Le Stockmeyer : faire du modelage procure une bonne vue

Poursuivons notre lecture du Stockmeyer, le livre de base très secret de la pédagogie Steiner-Waldorf. À la page 351, dans le cadre des indications générales concernant les cours de dessin, de peinture et de modelage dans les écoles Steiner-Waldorf, Rudolf Steiner explique à ses disciples pédagogues que la pratique du modelage chez l’enfant aurait un effet indirect positif sur la vue :

« La conférence du 16 août 1923 à Ilkley indique le lien important entre l’apprentissage du modelage et la faculté physique de vision: «Selon le principe de l’école Waldorf, un enseignement de la peinture et du dessin commence donc déjà à unâge très tendre. On pratique également autant que l’on peut le modelage, mais seulement à partir de neuf-dix ans, et sous une forme simple. Mais le fait de recevoir à l’âge juste et de manière juste les rudiments du modelage vivifie extraordinairement la faculté physique de vision de l’enfant, introduit de l’âme dans la faculté physique de vision de l’enfant. Combien il est fréquent que les hommes suivent le cours de leur vie, entourés des objets et des événements, sans voir ce qui est le plus important. Apprendre à voir de telle sorte que l’homme se tienne de la manière juste dans le monde! Cela doit aussi être appris. Et pour ce juste apprentissage de la vision, il se révèle particulièrement fructueux de cultiver le plus tôt possible chez l’enfant l’activité plastique, qui détourne ce que l’on a vu de la tête, le détourne des yeux vers le mouvement des doigts, le mouvement de la main. Certes, l’enfant est conduit par là à apprécier dans son proche environnement, par exemple dans le mobilier de sa chambre, ce qui est de bon goût et non ce qui est de mauvais goût; mais il est également conduit à voir avant tout dans le monde ce qui doit pénétrer dans l’âme et le cœur de l’homme. » Après des considérations sur l’enseignement de la musique, il continue ainsi: «Lorsque l’on veut comprendre des minéraux, on peut le faire selon le principe de cause.à effet. Ce qui est du domaine de la physique peut être compris ainsi. S’élève-t-on aux plantes, il est déjà impossible de tout saisir avec la logique, avec l’entendement, l’intellect. Le principe plastique présent en l’homme doit déjà s’animer. Et tout ce que nous donnons à l’enfant comme habileté plastique lui confère la faculté de comprendre la plante selon sa conformation.» » pages 350 et 351

Nous avons encore ici un exemple des conceptions médico-pédagogiques farfelues et alambiquées de Rudolf Steiner.

Là encore, son explication relève de son ésotérisme et est exprimée de manière confuse, comme c’est son habitude. La connaissance de la doctrine anthroposophique permet cependant de reconstituer son raisonnement :

Pour Steiner, la vision est rendue possible car un flux éthérique partirait de l’oeil pour rebondir sur les objets et revenir à l’être humain imprégné de leurs substances éthérique. De ce fait, ce flux pénétrait ensuite dans le corps. Ce flux éthérique de la vision irait normalement au cerveau, formant les représentations intellectuelles. Mais grâce au modelage, ce flux serait détourné du cerveau pour aller dans le cœur. Ainsi, grâce au modelage, l’enfant apprendrait en quelque sorte à voir avec son cœur. Cette vision du cœur est « une faculté plastique ».

C’est ce qui explique que Rudolf Steiner pense que le modelage permet de former aussi le sens du goût, celui-ci étant une conséquence de la « vision du coeur ». Cette vision du cœur permettrait enfin en outre de comprendre le monde des plantes, qui nécessiterait selon Steiner un « principe plastique présent en l’homme ». Nous avons ici une référence implicite à la Metamorphose.des plantes de Gœthe, autre fondement pseudoscientifique de la doctrine anthroposophique, selon lequel les plantes proviendraient toute d’une « plante primordiale » que seule une « intuition plastique » pourrait appréhender, mais en aucun cas l’entendement.

Tout ceci est bien évidement complètement anti-scientifique et totalement contraire à toute réalité anthropologique. Car la pratique du modelage n’a jamais permis d’améliorer les capacités de vision de qui que ce soit, ni permis non plus d’avoir bon goût en ce qui concerne le mobilier, ni enfin permis de devenir un bon botaniste.

NB : Les commentaires que nous faisons ici n’engagent que notre propre opinion, nourri de notre propre vécu et de nos réflexions sur les écoles Steiner-Waldorf : ils ne prétendent pas enoncer des vérités absolues.
La publication de larges extraits du Stockmeyer est rendue nécessaire par le fait que ce texte pourtant fondamental de la pédagogie Steiner-Waldorf est très peu connu alors que ce devrait être un droit des parents qui souhaitent mettre ou qui ont mis leurs enfants dans une école Steiner-Waldorf d’y avoir accès pour que leur choix puisse être éclairé. Il est également nécessaire d’en publier de longs passages en raison de fait que les représentants des écoles Steiner-Waldorf accusent facilement et à tort, y compris par le biais de procédures judiciaires ou lors de celles-ci, de decontextualiser ou de déformer les citations que nous faisons des écrits de Rudolf Steiner : de larges extraits montreront clairement toute la pensée de Steiner et tout le contexte dans laquelle certaines de ses affirmations plus que problématiques se déploient. Ils pourront également convaincre ceux qui le souhaitent du bien-fondé de cette pédagogie.
Nos écrits ne visent nullement à porter tort à qui que ce soit, ni aux personnes qui appartiennent au mouvement anthroposophique, ni aux professeurs qui enseignent dans les écoles Steiner-Waldorf, ni aux enfants et aux parents d’élèves de celles-ci. Nous sommes persuadés que la plupart ignorent ce qu’ils font aux enfants. Nos écrits visent simplement à faire toute la lumière sur des pratiques pédagogiques dont les fondements sont méconnus car cachés au grand public et dont les effets nous semblent relever de la dérive sectaire.
Les écoles Steiner-Waldorf et leurs représentants, ou les anthroposophes et leurs réseaux, ou leurs sympathisants, disposent de larges moyens de communication pour vanter les mérites de leurs pratiques ou pour contester leurs détracteurs, voire même parfois pour les calomnier et les diffamer quand elles sont à cours d’arguments, comme c’est le cas actuellement pour moi, et comme ce fut le cas pour d’autres personnes dans le monde. Ce phénomène n’est pas nouveau et ne fait que révéler la nature de ceux qui ont recours à ces méthodes honteuses. Dans l’intérêt du public, nous entendons néanmoins faire-valoir notre droit à émettre notre opinion, et à la liberté d’expression.

A propos gperra

Professeur de Philosophie
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