Le Stockmeyer : faire de la Physique avec son squelette

Poursuivons notre lecture du Stockmeyer, le livre de base très secret de la pédagogie Steiner-Waldorf. A la page 221, dans le cadre des indications générales concernant l’enseignement de la Physique et de la Chimie dans les écoles Steiner-Waldorf, Rudolf Steiner explique à ses disciples pédagogues que les enfants ne doivent pas faire de Physique avant l’âge de 12 ans en raison du fait qu’ils ne ressentent pas leur propre squelette :

« Le cycle d’Oxford en 1922 (sixième conférence) contient des considérations très riches d’enseignement sur l’expérience de ce qui est mécanique et dynamique pendant l’enfance : «Entre onze et douze ans, une importante transformation s’accomplit chez l’homme. Le système rythmique, le système respiratoire et circulatoire domine entre le changement de dentition et la puberté. Lorsque l’enfant approche des dix ans, ce qui règne dans le système respiratoire et circulatoire: la mesure, le rythme se développent en gagnant le système musculaire. Les muscles sont nourris par le sang, qui les pénètre de ses vibrations en fonction de ce qu’est l’enfant intérieurement. Si bien qu’entre neuf et onze ans l’être humain développe son système musculaire conformément à ses tendances rythmiques intérieures. Quand arrivent les onze-douze ans, ce qui habite le système rythmique et le système circulatoire rayonne vers le système osseux, vers le squelette tout entier. Jusqu’à onze ans, le squelette est entièrement inséré dans le système musculaire et s’y conforme. Entre onze et douze ans, il s’adapte au monde extérieur; la mécanique et la dynamique, qui sont indépendantes de l’homme, pénètrent dans le squelette. Il faut nous habituer à traiter le squelette comme une réalité objective qui ne ferait pas partie de l’homme. Si vous observez des enfants de moins de onze ans, vous verrez que tous leurs mouvements viennent encore de l’être intérieur. Après douze ans, vous observerez qu’ils posent leurs pieds en essayant toujours de trouver leur équilibre : ils ressentent intérieurement l’équilibre obtenu par les systèmes de leviers, ils éprouvent la nature mécanique du squelette. Cela signifie qu’entre onze et douze ans, l’être spirituel et psychique, qui est auparavant beaucoup plus intériorisé, gagne le système osseux. Par la suite, l’être humain acquiert seulement une adaptation parfaite au monde extérieur par le fait qu’il saisit ce qu’il ressent le moins humainement : le système osseux. C’est alors seulement que l’être humain devient vraiment un enfant du monde. Il lui faut compter maintenant avec la mécanique, avec la dynamique du monde. C’est maintenant seulement qu’intérieurement il éprouve ce qu’on appelle dans la vie un rapport de causalité. En réalité, avant onze ans, l’être humain ne comprend absolument pas ce que c’est que la cause et l’effet. Il entend ces mots, et nous croyons qu’il les comprend. Mais ce n’est pas le cas, parce que c’est à partir de ses muscles qu’il maîtrise son système osseux. Plus tard, après douze ans, le squelette qui s’installe dans le monde extérieur domine le système musculaire et, à partir de là, l’esprit et l’âme. La conséquence en est que l’être humain dispose maintenant intérieurement d’une compréhension vécue de la cause et de l’effet, de la force, de ce que nous ressentons comme la verticale, l’horizottale, etc. Voyez-vous, c’est la raison pour laquelle, si nous enseignons à l’enfant la minéralogie, la physique, la chimie, la mécanique, sous une forme trop intellectuelle avant onze ans, nous entravons son développement, car il ne peut pas encore vivre intérieurement dans tout son être ce qui est mécanique ou dynamique. Il ne peut pas davantage vivre intérieurement ce que sont les liens de cause à effet en histoire.» Après quelques phrases sur l’histoire: «Quand nous lui enseignons le principe du levier, le principe de la machine à vapeur avant qu’il ait onze ans, il ne ressent rienintérieurement, parce que les dynamismes et les mécanismes sont encore étrangers à son corps. Si nous commençons au bon moment, vers onze-douze ans, à lui enseigner la physique, la mécanique, la dynamique, nous présentons à son activité pensante quelque chose qui pénètre dans sa tête pendant que de l’intérieur de son être monte ce qu’il vit dans son système osseux. Et ce que nous lui disons s’unit à ce qui veut émaner de son corps. La faculté de compréhension naissante n’est pas abstraite, ni intellectuelle, c’est une compréhension vivante de l’âme. Voilà ce que nous devons chercher à obtenir.

