Le Stockmeyer : le dessin est mort et intellectuel

Poursuivons notre lecture du Stockmeyer, le livre de base très secret de la pédagogie Steiner-Waldorf. À la page 334, dans le cadre des indications générales concernant la pratique.du dessin, de la peinture et du modelage dans les écoles Steiner-Waldorf, Rudolf Steiner explique à ses disciples pédagogues que le dessin a quelque chose de mort et d’intellectuel :

« On lira dans le texte le passage qui caractérise cette conception. On lit ensuite:«On peut très bien indiquer aux enfant d’une façon simple cet élément intérieur vivant des couleurs. Il faut ensuite se pénétrer fortement soi-même de ceci: en soi, le dessin a déjà quelque chose de faux. Ce qui est le plus vrai, c’est le sentiment suscité par la couleur; celui qu’éveille le noir et blanc est déjà moins vrai, et le moins vrai de tous, c’est celui que fait naître le dessin. Car le dessin en soi est déjà proche de cet élément abstrait présent dans la nature en tout ce qui meurt. En fait, nous ne devrions dessiner qu’en prenant conscience de ce fait: pour l’essentiel, nous dessinons ce qui est mort. En peignant, en maniant les couleurs, nous devrions être conscients de faire surgir le vivant.de ce qui est mort. [Puis, après quelques phrases sur la “ligne”d’horizon:] Vous arriverez ainsi progressivement à sentir que la forme naturelle naît de la couleur, et que par conséquent, dessiner, c’est abstraire. On devrait donner déjà à l’enfant une bonne notion, un sentiment juste de ces choses, car c’est ainsi qu’on vivifie son être intérieur, qu’on crée en lui un rapport juste avec le monde extérieur.» On a souvent interprété comme une interdiction du dessin cette remarque sur la non-véracité du dessin, qui s’approche de «l’élément abstrait présent dans la nature dans tout ce qui est mort», qui a pour l’essentiel à faire avec ce qui est «mort». Du fait de remarques sur le dessin comme celle que nous venons de citer, on a pensé que tout dessin linéaire devait être évité. On s’est même permis de reproduire des dessins de Steiner typiques du dessin au trait en les exécutant en technique de hachures, pour, par exemple, ne surtout pas dessiner la ligne ininterrompue d’un cercle. Il est donc bon de savoir que, précisément le jour où il prononce les paroles reproduites plus haut, le 23 août 1919, et le jour suivant (troisième et quatrième entretiens de séminaire), Steiner traite du dessin élémentaire avec insistance et d’une manière très positive en tenant compte en particulier des tempéraments des enfants; il a fait de même dans trois cycles extérieurs. Il vise par là à éveiller chez les enfants, par des exercices de dessin appropriés, la conscience concrète de l’espace, et à leur faire découvrir des relations spatialescomme symétrie, diamétrie [symétrie centrale?], mouvement et mouvement contraire, répétition et amplification, etc. On peut lire ce que cela signifie dans les.passages mentionnés ci-après, et voir comment un germe est donné pour l’élaboration d’un enseignement élémentaire du dessin et de la géométrie donné de manière artistique: outre les troisième et quatrième entretiens de séminaire déjà mentionnés, il s’agit du cycle de Dornach en 1921-22, de celui d’Ilkley en 1923 et de celui de Torquay en 1924. Le premier passage (cycle de Dornach) montre comment on peut trouver des exercices susceptibles de conduire les enfants à développer un sens vivant du beau. On peut en même temps faire remarquer que la reproduction en hachures de l’exemple dessiné (symétrie d’une feuille de chêne) témoigne d’une incompréhension totale des intentions artistiques de Steiner. On ne peut utiliser le petit trait de manière sensée que pour des surfaces, et non pour des lignes (Dornach 1921-22, quatorzième conférence). Le deuxième passage, Ilkley, donne des exercices de dessin très proches, qui doivent par exemple éveiller le sens de la symétrie dans son propre corps, et donc le sens concret de l’espace. Il est question du corps éthérique, qui continue pendant le sommeil la géométrie exercée pendant le jour, puis on lit ceci, au début de ces considérations: «Pour cela, il est nécessaire, par exemple que nous ne commencions pas la géométrie avec ces figures intellectuelles, avec ces figures abstraites que l’on croit d’ordinaire devoir placer au début; au contraire, il est nécessaire de commencer avec une vision non pas de nature extérieure mais de nature intérieure, d’éveiller par exemple chez l’enfant un fort sentiment de la symétrie. On peut commencer sous ce rapport avec les enfants les plus petits*.» Ilkley 1923, dixième conférence. » pages 334, 335, 336

