La Prêtresse de l’Animosité

Dans un blog personnel, une prêtresse de la Communauté des Chrétiens en France nommée Françoise Bihin se livre à une tentative d’argumentation laborieuse pour tenter de défendre son institution de l’accusation de sectarisme. Nous ne commenterons pas les arguments développés, laissant au lecteur qui le souhaiterait le soin d’aller juger par lui-même de la pertinence de cette défense.

À la fin de son billet, la prêtresse en question en vient à commenter mon blog, après en avoir passé en revue deux autres blogs critiques où la Communauté des Chrétiens n’est pas spécialement épargnée. Tout d’abord, nous tenons à rappeler que cette initiative de contestation d’accusation de sectarisme est entièrement légitime et que nous ne souhaitons pas remettre en question un droit à la libre expression que nous avons nous-mêmes à coeur d’exercer. Françoise Bihin a parfaitement le droit de chercher à laver l’institution qu’elle sert et qui la salarie de l’accusation de sectarisme, ainsi que de défendre l’Anthroposophie et la personne de Rudolf Steiner avec la fougue dont elle fait preuve dans son billet.

 

Des attaques personnelles pour masquer un vide argumentatif

Ce qui nous étonne davantage, c’est le ton avec lequel cette personne déploie son argumentaire à notre sujet, ton dans lequel il est possible de déceler non seulement de l’animosité à l’égard de nos positions, mais également de la haine à l’encontre de notre personne.

En effet, Francoise Bihin brosse à travers le passage de son article où elle parle de moi  le portrait peu flatteur d’un individu qui se livrerait volontairement et sans aucun scrupules au mensonge, à la manipulation, à la diabolisation, faisant s’abattre « une avalanche » d’insinuation perfides sur la Communauté des Chrétiens et l’Anthroposophie, etc :

 

« Un troisième site est celui de Grégoire Perra. Celui-ci mène depuis plusieurs années une campagne acharnée pour tenter de discréditer Rudolf Steiner et l’anthroposophie en se présentant comme le « repenti » classique d’une « secte ». Il est bien possible qu’il ait fait des expériences particulièrement négatives dans le mouvement anthroposophique. Car, pas plus que n’importe quel milieu humain, celui-ci n’est épargné par les risques de repli sur soi, de tendances dogmatiques et de tentatives de prises de pouvoir de la part de personnalités manipulatrices. Cela dit, ses textes sont irrecevables. La première chose qui saute aux yeux, c’est qu’il utilise lui-même – abondamment – la manipulation qu’il prétend dénoncer : généralisations à partir de faits isolés, insinuations sur des faits invérifiables, citations retirées de leur contexte, diabolisation, mensonges, etc. (…) La Communauté des chrétiens n’échappe pas à l’avalanche d’insinuations pernicieuses de la part de.G. Perra. Il serait fastidieux et sans doute inutile, tant pour le lecteur que pour moi, d’examiner chaque exagération, comme de vouloir corriger chaque mensonge. »

 

Que Françoise Bihin n’ait pas apprécié nos critiques, nous pouvons le comprendre. Qu’elle en conteste la validité également. Mais qu’au lieu de se livrer à un contre-argumentaire étayé – comme elle aurait pu le faire en se donnant un peu plus de mal – elle préfère s’en prendre à la personne qui a formulées les critiques qui la dérangent, cela nous semble plus contestable. Car les attaques contre les personnes en lieu et place de leurs arguments nous semblent non seulement stériles, mais de surcroît dangereuses. D’autre part, si elle a le droit de dénier nos propos, elle n’a pas celui de nous traiter de menteur ! Ce procédé s’apparente en effet  à de la haine diffamatoire.

