L’Académie (anthroposophique) de la Petite Enfance : une idéologie qui peut mettre en danger les enfants !

L’école en pleine nature est un concept à la mode. Les écoles Steiner surfent sur cet engouement. Mais que se cache-t-il derrière une telle pratique apparemment séduisante ?

L’analyse d’une video de l’Academie de la Petite Enfance va nous permettre de le découvrir !

Cathy Seiwert, sous le pseudonyme twitter de CATSA (si c’est bien elle, une erreur de ma part est toujours possible), fait partie des professeurs Steiner-Waldorf proches de la Fédération des écoles du même nom qui, avec une rare violence verbale et une vulgarité impressionnante, produisant des tweets à connotation sexuelle marquée, se sont associés à la campagne de harcèlement et de diffamation lancée depuis plusieurs années à mon encontre.

Elle est également membre de l’Academie de la Petite Enfance, une crèche Steiner située en Alsace, qui milite pour un enseignement plus proche de la Nature.

http://www.academiedelapetiteenfance.com/

Dans des termes beaucoup plus respectueux et avec un vocabulaire châtié qui tranche avec celui qu’elle a pu utiliser dans cet autre contexte, nous la voyons à présent intervenir dans une vidéo YouTube de cette « academie », pour défendre l’idée que la scolarité devrait renouer avec la Nature, par la pratique des balades en forêts, du contact avec la végétation et les éléments, etc.

https://m.youtube.com/watch?v=-nTcPTG0DUY&feature=share

Cette idée s’inscrit dans le boom actuel des écoles dans la forêt et des pédagogies en pleine nature.

Dès les premières minutes de la vidéo, le ton alarmiste est donné : une trop forte sédentarisation serait responsable de l’augmentation de l’obésité, de la myopie et des maladies cardio-vasculaires chez les enfants. Rien de moins ! De nombreuses « études scientifiques » le confirmeraient ! Lesquelles ? La vidéo ne les mentionne pas.

Nous aurions donc perdu un contact avec la Nature qui serait essentiel, non seulement pour notre santé, mais également pour notre épanouissement intérieur et le développement harmonieux des enfants. L’humanité toute entière serait devenue « hors-sol » (autre nom de cette académie), et prendrait le risque de se couper d’elle-même et des forces de l’Univers.

Ce qui est plus gênant, c’est que derrière ce contact apparemment naturel et spontanée des enfants avec la Nature, les pédagogues anthroposophes qui tiennent ce discours imaginent en réalité toute une cosmologie, peuplée de Gnomes, d’Ondines, de Salamandres et de Sylphes, mais aussi de races cosmiques supérieures commes celles des Exusiaïs et des Dynamis.

Le sous-bassement occulte des propos tenus dans la vidéo suinte néanmoins lorsque l’une des intervenante affirme que le contact des enfants avec l’élément de l’Eau ou celui de la Terre leur apporterait « la Paix ». De quelle « Paix » s’agit-il en réalité ? Celle du Christ cosmique, entité sublime venue du Soleil, une sphère creuse selon les anthroposophes, qui depuis la Crucifixion serait devenu le « Maître des éléments », dispensant ainsi Sa « Paix » aux enfants qui entrent en contact avec lui lors de leurs balades organisées en forêt.

Ainsi, ces sorties hors les murs seraient en réalité, dans l’esprit de ces professeurs Steiner-Waldorf, des sortes de communions sacramentelles avec l’Esprit du Christ Cosmique, présent dans les quatre éléments de la Nature. Il aurait juste été honnête de le dire, plutôt que de l’insinuer, les parents ayant le droit de le savoir.

Cathy Seiwert se pense donc probablement elle-même non seulement comme pédagogue, mais également et peut-être même surtout comme une sorte de prêtresse de la Nature auprès des enfants, leur dispensant la communion du Christ cosmique en les amenant faire des tours dans la forêt, ramasser des mousses, déterrer des racines, plonger leurs petites mains dans l’eau et dans la terre, respirer l’air chargé de pollens et de lichens à pleins poumons, etc. Comme si la divine entité solaire pouvait ainsi pénétrer en eux à l’occasion de ces excursions. La photo d’elle-même qu’elle a choisie pour l’une de ses conférences donnée le 11 juin 2020, en robe blanche de vestale de l’antiquité, agenouillée pieusement et regardant le ciel avec vénération, tenant dans ses mains une paquerette comme on apporterait une offrande, semble confirmer cette hypothèse.

