Les publics des écoles Steiner-Waldorf

Intervention au Colloque de la Fécris à Riga, le 02 juin 2018

Par Grégoire Perra

Qu’est ce qui attire les parents d’enfants en difficulté ou les adeptes de sectes dans les écoles Steiner-Waldorf ?

En tant qu’ancien élève et ancien professeur Steiner-Waldorf, j’ai pu observer que de nombreux éléments contribuaient à attirer les parents d’enfants en difficulté vers ce genre d’écoles, ou plutôt de ces structures qui se présentent comme des écoles alors qu’elles n’en sont pas vraiment. Je vais tenter de décrire les stratégies des écoles Steiner-Waldorf pour capter ces différents publics, en les distinguant précisément les unes des autres.

Nous verrons ainsi que les écoles Steiner-Waldorf, en usant de discours ciblés, tentent d’attirer vers elles des publics spécifiques, totalement hétéroclites, dont le lien avec le système scolaire ordinaire est déjà fragilisé :

– Les élèves ayant des troubles psychiques et psychiatriques ;

– Les élèves ayant des troubles comportementaux ;

– Les élèves atteints des dyslexie, dyspraxie ou dysorthographie ;

– Les élèves refusant l’autorité du savoir ;

– Les élèves surdoués ;

– Les élèves handicapés mentaux ;

– Les élèves dont les parents sont eux-mêmes dans des dérives sectaires ou dans des cercles du New-Age.

Pour chacun de ces cas, nous examinerons comment les écoles Steiner-Waldorf s’y prennent pour attirer à elles ces publics spécifiques, nous comparerons la réalité de l’offre avec ce qu’elles prétendent leur apporter, pour enfin examiner les conséquences qui en résultent pour ces élèves.

L’attraction d’élèves présentant des difficultés d’intégration dans le secteur scolaire ordinaire en raison de leurs troubles psychiques et psychiatriques

On peut tout d’abord observer que les écoles Steiner-Waldorf attirent vers elles de nombreux enfants en difficulté dans le système scolaire traditionnel en raison de problèmes d’ordre psychiques ou psychiatriques. En effet, j’ai pu observer en tant que professeur Steiner-Waldorf comment venaient vers nous des élèves atteints de troubles parfois graves, comme des phobies scolaires, des névroses ou mêmes des psychoses. Cependant, les parents qui les amenaient n’avaient la plupart du temps pas bien conscience de la nature des maladies psychiques qui affectaient leurs enfants. Ils étaient dans le déni et pensaient que c’était le système scolaire traditionnel qui n’avait pas su comprendre leurs enfants, que les professeurs de l’Éducation Nationale n’avaient pas su prendre en compte leurs sensibilités particulières, etc.

Quand ces familles arrivaient dans l’école, les pédagogues Steiner-Waldorf s’empressaient alors de les conforter dans cette opinion erronée, leur expliquant que leur enfant était un être particulier qui n’avait nullement besoin de soins, mais plutôt d’une attention qu’eux seuls savaient prodiguer. Ils leur tenaient ensuite volontiers un discours anti-psychiatrique, anti-psychanalytique et anti-médicaments allopathiques, les orientant vers des médecins anthroposophes qui allaient pouvoir leur donner des médicaments homéopathiques adaptés, ou leur conseillant des psychologues de la mouvance New-Age, qui allaient plutôt travailler sur leurs énergies subtiles, leurs chakras et leurs corps suprasensibles pour les guérir. Il existe ainsi autour de chaque école Steiner-Waldorf une de réseau paramédical attitré.

Au cours de leurs scolarités, j’ai pu voir comment ces élèves étaient non seulement mal soignés, voire non-soignés, mais de surcroît confortés dans l’idée que leurs troubles psychiatriques n’étaient pas des maladies, mais plutôt des dons, des qualités exceptionnelles. Par exemple, j’ai pu voir comment certains élèves racontaient leurs hallucinations provoquées par leurs maladies comme s’il s’agissait de visions de choses réelles, avec l’approbation de leurs enseignants qui les encourageaient en ce sens:

– Une élève décrivait le fait qu’elle voyait parfois apparaître devant elle un homme tout bleu qui se mettait à lui parler avec une voix forte ;

– Un autre élève avait des visions dans lesquelles il se voyait crucifié ;

– Un autre élève encore avait vu des taches blanches virevolter en pleine nuit dans la forêt ;

– Un autre élève enfin disait sentir l’énergie des arbres qui soulevait son âme quand il était à proximité de l’un d’eux, etc.

