Le Stockmeyer : des cours prévus au détail près depuis 100 ans

Poursuivons notre lecture du Stockmeyer, le livre de base très secret de la pédagogie Steiner-Waldorf. À la page 337, dans le cadre des indications générales concernant la peinture, le dessin et le modelage dans les écoles Steiner-Waldorf, Rudolf Steiner explique à ses disciples pédagogues comment enseigner le premier cours de dessin lorsque les enfants arrivent à l’école :

« Dans la quatrième conférence de Méthode et pratique, en 1919, Steiner traite de la première heure de cours avec les débutants; après avoir recommandé toutes sortes de choses pour cette première rencontre de l’enfant avec l’école, il montre comment on peut amener l’enfant à dessiner lors de cette première heure et dit: «Lorsqu’on aura parlé un certain temps des mains et du travail que l’on peut faire avec elles, on passera à une activité manuelle. Cela peut se faire éventuellement dès la première heure. On peut lui dire: “Je fais ceci maintenant [Une ligne droite]. Prends donc ta main et fais-le aussi!” On peut le faire faire par tous les enfants, lentement autant que possible, car cela ne pourra se faire que lentement s’il faut appeler les enfants à tour de rôle au tableau, leur faire faire le dessin et les renvoyer à leur place. Une bonne digestion de l’enseignement, voilà ce qui est important ici.» Le lecteur lira lui-même ce qui concerne ensuite la courbe dessinée par les enfants de la même manière, les suggestions de Steiner et ce qu’il dit sur les débuts de la peinture: «Sur une feuille blanche que vous aurez fixée au tableau avec des punaises, vous peindrez une petite surface jaune. Puis vous en ferez peindre une par chacun des enfants.» Il fait ensuite peindre de la même manière des surfaces bleues entre les surfaces jaunes, et, réparties joliment, des vertes, de manière à conduire l’enfant à ressentir jaune-bleu d’un côté, jaune-vert de l’autre. Cet exercice élémentaire se place donc au tout début de la scolarité : dessiner des formes originelles, peindre des harmonies colorées originelles. Il faut ensuite faire de même en musique; nous ne l’évoquerons que brièvement. Ceci est d’autant plus important que la conférence suivante, la cinquième, explicite encore une fois ces tout premiers pas de l’enfant à l’école. On y lit dès la première page: «Nous allons maintenant poursuivre en ce qui concerne le point suivant. Admettons que vous ayez continué pendant un certain temps à pratiquer ces exercices avec le crayon et avec la couleur. Pour que l’enseignement repose sur des bases solides, il est absolument nécessaire que l’apprentissage de l’écriture soit précédé par une certaine pratique du dessin, de telle sorte que l’écriture procède du dessin. Il est en outre nécessaire que la lecture des textes imprimés soit tirée de la lecture des mots manuscrits. Nous nous efforcerons donc de passer du dessin à l’écriture, de l’écriture à la lecture de ce qui est écrit à la main, de la lecture du texte manuscrit à celle du texte imprimé. Je suppose ici que vous serez parvenus à obtenir de l’enfant qu’il soit déjà capable, grâce au dessin, de bien tracer les courbes ou les droites dont il aura besoin pour écrire.» Vient ensuite un long développement sur l’enseignement de l’écriture; on pourra le lire dans le texte. Il est à remarquer que l’enseignement de l’écriture est expressément rattaché au dessin, au dessin linéaire. » pages 337 et 338

On voir bien dans ce passage comment les cours de la pédagogie Steiner-Waldorf sont indiqués à la minute près par Rudolf Steiner. Et les professeurs de ces écoles appliquent ces indications depuis maintenant 100 ans. Cette pédagogie souhaite une certaine intemporalité de sa pratique et de ses principes (soi-disant tirés de la nature humaine universelle et éternelle), ce qui pourrait conduire, si elle se répandait trop, à une stagnation généralisée de la civilisation.

Précisons toutefois pour nuancer notre propos que Rudolf Steiner conçoit bien une évolution de la nature humaine, qui changerait d’une époque à l’autre. Les Dieux auraient ainsi modifié la nature humaine lorsque celle-ci est passé de la troisième époque postatlantéenne (Egypte) à la quatrième époque postatlantéènne (Greco-latine), puis une nouvelle fois lors du passage à la cinquième (Europe centrale), etc. Donc la pédagogie qui se fonde sur la nature humaine (spirituelle), comme la pédagogie Steiner-Waldorf, doit aussi évoluer. Mais cette évolution n’est pas le résultat d’un processus créatif culturel humain comme nous l’entendons habituellement. Pour Steiner, les Dieux modifient la nature humaine et les spiritualistes captent par intuition suprasensible ces modifications, qu’ils transposent ensuite en mesures pédagogiques. Ce n’est pas un processus créatif qui produit ces modifications, ni une évolution de la culture. La pédagogie Steiner-Waldorf n’est donc plus sensée évoluer avant la prochaine civilisation postatlantéènne (Slave), qui commencera en 3573.

On voit donc qu’en réalité, il n’y a pas de liberté ni de créativité pour les pédagogues dans la pédagogie Steiner-Waldorf , car tout ce qu’ils doivent faire est prévu pour eux depuis le début et consigné notamment dans le Stockmeyer.

NB : Les commentaires que nous faisons ici n’engagent que notre propre opinion, nourri de notre propre vécu et de nos réflexions sur les écoles Steiner-Waldorf : ils ne prétendent pas énoncer des vérités absolus.

La publication de larges extraits du Stockmeyer est rendue nécessaire par le fait que ce texte, pourtant fondamental de la pédagogie Steiner-Waldorf, est très peu connu alors que ce devrait être un droit des parents qui souhaitent mettre ou qui ont mis leurs enfants dans une école Steiner-Waldorf d’y avoir accès pour que leur choix puisse être éclairé. Il est également nécessaire d’en publier de longs passages en raison du fait que les représentants des écoles Steiner-Waldorf accusent facilement et à tort, y compris par le biais de procédures judiciaires ou lors de celles-ci, de decontextualiser ou de déformer les citations que nous faisons des écrits de Rudolf Steiner : de larges extraits montreront clairement toute la pensée de Steiner et tout le contexte dans laquelle certaines de ses affirmations plus que problématiques se déploient. Elles pourront aussi convaincre ceux qui le voudront.

Nos écrits ne visent nullement à porter tort à qui que ce soit, ni aux personnes qui appartiennent au mouvement anthroposophique, ni aux professeurs qui enseignent dans les écoles Steiner-Waldorf, ni aux enfants et aux parents d’élèves de celles-ci. Ils visent à faire toute la lumière sur des pratiques pédagogiques dont les fondements sont méconnus car cachés au grand public et dont les effets nous semblent pouvoir relever de la dérive sectaire.

Les écoles Steiner-Waldorf et leurs représentants disposent de larges moyens de communication pour vanter les mérites de leurs pratiques ou pour contester leurs détracteurs, voire même pour les calomnier et les diffamer quand elles sont à cours d’arguments, comme c’est le cas actuellement pour moi, et comme ce fut le cas pour d’autres personnes dans le monde. Ce phénomène n’est pas nouveau et ne fait que révéler la nature de ceux qui ont recours à ces méthodes honteuses. Nous ne leur contestons pas ce droit à faire usage de la liberté d’expression. Mais dans l’intérêt du public, nous entendons néanmoins faire valoir notre propre droit à émettre également notre opinion et à la liberté d’expression, avec les moyens bien inférieurs aux leurs dont nous disposons.

A propos gperra

Professeur de Philosophie
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