Le Stockmeyer : ne surtout pas representer la réalité extérieure en cours de dessin

Poursuivons notre lecture du Stockmeyer, le livre de base très secret de la pédagogie Steiner-Waldorf. À la page 331, dans le cadre des indications générales concernant les cours de dessin, de peinture et de modelage dans les écoles Steiner-Waldorf, Rudolf Steiner explique à ses disciples pédagogues qu’il ne faut surtout pas apprendre aux enfants à représenter la réalité extérieure en cours de dessin :

« De la 1re à la 8e classe, dans le cadre du cours principal et autant que possible entre les mains du professeur de classe, 2 heures par semaine. De la 9e à la 12e classe, 6 semaine avec 3 heures doubles par semaine, dans les.périodes de travaux d’atelier. Les indications de Rudolf Steiner sur ces trois domaines sont ordonnées ici de manière chronologique. La peinture, le modelage et le dessin ont des liens tellement forts qu’il ne serait pas approprié de faire autrement. Nous lisons dans la première conférence de Méthode et pratique: «Nous restons dans la zone la plus physique qui soit lorsque nous apprenons à l’enfant à lire et à écrire; notre enseignement est déjà de nature moins physique dans le calcul; et en fait c’est à l’âme spirituelle ou à l’esprit-âme que nous enseignons la musique, le dessin, ou toute chose de ce genre.[Après avoir expliqué l’enseignement de l’écriture à partir du dessin d’“objets” appropriés (“P”, “poing”), la conférence continue ainsi:] Nous ferons donc faire à chaque enfant un peu de dessin et un peu de peinture, en commençant par les éléments les plus simples. Mais nous commencerons aussi à enseigner la musique, afin que dès le début l’enfant prenne l’habitude de manier un.instrument quelconque…» Après une remarque sur la nécessité de faire agir ensemble penser, sentir et vouloir, la même conférence parle de l’importance d’une activité artistique saine dans les toutes premières années d’école: «Il s’agit seulement de ne jamais diriger la volonté vers une mauvaise direction par de faux moyens, mais de la faire se fortifier comme il convient par le moyen de l’art. C’est à cela que doit dès le début servir l’enseignement de la peinture, des activités artistiques et aussi de la musique. Ce faisant, nous remarquerons que c’est précisément pendant la première partie de la seconde période de sa vie que l’enfant est le plus réceptif à une éducation qui s’impose par les moyens de l’art, et que c’est à cet âge que nous pourrons obtenir les meilleurs résultats. Il s’adaptera comme de lui-même à ce que nous voulons lui enseigner, et il sera aussi heureux que possible lorsqu’il reproduira sur le papier telle ou telle chose en dessinant ou en peignant; nous aurons ici à éviter tout ce qui reproduit les objets extérieurs. Là encore, nous devrons nous rappeler qu’il faut en quelque sorte ramener l’enfant à des civilisations du passé, sans cependant pouvoir procéder exactement comme à cette époque, car les hommes étaient alors différents. C’est dans une disposition d’âme et d’esprit toute différente que vous aurez à transporter l’enfant vers ces époques anciennes. C’est pourquoi, en dessin, nous ne viserons pas à lui faire copier ceci ou cela; nous lui enseignerons des formes fondamentales, nous lui apprendrons à dessiner un angle ainsi, un autre autrement; nous essaierons de lui apprendre à dessiner le cercle, la spirale. Nous partirons donc de formes achevées en elles-mêmes et non pas du fait qu’elles imitent ceci ou cela; nous nous efforcerons d’éveiller son intérêt pour la forme elle-même. [Il est ensuite question de la légende de la création de la feuille d’Acanthe, qui présente de manière totalement fausse l’apparition de cet ornement. Puis on lit ceci:] Alors cesseront ces pratiques terribles qui font tant de ravages dans les sensibilités. Lorsque les humains sont en présence d’une création de main d’homme, ils disent: “Ceci est naturel, cela ne l’est pas.” Or il ne s’agit absolument pas d’émettre un jugement: ceci est bien imité, etc. Cette ressemblance avec le monde extérieur doit apparaître en second lieu. Ce qui doit vivre en l’homme, c’est le sentiment d’être intérieurement fondu avec les formes mêmes. Il faut donc que, même quand on dessine un nez, on soit intérieurement uni à la forme de ce nez, et c’est seulement après qu’apparaîtra la ressemblance. Le.sentiment des lois internes ne sera jamais éveillé chez des enfants de sept à quatorze anspar la reproduction des choses. Et il faut bien avoir conscience de ceci: ce que l’on ne développe pas entre sept et quatorze ans, on ne pourra plus le cultiver ensuite.» Steiner attire ensuite l’attention sur la possibilité d’atteindre plus tard, dans le cadre d’un travail individuel et à titre d’exception au moins un ersatz de ce qui n’a pu être développé au moment opportun; mais ceci n’appartient pas à l’enseignement. » pages 331, 332 et 333