Tous ces élèves se voyaient tenir un discours par les pédagogues Steiner-Waldorf selon lequel ils avaient en effet perçus des êtres du monde invisible et spirituel, comme des fées, des esprits des éléments, des revenants, des fantômes, des anges, leur double, des esprits lucifériens ou ahrimaniens, etc. Ces êtres son des réalités pour les anthroposophes et ils sont friants de rencontrer des personnes qui auraient les capacités médiumniques de les percevoir, quitte à ce que ce soient leurs élèves, quand ils sont pédagogues d’une institution Steiner-Waldorf. Roger Rawlings, un ancien élève d’une école Steiner-Waldorf qui tient aux États-Unis un site dénonçant ces structures, raconte même un cas ayant défrayé la presse locale il y a quelques décennies : un simple élève, que les professeurs Steiner-Waldorf de son école consideraient doué de facultés médiumniques, était quasiment devenu le directeur de son école. Il était consulté sur tout les sujets, de la couleur qu’il fallait choisir pour repeindre une classe à la décision d’embaucher tel ou tel postulant pour un poste d’enseignement. L’histoire s’était ebruitée et l’école avait bien failli fermer (Lire à ce sujet : I went to Waldorf, sur le site Waldorfwatch). Malheureusement, personne à l’époque n’avait été en mesure de comprendre que ce genre de dérapage était en fait logique dans une école Steiner-Waldorf, et non un simple accident affectant malencontreusement une structure particulière.

En attirant vers elles des élèves présentant des troubles psychologiques et psychiatriques, les écoles Steiner-Waldorf les confortent donc dans un déni de leurs maladies qui peut les conduire à ne pas se soigner, voire à les intégrer dans une sorte de délire collectif lié à la doctrine anthroposophique.

L’attraction d’élèves présentant des difficultés d’intégration dans le secteur scolaire ordinaire en raison de leurs problèmes d’adaptation sociale

Les écoles Steiner-Waldorf ont également su développé et répandre un discours bien ancré aujourd’hui dans la société, qui leur permet d’attirer vers elles des élèves n’ayant cette fois pas spécialement de problème psychiatriques, mais plutôt des problèmes comportementaux. En tant qu’ancien élève et professeur Steiner-Waldorf, j’ai pu ainsi voir arriver dans ces structures des élèves qui avaient des problèmes comportementaux comme :

– De l’indiscipline chronique ;

– De l’agressivité et la violence à l’égard de leurs camarades de classe, leur ayant valu parfois des exclusions des établissements ordinaires après passages en conseils de discipline.

Les parents qui amenaient ces enfants vers les écoles Steiner-Waldorf n’avaient pas conscience du caractère problématique de ces comportements. Pour eux, leurs enfants étaient des personnalités atypiques et incomprises, des victimes du système pour lesquels il fallait un environnement plus adapté, davantage bienveillants envers eux, etc. Ils se tournaient vers les écoles Steiner-Waldorf car ils pensaient que ces structures avaient la capacité d’accueillir des élèves en marge du système, ayant des problèmes d’intégration dans le système scolaire ordinaire en raison de l’étroitesse d’esprit de leurs enseignants, parce que le système ordinaire était selon eux un moule qui ne laissait pas de place pour la singularité, un carcan qui les brimait, une geôle faite pour les moutons dociles, etc. Ils minimisaient systématiquement la gravité des actes commis par leur progéniture, voire étaient dans le déni total.

En effet, les écoles Steiner-Waldorf offrent volontiers l’image de structures davantage bienveillantes, accueillantes, ouvertes et tolérantes que ne le sont les établissements traditionnels, avec leurs normes, leurs règles, leur supposé processus d’uniformisation des individus : « Accueillir chaque enfants comme une personne unique », « Respecter l’individualité, la singularité, la créativité, la personnalité de chaque élève, etc. », tels sont les slogans des écoles Steiner-Waldorf.

(Lire à ce sujet :

http://www.rtl.fr/girls/societe/maternelle-alternative-la-methode-steiner-libere-la-creativite-7792750628

https://www.lci.fr/societe/ecole-steiner-waldorf-cette-pedagogie-centree-sur-la-creativite-et-l-individualite-de-l-enfant-2081048.html)

Qu’en est-il en réalité ?