Des paroles tirées cycle de Torquay en 1924 (septième conférence) peuvent clore ces citations concernant la physique et la chimie prises comme un tout. Elles font suite à des considérations sur la minéralogie : «Pour les phénomènes physiques, il est aussi très important de partir de la vie elle-même. Ne pas commencer sans plus à enseigner la physique telle qu’on la trouve aujourd’hui exposée dans les manuels, mais prendre par exemple comme point de départ une allumette que l’on enflamme, et montrer aux enfants comment l’allumette commence à brûler. Il faut rendre l’enfant attentif à tous les détails, à l’aspect de la flamme, sur les bords d’une part, au centre d’autre part; leur montrer que lorsque l’on éteint la flamme il reste une tache noire, comme une tête d’épingle de couleur noire; et alors seulement commencer à expliquer comment l’allumette a pris feu. La combustion a été provoquée parce que l’on a produit de la chaleur, etc. Toujours rattacher les choses à la vie! Autre exemple: le levier. Ne pas partir tout de suite du levier en disant qu’il est formé d’une barre posée sur un point d’appui et qu’une force s’exerce sur chacun de ses bras –comme cela est fréquemment exposé dans les manuels de physique. Il faut partir de la balance, évoquer devant les enfants une boutique quelconque dans laquelle on pèse à l’aide d’une balance. Ensuite (mais pas avant), passer à la notion d’équilibre, et aussi de poids, de pesanteur. Donc, développer tout ce qui est physique en partant de la vie. Et en chimie, il faut procéder de la même façon.Voilà l’essentiel: prendre le point de départ dans la vie quand on expose les différents phénomènes physiques et chimiques. Si l’on procède autrement, si on part de l’abstraction, on observe chez l’enfant quelque chose de très curieux: l’enfant se fatigue facilement pendant la classe. Mais il ne se fatigue pas quand on part de la vie.» Il est question ensuite de la fatigue qui saisit les élèves pendant le cours et dans les récréations, puis de la signification de l’imagination créatrice dans l’enseignement des dernières années d’école primaire: «Dans les classes primaires, il faut arriver à ne faire travailler que le système rythmique. Quand nous lui enseignons le principe du levier, le principe de la machine à vapeur, avant qu’il ait onze ans, l’enfant ne ressent rien intérieurement, parce que les dynamismes et les mécanismes sont encore étrangers à son corps. Si nous commençons au bon moment, vers onze-douze ans, à lui enseigner la physique, la mécanique, la dynamique, nous présentons à son activité pensante quelque chose qui pénètre dans sa tête pendant que de l’intérieur de son être monte ce qu’il vit dans son système osseux. Et ce que nous lui disons s’unit à ce qui veut émaner de son corps. La faculté de compréhension naissante n’est pas abstraite, ni intellectuelle, c’est une compréhension vivante de l’âme. Voilà ce que nous devons chercher à obtenir. Et pour cela, pour ce système rythmique qui ne se lasse pas, qui n’est jamais fatigué, on n’a pas besoin de connaissances intellectuelles, mais d’images, de tout ce qui peut naître de l’imagination du maître. Il faut que l’imagination règne en maîtresse à l’école. Même dans les dernières classes primaires (de onze ans 2/3 à quatorze ans), là encore, l’imagination doit être à l’œuvre pour donner vie au monde inanimé; trouvez toujours le lien avec la vie. Cela requiert précisément de l’imagination, c’est elle qui est nécessaire. » pages 221, 222, 223 et 224

Plusieurs affirmations de Rudolf Steiner sont extrêmement problématiques dans ce passage.