Lorsque Françoise Bihin écrit : « Il serait fastidieux et sans doute inutile, tant pour le lecteur que pour moi, d’examiner chaque exagération, comme de vouloir corriger chaque mensonge », nous pouvons nous demander si le terme « impossible » n’a pas  été remplacé par celui de « fastidieux ». Pourquoi ne réponds-t-elle pas point par point à mes critiques, comme  le font les debunkers ? Parce qu’elle ne le peut pas, parce que c’est impossible. Pourquoi donc serait-il inutile de corriger chacun de mes « mensonges » ? Depuis quand le mépris est-il une réponse probante à des arguments précis, à l’évocation de faits vécus significatifs, à des citations référencées, comme je le fais systématiquement dans tous mes articles ? Tout simplement parce que Françoise Bihin et les anthroposophes sont incapables d’une autre réponse que celle du mépris ! Depuis quand traiter quelqu’un de menteur est-il suffisant pour dénoncer un mensonge ? Cette attitude relève-t-elle simplement d’une paresse intellectuelle, d’une alarmante paralysie de la pensée, ou comme je le crois est-elle surtout consubstantielle à une Anthroposophie qui n’a pas les moyens de revenir sincèrement sur elle-même sans risque de subir une rupture de système ?

De plus, Françoise Bihin n’est pas sans savoir le poids que des paroles émanant de la bouche d’une prêtresse de la Communauté des Chrétiens peut avoir sur ses fidèles. Elle sait également qu’il se trouve parmis ses ouailles de nombreuses personnes aux psychismes fragiles, que l’on peut même qualifier parfois de gravement perturbés. Elle devrait donc à mon sens mieux mesurer le risque qu’elle prends en procédant comme elle le fait, c’est-à-dire en laissant suinter de ses propos une agressivité palpable à mon encontre, jouant avec un feu haineux dont elle aurait bien du mal à éteindre l’incendie si d’aventure il devait avoir des conséquences tragiques.

 

Pourquoi tant de haine ?

Pour ma part, je dois dire qu’une telle haine venant de la part d’une personne qui a fait voeux de servir les principes d’un religion d’amour m’a amené à m’interroger sur ses causes profondes. Qu’est-ce qui permet un tel lâcher-prise chez une personne comme Francoise Bihin et, au-delà de son cas particulier, chez les anthroposophes que j’ai connus, au point de commettre de tels propos publics ?

Bien sûr, il y a le fait que j’ai osé critiquer publiquement non seulement les écoles Steiner-Waldorf et le milieu anthroposophique, mais surtout la doctrine anthroposophique elle-même et la personnalité de Rudolf Steiner. Dans ce qu’écrit Françoise Bihin, on sent bien que ce sont ces deux derniers points qui lui soulèvent le coeur au point de provoquer sa rage :

« Ses textes sont truffés d’affirmations vagues, d’exagérations et d’accusations sordides, en particulier à propos de Rudolf Steiner. »

Toutefois, je crois que la haine qui nous interroge a egalement une autre cause que ce sacrilège. En effet, j’ai été frappé en lisant l’article de Françoise Bihin par le fait qu’à aucun moment cette dernière ne laisse transparaître le fait que nous avons eu tout les deux des relations qu’il faut bien qualifier de personnelles. Or, je crois que ce qui dérange profondément certains défenseurs actuels de l’Anthroposophie en France est précisément le fait qu’ils m’ont connu personnellement, ont entretenu avec moi des relations où leurs vies privées ont été engagées et dont elles resteront à jamais marquées, qu’ils le veuillent ou non. Cela semble en effet constituer pour eux un élément qui les perturbe au point de leur faire perdre leur contenance. C’est une forme de tache indélébile sur leur propre biographie, tache dont on a l’impression qu’ils voudraient à tout prix se laver, comme s’il s’agissait d’une souillure qui les horipile au plus haut point.

Ainsi, je suppose qu’il ne doit pas être évident pour Françoise Bihin de vivre avec le souvenir du fait que je fus l’un des deux servants de sa cérémonie d’ordination comme prêtresse de la Communauté des Chrétiens qui a eu lieu à la Chapelle de Chatou. Il doit être également difficile pour elle de se rappeler que c’est moi qui ais posée sur elle, lors de cette cérémonie, la chasuble qu’elle porte depuis chaque fois qu’elle officie. Je la revois d’ailleurs encore aujourd’hui, la veille de son ordination, dans la sacristie, nous faire part de ses angoisses et évoquer le fait qu’elle était indisposée, ce qui m’avait surpris, car nous ne nous connaissions pas à mes yeux suffisamment intimement pour qu’elle puisse évoquer sans fards et à brûle-pourpoint de tels événements de sa vie féminine.