Effectivement, lorsqu’un enfant intègre une école Steiner-Waldorf, il ne lui sera pas fait de remarques sur sa tenue vestimentaire excentrique, sur les marques ou les signes avec lesquels il se démarque et qui lui vaudraient en milieu ordinaire des remontrances. Lorsqu’il ne travaille pas, lorsqu’il se montre irrespectueux envers ses professeurs, lorsqu’il commet des actes de violence envers ses camarades, parfois même des actes très graves, d’après mon expérience d’ancien professeur et d’ancien élève Steiner-Waldorf, je peux dire qu’il ne lui sera quasiment pas fait de reproches, qu’il ne passera jamais en conseil de discipline et ne risquera pas non plus l’exclusion. Il règne ainsi dans ces écoles un climat de laxisme et de permissivité qui donne rapidement à ces enfants – qui étaient en difficulté dans le système scolaire traditionnel – le sentiment de leur impunité et de leur toute-puissance (Lire à ce sujet mon article : Le laxisme Steiner-Waldorf). Ils peuvent ainsi s’amuser autant qu’ils le veulent à martîriser, à persécuter, à humilier les élèves qu’ils auront ciblés, parfois pendant des années. Une ancienne élève Steiner-Waldorf qui se remémorait les sévices infligés par les bandes lors des récréations me disait que son école lui faisait penser au livre « Sa majesté des mouches », de William Golding. Ces élèves persécuteurs vont naturellement développer un fort sentiment d’attachement à leur école, car il n’y a qu’en son sein qu’ils auront pu sentir qu’on acceptait que se déploient sans entraves leurs penchants pervers, qu’on les acceptait tels qu’ils étaient, sans jamais les brimer. J’ai vu beaucoup de ces petits tyrans agressifs et violents qui avaient harcelé des années durant certains de leurs camarades au point de les détruire psychologiquement ou de les faire partir revenir chaque année tels de doux agneaux aux kermesses de leurs écoles Steiner-Waldorf, s’attrouppant autour de leur ancien professeur de classe les yeux embués de larmes et de nostalgie.

Nombreux sont les parents d’élèves Steiner-Waldorf, dont les enfants ont été les victimes de telles teignes, ayant eu à se demander pourquoi le ou les persécuteurs de leur progéniture n’avaient jamais encouru la moindre sanction, ni n’auront été renvoyés, etc. Au contraire, ils assistaient médusés à la manière dont l’équipe enseignante semblait se satisfaire d’une totale passivité en guise de réponse à ces comportements, comment elle semblait accueillir toutes ces manifestations problématiques et répréhensibles comme s’il s’agissait de l’expression de la singularité des élèves, comment ils acceptaient l’inacceptable en le considérant comme une marque d’originalité envers laquelle il faudrait se montrer d’une bienveillance qu’un véritable professionnel de l’éducation qualifierait volontiers de démagogique s’il y assistait.

Depuis que je tiens un blog dénonçant ces écoles, j’ai ainsi pu recueillir de nombreux témoignages de parents ayant retiré leurs enfants de ces écoles parce qu’ils y avaient subies des maltraitances de la part d’autres élèves, maltraitances qui n’ont jamais été sanctionnées :

– Une petite fille d’un jardin d’enfants que l’un des garçons de sa classe obligeait à accepter, ainsi que ses camarades, des bisous sur son sexe, y introduisant parfois sa langue ;

– Une autre petite fille d’un jardin d’enfant frappée à coup de bâton par un petit garçon à toutes les récréations ;

– Des passages à tabac systématiques de certains élèves par des groupes d’enfants tortionnaires lors des récréations ;

– Un élève adolescent ayant subi durant des années des humiliations sexuelles de la part d’un groupe de sa classe, devant notamment simuler des fellations à ses camarades et être pris en photo faisant cela ;

– Un élève d’un jardin d’enfants défèquant dans les souliers des autres enfants pendant les siestes ;

– Des élèves à qui l’on avait exigé qu’ils s’introduisent eux-mêmes leurs doigts dans leurs anus, puis qu’ils les sucent ensuite devant tout le monde ;

– Un enfant que l’on avait obligé à manger des champignons empoisonnés pendant la récréation.

– etc.

