Contre le Coronavirus, la pédagogie Steiner-Waldorf prône l’acceptation de la sagesse du destin

Un nouvel article, paru sur le site de propagande anthroposophique français Aether, explique comment la pédagogie Steiner-Waldorf a fait face à la pandémie en Chine. (https://www.aether.news/les-jardins-denfants-waldorf-en-chine-et-la-pandemie/)

Selon cet article, le virus serait comparable à un géant de la mythologie chinoise dévoreur d’enfants : Nian. Mais là où l’on pourrait penser à une simple métaphore, l’auteur de l’article explique que les affections provoqués par le COVID-19 ne seraient que l’expression des forces maléfiques de la modernité :

« Vous pouvez imaginer combien grave et dévastatrice est cette pandémie. Les voies respiratoires subissent des préjudices, le système immunitaire devient chaotique, l’activité des poumons et des trachées est perturbée. D’une certaine manière, c’est une image du durcissement progressif de l’homme, de sa séparation d’avec le monde extérieur et de son incapacité à respirer de manière saine. Quelles indications cette image semble-t-elle comporter ? »

Pour les anthroposophes, la modernité est en effet marquée par la puissance du démon Ahriman, un être responsable du matérialisme et du durcissement de l’être humain, comme le décrit Rudolf Steiner dans son ouvrage intitulé Lucifer et Ahriman. Ce dernier s’attaquerait notamment au système respiratoire, qui est la partie du corps où l’entité solaire du Christ est particulièrement présente en nous. En effet, la doctrine anthroposophique conçoit l’être humain comme une nature tripartite : tête/sens, coeur/poumons métabolisme/membres. Le virus responsable de la pandémie actuelle serait donc une sorte de bacille antichristique ahrimanien.

En lisant cet article d’Aether, on comprends que les anthroposophes considèrent le géant Nian de la mythologie chinoise comme une figure du démon Ahriman. Sans doute font-ils en interne le parallèle entre le symbole du Dragon dans l’Apocalypse et la légende de Saint Georges, representant Ahriman, qui veut dévorer l’enfant ou la vierge (l’âme humaine), et le géant Nian qui dévore des enfants. D’ailleurs, le fait que Nian descend des montagnes pourrait être relié, dans la doctrine anthroposophique, à la relation entre la matière minérale (la pierre dont la montagne est constituée) et le fait qu’Ahriman soit le démon du Matérialisme.

Mais alors quelle attitude cet article, évoquant la manière dont la pédagogie Steiner-Waldorf en Chine a fait face à l’épidémie, préconise-t-il d’adopter ? La réponse est donnée dans une citation de paroles mantriques de Rudolf Steiner :

« L’homme doit acquérir une égalité d’humeur en ce qui concerne tous les sentiments et ressentis vis-à-vis du futur et, avec une absolue impassibilité, jeter un regard vers tout ce qui peut venir et penser uniquement que, quoi qu’il arrive, cela arrive par la “gouvernance du monde” pleine de sagesse… »

Si l’on comprend bien le sens de cette citation de l’article d’Aether dans le contexte actuel, il faudrait donc penser que la bonne attitude à adopter face à la pandémie serait une « impassibilité absolue », guidée par une confiance dans le fait que celle-ci est advenue en raison d’une « gouvernance du monde pleine de sagesse ». Autrement dit, selon les anthroposophes, le COVID-19 a été voulu par les Dieux !

Mais comment cela est-il compatible avec l’idée qu’il s’agirait d’un virus ahrimanien ? Pour les anthroposophes, le démon Ahriman agirait malgré lui dans le bon sens, car il rendrait manifeste ce qui est d’ordinaire caché. Dans le cas présent, il dévoilerait, par les symptômes du Coronavirus, la maladie de notre modernité, à savoir la sclérose et le durcissement de l’être humain. C’est en ce sens que les anthroposophes citent très souvent les paroles de Méphistophélès dans le Faust de Gœthe : « Je suis l’esprit qui toujours veut le Mal et toujours fait le Bien. »

Ahriman-Mephistophélès, qui est à l’origine de l’épidémie du COVID-19, aurait donc en quelque sorte réalisé, pour les anthroposophes, les intentions de la « gouvernance du monde pleine de sagesse », en créant un virus qui s’attaque aux voies respiratoires et révèle ainsi que notre époque moderne est anti-christique.