Quand les écoles Steiner-Waldorf se vantent de faire faire aux enfants de nombreuses activités artistiques comme le dessin ou la peinture, elles devraient dire en fait qu’elles font pratiquer aux enfants un mode spécifique de dessin, de peinture et de modelage, qui suivent les principes anthroposophiques et qui n’ont souvent aucun rapport avec l’enseignement commun de ces activités artistiques.

Dans ce passage, le parti-pris pédagogique du dessin tel qu’il doit être pratiqué dans les écoles Steiner-Waldorf doit à mon avis être mis ici en rapport avec la volonté de Rudolf Steiner de favoriser autant que possible la négation de la réalité extérieure et de l’effort vers l’objectivité, pour favoriser au contraire chez les enfants le fait de se tourner vers leur intériorité et de préférer la subjectivité.

Conjugué à plein d’autres mesures pédagogiques de cet ordre, il est évident que cela produit des enfants complètement tournés vers leur monde intérieur et ayant plus tard de grosses difficultés à entrer en contact avec la réalité. Cela en fait des êtres rêveurs et planant que je décris dans L’Endoctrinement des élèves à l’Anthroposophie dans les écoles Steiner-Waldorf.

Or le dessin devrait au contraire apprendre aux enfants à bien observer la réalité extérieure, à représenter correctement les choses à partir de règles et de critères précis, comme le savent tout ceux qui ont pratiqué cette activité.

NB : Les commentaires que nous faisons ici n’engagent que notre propre opinion, nourri de notre propre vécu et de nos réflexions sur les écoles Steiner-Waldorf : ils ne prétendent pas enoncer des vérités absolus.

La publication de larges extraits du Stockmeyer est rendu nécessaire par le fait que ce texte pourtant fondamental de la pédagogie Steiner-Waldorf est très peu connu alors que ce devrait être un droit des parents qui souhaitent mettre ou qui ont mis leurs enfants dans une école Steiner-Waldorf d’y avoir accès pour que leur choix puisse être éclairé. Il est également nécessaire d’en publier de longs passages en raison de fait que les représentants des écoles Steiner-Waldorf accusent facilement et à tort, y compris par le biais de procédures judiciaires ou lors de celles-ci, de decontextualiser ou de déformer les citations que nous faisons des écrits de Rudolf Steiner : de larges extraits montreront clairement toute la pensée de Steiner et tout le contexte dans laquelle certaines de ses affirmations plus que problématiques se déploient.

Nos écrits ne visent nullement à porter tort à qui que ce soit, ni aux personnes qui appartiennent au mouvement anthroposophique, ni aux professeurs qui enseignent dans les écoles Steiner-Waldorf, ni aux enfants et aux parents d’élèves de celles-ci. Ils visent faire toute la lumière sur des pratiques pédagogiques dont les fondements sont méconnus car cachés au grand public et dont les effets nous semblent relever de la dérive sectaire.

Les écoles Steiner-Waldorf et leurs représentants disposent de larges moyens de communication pour vanter les mérites de leurs pratiques ou pour contester leurs détracteurs, voire même pour les calomnier et les diffamer quand elles sont à cours d’arguments, comme c’est le cas actuellement pour moi, et comme ce fut le cas pour d’autres personnes dans le monde. Ce phénomène n’est pas nouveau et ne fait que révéler la nature de ceux qui ont recours à ces méthodes honteuses. Dans l’intérêt du public, nous entendons néanmoins faire-valoir notre droit à émettre notre opinion et à la liberté d’expression.

A propos gperra

Professeur de Philosophie
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