Mais comment expliquer un tel comportement de la part des professeurs Steiner-Waldorf, qui laissent faire sans broncher de telles horreurs ? Est-ce de la bienveillance poussée à l’extrême, est-ce une capacité d’accueil de la singularité qui en aurait oublié tout critères moreaux ? Ou-n’est ce pas plutôt en réalité une forme d’indifférence motivée par le fait qu’un professeur Steiner-Waldorf n’est pas réellement soucieux, ni de la dimension de l’intégration sociale future des élèves dans la société en tant que citoyens, ni de l’épanouissement de leur réelles personnalités, ni même de la souffrance de leurs élèves lorsque ceux-ci se font martyriser ? En effet, le but de la pédagogie Steiner-Waldorf – ce qui préoccupe réellement les professeurs Steiner-Waldorf dont l’univers mental est façonné par la doctrine anthroposophique – ce n’est pas de développer les facultés des élèves ou de leur faire acquérir des connaissances, ni de veiller à leur bien-être ou leur sécurité, mais de « sauver des âmes », comme le dit lui-même Rudolf Steiner. De plus, leur conception ésotérique des liens humains leur interdit d’intervenir dans ce qui se jouerait selon eux de karmique entre les élèves au sein d’une classe. (Lire à ce sujet mes articles : La violence au sein des écoles Steiner-Waldorf).

Ainsi, nous voyons que la réputation de bienveillance qui caractérise les établissements Steiner-Waldorf s’apparente bien davantage à un laxisme aux conséquences dramatiques motivé par la déformation psychique qu’on pourrait appeler « anesthésie de l’empathie », opérée par la doctrine anthroposophique.

L’attraction d’élèves présentant des difficultés d’intégration dans le secteur scolaire ordinaire en raison de leurs problèmes d’acceptation de l’autorité du savoir

En tant qu’ancien élève et ancien professeur Steiner-Waldorf, j’ai pu voir comment les écoles Steiner-Waldorf attirent vers elles des élèves en difficulté dans le milieu scolaire ordinaire parce qu’ils y refusaient de se plier à l’autorité du savoir de leurs professeurs.

En effet, il existent un certain nombre d’élèves qui, pour des raisons diverses, sont en rupture avec le système scolaire parce que, à un moment particulier de leur scolarité, le fait d’être dans la position d’infériorité qui est inhérente à la transmission du savoir peut leur poser problème. Cette difficulté survient généralement à l’adolescence et constitue souvent une étape passagère pour la plupart des élève. Mais elle peut néanmoins se prolonger chez d’autres.

Ces élèves ayant un rapport problématique à la transmission du savoir, les pédagogues Steiner-Waldorf vont les accueillir en présentant à leurs parents une pédagogie soit-disant plus adaptée pour eux, laissant davantage place au débat, à la découverte par soi-même, au jeu, à l’expérimentation, etc.

En effet, lorsque les écoles Steiner-Waldorf réalisent des reportages sur leurs écoles, celles-ci montrent volontiers des images de classes où les élèves s’activent, interviennent, débattent, proposent des idées, font des remarques, lancent des réflexions personnelles, etc. Certains inspecteurs se sont même fait prendre par une telle propagande, lors de leurs visites, car ce qu’ils observaient dans les classes leur avait donné à penser que la pédagogie Steiner-Waldorf présentait ce caractère d’interactivité moderne où les élèves seraient actifs et non passifs dans le processus d’acquisition des savoirs, parlant de classe inversée, etc. Mais qu’en est-il en réalité ?

Concrètement, les pédagogues Steiner-Waldorf gèrent ce type d’élèves en s’extasiant sur tout ce qu’ils peuvent dire, en louant les poèmes boiteux qu’ils leur présentent, en encensant leurs manifestes creux et grandiloquents, en applaudissent la moindre remarque décalée ou incompréhensible, etc.

Mais de surcroît, leurs soit-disant méthodes non directives et non coercitives pour accéder au savoir, leur prétendue maïeutique pédagogique, sont en fait des moyens pour les pédagogues Steiner-Waldorf de glisser dans l’esprit de leurs élèves des idées anthroposophiques en leur donnant l’impression que ceux-ci les auraient découvertes par eux-mêmes. Dans un article de mon blog intitulé Une emprise et un endoctrinement presque indétectables, je décris en effet deux séquences d’enseignement qui ont lieu de manière systématique dans les écoles Steiner-Waldorf, au cours desquelles, dans ce qui ressemble en apparence à un débat spontané entre élèves où le professeur intervient peu, il est en réalité opéré un enseignement subtil de la doctrine des races et des âges de l’homme propre à l’Anthroposophie, ou encore de l’idée selon laquelle la Terre en tant que planète serait un gigantesque organisme vivant (hypothèse Gaïa). J’appelle ce processus la constitution de « fausses réminiscence », me référant à un travestissement du concept de réminiscence platonicienne, car les professeurs Steiner-Waldorf sont assez habiles pour guider subtilement les élèves afin de leur donner l’impression qu’ils auraient découvert par eux-mêmes certaines idées qui sont celles de leurs professeurs, alors qu’on les a en fait habilement menés vers certaines conclusions sans qu’ils ne s’en rendent compte.

