Le problème de l’infiltration de l’Education Nationale par des professeurs Steiner-Waldorf

Un problème sérieux que je n’ai pas encore traité sur mon blog est celui de l’infiltration de l’Education Nationale par certains professeurs Steiner-Waldorf, ou des anthroposophes férus de leur pédagogie, avec des pratiques spécifiques et des conséquences sur les élèves que les parents devraient être en mesure de déceler rapidement et de dénoncer, le cas échéant, auprès des autorités compétentes.

Dans cet article, je voudrais tenter de soulever ce problème et donner quelques pistes pour y faire face.

En effet, il faut savoir que la plupart des personnes qui effectuent leur formation à la pédagogie Steiner-Waldorf, c’est-à-dire qui entrent dans un processus par lequel on va les faire devenir des anthroposophes, ne vont pas toutes enseigner dans les écoles Steiner-Waldorf, ou dans les écoles de cette pédagogie qui dissimulent cependant leur nature en s’associant artificiellement à d’autres pédagogies, comme Freinet et/ou Montessori.

Faute de places dans ces structures, ou parfois par choix personnels où l’aspect financier peut jouer un rôle non negligeable, les salaires de l’Education Nationale étant généralement plus attractifs que ceux des écoles Steiner-Waldorf, certains étudiants de ces « formations » vont faire le choix, une fois « formés », d’intégrer le système public en tentant « d’y introduire des éléments de la pédagogie Steiner-Waldorf », selon une expression que j’ai souvent entendu dans leurs propres bouches.

Pour ma part, ayant fait une bonne partie de ma formation à la pédagogie Steiner-Waldorf, j’ai connu un certain nombres de ces futurs professeurs Steiner-Waldorf qui décidaient de « partir en mission » pour « apporter et appliquer ce qu’ils avaient appris lors de leur formation », malgré « le carcan froid et rigide de l’Education Nationale ». Il s’agissait souvent pour eux, dans leurs esprits, d’apporter aux élèves du public ces « bienfaits de la pédagogie Steiner-Waldorf » pour que les élèves du public « aient eux-aussi la possibilité d’être sauvés au sein même de notre civilisation matérialiste et d’une institution deshumanisante ». En somme, ils partaient en « mission » pour « sauver des âmes d’enfants », au cœur même du « sombre territoire de l’ennemi », un peu comme Frodon entreprenant la traversée du Mordor dans le Seigneur des Anneaux de Tolkien. Ils étaient aussi conscients qu’il leur faudrait, pour cela, « jouer avec les limites du cadre de l’Education Nationale », « ne pas trop se faire repérer » et « savoir parler aux inspecteurs un langage permettant de justifier leurs pratiques tout en donnant l’impression de respecter les directives pédagogiques officielles », quand bien même ce ne serait pas précisément le cas.

Concrètement, cela pouvait se traduire dans la pratique par :

– Le delaissement ou l’abandon de certaines disciplines éveillant la raison au profit de celles favorisant davantage l’imagination et la rêverie ;

– L’introduction de petits rituels de la pédagogie Steiner-Waldorf sans les nommer, comme la « Table des Saisons » (qui est en réalité un culte aux esprits des éléments), ou la « Fête de la Saint Michel », opportunément renommée « Fête du Courage », pour ne pas éveiller les soupçons sur le caractère non laïque de cette cérémonie consistant, en réalité, à rendre un culte à l’entité cosmique de l’archange Michaël, haute divinité des anthroposophes, etc. ;

– L’introduction fréquentes de récits de contes, de mythes et de légendes auprès des enfants, mais racontés de manière à leur donner une signification anthroposophique, en brouillant les frontières entre le Mythe et l’Histoire ;

– L’introduction de chansons spécifiques appartenant au répertoire des écoles Steiner-Waldorf et qui ont pour fonction de diffuser certaines idées anthroposophiques auprès des élèves ;

– L’introduction de pratiques artistiques propres aux écoles Steiner-Waldorf, comme dessin de formes, l’Eurythmie, sans toutefois les nommer telles qu’elles ;

– L’introduction de manières particulières de faire pratiquer certains arts, comme le dessin, la peinture, le théâtre, en respectant les codes de la pédagogie Steiner-Waldorf visant à produire certains états mentaux spécifiques chez les enfants ;

– L’introduction de type de rapports entre le professeur et les élèves qui sont normaux dans le cadre de la pédagogie Steiner-Waldorf (proximité, séduction, emprise), mais qui n’ont pas leur place à l’Education Nationale, où les principes républicains se doivent de garantir le respect de la raison, de l’autonomie et de la faculté critique de l’enfant en devenir ;

– L’introduction de pratiques pédagogiques visant à produire entre l’enfant et le professeur une proximité corporelle excessive, permettant la suggestion et l’emprise, comme les massages corporels, ou des gestes maternels ;

– Le laxisme envers d’éventuelles pratiques de harcèlement entre élèves, ou envers des élèves présentant des handicaps (justifié à leurs yeux par le concept de karma) ;

– Cette liste n’est pas exhaustive, malheureusement.

