Le Stockmeyer : une Physique-Chimie sans « lois » ni « forces » de la Nature

Poursuivons notre lecture du Stockmeyer, le livre de base très secret de la pédagogie Steiner-Waldorf. A la page 216, dans le cadre des indications générales concernant l’enseignement de la Physique et de la Chimie dans les écoles Steiner-Waldorf, Rudolf Steiner explique à ses disciples pédagogues qu’il ni lois ni forces dans la Nature, mais seulement des phénomènes et des phénomènes primordiales :

« Pour aborder la manière générale de considérer les faits de la physique et de la chimie, voici la réponse de Steiner au tout début de l’école Waldorf, le 25 septembre 1919 à un professeur qui a parlé de la difficulté à enseigner le théorème de la conservation de l’énergie : «Pourquoi y a-t-il là des difficultés? On devrait s’efforcer de ramener graduellement ces choses à ce que Gœthe appelle le phénomène originel, c’est-à-dire ne traiter que des phénomènes. On ne devrait pas traiter le théorème de la conservation de l’énergie comme on l’a fait jusqu’alors. Il s’agit d’un postulat, non d’un théorème. Et deuxièmement, il y a ici quelque chose de tout à fait différent: on peut traiter du spectre, c’est un phénomène, mais le théorème de la conservation de l’énergie est traité en tant que principe philosophique. [C’est à dire devrait être traitéainsi.] Il faut traiter de manière différente l’équivalence entre le travail et la chaleur. C’est le phénomène. Pourquoi donc ne pas rester strictement dans le cadre de la phénoménologie? On élabore aujourd’hui des lois qui sont en réalité des phénomènes. C’est une absurdité de nommer cela “loi”, comme par exemple la loi de la chute des corps. Il s’agit de phénomènes, et non de lois. Et l’on trouvera que l’on peut laisser toute la physique exempte de ces prétendues lois, les transformer en phénomènes et les regrouper en phénomènes secondaires et phénomènes originels. Quand on commence, dans la théorie de la chute des corps, à décrire les prétendues lois de la machine d’Atwood, on a des phénomènes et non des lois.» On demande comment il faut procéder. «Dessinez simplement ce qui se passe, si vous n’avez pas de machine d’Atwood. Au cours de la première seconde, le corps tombe de telle façon, au cours de la seconde comme ceci, au cours de la troisième comme cela. Vous obtenez simplement les séries de nombres et vous en tirez ce qu’on appelle une loi, mais qui n’est qu’un phénomène.» Après une question sur la pesanteur: «Ce serait merveilleux que vous arriviez à vous déshabituer complètement de parler de la pesanteur. On peut y parvenir si on ne parle que de phénomènes. Ce serait le mieux, car la pesanteur n’est qu’un slogan.» On demande si cela vaut aussi pour la force électrique: «Vous pouvez aujourd’hui tout dire de l’électricité sans parler de forces. Vous pouvez rester strictement dans le domaine des phénomènes. Vous pouvez descendre jusqu’à la théorie des ions et des électrons sans parler d’autre chose que de phénomènes. Faire ainsi serait d’une importance pédagogique capitale.» Le professeur se demande comment se tirer d’affaire sans le concept de force, à cause du système des unités en physique: «Qu’est-ce que les forces ont à faire avec cela? Lorsque vous avez des calculs où l’on peut faire des conversions, vous pouvez avoir ce système.» [Sans doute la force en tant qu’unité]. Lorsque le professeur propose de mettre un autre mot à la place de «force», Steiner dit: «Dès que l’élève a compris clairement que la «force» n’est rien d’autre que le produit de la masse par l’accélération, dès qu’il n’y allie plus aucun concept métaphysique et la traite toujours de manière phénoménologique, on peut parler de force.» Tout ceci ne peut être pleinement compris que si l’on est à même de le relier au contenu des œuvres de Steiner citées ci-dessous: Une théorie de la connaissance chez Gœthe et Introductions aux écrits scientifiques de Gœthe, en particulier le troisième volume. Ces deux ouvrages sont à étudier à fond, de même que les suivants : Vérité et science et Philosophie de la liberté. Ces œuvres doivent être considérées comme ce qu’il y a de plus important à étudier pour le professeur de physique et de chimie dans le cadre de sa préparation, et ce d’autant plus que tout ce que nous pouvons lire sur ces matières est aussi éloigné que possible de la manière de voir développée par Steiner et utilisée dans son art de l’enseignement. Il est donc absolument indispensable que le professeur métamorphose ses connaissances dans ces matières avant de les enseigner. Les œuvres de Steiner mentionnées plus haut fournissent pour cela une aide fondamentale. » pages 216, 217 et 218

