Le Stockmeyer : faire confiance à son intuition et à son instinct

Poursuivons notre lecture du Stockmeyer, le livre de base très secret de la pédagogie Steiner-Waldorf. À la page 345, dans le cadre des indications générales concernant les cours de dessin, de peinture et de modelage dans les écoles Steiner-Waldorf, Rudolf Steiner explique à ses disciples pédagogues ce qu’il entend par le fait que la pédagogie Steiner-Waldorf doit s’adapter à chaque enfant :

« Le cycle d’Oxford en 1922 (sixième conférence) parle de la peinture avec des enfants aux représentations fixes ou fugitives: «Ce qui importe surtout, c’est que le contact entre le maître et l’enfant baigne entièrement dans un élément artistique, grâce auquel justement beaucoup de choses chez le maître prendront une sorte de caractère intuitif, instinctif, lui indiquant le moment venu ce qu’il doit faire pour l’individualité. Pour bien nous comprendre sur ce point, prenons la chose aussi concrètement que possible. Représentons-nous un enfant dont l’éducation s’accomplit non sans difficultés: nous remarquons que ce que nous lui montrons, les impressions que nous voulons éveiller en lui, les représentations que nous voulons lui transmettre, provoquent dans sa tête une circulation si intense et une si forte excitation nerveuse, que pour ainsi dire ce qu’on lui enseigne n’arrive pas à passer de la tête dans le reste de l’organisme. L’organisation de la tête devient en quelque sorte partiellement mélancolique. Il devient difficile à l’enfant de faire passer de la tête dans le reste de l’organisme ce qu’il voit, ce qu’il ressent et aussi ce qui lui est enseigné sous d’autres impulsions. Ce qu’il a appris reste en quelque sorte enfermé dans la tête, ne peut pas descendre dans le reste de l’organisme. Si l’on enseigne avec un sens artistique, on saura, instinctivement, comment présenter les éléments d’art présents dans l’éducation et dans l’enseignement. Si j’ai affaire à un tel enfant, je lui enseignerai d’une tout autre façon qu’à un autre enfant comment travailler avec la couleur et comment peindre. Et parce que ceci est si important chez nous, à l’école Waldorf, peindre est une activité que l’on introduit depuis le début. J’ai déjà exposé comment même l’écriture est enseignée en partant de la peinture, mais d’une manière qui peut être individualisée selon chaque enfant. On a précisément l’occasion d’individualiser, puisque l’enfant doit tout faire lui-même*.» » pages 345 et 346

Le professeur Steiner-Waldorf doit donc juger de ce qu’il doit faire individuellement avec les enfants à partir de son instinct et de son intuition, en lesquelles il apprend à développer une forme de confiance absolue. C’est cela que les promoteurs de la pédagogie Steiner-Waldorf appelle leur capacité à s’adapter à l’individualité de chaque élève.

A mon sens, on ne saurait imaginer un conseil pédagogique plus dangereux. Tout d’abord parce que cette apologie de l’intuition fait l’impasse sur la rationalité et la scientificité, qui seraient au contraire les meilleurs moyens d’appréhender la spécificité de chaque cas particulier. Ensuite, parce que cet appel à s’appuyer sur son intuition et même son instinct (sic) peut avoir des conséquences pénalement répréhensibles. J’ai en effet connu certains professeurs Steiner-Waldorf qui, à force de faire confiance à leur instinct dans leurs rapports avec leurs élèves, ne savaient pas bien distinguer ce qui relevait de la pulsion personnelle et de la mesure pédagogique, les conduisant parfois à commettre certains actes qui ont motivé leurs départs de leurs écoles, quand cela s’est su. Cette pédagogie me paraît dangereuse, pour tout le monde, en raison des principes tels que celui-ci, qui en sont le fondement.

On notera enfin de quelle manière Rudolf Steiner parle de l’enfant problématique qui refuse que « les représentations que nous voulons éveiller en lui » se diffusent à partir de la tête dans le reste de l’organisme. La périphrase est claire : Steiner veut ici encore une fois parler des enfants qu’il juge trop intellectuels. Quelles sont ces « représentations que nous voulons éveiller en lui » ? La lecture de l’ensemble du Stockmeyer permet de se rendre compte qu’il s’agit des idées de l’anthroposophie, naturellement sommeillantes dans l’être humain selon Steiner. Autrement dit, nous avons ici les indications de Rudolf Steiner qui disent aux pédagogues Steiner-Waldorf ce qu’il faut faire avec les enfants qui résistent à l’endoctrinement insidieux qui est pratiqué dans ces écoles, à savoir que le professeur qui remarque un tel élève fasse confiance à son instinct dans ses relations pédagogiques avec lui. C’est absolument effrayant !

NB : Les commentaires que nous faisons ici n’engagent que notre propre opinion, nourri de notre propre vécu et de nos réflexions sur les écoles Steiner-Waldorf : ils ne prétendent pas enoncer des vérités absolues.
La publication de larges extraits du Stockmeyer est rendue nécessaire par le fait que ce texte pourtant fondamental de la pédagogie Steiner-Waldorf est très peu connu alors que ce devrait être un droit des parents qui souhaitent mettre ou qui ont mis leurs enfants dans une école Steiner-Waldorf d’y avoir accès pour que leur choix puisse être éclairé. Il est également nécessaire d’en publier de longs passages en raison de fait que les représentants des écoles Steiner-Waldorf accusent facilement et à tort, y compris par le biais de procédures judiciaires ou lors de celles-ci, de decontextualiser ou de déformer les citations que nous faisons des écrits de Rudolf Steiner : de larges extraits montreront clairement toute la pensée de Steiner et tout le contexte dans laquelle certaines de ses affirmations plus que problématiques se déploient. Ils pourront également convaincre ceux qui le souhaitent du bien-fondé de cette pédagogie.
Nos écrits ne visent nullement à porter tort à qui que ce soit, ni aux personnes qui appartiennent au mouvement anthroposophique, ni aux professeurs qui enseignent dans les écoles Steiner-Waldorf, ni aux enfants et aux parents d’élèves de celles-ci. Nous sommes persuadés que la plupart ignorent ce qu’ils font aux enfants. Nos écrits visent simplement à faire toute la lumière sur des pratiques pédagogiques dont les fondements sont méconnus car cachés au grand public et dont les effets nous semblent relever de la dérive sectaire.
Les écoles Steiner-Waldorf et leurs représentants, ou les anthroposophes et leurs réseaux, ou leurs sympathisants, disposent de larges moyens de communication pour vanter les mérites de leurs pratiques ou pour contester leurs détracteurs, voire même parfois pour les calomnier et les diffamer quand elles sont à cours d’arguments, comme c’est le cas actuellement pour moi, et comme ce fut le cas pour d’autres personnes dans le monde. Ce phénomène n’est pas nouveau et ne fait que révéler la nature de ceux qui ont recours à ces méthodes honteuses. Dans l’intérêt du public, nous entendons néanmoins faire-valoir notre droit à émettre notre opinion, et à la liberté d’expression.

A propos gperra

Professeur de Philosophie
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