Le Stockmeyer : ne pas faire de reliure lors de la puberté est un péché contre la nature humaine

Poursuivons notre lecture du Stockmeyer, le livre de base très secret de la pédagogie Steiner-Waldorf. À la page 363 puis 369, dans le cadre des indications générales concernant les cours de travaux manuels et de reliure dans les écoles Steiner-Waldorf, Rudolf Steiner explique à ses disciples pédagogues qu’il est impératif d’apprendre à coudre avec un dé à coudre et de faire de la reliure juste avant la puberté :

« Aussitôt après, Steiner montre comment on peut amener les enfants à faire les premiers exercices de dessin, qui doivent ensuite les conduire à écrire. La première citation sur le travail manuel qui nous ait été conservée est à notre connaissance celle de 30 juillet 1920: «Je suis peu allé dans les cours de travail manuel, mais j’ai dû me dire une fois : pourquoi cet enfant n’a-t-il pas de dé à coudre? J’ai toujours dit que nous devions habituer les enfants à coudre avec un dé. Un enfant ne peut pas coudre sans dé, cela ne va pas.» «Dé à coudre» représente certainement ici tout ce qui concerne l’ordre et le respect des techniques utilisées, choses que l’on attend pour tout travail de couture. Steiner veut que l’on éduque les enfants à respecter ces éléments. » pages 363 et 364

Dans tout le Stockmeyer, Rudolf Steiner exprime des obsessions qui prennent la forme d’impératifs pédagogiques aussi rigides que dogmatiques. Par exemple, la peinture doit absolument se faire « sur des feuilles tendus », sinon c’est mal, sans jamais utiliser de palette ni de tubes de peintures colorées, etc. Ici, c’est la couture qui doit absolument être pratiquée avec un dé à coudre, sinon « cela ne va pas ». Et tout cela sans jamais d’explications. Le Maître a dit que… Karl Stockmeyer essaie bien ici de donner son explication à cet impératif du dé à coudre, il n’en reste pas moins qu’elle tombe de la bouche de Rudolf Steiner comme un décret du Ciel.

Plus loin, nous avons un exemple du même dogmatisme avec la reliure :

« La septième conférence du cycle de Dornach en 1923 expose «que pour le moment précisément où, dans la vie humaine la puberté est proche, il faut aussi trouver la transition vers la vie extérieure réelle, il faut de plus en plus faire intervenir dans l’école ce qui fait que l’être humain dans son corps, son âme et son esprit, devient un être utilisable dans la vie, au sens supérieur de l’expression. Nous n’avons pas encore assez de lumières psychologiques sous ce rapport. Car parfois on ne pressent pas du tout les liens spirituels subtils dans la vie de l’esprit, de l’âme et du corps de l’homme. Seul celui qui s’est donné pour tâche d’apprendre à connaître la vie de l’âme les pressent encore. Et par une certaine connaissance de soi, je puis vous dire modestement que je ne pourrais pas exposer comme je le fais, sur le terrain de la Science de l’esprit, certaines choses qui aujourd’hui peut-être (et même sûrement) apparaissent inutiles, si par exemple à un âge déterminé (non grâce à la pédagogie Waldorf, mais grâce au destin) je n’avais pas appris la reliure. L’activité humaine particulière dans le travail de reliure apporte aussi à l’être psycho-spirituel le plus intime, surtout quand elle se place à l’âge qui convient, quelque chose de tout à fait particulier. Et il en va de même pour d’autres activités pratiques. Et je considérerais comme un péché contre la nature humaine que chez nous, à l’école Waldorf, à un moment déterminé correspondant justement à la nature humaine, on n’admette pas, parmi les travaux manuels, la reliure, la confection de boîtes et les travaux de cartonnage. Ce sont des choses à inclure dans la préparation de l’homme complet. Ce qui est important, ce n’est pas d’avoir fabriqué telle ou telle boîte, ou d’avoir relié tel ou tel livre, c’est de réaliser les manipulations qui y sont liées, d’avoir passé par certaines impressions, par certains processus de pensée.» pages 369 et 370

Pourquoi faut-il faire de la reliure avant la puberté ? Parce que ce serait sinon « un péché contre la nature humaine » !

