Le Stockmeyer : la gymnastique est une activité criminelle

Poursuivons notre lecture du Stockmeyer, le livre de base très secret de la pédagogie Steiner-Waldorf. À la page 302, dans le cadre des indications générales concernant la pratique de l’Eurythmie et de la Gymnastique dans les écoles Steiner-Waldorf, Rudolf Steiner explique à ses disciples pédagogues que faire faire aux enfants des gestes répétitifs qui n’ont pas de sens est condamnable et même criminel :

« Il est à nouveau question d’eurythmie dans la deuxième conférence du même cycle, de même que de la gymnastique; mais pour la première fois depuis la conférence L’éducation de l’enfant… de 1906, on entend, outre de nombreuses caractérisations négatives de la gymnastique habituelle, l’appel à ce que l’être humain qui fait de la gymnastique participe avec son âme à ce qu’il exécute avec son corps.C’est seulement si l’on saisit à nouveau cette impulsion de L’éducation de l’enfant que l’on pourra introduire la gymnastique à l’école Waldorf comme un véritable instrument d’éducation. Voici ce passage d’une importance si décisive: «Si ces agissements sont si condamnables – au fond, ils sont criminels – en dépit de leur impact dans ce qu’on appelle notre civilisation, c’est parce que homme y est éliminé jusque dans la pratique. Son élimination n’est pas seulement théorique, comme dans la science, elle est aussi pratique, avec cette gymnastique. L’homme s’y fait l’imitateur d’un mannequin de carton-pâte. Et cela, en éducation, il ne devrait jamais en être question; il faudrait au contraire inciter l’être humain, quand il fait de la gymnastique, à prendre la posture, à exécuter les mouvements qu’il ressent aussi, qu’il éprouve intérieurement. Car il les éprouve. Prenons les fonctions respiratoires. Il faut savoir que les enfants doivent être amenés quand ils inspirent, à ressentir une impression qui rappelle un peu, aimerais-je dire, celle qu’on éprouve quand un mets délicieux vous flatte le palais. Mais cela ne doit pas aller jusqu’à donner une réelle représentation, une réelle perception gustative, cela doit rester une impression qu’on a lorsqu’on inspire; quand on respire, on doit pouvoir ressentir quelque chose de la fraîcheur du monde. Il faut faire inspirer les enfants et leur faire ressentir quelque chose de la fraîcheur du monde. Il faut tenter de les amener à se dire: “De quelle couleur est donc ce que tu inspires là?”, et l’on verra que l’enfant, au moment où effectivement, il ressent le souffle comme il convient, découvre quelque chose comme: “C’est vert, c’est tout simplement vert”. On a vraiment fait un grand pas, quand on a conduit l’enfant à trouver que l’inspiration est verte. On pourra faire alors cette observation: maintenant, pour inspirer, l’enfant éprouve le besoin d’une attitude corporelle déterminée, il découvre par expérience, de l’intérieur, l’attitude corporelle qui convient à l’inspiration. A présent, on peut lui faire faire l’exercice. De même pour l’expiration : il faut amener l’enfant à éprouver une impression correspondante. Dès l’instant qu’en expirant il vous dit: “Là,je suis en pleine forme”, dès que l’expiration lui donne l’impression d’être en pleine forme, de sentir ses forces, de vouloir les communiquer au monde en expirant, dès lors qu’il a cette sensation, il éprouve aussi, à juste titre, que les mouvements abdominaux correspondants, ceux des membres, la posture du corps, des bras, tout cela lui est parfaitement adapté. Il suffit que l’enfant ressente pleinement l’expiration pour qu’il éprouve le mouvement juste… nous tirons le mouvement corporel de l’enfant même, après lui en avoir fait faire l’expérience psychique et spirituelle. De même, nous devrions aussi, dans tout ce que l’enfant peut sentir, je veux dire à l’occasion de n’importe quel mouvement des bras, des jambes, dans la marche, etc., dans le simple maintien, partout nous devrions favoriser cette expérience intérieure que son corps physique réclame de lui-même. Et alors, alors au fond, la gymnastique se rattache directement à l’eurythmie, et il doit en être ainsi. L’eurythmie fait apparaître immédiatement un élément psycho-spirituel, pénètre d’âme et d’esprit tout ce qui en l’homme est mouvement. Elle prend pour point de départ ce que l’homme élabore en son âme et en son esprit au cours de l’évolution de l’humanité. Mais le corporel-physique aussi peut être ressenti intérieurement. On peut ressentir la respiration, le métabolisme, pour peu qu’on aille assez loin dans cette direction. Alors l’être humain peut faire assez de chemin, alors il peut se ressentir lui- même, ressentir avec compréhension son corporel-physique. Et à ce moment-là, ce qui, en tant qu’eurythmie, s’adresse à l’enfant à un niveau supérieur peut, aimerais-je dire, passer dans la gymnastique. On peut parfaitement jeter un pont entre l’eurythmie et la gymnastique. Mais cette gymnastique, il ne faut pas la pratiquer autrement qu’en tirant les exercices indiqués à l’enfant de l’expérience intérieure qu’il fait du corporel-physique, en les tirant de l’expérience vraie, de l’expérience psycho-spirituelle, et en laissant l’enfant adapter le corporel-physique à ce qu’il ressent intérieurement*.» Stuttgart 1921, deuxième conférence. Un autre passage du même cycle, dans la troisième conférence, déjà donné dansle chapitre consacré à la musique, même s’il ne s’agissait que de son élément central, est d’une importance analogue à celui que l’on vient de lire pour la compréhension de l’interaction entre dormir et veiller, et leur relation avec l’enseignement d’observation et celui que l’on peut qualifier d’«actif». Il montre comment l’école devrait tenir compte dans la construction du travail scolaire du sommeil de l’enfant comme d’un processus actif. Nous devons malheureusement renoncer à reproduire ce passage ici. » page 302, 303, 304, 305