De même, il ne doit pas être facile pour elle de se remémorer le fait qu’elle m’a reçu dans l’intimité de sa propre maison de Colmar, en compagnie d’Antoine Dodrimont, le Président de la Société Anthroposophique en France, nous faisant l’honneur de sa table et de ses chocolats, qu’elle veillait avec soins à nous fournir à profusion, craignant de déplaire aux hauts représentants de la Société Anthroposophique que  nous étions si les friandises venaient à manquer.

Ou encore, je sais qu’il doit être pénible pour elle de se rappeler l’incidence que j’ai pu avoir sur le parcours universitaire de son propre fils, l’orientant par mes conseils vers des études de Philosophie plutôt que vers la Science-Politique. Françoise Bihin s’en était d’ailleurs émue au point de venir me trouver en me faisant comprendre que je dévoyais ainsi sa progéniture, qui semblait grâce à ces études commencer d’acquérir une autonomie de pensée dont on aurait pu la croire incapable (ma compagne anthroposophe de l’époque qualifiait ce garçon de « fanatique » chaque fois qu’il venait nous rendre visite et ne le supportait plus). En y repensant, je crois qu’il s’en est effectivement fallu de peu que ce jeune homme ne devienne pas le bon petit soldat de l’Anthroposophie pour lequel il avait été programmé, si sa mère n’avait pas su corriger à temps cette déviation de trajectoire dont j’avais été responsable en lui conseillant la Philosophie.

Peut-être enfin Françoise Bihin n’a-t-elle pas non plus avalé les critiques négatives que j’avais fait au sujet de sa manière d’officier lorsque j’avais assisté à une messe de la Communauté des Chrétiens à Colmar ? En effet, en sortant de cet office, je n’avais pas pu m’empêcher de déclarer à mon ancienne compagne anthroposophe que jamais je n’avais vu une manière aussi insipide et mièvre de prononcer l’Acte de Consécration de l’Homme. Comme ma compagne s’empressait de répéter le moindre de mes propos privés aux dirigeants de l’Anthroposophie, il est probable que celui-ci sera parvenu également aux oreilles de Françoise Bihin.

Je pourrais ainsi multiplier les exemples de ces connexions personelles que Françoise Bihin se garde bien d’évoquer dans son article, les gommant volontairement, faisant comme si j’étais pour elle un simple détracteur inconnu alors que les routes des nos destinées personnelles se sont croisées à de nombreuses reprises de manière significative. Pour ma part, je crois que ce sont ces éléments qui – en plus de mes critiques de l’Anthroposophie, de Rudolf Steiner et de la Communauté des Chrétiens – expliquent une haine qui sied bien peu à la profession et aux principes que cette prêtresse a choisi d’épouser.

 

En conclusion

Que révèle en définitive l’article de Françoise Bihin ? Que signifie cette trahison de ses propres principes sacrés la faisant verser dans la haine envers une personne alors qu’elle a fait voeux de servir un dieu d’amour ?

Selon nous, Françoise Bihin n’en est pas arrivé là par hasard, ni par faiblesse de sa personnalité. Sa détestation de ma personne et son incapacité à argumenter correctement et dignement vient du fait que, comme nombre d’anthroposophes, Françoise Bihin n’a plus pour horizon ce dont parlait Rudolf Steiner, mais Rudolf Steiner lui-même. Le Prophète est préféré à Dieu. La doctrine prévaut sur la réalité que celle-ci visait. L’institution anthroposophique a pris le pas dans son esprit sur ce qu’était sensée servir cette institution. Et cette prévalence justifie pour elle de se laisser envahir par la haine envers les détracteurs.

Cela ne m’affecte pas particulièrement : si chaque fois qu’un déferlement d’animosité de cette nature venant de la part d’un représentant de l’Anthroposophie devait me faire chaud ou froid, il y a longtemps que j’aurais eu des problèmes vestimentaires. Ce qui m’inquiète davantage, c’est que Françoise Bihin est, à ma connaissance, la première personne qui se permets de le faire publiquement et par écrit, avec un ton aussi déplorable. À ce titre, il est à craindre qu’elle n’ouvre la voie par son exemple à de graves dérives dont les conséquences pourraient être fâcheuses et ne contribueraient en rien à la tenue d’un nécessaire débat public sur l’Anthroposophie, dont on pourrait souhaiter que la dignité l’accompagne.

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A propos gperra

Professeur de Philosophie
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