Le Stockmeyer : incompatibilité de la pedagogie Steiner-Waldorf et des exigences du Baccalauréat

Poursuivons notre lecture du Stockmeyer, le document de base très discret de la pédagogie Steiner-Waldorf. Rudolf Steiner s’y exprime au sujet du baccalauréat et déclare sans détours que sa pédagogie n’est pas compatible avec les exigences du baccalauréat. Il envisage plusieurs solutions face à ce problème : créer une université Steiner-Waldorf avec son propre cursus, compatible avec l’école Steiner, ou que ce soient les professeurs Steiner-Waldorf qui élaborent et fassent eux même passer les épreuves du Baccalauréat, etc.

« Au terme de la première année de travail de l’école Waldorf, au moment de l’ouverture d’une première 9e , première classe du second cycle, Steiner, que cette question souciait fort, parle du danger de dépendance vis-à-vis de l’État qui menaçait l’école, dans la mesure où elle envisageait de préparer certains élèves au baccalauréat : «La fondation d’une 9e classe n’a de sens véritable que si nous avons en vue la fondation d’une université totalement libre. Cela n’a de sens que si nous prévoyons en même temps une université libre, et la réussite de cet examen nous est alors indifférente. Nous aurons alors à prendre seulement en considération la question de l’habilitation à ouvrir une université. C’est une question d’une importance telle que nous la remettons à plus tard. D’ici-là les circonstances pour que l’on puisse refuser l’autorisation à une telle université auront changé.»

« Au printemps 1923, Steiner dit à propos du baccalauréat : «Pour un enseignement et une éducation conformes à la nature, il ne peut naturellement y avoir qu’une question : l’homme obtient-il dans la vie le contact social que la nature humaine elle-même exige? Car, finalement, ce sont aussi des hommes qui exigent le baccalauréat, même si l’exigence, dans le style où elle apparaît aujourd’hui, est une erreur. Mais on est justement contraint alors de ne pas faire ce qui est juste lorsque l’on veut, dans le sens des exigences sociales actuelles, introduire la pédagogie Waldorf. C’est pourquoi naturellement quelqu’un qui inspecte les classes supérieures devra se dire : «Oui, mais tout n’est pas vraiment comme l’exige la pédagogie Waldorf idéale!» Je peux vous le garantir : si l’on réalisait ce qu’on peut lire aujourd’hui dans la nature humaine, notamment quand on doit trouver les transitions vers les branches pratiques de la vie, tous les élèves échoueraient au baccalauréat actuel. Telles sont les brutales oppositions entre les choses aujourd’hui !» Quelques jours plus tard, au cours de la réunion avec les professeurs de Stuttgart, la question fut encore reprise sous tous ses aspects, à propos du premier baccalauréat qui allait être présenté par les élèves de l’école. «Ce qui est grave, c’est que si nous parvenions à faire valider nos bulletins de fin d’année, nos élèves, avec ce qui correspond à notre plan scolaire, pourraient fort bien poursuivre des études spécialisées. La plupart des connaissances demandées pour le baccalauréat ne sont pas nécessaires pour des études supérieures actuelles. On pourrait faire des études supérieures avec la chimie du Docteur Kolisko. On serait d’abord choqué par les formules, mais on pourrait les rattraper sans problème. Il est beaucoup plus important de comprendre la structure interne des substances et des liaisons. Voilà ce que je voulais dire… [après le règlement d’une question intermédiaire:] Il ne sera pas possible avant longtemps d’atteindre les buts qui nous mettraient au niveau d’accès à l’enseignement supérieur. Cela aurait été envisageable grâce au «Conseil pour la culture» qui est retombé en sommeil au bout de quelques semaines. Ce qui serait souhaitable pourrait être réalisé si l’on introduisait un système qui a eu cours en Autriche dans de nombreux collèges et lycées privés : de nombreux lycées dirigés par des ordres religieux avaient le droit de délivrer des bulletins de notes pour le baccalauréat. De même, certains collèges pouvaient faire valoir des bulletins de notes qui étaient reconnus. Je ne crois pas qu’il y ait des dispositions semblables en Allemagne. Ce qui devrait nous être accordé, c’est qu’un inspecteur d’État vienne chez nous, mais que nos professeurs puissent faire passer eux-mêmes les examens. L’inspecteur aurait un rôle tout à fait mineur pour les notes, si le baccalauréat se passait ici avec les professeurs de l’école Waldorf.» pages 37 et 38

Le raisonnement de Steiner est assez simple : la pédagogie Steiner-Waldorf est conforme à la nature humaine, les exigences du baccalauréat ne le sont pas. Les deux choses sont donc incompatibles, à moins de faire des compromis inacceptables mais temporaires, ou bien de changer la nature du baccalauréat et des études supérieures.

NB : Les commentaires que nous faisons ici n’engagent que notre propre opinion, nourri de notre propre vécu et de nos réflexions sur les écoles Steiner-Waldorf : ils ne prétendent pas enoncer des vérités absolus.

La publication de larges extraits du Stockmeyer est rendu nécessaire par le fait que ce texte pourtant fondamental de la pédagogie Steiner-Waldorf est très peu connu alors que ce devrait être un droit des parents qui souhaitent mettre ou qui ont mis leurs enfants dans une école Steiner-Waldorf d’y avoir accès pour que leur choix puisse être éclairé. Il est également nécessaire d’en publier de longs passages en raison de fait que les représentants des écoles Steiner-Waldorf accusent facilement et à tort, y compris par le biais de procédures judiciaires ou lors de celles-ci, de decontextualiser ou de déformer les citations que nous faisons des écrits de Rudolf Steiner : de larges extraits montreront clairement toute la pensée de Steiner et tout le contexte dans laquelle certaines de ses affirmations plus que problématiques se déploient.

Nos écrits ne visent nullement à porter tort à qui que ce soit, ni aux personnes qui appartiennent au mouvement anthroposophique, ni aux professeurs qui enseignent dans les écoles Steiner-Waldorf, ni aux enfants et aux parents d’élèves de celles-ci. Ils visent faire toute la lumière sur des pratiques pédagogiques dont les fondements sont méconnus car cachés au grand public et dont les effets nous semblent relever de la dérive sectaire.

Les écoles Steiner-Waldorf et leurs représentants disposent de larges moyens de communication pour vanter les mérites de leurs pratiques ou pour contester leurs détracteurs, voire même pour les calomnier et les diffamer quand elles sont à cours d’arguments, comme c’est le cas actuellement pour moi, et comme ce fut le cas pour d’autres personnes dans le monde. Ce phénomène n’est pas nouveau et ne fait que révéler la nature de ceux qui ont recours à ces méthodes honteuses. Dans l’intérêt du public, nous entendons néanmoins faire-valoir notre droit à émettre notre opinion et à la liberté d’expression.

A propos gperra

Professeur de Philosophie
Cet article a été publié dans Extraits édifiants du Stockmeyer, Non classé. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s