Ce passage révèle beaucoup de choses.

Tout d’abord l’extrémisme de la pensée de Rudolf Steiner qui en arrive à qualifier la Gymnastique d’activité criminelle. Et pourquoi pas faire fusiller les professeurs de sport tant qu’on y est ?!

Ensuite la manière dont l’eurythmie est une invitation à ressentir exagérément les moindres sensations provoqués par des micros mouvements corporels, invitant à une forme d’inflation de l’égo. « Tu t’écoutes trop ! » me disait souvent un ami professeur de sport quand j’étais encore anthroposophe, mais qu’il m’amenait faire de la varappe à Fontainebleau. Il avait parfaitement perçu comment l’eurythmie m’avait rendu impropre aux activités physiques en développant une tendance à m’écouter de façon exagérée.

Enfin nous voyons bien comment l’eurythmie est une forme de suggestion : l’enfant qui inspire doit ressentir comme une évidence que « c’est vert »… « On a vraiment fait un grand pas, quand on a conduit l’enfant à trouver que l’inspiration est verte.« … Oui, un grand pas dans la manipulation mentale !

NB : Les commentaires que nous faisons ici n’engagent que notre propre opinion, nourri de notre propre vécu et de nos réflexions sur les écoles Steiner-Waldorf : ils ne prétendent pas enoncer des vérités absolus.

La publication de larges extraits du Stockmeyer est rendu nécessaire par le fait que ce texte pourtant fondamental de la pédagogie Steiner-Waldorf est très peu connu alors que ce devrait être un droit des parents qui souhaitent mettre ou qui ont mis leurs enfants dans une école Steiner-Waldorf d’y avoir accès pour que leur choix puisse être éclairé. Il est également nécessaire d’en publier de longs passages en raison de fait que les représentants des écoles Steiner-Waldorf accusent facilement et à tort, y compris par le biais de procédures judiciaires ou lors de celles-ci, de decontextualiser ou de déformer les citations que nous faisons des écrits de Rudolf Steiner : de larges extraits montreront clairement toute la pensée de Steiner et tout le contexte dans laquelle certaines de ses affirmations plus que problématiques se déploient.

Nos écrits ne visent nullement à porter tort à qui que ce soit, ni aux personnes qui appartiennent au mouvement anthroposophique, ni aux professeurs qui enseignent dans les écoles Steiner-Waldorf, ni aux enfants et aux parents d’élèves de celles-ci. Ils visent faire toute la lumière sur des pratiques pédagogiques dont les fondements sont méconnus car cachés au grand public et dont les effets nous semblent relever de la dérive sectaire.

Les écoles Steiner-Waldorf et leurs représentants disposent de larges moyens de communication pour vanter les mérites de leurs pratiques ou pour contester leurs détracteurs, voire même pour les calomnier et les diffamer quand elles sont à cours d’arguments, comme c’est le cas actuellement pour moi, et comme ce fut le cas pour d’autres personnes dans le monde. Ce phénomène n’est pas nouveau et ne fait que révéler la nature de ceux qui ont recours à ces méthodes honteuses. Dans l’intérêt du public, nous entendons néanmoins faire-valoir notre droit à émettre notre opinion et à la liberté d’expression.

A propos gperra

Professeur de Philosophie
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