Les Louvoyeurs

Steiner et l’athéisme : un exemple d’hypocrisie de la Fédération des écoles Steiner-Waldorf en France

Si l’on en croit ce qu’il dit à propos de lui-même et de son parcours professionnel, Eric Raimond fait partie de ces professeurs des écoles Steiner-Waldorf qui ont perçus certains problèmes inhérents à ce mouvement qui se prétend pédagogique, mais qui ne sont jamais parvenus à en percer le caractére universellement sectaire. Chaque déconvenue est restée pour eux liées à des circonstances particulières, à telle ou telle école, à telle ou telle personne, etc. Mais il ne leur viendrait jamais à l’idée d’incriminer la pédagogie Steiner-Waldorf en elle-même. Ainsi, dans son mémoire de fin de formation à l’Institut Rudolf Steiner de Chatou (CONSIDERATIONS SUR LA PEDAGOGIE WALDORF, Méditations à partir de la lecture d’une partie de l’œuvre de Rudolf Steiner et d’expériences de professeur en France et au Grand-Duché du Luxembourg, Essai sur l’art d’enseigner, le caractère sacré de la pédagogie, sa dimension historique et les formes d’organisation sociale des écoles Steiner, Cézac – 23-25 décembre 2009, disponible librement sur internet), cet ancien professeur des écoles de Verrières le Buisson, de Chatou et du Luxembourg narre des évènements de son parcours qui peuvent en dire long sur certaines réalités que les écoles Steiner-Waldorf tentent ordinairement de garder cachées.

L’une d’entre elles m’a particulièrement intéressée, car elle met le doigt sur l’hypocrisie structurelle de la Fédération des écoles Steiner-Waldorf et sur la manière dont agissent ses dirigeants. En effet, Eric Raimond raconte comment il a vécu de l’intérieur les évènements de l’année 2006 au cours de laquelle la Fédération des écoles Steiner-Waldorf en France avait tenté d’obtenir une forme de reconnaissance universitaire par le biais d’une recherche-action conduite par le chercheur René Barbier, de Paris VIII. Mais pour qu’une telle entreprise réussisse, il fallait aux dirigeants de la Fédération accepter de renier (publiquement du moins) certaines composantes de leur pédagogie et de recuser des allégations problématiques de son fondateur, qui étaient tout simplement indéfendables. Parmi celles-ci, il y avait le rapport fort gênant des écoles Steiner-Waldorf à la spiritualité anthroposophique. Toute honte bue, les dirigeants de la Fédération acceptèrent donc de laisser qualifier leur mouvement par René Barbier de « spiritualité laïque », voire même de « spiritualité athée » :

« Je me souviens d’un débat assez vif à l’occasion d’un congrès de la Fédération à Strass en 2006, auquel j’avais pris part. Des résultats partiels de la recherche-action indiquaient que 60 ou 70 % des enseignants des écoles Steiner interrogés estimaient que l’on pouvait être professeur Waldorf et athée. Je fis partie de ceux qui, évidemment, considéraient que le fait d’être « professeur Waldorf », c’est-à-dire selon moi un idéal vers lequel on peut tendre, ne souffrait pas de se complaire dans l’athéisme. Nous fûmes courtoisement traités de «réactionnaires» par René Barbier qui évoqua une notion de spiritualité athée en référence à l’ouvrage d’André Comte-Sponville. Des responsables de la Fédération semblaient assez proches de cette position. Je sus plus tard que le «philosophe» en question était même complaisamment cité en référence au sein de la section pédagogique de la société anthroposophique. A l’époque, je me procurais l’ouvrage incriminé, L’esprit de l’athéisme : Introduction à une spiritualité sans Dieu, que je lisais. Je rédigeais alors un article au titre polémique « Les écoles Steiner-Waldorf en France : vers une « spiritualité athée » ?». L’Esprit du temps envisagea de le publier. A la demande de Jacques Dallé, je retirai cependant cet article. Cette controverse eut le mérite de montrer que le mouvement Waldorf français éprouvait un rapport complexé par rapport aux fondements spiritualistes, singulièrement ésotériques, de notre pédagogie. En outre, elle semblait indiquer que bien des notions précises n’avaient pas été pensées par bien des collègues ni même par l’équipe d’universitaires qui avait conduit cette recherche-action. Enfin, il semblait bien que l’ouvrage de Comte-Sponville, cité d’autorité en référence, n’avait été lu de pratiquement personne. » Page 51