À la fin de la vidéo, Cathy Seiwert tient un discours qui mérite toute notre attention. Sous la forme d’un dualisme manichéen, elle oppose en effet la « sécurité extérieure » des enfants à leur « sécurité intérieure », qui leur permettrait de « faire des expériences ».

Une autre intervenante nous dit même, au début de la vidéo, que la surveillance des cours de récréation serait un « besoin des adultes », et non des enfants.

À mon sens, de tels propos méritent d’être relevés, non pas pour leur provenance (ce discours interchangeable est tenu par de nombreux professeurs Steiner-Waldorf), mais parce qu’ils sont sans doute une clef d’explication des nombreux problèmes de sécurité et de non-respect des consignes officielles permettant de la garantir, qui se posent systématiquement, à ma connaissance, dans les écoles Steiner-Waldorf.

En effet, lorsqu’on oppose ainsi artificiellement deux formes de sécurités, l’une extérieure, l’autre intérieure, comme on oppose parfois les deux grandes catégories de l’Être de l’Avoir, du Bien et du Mal, etc., il est normal que l’on en vienne à privilégier l’une au dépend de l’autre.

Or, une telle opposition n’a rien à faire dans le contexte d’une école et d’une scolarité : la sécurité physique et l’intégrité corporelle des enfants doivent être strictement respectées, et surtout pas opposées à une « sécurité intérieure », une « vie de l’âme », qui pourraient être entravées, aux yeux des pédagogues Steiner-Waldorf, par la première.

Au contraire, je pense qu’aucun enfant ne peut développer de sécurité intérieure, ni de confiance en soi, s’il est mis en danger physiquement, si les adultes ne veillent pas scrupuleusement à la préservation de son intégrité physique. Car, n’en déplaise à ces pédagogues Steiner-Waldorf, c’est bien l’enfant qui a besoin que l’on prenne soin de sa sécurité extérieure, et non l’adulte qui satisferait en le faisant l’une de ses angoisses.

Tout séduisant qu’il puisse paraître, surtout pour les citadins en manque d’espaces verts, le discours véhiculé dans cette vidéo de l’Académie de la Petite Enfance, et par les représentants de la pédagogie Steiner-Waldorf en général par ailleurs, me semble bien contenir les germes d’une attitude susceptible de mettre en danger physiquement les enfants confiés aux soins et à la surveillance de tels « pédagogues », précisément parce qu’il introduit dans le champs de la pédagogie des concepts dichotomiques qui sont en réalité d’essence religieuse.

A propos gperra

Professeur de Philosophie
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Un commentaire pour L’Académie (anthroposophique) de la Petite Enfance : une idéologie qui peut mettre en danger les enfants !

  1. Gilles dit :

    Cette tentative permanente des anthroposophes d’inscrire leur demarche dans la Nature est insupportable, elle tient de la manipulation la plus éhontée !!

    Rien de naturel chez Steiner, tout y est spirituel, fantasmatique, magique… La biologie n’a plus qu’à aller se draper de blanc pour avoir droit de cité.

    Ce qui m’agace le plus, c’est de partager avec eux ce constat assez évident d’une déconnexion de nos contemporains de leur environnement « naturel ». Il n’y a qu’à voir le temps qu’on passe à vivre hors les murs quand on est un citadin européen… Nul !
    Et les psycho-pathologies d’être beaucoup plus fréquentes en milieu urbain qu’en milieu rural (noter en contrepoint la détresse connue de beaucoup d’agriculteurs), comme pour indiquer qu’effectivement ce mode de vie hors-sol est difficile à gérer pour nous autres sensibles, et affecte notre bien-être.

    Voir ce constat – très juste à mon sens – détourné pour proposer une centrifugation, une émulsion, une sublimation totales de l’humain au plus loin de son centre d’inertie, de son ontologie, de sa vérité biologique, est ahurissant et révoltant.

    Mais ce paradoxe titanesque semble symptomatique du délire Steinerien…

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