Tout d’abord, cette idée selon laquelle un enfant de moins de 12 ans ne pourrait pas faire de relation de cause à effet. C’est faux. A moins d’avoir passé sa scolarité dans une école Steiner-Waldorf et de n’avoir pas du tout été à habitué à raisonner.

Ensuite cette idée qu’avant 12 ans l’enfant ne ressentirait pas son propre squelette. Ce n’est pourtant pas un mollusque ! Et si Steiner parle ici d’un type de ressenti plus subtil, ceci est complément invérifiable et contredit l’expérience commune.

De plus, il y a cette idée selon laquelle le squelette serait un élément étranger à l’être humain : Steiner se fonde ici sur sa cosmologie ésotérique qui affirme que l’élément minéral du corps humain proviendrait des entités maléfiques ahrimaniennes.

En outre, la fatigue est pour Steiner une mauvaise chose, surtout la fatigue intellectuelle. C’est une des raisons pour lesquelles les enfants travaillent si peu dans les écoles Steiner-Waldorf.

Enfin, il y a ce présupposé idéologique de taille selon lequel l’abstraction et l’intellect seraient des choses mauvaises pour l’enfant avant un certain âge. On pourrait rétorquer à Steiner que l’imagination, le sentiment et l’appel constant à l’expérience concrète dans tout les cours, qui sont les principes sacrés de sa pédagogie, sont extrêmement nocifs pour les enfants, car cela favorise leur crédulité et les déconnecte de la réalité.

Si les professeurs Steiner-Waldorf ont l’impression que ces principes sont justifiés, c’est parce qu’ils créent eux-mêmes la réalité qui les justifie : en maintenant les enfants jusqu’à l’âge de 12 ans dans un état rêveur, sentimental, loin de toute réflexion causale, ils en font en effet des êtres qui ne supportent pas l’abstraction et l’intellect. Et si les enfants des écoles Steiner-Waldorf peuvent être effectivement comme « étrangers à leurs propres corps » avant 12 ans, c’est parce que l’activité physique et sportive qu’on y pratique est quasiment inexistante.

NB : Les commentaires que nous faisons ici n’engagent que notre propre opinion, nourri de notre propre vécu et de nos réflexions sur les écoles Steiner-Waldorf : ils ne prétendent pas enoncer des vérités absolus.

La publication de larges extraits du Stockmeyer est rendu nécessaire par le fait que ce texte pourtant fondamental de la pédagogie Steiner-Waldorf est très peu connu alors que ce devrait être un droit des parents qui souhaitent mettre ou qui ont mis leurs enfants dans une école Steiner-Waldorf d’y avoir accès pour que leur choix puisse être éclairé. Il est également nécessaire d’en publier de longs passages en raison de fait que les représentants des écoles Steiner-Waldorf accusent facilement et à tort, y compris par le biais de procédures judiciaires ou lors de celles-ci, de decontextualiser ou de déformer les citations que nous faisons des écrits de Rudolf Steiner : de larges extraits montreront clairement toute la pensée de Steiner et tout le contexte dans laquelle certaines de ses affirmations plus que problématiques se déploient.

Nos écrits ne visent nullement à porter tort à qui que ce soit, ni aux personnes qui appartiennent au mouvement anthroposophique, ni aux professeurs qui enseignent dans les écoles Steiner-Waldorf, ni aux enfants et aux parents d’élèves de celles-ci. Ils visent faire toute la lumière sur des pratiques pédagogiques dont les fondements sont méconnus car cachés au grand public et dont les effets nous semblent relever de la dérive sectaire.

Les écoles Steiner-Waldorf et leurs représentants disposent de larges moyens de communication pour vanter les mérites de leurs pratiques ou pour contester leurs détracteurs, voire même pour les calomnier et les diffamer quand elles sont à cours d’arguments, comme c’est le cas actuellement pour moi, et comme ce fut le cas pour d’autres personnes dans le monde. Ce phénomène n’est pas nouveau et ne fait que révéler la nature de ceux qui ont recours à ces méthodes honteuses. Dans l’intérêt du public, nous entendons néanmoins faire-valoir notre droit à émettre notre opinion et à la liberté d’expression.

A propos gperra

Professeur de Philosophie
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