Eutonie et Anthroposophie

L eutonie : définition et pratique

L’eutonie est une technique de médecine non conventionnelle très en vogue actuellement. Elle est notamment plébiscitée par le milieu de la maïeutique et recommandée aux femmes enceintes, notamment pour la rééducation du périnée. On la propose souvent également pour traiter les douleurs musculaires et articulaires, comme par exemple, le mal au dos ou aux cervicales, mais aussi les mauvaises postures, en particulier avec l’utilisation des ordinateur et des téléphones portables. Elle cible de surcroît les personnes attenantes de dépression et d’anxiété, mais aussi les personnes handicapées, leur proposant une sorte de sport doux qui serait adapté à leur déficience motrice. Elle se présente enfin comme une technique de relaxation, comparable au Yoga ou à la Sophrologie.

Ce que l’on sait moins, c’est que l’Euronie est directement issue de l’Anthroposophie et qu’elle est un moyen subtil de répandre cette doctrine et cette mouvance sectaire. En effet, Gerda Alexander, la créatrice de l’Eutonie, était une anthroposophe danoise, membre de la Société Anthroposophique de ce pays :

https://t.co/GQrEjCpHQP

En France, la principale formatrice en Gymnastique Bothmer, Jessica Delage, enseigne conjointement l’Eutonie, l’Eurythmie et la Gymnastique Bothmer.

Par ailleurs, l’Eutonie porte la marque de fabrique de l’anthroposophie, consistant à nommer des disciplines inventées par Rudolf Steiner et ses successeurs avec un vocabulaire emprunté au Grec ancien :

  • Anthroposophie ;
  • Biodynamie ;
  • Eurythmie ;
  • Etc.

On pourrait être tenté de se dire que ce n’est pas parce qu’une discipline a été inventée par une anthroposophe qu’elle serait encore connectée à l’anthroposophie, ou qu’elle vehiculerait ses idées. La question se pose en effet avec l’Eutonie qui, au contraire de l’Eurythmie ou de la Gymnastique Bothmer, est extrêmement discrète sur ses origines anthroposophiques, surtout lorsqu’elle se répand dans le milieu de la maïeutique. On pourrait aussi être tenté de se dire que cette pratique aurait pu en quelque sorte se « laïciser » en l’espace d’un siècle.

Pour ma part, je pense au contraire que l’Eutonie fait partie des techniques des anthroposophes pour s’infiltrer dans la société et gagner de nouveaux adeptes. L’anthroposophie est en effet très habile pour créer des activités pour lesquelles il est difficile de remonter à la source, qui ont néanmoins une racine anthroposophique cachée et qui va peu à peu imprégner l’esprit de ceux qui la dispensent (les enseignants, pas nécessairement anthroposophes au départ), mais aussi de ceux qui la reçoivent (les patients). En effet, la nature anthroposophique de l’Eutonie est à mon sens quelque chose que l’on révélera progressivement à ceux qui s’y engagent.

Je précise que je parle de l’Eutonie pour l’avoir pratiquée moi-même lorsque j’étais anthroposophe, notamment lors de stages dispensés par Jessie Delage dans les locaux de la Société Anthroposophique en France, conjointement à la pratique de la Gymnastique Bothmer.

Comment l’Eutonie transmet-elle l’Anthroposophie aux patients qui la pratiquent ?

L’anthroposophie n’est pas seulement une doctrine, ni un mouvement culturel et économique qui se repand insidieusement via les écoles Steiner-Waldorf, la NEF, la Biodynamie, Weleda, etc. C’est aussi et peut-être surtout un certain rapport de l’être humain à son propre corps.

Pour le décrire de manière sommaire, je dirais qu’il s’agit d’une sorte de rapport distendu à son existence corporelle (ce n’est pas pour rien que Rudolf Steiner déconseillait formellement à ses adeptes la pratique de la Gymnastique, qu’il considérait comme une barbarie). Ce rapport distendu s’accompagne cependant d’une manière de porter son attention à certaines sensations afin d’en exagérer la signification, se laissant envahir par leur contenu, qui est comme démultiplié dans la conscience.

C’est d’ailleurs, si l’on y regarde de près, ce qu’il y a de directement commun entre l’Eurythmie, l’Eutonie et la Gymnastique Bothmer. Lorsqu’on les pratique, il est demandé de procéder à une sorte de sur-attention au corps et à certaines de ses sensations, qui sont ainsi comme magnifiées, chargées d’une signification thérapeutiques ou autres (spirituelle, psychologique, etc.) qu’elles n’ont pas dans la réalité. Ceci va avoir, sur le long terme, l’effet d’enfermer en quelque sorte le pratiquant dans le narcissisme de son propre vécu corporel divinisé.

Il s’agit en même temps un refus de la conception mécanique et sportive du corps, perçu comme « materialiste ».

Il y a donc bien une idéologie anthroposophique derrière l’Eutonie. Je dirais même que celle-ci vehicule insidieusement un mode d’être et de vie anthroposophique, à la fois planant et surestimant ses propres sensations corporelles, que le pratiquant va adopter sans s’en rendre compte. Dans cet état, il est également plus facile de transmettre tout ou partie de la doctrine, le cerveau étant en quelque sorte aussi ramolli que le corps.

C’est pourquoi il me semblait nécessaire d’alerter à ce sujet, d’autant que cette information n’est pas disponible facilement et que l’Eutonie est très fréquemment proposée aux femmes qui viennent d’accoucher et qui ont besoin d’une rééducation du périnée, c’est-à-dire qui se trouve dans un état de bouleversement émotionnel et physiologique qui peut faire d’elles des proies faciles pour cette dérive sectaire qu’est l’anthroposophie.

Grégoire Perra

A propos gperra

Professeur de Philosophie
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