Éric Raimond nous apprend ici comment agissent les dirigeants de la Fédération des écoles Steiner-Waldorf quand ils sont confrontés à ce type de problèmes où les fondements réels et nauséabonds de leur pédagogie remontent à la surface. En effet, leur réaction immédiate est de tout faire pour escamoter la vérité et d’empêcher le scandale d’éclater. Que fait Jacques Dallé en demandant à Eric Raimond de ne pas publier son article polémique dans l’Esprit du Temps, la revue de référence de la doctrine anthroposophique ? Il empêche tout simplement que les anthroposophes ne se confrontent consciemment à la réalité des idées de Rudolf Steiner et que des personnes extérieures n’en soit ainsi averties par le biais d’une revue publique. Car dans leur quête effrénée d’une reconnaissance universitaire, Jacques Dallé et la Fédération des écoles Steiner-Waldorf voulaient à tout prix éviter que ceux qui connaissaient bien la doctrine anthroposophique ne viennent faire échouer le savant stratagème patiemment mis au point par leurs soins, en profitant de la naïveté vertigineuse de René Barbier. En effet, contrairement à ce que conclue Eric Raimond dans le passage que nous venons de citer, ce n’est pas du tout par paresse intellectuelle que les membres de la Fédération comme Jacques Dallé, Céline Gaillard, Henri Dahan ou Franck Gardian ont dit amen au concept de « spiritualité laïque » ou « athée » que leur proposait René Barbier. Mais tout simplement parce qu’ils ont aussitôt compris que ce bel habillage bien moderne leur permettrait de dissimuler l’un des aspects les plus problématiques de leur soit-disant pédagogie, à savoir son lien à l’Anthroposophie. Sous le manteau d’une « spiritualité laïque », ou d’une « spiritualité athée », plus aucun risque que les écoles Steiner-Waldorf ne soient de nouveau accusées d’être l’émanation d’une dérive sectaire liée à l’ésotérisme fumeux de Rudolf Steiner ! Bien sûr, ils savaient pertinemment que cet habillage n’avait rien à voir avec ce qu’est réellement l’Anthroposophie et la pédagogie Steiner-Waldorf. Mais leur but n’était pas d’être cohérents, ni envers eux-mêmes, ni envers leurs croyances anthroposophiques. Leur but était de trouver coûte que coûte un moyen de continuer à masquer ce qu’est réellement cette pédagogie, de continuer à louvoyer pour la faire avancer, de biaiser pour la répandre, de bâtir encore et toujours sur du mensonge, d’obtenir la bénédiction  d’un René Barbier tout content qu’on ait l’air d’ecouter ses beaux discours, de berner de nouveaux parents qui allaient mettre leurs enfants dans ces écoles en étant séduits par un propos qui ne correspondait pas à ce qui est, comme c’est encore le cas aujourd’hui, etc.

Les dirigeants des écoles Steiner-Waldorf savent pertinemment que l’athéisme est inconcevable pour l’Anthroposophie, puisque Steiner qualifie cette opinion philosophique de maladie, allant même jusqu’à dire que tout athée a nécessairement un organe de son corps qui dysfonctionne. Mais plutôt que de se confronter à une affirmation répugnante de fanatisme, face à laquelle il devient nécessaire de dire que l’on est soit d’accord avec elle et qu’on épouse la pensée intolérante et sectaire de son auteur, soit qu’on est en désaccord avec elle et celui qui l’a proférée, Jacques Dallé fait tout éviter que n’advienne cette saine situation de décision consciente et de choix moral. En demandant à Eric Raimond de ne pas publier son article dans l’Esprit du Temps, il œuvre à nouveau, comme il le fait systématiquement, dans un pur esprit d’escamotage.

Un anthroposophe sincère – c’est-à-dire quelqu’un de cohérent avec ses croyances et sa foi inconditionnelle envers les moindres propos ineptes ou rétrogrades de Rudolf Steiner – ne peut que dire comme le fait Eric Raimond dans son mémoire :

« Cette définition de l’athéisme comme une maladie rejoint celle que donne Rudolf Steiner, dans sa conférence de Zurich du 16 octobre 1918 (Steiner, dans sa conférence de Zurich du 16 octobre 1918 (in Qui est le Christ ?) : « La science de l’esprit montre que dans chaque cas où l’homme nie l’existence de Dieu le Père, donc d’un élément divin en général dans le monde… il y a un réel défaut, authentiquement physique, une maladie physique, une lacune dans le corps humain. Être athée, cela signifie, pour le chercheur spirituel, être de quelque façon malade. » Cette maladie, qui s’est développée au sein de l’Humanité à partir du VIIe siècle surtout, crée un lien d’attraction développée au sein de l’Humanité à partir du VIIe siècle surtout, crée un lien d’attraction entre l’âme et le corps plus fort que la nature humaine ne le comporte. L’objectif de cette maladie, voulue par les forces luciféro-ahrimaniennes dont l’Académie de Gondishapour s’est fait l’exécutrice, était de faire participer l’âme au destin du corps. Une fois le seuil de la mort franchi, l’âme perds tout désir de vivre une vie spirituelle et de se réincarner. Or, l’impulsion née du Mystère du Golgotha agit en contrepoint en liant plus fortement l’âme à l’esprit. Ainsi, du point de vue de l’anthroposophie, la maladie de l’athéisme a été inoculée à l’ensemble de l’Humanité et agit donc en chacun de nous. Dans ce cadre, on peut subir plus ou moins fortement ses effets, choisir ou non de s’y abandonner. Selon Steiner, pour « trouver le Christ en soi », il faut d’ailleurs « ressentir la maladie dans notre impuissance », avant desurmonter la mort intérieure de l’âme en renouant avec l’Esprit. » Page 56

Traiter un athée de malade est bien évidemment la marque d’un effroyable esprit d’intolérance, d’un manque de respect total envers des convictions différentes des siennes, quelle que soit la finesse des considérations ésotériques ou historiques avec lesquelles on emballe l’affaire. Mais l’écrire publiquement comme comptait le faire Eric Raimond dans l’Esprit du Temps aurait fait éclater au grand jour la vraie nature de l’Anthroposophie de Rudolf Steiner et ruiné les plans de la Fédération, c’est pourquoi on peut comprendre que Jacques Dallé ait mis son incommensurable art de la séduction et de la persuasion en branles pour faire avorter ce projet, avec succès.

À ceci près que la vérité que l’on cherche à cacher et la réalité de nos actes finissent toujours par apparaître un jour ou l’autre, comme cette publication ouverte de Éric Raimond a permis de le faire dans ce cas particulier.

A propos gperra

Professeur de Philosophie
Cet article, publié dans Documents internes compromettants, est tagué , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s