Ainsi, ce n’est qu’en apparence que les écoles Steiner-Waldorf proposent une pédagogie adaptée aux élèves ayant des problèmes pour accepter l’autorité du savoir. Ces derniers seront d’une part confortés démagogiquement dans la sur-dimension de leurs egos, ce qui leur posera plus tard d’importants problèmes d’adaptation sociale d’une part. Et d’autre part, ces élèves récalcitrants se verront endoctrinés à l’Anthroposophie en ayant pourtant l’impression qu’ils auront découverts par eux-mêmes des idées pourtant bien spécifiques de cette doctrine.

 

L’attraction d’élèves présentant des difficultés d’intégration dans le secteur scolaire ordinaire en raison de leurs problèmes de dyslexie, dyspraxie et dysorthographie.

Les écoles Steiner-Waldorf parviennent en outre à attirer vers elles de nombreux élèves présentant des troubles de l’apprentissage en raison de problèmes de dyslexie, dyspraxie ou dysorthographie. Elles bénéficient pour cela d’un phénomène d’orientation vers elles émanant du milieu socio-thérapeutique ordinaire. Spontanément en effet, des praticiens comme des psychologues, des psychiatres, des pédiatres, des orthophonistes, orientent les enfants en difficulté qu’ils reçoivent vers les écoles Steiner-Waldorf.

Pourquoi font-ils cela ? Sont-ils anthroposophes ou sympathisants du milieu anthroposophique ? La plupart du temps non. Mais ces écoles ont su implanter chez ces professionnels de la santé une image de structure particulièrement adaptée aux enfants connaissant des difficultés en raison des troubles mentionnés. Ce discours favorable, ce maillage, les écoles Steiner-Waldorf l’ont patiemment construit, dès leur mise en place sur le territoire français. Il ne correspond en réalité à aucune compétence particulière dont pourrait faire preuve ces écoles dans le domaine de la psychologie ou la psychothérapie, ni de l’orthophonie, à aucune qualité thérapeutique véritable de leur part pour soigner la dyslexie, la dyspraxie et la dysorthographie, car elles ne possèdent aucun personnel réellement qualifié dans ce domaine. Tout ce qu’elles ont à proposer est leur « eurythmie thérapeutique », qui n’a jamais pu prouver son efficacité, et qui est bien souvent proposé aux familles par les professeurs Steiner-Waldorf de l’établissement sous forme de cours particuliers en dehors du cursus normal, cours rémunérés de la main à la main.

Mais ce discours positif au sujet des écoles Steiner-Waldorf est passé dans cette tranche de la société civile au point que des psycho-pédagogues professionnels réorientent en toute bonne foi des élèves ayant ce type de troubles vers ces structures qui non seulement ne sont pas du tout adaptées pour eux, mais de surcroît vont leur porter tort.

En effet, les anthroposophes ont depuis longtemps bien compris que les troubles de dyslexie, dyspraxie et dysorthographie constituait un important vivier d’élèves en rupture avec les système scolaire traditionnel, qu’il serait intéressant pour eux de capter. Pour cela, ils ont même constituée une littérature pédagogique spécifique, avec la collection Etheara, une filiale éditoriale des éditions anthroposophiques Triades masquant mieux son lien avec l’Anthroposophie, où l’on trouve de nombreux ouvrages traitant de ces troubles en les abordant avec des considérations du New-Age. On y qualifie les enfants dyslexiques « d’enfants indigos », on explique qu’ils connaissent ce genre de problèmes parce que leurs âmes seraient trop spirituelles pour s’incarner totalement dans leurs corps, contrairement aux êtres humains ordinaires, etc. Les parents de tels enfants seront ainsi flattés par l’idée que les problèmes de leur progéniture seraient en fait causés par des qualités exceptionnelles, faisant d’eux des êtres à part.

