait pas de travail avec la nature à Dottenfelderhof. Les cochons y vivaient en petits enclos cimentés et les porcelets étaient castrés sans anesthésie. On m’a dit que les porcs castrés ont un meilleur goût. Malheureusement, je ne le saurai jamais car j’aime bien trop les cochons pour avoir envie de les manger. Il y avait aussi un cheval merveilleux nommé Fritz. Il avait des sabots infectés et était simplement soigné… avec de l’homéopathie. Malgré leur grande éthique, les anthroposophes aimait bénéficier des produits de la chasse, bien que répugnant à la pratique eux-même. Les veaux étaient séparés de leur mère immédiatement après leur naissance. Ils disaient que c’était plus facile de cette manière, qu’ils seraient moins conscients de la séparation. Quelle ramassis de conneries ! Les mères vaches me tenaient éveillée toute la nuit par leurs mugissements constants pour leurs bébés. Ceci s’est poursuivit durant plusieurs nuits. Leurs veaux étaient gardés pendant plusieurs semaines dans un petit enclos et les mâles étaient envoyés à l’abattoir quelques semaines plus tard. Ils prenaient plus de 50% du miel des abeilles et le remplaçaient par du sucre. Je n’ai pas vu de différence extraordinaire entre cette ferme biodynamique anthroposophique et une simple ferme biologique ordinaire. Uniquement le fait qu’ils utilisaient des méthodes bizarres de fertilisation et de compostage. »

En lisant ce témoignage, peut-être comprendrez-vous qu’une doctrine qui considère l’individu animal comme l’émanation d’une « âme-groupe », n’ayant aucune destinée personnelle véritable, ne sera guère propice à favoriser le respect des animaux. Car pour respecter un animal, comme pour respecter un être humain, il faut avoir gardée intacte une certaine capacité d’empathie et de compassion envers l’Autre, et non avoir plongé corps et âmes dans une doctrine et des modes de vie  qui vous rendent apathique à la souffrance, ce qui est précisement l’effet produit par l’Anthroposophie.

De plus, l’Anthroposophie est un mouvement sectaire qui, s’il parvenait à ses fins et à mettre en place la forme de société dont il rêve, ferait courir un grave danger à la civilisation toute entière, à commencer par la liberté de conscience des individus et leur faculté de penser. Or, si l’écologie doit devenir une réalité de l’organisation de la vie sociale, elle ne pourra le faire que mise en œuvre par des personnes dont la conscience aura su rester libre, dont l’intelligence sera bien éveillée et non endormie ou détruite par les anthroposophes, afin de pouvoir faire face avec pragmatisme et lucidité à la particularité et à la difficulté des problèmes de santé et d’environnement que le monde va devoir affronter demain. Mais en s’associant avec les anthroposophes et en se faisant sponsoriser par une firme anthroposophique comme Weleda, les Colibris et leurs dirigeants réalisent selon moi ce qui apparaîtra sans doute plus tard comme une corruption profonde du germe de la conscience écologique elle-même.

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A propos gperra

Professeur de Philosophie
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Un commentaire pour Les Colibris et les Anthroposophes

  1. Julie dit :

    Ah ben ça y est, c’est clairement affiché partout…
    …sur la page facebook de Weleda : https://www.facebook.com/weleda.france/
    …sur la page « partenaires » des colibris : https://www.lechantdescolibris.fr/partenaires
    Y’a Enercoop, bien sûr, dont je viens de m’apercevoir que le représentant EELV PACA était le dirigeant… http://www.enercoop.fr/content/rejoignez-le-chant-des-colibris-avec-enercoop
    Avec derrière, aussi, la nef, finansol, financoop…
    Même le collectif Roosevelt s’y met : https://collectif-roosevelt.fr/revue-de-presse/veille-collaborative-flux/resonner-le-chant-des-colibris-vous-aussi-comme-enercoop-signez-et-partagez-lappel-du-monde-de-demain-avec-mouvement-colibris-emmaus-france-fondation-nicolas-hulot-weleda-auguri-produ/
    c’est désespérant…

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