Le concept de « phénomène primodiale » vient du livre de Steiner : Une théorie de la connaissance chez Goethe. Il s’agit de la conception selon laquelle des archétypes venant du monde spirituel s’incarnent sur Terre en s’adaptant aux conditions des milieux ambiants. Il y aurait par exemple une « plante primordiale », archétype de toutes les plantes, qui se serait diversifiée en fonction des différents terrains.

Rudolf Steiner souhaite ici élargir cette conception en l’étendant aux domaines de la Physique et de la Chimie. Les professeurs Steiner-Waldorf ne doivent donc pas, pour cette raison, parler à leurs élèves de « lois » ni de « forces  » de la Nature, mais seulement de « phénomènes ».

Pour l’anthroposophie, il n’y a en effet ni lois ni forces universelles : les lois qui règnent sur la Terre ne sont plus les mêmes dans le cosmos.

Quelles sont les conséquences de cette manière d’enseigner ?

1) Le refus de penser des lois et des forces ferme l’accès des élèves Steiner-Waldorf à la science moderne, qui précisément définit des lois et des forces universelles.

2) Le fait de procéder à partir de cette idée de « phénomène » ou de « phénomène primordial » engluent les élèves dans l’observation d’une part, les conduit à une conception métaphysique du monde d’autre part.

Faire un cours de Physique en refusant de parler de la loi de la pesanteur… quelle prouesse !

NB : Les commentaires que nous faisons ici n’engagent que notre propre opinion, nourri de notre propre vécu et de nos réflexions sur les écoles Steiner-Waldorf : ils ne prétendent pas enoncer des vérités absolus.

La publication de larges extraits du Stockmeyer est rendu nécessaire par le fait que ce texte pourtant fondamental de la pédagogie Steiner-Waldorf est très peu connu alors que ce devrait être un droit des parents qui souhaitent mettre ou qui ont mis leurs enfants dans une école Steiner-Waldorf d’y avoir accès pour que leur choix puisse être éclairé. Il est également nécessaire d’en publier de longs passages en raison de fait que les représentants des écoles Steiner-Waldorf accusent facilement et à tort, y compris par le biais de procédures judiciaires ou lors de celles-ci, de decontextualiser ou de déformer les citations que nous faisons des écrits de Rudolf Steiner : de larges extraits montreront clairement toute la pensée de Steiner et tout le contexte dans laquelle certaines de ses affirmations plus que problématiques se déploient.

Nos écrits ne visent nullement à porter tort à qui que ce soit, ni aux personnes qui appartiennent au mouvement anthroposophique, ni aux professeurs qui enseignent dans les écoles Steiner-Waldorf, ni aux enfants et aux parents d’élèves de celles-ci. Ils visent faire toute la lumière sur des pratiques pédagogiques dont les fondements sont méconnus car cachés au grand public et dont les effets nous semblent relever de la dérive sectaire.

Les écoles Steiner-Waldorf et leurs représentants disposent de larges moyens de communication pour vanter les mérites de leurs pratiques ou pour contester leurs détracteurs, voire même pour les calomnier et les diffamer quand elles sont à cours d’arguments, comme c’est le cas actuellement pour moi, et comme ce fut le cas pour d’autres personnes dans le monde. Ce phénomène n’est pas nouveau et ne fait que révéler la nature de ceux qui ont recours à ces méthodes honteuses. Dans l’intérêt du public, nous entendons néanmoins faire-valoir notre droit à émettre notre opinion et à la liberté d’expression.

A propos gperra

Professeur de Philosophie
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