Le Stockmeyer : les écoles Steiner-Waldorf et la technologie moderne

Poursuivons notre lecture du Stockmeyer, le livre de base très secret de la pédagogie Steiner-Waldorf. A la page 215, dans le cadre des indications générales concernant l’enseignement de la Physique et de la Chimie dans les écoles Steiner-Waldorf, Rudolf Steiner explique à ses disciples pédagogues à quoi doit servir l’enseignement de la Physique et de la Chimie dans cette pédagogie. Il s’agit pour lui d’affronter le nouvel environnement auquel la technique a donné naissance :

« La technique issue de la physique et de la chimie a édifié un nouveau monde. On peut le considérer comme appartenant à la nature dans la mesure où n’y règnent pas d’autres lois que celles que l’on peut trouver dans le monde inanimé autour de nous. mais il a été ajouté par l’homme comme un cinquième règne aux quatre règnes anciens, le règne minéral, le règne végétal, le règne animal et le règne humain. Il détermine aujourd’hui de la manière la plus forte la vie de l’homme et continue de la transformer. Steiner s’exprime dans la douzième conférence de Méthode et pratique sur ce que cela signifie pour l’homme; les phrases suivantes sont extraites de considérations très pressantes sur l’évolution récente de la vie sociale et les exigences qui en découlent pour l’enseignement. On lira cela dans le texte. «Pensez combien de gens aujourd’hui voient filer sous leurs yeux la machine à vapeur sous la forme d’une locomotive, sans avoir la moindre idée des forces physiques et mécaniques qui la propulsent. Réfléchissez donc au rapport dans lequel nous nous trouvonsavec ce qui nous entoure, et même avec ce que nous utilisons, du fait de cette ignorance. Nous vivons dans un monde qui est produit par l’homme, qui est modelé par des pensées humaines, que nous utilisons, et auquel nous ne comprenons rien. Ce fait de ne rien comprendre à ce qui est formé par l’homme, à ce qui est au fond le fruit des pensées humaines, a une grande importance pour l’ensemble des états d’âme et d’esprit des hommes. Il faut qu’en réalité les humains s’aveuglent pour ne pas voir les effets de cette situation… Et l’on est déjà content de voir des gens qui ignorent tout du fonctionnement du tramway électrique y monter et en descendre avec un sentiment de malaise. Qu’ils ressentent ce malaise, est déjà en effet le début d’une amélioration dans ce domaine. La pire des choses, c’est de participer à un monde créé par l’homme sans se soucier de ce qu’il est. Nous ne pouvons agir contre un tel état de choses qu’en commençant dès la dernière étape de l’enseignement primaire, en ne laissant pas l’enfant de quinze-seize ans quitter l’école sans avoir au moins quelques notions élémentaires des activités essentielles de la vie, de telle sorte qu’il soit porté du désir, de la curiosité de connaître à toute occasion ce qui se passe autour de lui, et que par cette curiosité et cet appétit de savoir, il développe ses connaissances.» pages 215 et 216

Quand on lit rapidement ce genre de passage, on peut trouver positive et intéressante cette idée de donner aux élèves les moyens de comprendre l’environnement technologique moderne. Mais il faut sonder plus avant les sous-entendus de cette position et la mettre en relation avec le reste de l’enseignement prodigué dans ces écoles.

En effet, cet enseignement de la Physique et de la Chimie permettant de comprendre le monde moderne intervient dans les grandes classes, soit l’équivalent du lycée. Auparavant, dans les « petites classes », dans les activités manuelles et artistiques tout comme lors de certaines « périodes », la pédagogie Steiner-Waldorf a beaucoup insisté pour que les enfants découvrent et expérimentent les activités artisanales et les métiers tels qu’ils se pratiquaient au Moyen-âge, c’est-à-dire avant les grandes inventions qui ont donné naissance à la technologie moderne. Ces anciennes activités ont été à leurs yeux très valorisées, leur donnant le sentiment d’un monde bienheureux où le contact permanent avec la Nature par le biais d’activités ancestrales procurait un sens à la vie.