L’attraction d’élèves présentant des difficulté d’intégration dans le secteur scolaire ordinaire en raison de capacités intellectuelles supposées plus élevées (les surdoués)

Un discours récurant développé dernièrement par les écoles Steiner-Waldorf consiste à dire que leurs structures seraient mieux à même d’accueillir les enfants dis « surdoués ». Elles tentent ainsi d’attirer vers elles ces élèves connaissant des problèmes de scolarité dans le système scolaire traditionnel en raison du niveau élevé de leur coefficient intellectuel.

Dernièrement, l’école du Domaine du Possible, appartement à Jean-Paul Capitani et Françoise Nyssen, la Ministre de la Culture du gouvernement d’Édouard Philippe, à cherché à communiquer dans ce créneau. Madame Nyssen expliquait en effet volontiers à qui voulait l’entendre que son fils surdoué serait mort parce qu’il n’avait pas bénéficié d’une structure comme la sienne, dont le directeur est Henri Dahan, le Délégué Général de la Fédération des écoles Steiner-Waldorf. Selon elle, son suicide s’expliquerait en effet par le fait que le système scolaire ordinaire ne serait pas en mesure d’accueillir ni de s’adapter au phénomène dit de la douance, ni de comprendre ceux que l’on appelle les « zèbres », tandis que les écoles comme la sienne « s’inspirant notamment de la pédagogie Steiner-Waldorf », seraient mieux à même de le faire. Qu’en est-il en réalité ?

Tout d’abord, il faut savoir que les pédagogues des écoles Steiner-Waldorf sont absolument hostiles, pour des raisons doctrinales, à l’intelligence en tant que telle. Pour eux, cette faculté n’est pas une qualité, mais plutôt un signe de la présence chez les élèves qui en possèdent beaucoup d’entités maléfiques appelées « ahrimaniennes » (ou sataniques). Les pédagogues voient donc d’un très mauvais œil un élève doté d’un fort potentiel et feront tout, conformément à leurs conceptions, pour freiner son développement intellectuel, pour endormir le plus longtemps possible sa raison, pour affaiblir son intelligence en le plongeant dans l’imaginaire et l’irrationnel.

De plus, les professeurs Steiner-Waldorf auraient de toutes façons des problèmes pour enseigner de tels élèves, étant eux-mêmes souvent peu qualifiés et compétents sur le plan intellectuel. En effet, de leur propre aveu, les écoles Steiner-Waldorf recrutent davantage ses personnels sur le caractère édifiant de leurs parcours de vie personnel que sur leurs maîtrises de certains domaines du savoir. Ainsi, rien d’étonnant à ce que les élèves de certaines des ces écoles, comme celle de la Ministre de la Culture, soient quasiment tous inscrits au CNED lorsqu’ils sont dans les classes supérieures, d’après les informations que j’ai pu obtenir.

Enfin, il faut savoir que les professeurs Steiner-Waldorf sont eux-mêmes en totale contradiction avec l’une des caractéristiques principales des élèves surdoués, à savoir leur insatiable curiosité. En effet, les professeurs Steiner-Waldorf, qui sont la plupart du temps des anthroposophes, adhèrent à une doctrine qui sait tout sur tout, qui éteint en eux toute curiosité pour ce qui ne serait pas anthroposophique, puisque l’Anthroposophie est une doctrine qui enferme les esprits de ses adeptes. Des lors, la curiosité de ces élèves sera confrontée à celle de pédagogues qui n’en ont quasiment aucune, sauf pour ce qu’ont pu dire Steiner et ses disciples.

Ainsi, lorsqu’elles parviennent à capter ce type de public que sont les élèves à fort potentiel intellectuel, les écoles Steiner-Waldorf le font en trompant volontairement ces derniers et leurs parents, puisque non seulement elles n’ont pas les moyens de satisfaire leurs besoins intellectuels, mais de surcroît parce qu’elles éprouvent en réalité une profonde aversion à l’égard de leur intelligence, en particulier lorsque celle-ci est élevée chez les personnes qui en possèdent.

L’attraction d’élèves présentant des difficulté d’intégration dans le secteur scolaire ordinaire en raison de capacités intellectuelles diminuées (les handicapés mentaux)

Les écoles Steiner-Waldorf cherchent également à capter un type de public qui est pourtant l’extrême opposé de celui que nous venons de caractériser, à savoir les élèves présentant des déficiences mentales légères, voire parfois graves.

