Le Stockmeyer : avoir cours après le sport peut rendre les enfants malades

Poursuivons notre lecture du Stockmeyer, le livre de base très secret de la pédagogie Steiner-Waldorf. À la page 307, dans le cadre des indications générales concernant la pratique de la Gymnastique dans les écoles Steiner-Waldorf, Rudolf Steiner explique à ses disciples pédagogues pourquoi il ne faut pas mettre de cours après des activités physiques dans l’emploi du temps :

« La sixième conférence du même cycle renferme un passage sur l’éducation physique, qui fait suite à un long exposé sur les processus inconscients se déroulant entre l’enfant et l’éducateur, et en particulier sur la sagesse suprasensible chez l’enfant et la compréhension terrestre de l’éducateur: «Lorsque, pour des formalités pédagogiques précises, nous avons besoin que l’enfant reste tranquille, assis dans la classe, –nous en reparlerons, ainsi que des bancs disposés selon les lois de l’hygiène– nous traitons toujours l’enfant de façon qu’il se tienne tranquille, que donc l’activité ne s’exerce pas dans l’organisme métabolique et moteur, mais qu’obligatoirement tout ce qui agit soit tiré de la tête. C’est là un déséquilibre que nous imposons l’enfant. Nous le réparons alors en veillant ensuite, cette fois avec raison, à décharger la tête de son activité et à mettre en marche l’organisme métabolique et moteur, en faisant faire à l’enfant de la gymnastique. Si l’on a conscience de la polarité des processus qui se déroulent dans l’organisme céphalique et dans l’organisme métabolique et moteur, on saisira parfaitement combien il est important de bien alterner de cette façon-là aussi. Mais lorsqu’ensuite nous avons laissé les enfants sauter, faire de la gymnastique, faire tous les exercices possibles, et que nous les ramenons dans la classe et reprenons les cours que se passe-t-il donc alors? Voyez-vous, pendant que l’être humain a son organisme métabolique et moteur en activité, les pensées qu’on fait entrer artificiellement dans la tête entre la naissance et.la mort sont dehors, à l’extérieur de la tête. L’enfant saute, bouge, met en mouvement son organisme métabolique et moteur. Quant aux pensées implantées pendant la vie physique sur terre, elles se retirent. C’est maintenant ce qui, autrement, figure dans les rêves, –cette sagesse suprasensible– qui, de manière inconsciente, se manifeste dans 30 la tête. Lorsque nous ramenons l’enfant dans la classe après la gymnastique, nous mettons donc à la place de ce qu’il a eu auparavant, pendant les exercices de gymnastique, quelque chose qui, dans le subconscient, est pour lui de valeur inférieure. Car pendant les exercices de gymnastique ce qui éduque l’enfant, ce n’est pas seulement le monde sensible, c’est aussi le suprasensible qui, pendant ces exercices, a là une occasion toute particulière de se manifester. C’est pourquoi au cours suivant, l’enfant est intérieurement mal disposé. Peut-être n’extériorise-t-il pas trop cette répugnance, mais intérieurement il est mal disposé Et en greffant le cours ordinaire sur les exercices de gymnastique, nous lui faisons du mal, nous créons en lui des tendances à la maladie. Mais si alors, à l’âge mûr, notre organisation n’était pas déjà sclérosée au point que ce que nous faisons entrer là dans la tête comme sagesse extérieure acquise de façon naturaliste et intellectualiste, si cela ne réfléchissait pas tout, comme il convient, sous la forme de souvenirs, cela se déverserait plus tard dans le reste de l’organisme. Et, si.paradoxal que cela puisse paraître, quand ce qui, d’aprés l’organisation normale de l’homme, doit rester dans l’organisme céphalique descend dans l’organisme métabolique et moteur, cela rend malade, c’est comme un poison. La sagesse de l’intellect est en fait une sorte de poison, dès qu’elle n’est plus à sa place, dès que, du moins, elle pénètre dans l’organisme métabolique. Nous ne pouvons vivre avec la sagesse de l’intellect que grâce au fait que ce poison –je dis cela dans un sens technique, sans aucun jugement moral–, grâce au fait que ce poison ne descend pas dans notre organisme métabolique et moteur. Là, il a des effets terriblement destructeurs. Mais chez l’enfant cette sclérose n’existe pas. Quand nous arrivons là, avec cette sagesse mûre que nous avons aujourd’hui, ce poison s’infiltre dans son organisme métabolique et moteur et, de fait, l’empoisonne. Vous voyez, il est nécessaire d’apprendre de la pratique directe de la vie ce qu’on peut demander à cette tête d’enfant pour ne pas lui faire ingurgiter trop de choses qui ensuite ne sont plus retenues et descendent alors dans l’organisme métabolique et moteur. … et quand on veut rendre un enfant tout particulièrement intelligent selon les critères actuels et que donc on le fait toujours asseoiret qu’on lui fait ingurgiter le plus de choses possible en position assise, alors, en contrepartie, on empêche la sagesse inconsciente d’agir en lui. Car cette sagesse inconsciente, c’est précisément quand il s’ébat qu’elle agit, quand il fait des mouvements plus ou moins rythmiques ; car le rythme favorise l’union de l’organisme avec la sagesse incons- ciente grâce à la position intermédiaire, bien particulière, que cet organisme rythmique occupe entre l’organisation céphalique et l’organisation des membres et du métabolisme.» page 307, 308 et 309