Le style des dessins des élèves des écoles Steiner-Waldorf est très rapidement identifiable. En effet, c’est quasiment le même chez tout les élèves depuis la création de cette pédagogie. Cela vient des indications ci-dessus.

Rudolf Steiner est a mon avis contre le dessin, qu’il qualifie de mort, car celui-ci délimite des formes, des contours, des êtres séparés les uns des autres. Or, tout doit rester flou dans l’anthroposophie : les concepts, les idées et les êtres.

De plus, comme le montre bien le passage cité, cette conception des choses consistant à privilégier les couleurs aux formes se situe également dans une perspective où il faut privilégier les sentiments par rapport à la pensée. Le dessin est en effet un art de la pensée, tandis que les couleurs à l’état pur sont de l’ordre des émotions. Faire naître le dessin des couleurs signifie en fait : que la pensée n’ait jamais d’autonomie par rapport aux émotions, qu’elle émane toujours d’elles et soit dirigée constamment par ces dernières.

Cette facon de faire vise à mon sens à former des individus dont la pensée sera à jamais contrôlée par les émotions et les sentiments. Ceux que les anthroposophes auront su susciter et inscrire tout au fond de la psychée des élèves des écoles Steiner-Waldorf.

On voit aussi dans ce passage avec quel zèle fanatique les anthroposophes qui enseignent dans ces écoles ont immédiatement appliqué ce précepte de Steiner, interdisant la pratique du dessin aux enfants. Stockmeyer a beau le regretter, la faute en revient au caractère excessif et manichéen du principe exprimé par Rudolf Steiner.

NB : Les commentaires que nous faisons ici n’engagent que notre propre opinion, nourri de notre propre vécu et de nos réflexions sur les écoles Steiner-Waldorf : ils ne prétendent pas enoncer des vérités absolus.

La publication de larges extraits du Stockmeyer est rendu nécessaire par le fait que ce texte pourtant fondamental de la pédagogie Steiner-Waldorf est très peu connu alors que ce devrait être un droit des parents qui souhaitent mettre ou qui ont mis leurs enfants dans une école Steiner-Waldorf d’y avoir accès pour que leur choix puisse être éclairé. Il est également nécessaire d’en publier de longs passages en raison de fait que les représentants des écoles Steiner-Waldorf accusent facilement et à tort, y compris par le biais de procédures judiciaires ou lors de celles-ci, de decontextualiser ou de déformer les citations que nous faisons des écrits de Rudolf Steiner : de larges extraits montreront clairement toute la pensée de Steiner et tout le contexte dans laquelle certaines de ses affirmations plus que problématiques se déploient.

Nos écrits ne visent nullement à porter tort à qui que ce soit, ni aux personnes qui appartiennent au mouvement anthroposophique, ni aux professeurs qui enseignent dans les écoles Steiner-Waldorf, ni aux enfants et aux parents d’élèves de celles-ci. Ils visent faire toute la lumière sur des pratiques pédagogiques dont les fondements sont méconnus car cachés au grand public et dont les effets nous semblent relever de la dérive sectaire.

Les écoles Steiner-Waldorf et leurs représentants disposent de larges moyens de communication pour vanter les mérites de leurs pratiques ou pour contester leurs détracteurs, voire même pour les calomnier et les diffamer quand elles sont à cours d’arguments, comme c’est le cas actuellement pour moi, et comme ce fut le cas pour d’autres personnes dans le monde. Ce phénomène n’est pas nouveau et ne fait que révéler la nature de ceux qui ont recours à ces méthodes honteuses. Dans l’intérêt du public, nous entendons néanmoins faire-valoir notre droit à émettre notre opinion et à la liberté d’expression.

A propos gperra

Professeur de Philosophie
Cet article, publié dans Extraits édifiants du Stockmeyer, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s