En effet, lorsque j’étais élève d’une école Steiner-Waldorf, j’ai eu dans ma propre classe des élèves qui avaient suivi le même parcours scolaire que moi jusqu’à la Sixième, alors qu’ils avaient des déficiences mentales manifestes qui ne leur permettaient depuis bien longtemps plus de suivre réellement le moindre contenu de cours. Il en était de même dans les autres classes. À ce sujet, les pédagogues Steiner-Waldorf expliquent que leur méthode pédagogique consiste précisément à ne pas exclure de tels enfants et à les intégrer dans un cursus normal aussi longtemps que possible.

Dans les faits, je me souviens que ces enfants étaient relégués dans un coin de la classe où ils assistaient aux cours sans les comprendre, dans un état de passivité et de désarroi qui rétrospectivement me fait mal au cœur en y repensant. En effet, ce n’est qu’au sens formel que ces élèves étaient intégrés car, quoique présents dans la classe, aucun dispositif pédagogique leur permettant de suivre quoi que ce soit n’avait été imaginé pour eux. Ils étaient là comme la cinquième roue du carrosse, parfaitement conscients d’être inutiles et dépassés, pièces rapportées d’un groupe qui ne comprenait pas le sens de leur présence en son sein. Durant les récréations, ils étaient les cibles privilégiées des enfants persécuteurs, d’autant plus atteignables qu’ils n’avaient ni les moyens de se protéger, ni d’aller se plaindre. J’ai vu certains subir des sévices qui auraient mérités des plaintes en justice.

Mais quelles sont les raisons qui poussent les écoles Steiner-Waldorf à vouloir capter de tels enfants dans ses effectifs, alors qu’ils n’ont en réalité rien à leur offrir et vont représenter une forme de poids mort pour les professeurs Steiner-Waldorf qui les auront en charge dans leurs classes ? (Sans parler du fait que cela constitue un apport financier sous la forme d’inscriptions supplémentaires)

Selon moi, la présence de tels enfants parmi les enfants aux capacités intellectuelles normales ou supérieures a pour fonction de tirer tout le monde vers le bas. En effet, j’ai pu voir comment l’état d’apathie qui caractérisait les élèves handicapés mentaux devenait à la longue une forme de norme, d’étalon inconscient auquel le groupe se referait sans s’en rendre compte, finissant par trouver acceptable l’état de non-pensée dans lequel les pédagogues Steiner-Waldorf veulent en définitive plonger l’ensemble de leurs élèves. En effet, il faut savoir que le but de l’Anthroposophie est de créer chez les adeptes de cette doctrine une forme d’anéantissement de la pensée qui rend, d’un certain point de vue, leur état comparable à l’état d’hébétude qui est celui des enfants handicapés mentaux. Le handicapé mental est d’une certaine façon l’image de l’homme accompli aux yeux ses anthroposophes, c’est-à-dire un être qui a éteind en lui toute velléité de réflexion et d’analyse pour se poser béatement devant les phénomènes du monde dans une attitude de vénération et de dévotion.

Ainsi, en attirant vers elles les élèves handicapés mentaux en difficulté dans le système scolaire traditionnel, les écoles Steiner-Waldorf se servent selon moi de leurs présences au sein des classes pour présenter aux élèves normaux une sorte de modèle idéal de ce qu’ils devraient devenir s’ils étaient totalement réceptif à ce que la pédagogie Steiner-Waldorf veut en définitive faire d’eux.

L’attraction d’élèves dont les parents sont eux-mêmes dans des sectes, dans des dérives sectaires ou bien qui adhérent à des idées ou des cercles du New-Age

Pour terminer cette étude, nous aborderons la manière dont les écoles Steiner-Waldorf savent attirer vers elles les enfants dont les parents sont eux-mêmes proches de mouvements sectaires constitués, ou bien adhérent à des idées et des comportements de ceux qui fréquentent les cercles du New-Age.

À première vue, il pourrait paraître étrange qu’une dérive sectaire comme l’Anthroposophie sache attirer vers elle, via ses écoles Steiner-Waldorf, des personnes appartement à d’autres mouvements sectaires ou religieux intégristes, tandis que l’on s’imaginerait volontiers qu’une sorte de concurrence entre les sectes et de conflit idéologique entre des doctrines différentes ne permettrait pas un tel rapprochement. Pourtant, en tant qu’ancien élève et ancien professeur Steiner-Waldorf, j’ai vu dans les écoles que j’ai fréquentées de nombreux élèves de cette sorte, dont les parents étaient par exemple des Sikhs intégristes, des membres de la Soka Gakkai, des adeptes d’un groupe comme le cercle Olov, etc.

