La fête de la Saint Michel dans les écoles Steiner-Waldorf : une cérémonie anti-Lumières !

Avec la Spirale de l’Avent, la fête de la Saint Michel est l’une des cérémonies majeures qui rythment la vie scolaire d’une école Steiner-Waldorf. Toute l’école est mobilisée pour cet événement survenant généralement autour du 29 septembre, les cours étant annulés au moins toute une matinée ou toute une après midi pour l’occasion. Cette célébration est préparée de la manière suivante :

Durant les semaines précédentes, la dernière classe de l’école (la « douzième » ou « 1ère du Lycée ») a confectionné un grand dragon, semblable à ces dragons chinois dans lesquels se glissent plusieurs personnes pour en animer le corps. Les élèves de la 1ère classe (CP) ont de leur côté préparée et répétée une petite pièce de théâtre rejouant l’histoire de Saint Georges secourant une princesse, qui devait être sacrifiée à un immonde dragon. Cette histoire est inspirée de la Légende dorée de Jacques de Voragyne, un vieux texte du Moyen-Âge. Le Saint ne parvient cependant à vaincre la Bête qu’en invocant l’aide de l’Archange Michaël, qui « met sa force dans son bras », comme il est écrit dans le script de cette scénnette qui est jouée à l’identique dans toutes les écoles Steiner-Waldorf depuis plus de 100 ans.

Le dragon une fois vaincu est tenu en laisse par l’élève qui joue la princesse et promené dans toute l’école. Puis le costume du dragon est brûlé cérémoniellement devant la communauté scolaire assemblée. Au moment du combat de Saint Georges contre le Dragon, toute l’école, professeurs compris, entonne une hymne à l’Archange qui commence par les strophes suivantes :

« Héros insurmontable et fort, Ô Michaël,

Soutiens et guide nos efforts,

Fais nous combattre, l’ennemi battre,

Ô Michaël.

Tu as tué le vil Dragon, Ô Michaël,

Tu l’as foulé sous ton talon,

Fais nous combattre, l’ennemi battre,

Ô Michaël.

Tu portes l’étendard des cieux, Ô Michaël,

Soutiens l’armée des anges pieux,

Fais nous combattre, l’ennemi battre,

Ô Michaël. »

Que signifie cette fête dans des écoles qui se prétendent pourtant non confessionnelles ? Quand il s’agit de l’expliquer aux parents, les pédagogues Steiner-Waldorf disent qu’il ne s’agit pas vraiment d’une fête chrétienne, mais plutôt d’une célébration des valeurs du courage et de l’initiative, en rapport avec l’entrée dans la saison automnale. En réalité, il faut savoir que l’Anthroposophie de Rudolf Steiner accorde une énorme importance à la figure de l’Archange Michaël, qui fait partie des croyances des disciples de Steiner. Cette doctrine ésotérique considère en effet qu’avant de s’incarner sur la Terre, tout anthroposophe a été, dans le monde spirituel, scolarisé dans une sorte d’école suprasensible où Michaël en personne aurait été son instructeur, lorsqu’il était à l’état d’âme sans corps, entre deux réincarnations. La doctrine anthroposophique professée par Steiner ne serait pour eux qu’une réminiscence de cet enseignement prénatal de l’Archange (Lire a ce sujet Rudolf Steiner, Le Karma, Éd. EAR). Quant au Dragon, il serait la figure symbolique de la puissance du Mal qu’ils nomment Ahriman, c’est-à-dire la puissance responsable de l’expansion du matérialisme, de l’athéisme et du rationalisme sur la Terre (Lire à ce sujet Rudolf Steiner, La Chute des esprits des ténèbres, Éd. Triades). Cet être maléfique est censé s’incarner tel l’Antéchrist avant la fin du 3ème millénaire (Lire à ce sujet : Rudolf Steiner, Lucifer et Ahriman, Éd. EAR). La victoire de Saint Georges sur le Dragon représente donc pour les anthroposophes celle de l’humanité future triomphant de l’Antéchrist, du matérialisme, du rationnalisme et de l’athéisme, avec l’aide des forces spirituelles émanant de l’entité cosmique dispensatrice de la sagesse anthroposophique.

On peut donc parler d’une cérémonie initiatique anti-Lumières qui a lieu chaque année dans les écoles Steiner-Waldorf et à laquelle les professeurs font participer les enfants. La princesse sauvée par le héros représente l’âme humaine moderne, en grand danger d’être dévorée par les forces des ténèbres précédemment citées, mais que l’entité suprasensible de Michaël parviendra à délivrer si on l’invoque, comme Rudolf Steiner l’explique clairement dans la treizième conférence du cycle intitulé Les rapports entre les générations (Éd. EAR). D’une manière insidieuse, cette fête de la Saint Michel dans les écoles Steiner-Waldorf célèbre donc le triomphe espéré d’une nouvelle civilisation contre celle dans laquelle nous vivons aujourd’hui, issue de la Révolution scientifique, des Lumières et de la Révolution industrielle. Cette fête de la Saint Michel glorifie ainsi l’avènement d’une civilisation du New-Age, qui sera essentiellement communautaire, religieuse et spiritualiste. Une civilisation qui sera en outre dirigée par l’Anthroposophie.

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Professeur de Philosophie
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