Il est toujours surprenant pour moi de lire dans le Stockmeyer des choses que j’ai vécu quand j’étais moi-même professeur ou élève dans une école Steiner-Waldorf. Ici, ce passage me rappelle un souvenir précis :

A l’école Steiner où j’avais travaillé, la professeur de sport prénommée Mélanie avait fait des pieds et des mains pour obtenir auprès de la Mairie des créneaux pour venir pratiquer avec les élèves dans la salle municipale et les avait obtenu. Mais à la rentrée, le professeur chargé de l’emploi du temps, prénommé Benoît, avait fait en sorte qu’aucun des cours de sport ne soient situés sur les créneaux obtenus. Mélanie en apprenant cela s’était effondrée en larmes en pleine réunion devant tout le monde.

Pour se justifier, le fameux Benoit avait expliqué qu’il avait fait cela car d’après Steiner, faire faire des activités intellectuelles aux élèves après le sport « faisait du mal aux enfants ». Or les créneaux étaient tous disponibles en début d’après-midi seulement.

J’avais alors été frappé par l’insensibilité de ce professeur chargé de l’emploi du temps et par la certitude d’avoir raison qu’il affichait face à cette collègue en larmes dont il avait sciemment saboté les nombreuses heures de travail.

Outre l’absurdité de cette consigne de Rudolf Steiner, cette anecdote nous montre avec quelle froideur et insensibilité les professeurs des écoles Steiner-Waldorf peuvent appliquer ces préceptes spirituels dans le contexte scolaire. Cette doctrine propose un système d’explication du monde tellement puissant de par sa déconnection d’avec la réalité qu’elle rend souvent les gens qui y croient fanatiques, froids et insensibles à la souffrance des autres.

NB : Les commentaires que nous faisons ici n’engagent que notre propre opinion, nourri de notre propre vécu et de nos réflexions sur les écoles Steiner-Waldorf : ils ne prétendent pas enoncer des vérités absolus.

La publication de larges extraits du Stockmeyer est rendu nécessaire par le fait que ce texte pourtant fondamental de la pédagogie Steiner-Waldorf est très peu connu alors que ce devrait être un droit des parents qui souhaitent mettre ou qui ont mis leurs enfants dans une école Steiner-Waldorf d’y avoir accès pour que leur choix puisse être éclairé. Il est également nécessaire d’en publier de longs passages en raison de fait que les représentants des écoles Steiner-Waldorf accusent facilement et à tort, y compris par le biais de procédures judiciaires ou lors de celles-ci, de decontextualiser ou de déformer les citations que nous faisons des écrits de Rudolf Steiner : de larges extraits montreront clairement toute la pensée de Steiner et tout le contexte dans laquelle certaines de ses affirmations plus que problématiques se déploient.

Nos écrits ne visent nullement à porter tort à qui que ce soit, ni aux personnes qui appartiennent au mouvement anthroposophique, ni aux professeurs qui enseignent dans les écoles Steiner-Waldorf, ni aux enfants et aux parents d’élèves de celles-ci. Ils visent faire toute la lumière sur des pratiques pédagogiques dont les fondements sont méconnus car cachés au grand public et dont les effets nous semblent relever de la dérive sectaire.

Les écoles Steiner-Waldorf et leurs représentants disposent de larges moyens de communication pour vanter les mérites de leurs pratiques ou pour contester leurs détracteurs, voire même pour les calomnier et les diffamer quand elles sont à cours d’arguments, comme c’est le cas actuellement pour moi, et comme ce fut le cas pour d’autres personnes dans le monde. Ce phénomène n’est pas nouveau et ne fait que révéler la nature de ceux qui ont recours à ces méthodes honteuses. Dans l’intérêt du public, nous entendons néanmoins faire-valoir notre droit à émettre notre opinion et à la liberté d’expression.

A propos gperra

Professeur de Philosophie
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