Ce qui permet cela est tout simplement la porosité que tout ces mouvements ont entre eux, causée par le fait que – si les représentations inhérentes à leurs doctrines respectives sont différentes – ils partagent en définitive les mêmes modes de pensée, le même type de besoins affectifs et de positionnements dans le monde. Ainsi, les parents des divers groupes sectaires peuvent être parfois tout à fait au courant que l’Anthroposophie est derrière les écoles Steiner-Waldorf et qu’elle contient des thèses religieuses différentes des leurs. Mais ils choisiront néanmoins d’y mettre leurs enfants, parce qu’ils perçoivent à juste titre que l’ambiance et le mode de pensée qui se déploient dans ces écoles est celui qui correspond à leur propre atmosphère familiale. Même s’ils ne sont pas anthroposophes, ils se reconnaîtront dans l’atmosphère qui est celle des écoles Steiner-Waldorf.

Pour ce qui concerne les adeptes du New-Age, mais qui n’appartiennent pas nécessairement à un groupe sectaire constitué, ceux-ci seront attirés par les écoles Steiner-Waldorf en raison de certaines idées spiritualistes qui y sont diffusées, ou des valeurs comme la nourriture biologique, l’économie solidaire, etc., lesquelles s’associent généralement entre elles.

En conclusion

Nous avons donc vu comment les écoles Steiner-Waldorf savent cibler avec dextérité tout les publics en difficulté du système scolaire traditionnel pour les attirer vers elles, alors même qu’elles n’ont rien à offrir à de tels enfants présentant des difficultés spécifiques, difficultés pour lesquelles ils auraient plutôt besoin des services de spécialistes compétents que d’être mis entre les mains d’anthroposophes.

Quelle est le but de cette manœuvre ? Selon moi, la captation de ces publics particuliers a tout d’abord pour fonction de fournir un premier contingent d’élèves aux écoles Steiner-Waldorf, en captant facilement tout ceux qui sont déjà dans une relation difficile et parfois conflictuelle avec le système scolaire traditionnel, rejetés qu’ils sont vers ses marges ou exclus de celui-ci. C’est ainsi qu’on pu commencer à se développer ces écoles durant les cinquante dernières années de leurs existences en France, ajoutant à ce socle les enfants de parents anthroposophes, puis après mai 1968 les enfants de ceux qui étaient séduits par la perspective d’une éducation alternative. Les représentants de l’Éducation Nationale et de l’État ont en quelque sorte fermé les yeux sur cette réalité, soulagés d’être débarrassés d’élèves qui leur posaient problème, quitte à ce que ces « déchets du système » soient pris en charge par ce qu’on se doutait plus ou moins être l’émanation d’une dérive sectaire. On espérait seulement que le phénomène resterait suffisamment marginal et contenu pour ne pas trop attirer l’attention sur lui.

Mais avec le temps, les écoles Steiner-Waldorf se sont fortifiées, construisant patiemment autour d’elles la solide réputation d’être des alternatives pédagogiques crédibles pour les laissés pour compte de l’Éducation Nationale, voire pour tout les élèves. L’atmosphère de fête permanente, d’école buissonnière, de communauté chaleureuse et bienveillante a permis que se construisent à leur sujet une réputation favorable. D’autant plus que les drames survenant nécessairement en raison de la démagogie et du laxisme avec lesquels on traitait les cas difficiles étaient savamment contenus au sein de ces écoles par des anthroposophes sachant dresser des murs de silence autour de leurs institutions.

Fortes de cette réputation usurpée, les écoles Steiner-Waldorf ont décidés depuis quelques années de se poser non plus seulement en alternative pour les enfants à problèmes, mais de surcroît comme des concurrentes du système scolaire traditionnel, comme en témoigne par exemple une initiative comme le Printemps de l’Éducation et le Festival pour l’École de la Vie. L’Éducation Nationale a en quelque sorte laissé grossir durant des décennies sur ses marges un monstre contre lequel elle ne peut plus grand chose aujourd’hui et qui pourrait bien la dévorer un jour.

Grégoire Perra

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