Comme on peut le constater, elle concerne principalement les structures scolaires comme la Maternelle, le Primaire et le Collège. Mais le problème se pose également parfois dans les Lycées, par exemple avec des professeurs Steiner-Waldorf qui enseignent en tant que professeurs de Français, d’Histoire Géographie, de Philosophie, etc., et en profitent pour diffuser auprès de leurs élèves certaines idées de l’anthroposophie, sans les nommer, où instaurer avec leurs élèves certains types de rapports.

Lorsque je suis moi-même sorti des écoles Steiner-Waldorf en 2007 et que je croyais encore à cette pédagogie et à l’anthroposophie, n’ayant commencé qu’en 2009 mon processus de deconstruction mentale, je me souviens avoir tenté d’introduire dans mes cours de Philosophie à l’Education Nationale des pratiques propres à la pédagogie Steiner-Waldorf, comme la récitation ritualisée de poésies en début de chaque cours (toujours le même poème, récité comme un mantra, en début de chacun de mes cours, comme les pédagogues des écoles Steiner-Waldorf font réciter les « paroles » de Rudolf Steiner chaque matin), des « exercices de méditations » proche des exercices méditatifs des anthroposophes, sous pretexte que les exercices de méditation avaient fait partie de la philosophie autrefois (me refugiant derrière le livre Les Exercices Spirituels, de Pierre Hadot), etc.

Le problème que pose cet entrisme d’enseignants Steiner-Waldorf au sein des structures de l’Education Nationale (maternelles, primaire, collèges, lycées) est non seulement qu’il est totalement incompatible, selon moi, avec les valeurs et les objectifs de l’école de la République, mais qu’il est difficile à repérer, tant par les parents que par les inspecteurs, qui ne connaissent pas les sous-bassements de la pédagogie Steiner-Waldorf et ne soupçonnent pas nécessairement que telle ou telle bizarrerie d’un enseignant, qu’ils seraient amenées à constater, n’est peut-être pas un phénomène isolé, mais s’inscrit dans le cadre d’une démarche ayant une cohérence dissimulée.

Cela pose aussi le problème de la liberté pédagogique, derrière laquelle l’enseignant Steiner-Waldorf, « en mission au sein de l’Education Nationale », ne manque jamais de se retrancher lorsqu’il est repéré.

Pour ma part, je precaunise que l’Education Nationale se dote des moyens de savoir lorsqu’un enseignant qui exerce dans l’une de ses structures possède un passé ou un présent liés à la pédagogie Steiner-Waldorf, d’une manière ou d’une autre (anciens étudiants des formations à la pédagogie Steiner-Waldorf, anciens étudiants du Foyer Michaël, anciens élèves des écoles Steiner-Waldorf, anciens professeurs des écoles Steiner-Waldorf, professeurs convertis à l’anthroposophie, etc.), non pour les leurs reprocher dans le cadre de leurs vies personnelles, chacun étant libre de ses croyances, mais afin de pouvoir plus aisément repérer les pratiques éventuellement déviantes, selon moi, que j’aie énumérées, afin de pouvoir rapidement en protéger les élèves.

Soyons clairs : tout les anthroposophes ni les professeurs Steiner-Waldorf qui enseignent dans l’Education Nationale ne franchissent pas nécessairement cette ligne rouge consistant à introduire leurs convictions et leurs pratiques anthroposophiques/Steiner-Waldorf au sein de leur activité professionnelle. Mais l’anthroposophie étant une religion qui ignore elle-même en être une, ses adeptes ont une forte propension au prosélytisme, du fait même qu’ils n’ont pas conscience d’être des croyants de la religion anthroposophique. C’est pourquoi il est nécessaire d’être vigilant en amont.

Bien sûr, cette disposition nécessitera sans doute une évolution des dispositions législatives relatives aux pratiques enseignantes, celles qui existent actuellement étant à mon sens insuffisantes. Il faudrait aussi que l’Education Nationale, peut-être à travers la MPPS, se lance dans une formation à grande échelle de ses personnels de direction et chefs d’établissements, afin que ceux-ci soient mieux à même de repérer les comportements suspects qui donneraient à penser que certains enseignants introduisent subrepticement des éléments de la pédagogie Steiner-Waldorf dans leurs écoles.

Ce chantier est vaste. Nous ne faisons ici qu’en poser les prémisses. Mais il devra un jour ou l’autre être entrepris.

A propos gperra

Professeur de Philosophie
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