Il s’agit à présent pour les adolescents d’affronter le monde de la technique moderne issu de la science matérialiste comme une sorte d’ennemi. Il faut le comprendre, comme on comprend un adversaire pour mieux en triompher.

L’ambiguïté de cette position de Rudolf Steiner a l’égard de la technique moderne est sensible dans cet extrait du Stockmeyer à travers une simple petite phrase, qui peut passer inaperçue, mais dont les anthroposophes comprennent bien le sens : « Et l’on est déjà content de voir des gens qui ignorent tout du fonctionnement du tramway électrique y monter et en descendre avec un sentiment de malaise. Qu’ils ressentent ce malaise, est déjà en effet le début d’une amélioration dans ce domaine. »

On peut se réjouir quand les gens qui utilisent les technologies modernes ressentent une forme de malaise. Face à la modernité, il faudrait ressentir un malaise. Pourquoi ?

Parce selon la doctrine ésotérique de la l’Anthroposophie ce monde de la technologie moderne dans lequel nous vivons serait issue des puissances maléfiques ahrimaniennes. Il existe une conférence de Steiner où celui-ci cite avec enthousiasme un extrait du jeune écrivain Albert Steffen, qui deviendra plus tard le Secrétaire général de la Société Anthroposophique Universelle. Dans cet extrait, le jeune Steffen arrivant a la ville se retrouve comme écœuré, effrayé et paralysé par le monde moderne qui l’entoure, au point de se plaquer contre un mur sans bouger face à ce spectacle épouvantable. Et Steiner clame son admiration pour les sentiments qui animent Steffen en disant que tout le monde devrait ressentir cela.

C’est ce genre de sentiment face au monde moderne et face à la technologie issue des sciences de notre temps qui anime, conformément notamment à cette indication de Rudolf Steiner, les professeurs des écoles Steiner-Waldorf. Et c’est ce type de sentiment qu’ils veulent communiquer à leurs élèves quand ils font avec eux des sciences.

NB : Les commentaires que nous faisons ici n’engagent que notre propre opinion, nourri de notre propre vécu et de nos réflexions sur les écoles Steiner-Waldorf : ils ne prétendent pas enoncer des vérités absolus.

La publication de larges extraits du Stockmeyer est rendu nécessaire par le fait que ce texte pourtant fondamental de la pédagogie Steiner-Waldorf est très peu connu alors que ce devrait être un droit des parents qui souhaitent mettre ou qui ont mis leurs enfants dans une école Steiner-Waldorf d’y avoir accès pour que leur choix puisse être éclairé. Il est également nécessaire d’en publier de longs passages en raison de fait que les représentants des écoles Steiner-Waldorf accusent facilement et à tort, y compris par le biais de procédures judiciaires ou lors de celles-ci, de decontextualiser ou de déformer les citations que nous faisons des écrits de Rudolf Steiner : de larges extraits montreront clairement toute la pensée de Steiner et tout le contexte dans laquelle certaines de ses affirmations plus que problématiques se déploient.

Nos écrits ne visent nullement à porter tort à qui que ce soit, ni aux personnes qui appartiennent au mouvement anthroposophique, ni aux professeurs qui enseignent dans les écoles Steiner-Waldorf, ni aux enfants et aux parents d’élèves de celles-ci. Ils visent faire toute la lumière sur des pratiques pédagogiques dont les fondements sont méconnus car cachés au grand public et dont les effets nous semblent relever de la dérive sectaire.

Les écoles Steiner-Waldorf et leurs représentants disposent de larges moyens de communication pour vanter les mérites de leurs pratiques ou pour contester leurs détracteurs, voire même pour les calomnier et les diffamer quand elles sont à cours d’arguments, comme c’est le cas actuellement pour moi, et comme ce fut le cas pour d’autres personnes dans le monde. Ce phénomène n’est pas nouveau et ne fait que révéler la nature de ceux qui ont recours à ces méthodes honteuses. Dans l’intérêt du public, nous entendons néanmoins faire-valoir notre droit à émettre notre opinion et à la liberté d’expression.

A propos gperra

Professeur de Philosophie
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