Les mots employés (« péché ») sont extrêmement révélateur. Nous sommes dans le registre d’une pensée religieuse, qui pense les mesures pédagogiques en termes de péché et de rédemption. Autrement dit, nous ne sommes plus dans la pédagogie, mais dans la religion.

Quelles sont les conséquences de cette manière de s’exprimer de Rudolf Steiner ? Je les ai personnellement vécues. Cela produit des professeurs extrêmement dogmatiques et psychorigides à l’extrême sur la manière de faire en cours, qui ne supportent pas qu’on dévie d’un iota des indications du Maître.

Je me souviens par exemple très bien avoir été forcé de coudre avec un dé, alors que je n’en voyais absolument pas l’utilité, de même que mes camarades de classes. Et quand nous demandions une explication, la professeure nous répondait de manière agressive que « c’est comme ça ici », reproduisant à des décennies de distance le ton péremptoire de Rudolf Steiner consigné ici dans le Stockmeyer.

De même pour la reliure. Une bonne partie de ma classe ne comprennait pas l’utilité de cette activité, mais nous devions néanmoins l’accepter.

A mon sens, il n’y a pas de place pour la liberté dans cette pédagogie. Loic Chalmel, universitaire alsacien qui a récemment commis un article apologétique en faveur de la pédagogie Steiner-Waldorf, ment lorsqu’il affirme que cette pédagogie respecte la liberté de chaque élève, en justifiant son argumentaire par la référence à la Philosophie de la Liberté de Rudolf Steiner. Cette pédagogie ne respecte en fait ni la liberté des professeurs, qui doivent suivre depuis près d’un siècle maintenant des indications rigides et non justifiées données par Rudolf Steiner avec le ton et le vocabulaire de commandements religieux. Ni celle des élèves qui doivent encore et toujours vivre les mêmes cours, de la même façon, identiques à ce qui a été mis en place en 1919.

NB : Les commentaires que nous faisons ici n’engagent que notre propre opinion, nourri de notre propre vécu et de nos réflexions sur les écoles Steiner-Waldorf : ils ne prétendent pas enoncer des vérités absolues.

La publication de larges extraits du Stockmeyer est rendue nécessaire par le fait que ce texte pourtant fondamental de la pédagogie Steiner-Waldorf est très peu connu alors que ce devrait être un droit des parents qui souhaitent mettre ou qui ont mis leurs enfants dans une école Steiner-Waldorf d’y avoir accès pour que leur choix puisse être éclairé. Il est également nécessaire d’en publier de longs passages en raison de fait que les représentants des écoles Steiner-Waldorf accusent facilement et à tort, y compris par le biais de procédures judiciaires ou lors de celles-ci, de decontextualiser ou de déformer les citations que nous faisons des écrits de Rudolf Steiner : de larges extraits montreront clairement toute la pensée de Steiner et tout le contexte dans laquelle certaines de ses affirmations plus que problématiques se déploient. Ils pourront également convaincre ceux qui le souhaitent du bien-fondé de cette pédagogie.

Nos écrits ne visent nullement à porter tort à qui que ce soit, ni aux personnes qui appartiennent au mouvement anthroposophique, ni aux professeurs qui enseignent dans les écoles Steiner-Waldorf, ni aux enfants et aux parents d’élèves de celles-ci. Nous sommes persuadés que la plupart ignorent ce qu’ils font aux enfants. Nos écrits visent simplement à faire toute la lumière sur des pratiques pédagogiques dont les fondements sont méconnus car cachés au grand public et dont les effets nous semblent relever de la dérive sectaire.

Les écoles Steiner-Waldorf et leurs représentants, ou les anthroposophes et leurs réseaux, ou leurs sympathisants, disposent de larges moyens de communication pour vanter les mérites de leurs pratiques ou pour contester leurs détracteurs, voire même parfois pour les calomnier et les diffamer quand elles sont à cours d’arguments, comme c’est le cas actuellement pour moi, et comme ce fut le cas pour d’autres personnes dans le monde. Ce phénomène n’est pas nouveau et ne fait que révéler la nature de ceux qui ont recours à ces méthodes honteuses. Dans l’intérêt du public, nous entendons néanmoins faire-valoir notre droit à émettre notre opinion, et à la liberté d’expression.

A propos gperra

Professeur de Philosophie
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