Le côté bénéfique du COVID-19 se verrait en outre dans le fait qu’il est à l’origine de la mesure du confinement, lequel nous apprendrait à nous concentrer sur notre sphère familiale et à nous tourner davantage vers notre intériorité :

« Nous sentons tout à coup combien la vie est précieuse et belle. Comme les gens sont obligés de rester à la maison, ils peuvent désormais rester ensemble de manière tranquille et intime. Nombreux sont ceux qui ont la possibilité de vraiment profiter de la vie de famille, de l’apprécier et d’en sentir la chaleur. La vie pendant la pandémie réduit la consommation à son minimum et réduit les déchets. Nous remarquons que la vie peut être très simple. La vie à la maison, tranquille, donne aux hommes la possibilité de regarder au-dedans d’eux-mêmes, de méditer et de lire, on remarque combien il est beau et important d’être seul ou dans le cercle de famille étroit. »

Visiblement, cette peinture idyllique de la vie de famille en situation de confinement n’a pas pris la peine de s’informer sur la manière dont les couples chinois ont traversé cette épreuve et l’explosion du taux de divorce qui s’en est suivi : https://www.parents.fr/amp/actualites/etre-parent/coronavirus-avec-la-fin-du-confinement-le-nombre-de-divorces-explose-en-chine-433074#referrer=https://www.google.com. L’auteur de l’article semble avoir voulu coûte que coûte dépeindre un confinement vécu de manière sereine, pacifique, écologique et épanouissante. Le confinement aurait été selon lui un moment idéal, une sorte d’occasion propice pour s’extraire des travers de la société de consommation et retrouver le bonheur simple de la cellule familiale. Mais cette idéalisation repose en réalité sur des présupposés anthroposophiques.

En effet, pour les anthroposophes, il est souhaitable de ne pas trop s’interesser à la vie publique. Ils parlent à ce sujet de « monde exterieur », connoté négativement. Pour eux, le confinement serait donc quelque chose de bénéfique, car il nous apprendrait à nous retrancher du monde. La logique sectaire (au sens d’une coupure avec la société) qui est à l’oeuvre dans l’anthroposophie serait en quelque sorte favorisée par le confinement.

Mieux, celui-ci nous apprendrait à nous tourner radicalement vers notre vie intérieure et à méditer :

« Si nous sommes attentifs à notre vie intérieure, nous pouvons être amenés à beaucoup apprendre de cette catastrophe. »

Il faut savoir en effet que la dynamique interne de la doctrine anthroposophique est l’enfermement total à l’intérieur de soi, comme j’ai eu l’occasion de le décrire en détail dans mon article intitulé L’Emprise de l’Anthroposophie.

On comprend donc pourquoi cet article du magazine Aether tente de nous décrire le confinement comme une chose bénéfique : il n’est pas bénéfique parce qu’il permettrait de freiner l’épidémie en enrayant la contagion, mais parce que sa logique fondamentale est la même que celle de la doctrine anthroposophique : un repli et un enfermement en soi-même.

Bien évidement, on peut s’interroger sur ce que ce conseil d’absolue impassibilité et d’acceptation de la pandémie, dispensé dans le cadre d’un article sur la pédagogie Steiner-Waldorf, peut produire comme comportements. Quel sera par exemple l’attitude des pédagogues Steiner-Waldorf face à une personne contaminée ? Devront-il, là encore, faire preuve d’absolue impassibilité ? Considéreront-il qu’elle a été infectée parce que trop perméable à la maladie ahrimanienne sclérosante de la modernité ? Se contenteront-ils de promouvoir, en guise de soins, la recommandation de méditer un symbole occulte censé renforcer les voies respiratoires et éloigner magiquement les virus, comme la fait dernièrement une école Steiner-Waldorf de Haute-Alsace sur sa page Facebook (avant de la retirer précipitamment) ?

Profiteront-ils des circonstances pour vanter les mérites de la médecine anthroposophique ou de la médecine chinoise traditionnelle, comme le fait cet article du magazine Aether :

« De manière étonnante, la médecine traditionnelle chinoise a pu aider un grand nombre de patients. De ce fait, nombreux sont ceux, surtout parmi les gens jeunes, qui se sont à nouveau intéressés à la médecine chinoise.« 

En effet, pour qui connait la médecine anthroposophique, rien d’étonnant à une telle prise de position pour la médecine traditionnelle chinoise, puisque celle-ci repose sur des fondements non-scientifiques similaires aux siens.

Ou bien auront-ils recours à la médecine moderne conventionnelle et observeront-ils toutes les recommandations des autorités ?

De tels articles publiés en ligne par les instances de l’anthroposophie me semblent pour le moins inquiétants, tant par les idées ainsi véhiculées que par les comportements induits. Sans doute faudra-t-il réfléchir rapidement, après cette crise, aux risques que les groupes sectaires qui diffusent de tels propos dans le cadre d’une pandémie font courir au reste de la société.

A propos gperra

Professeur de Philosophie
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