La ferme biodynamique de Mme Nyssen

Dans un long et remarquable article publié sur un site WordPress dont nous donnons ici le lien, un bloggeur consciencieux et méthodique a pris la peine de dénoncer méticuleusement la supercherie anthroposophique de la méthode biodynamique, dont trop souvent les médias actuels font la promotion sans prendre la peine d’aller voir ce qu’il y a derrière, c’est-à-dire l’Anthroposophie de Rudolf Steiner.

Or, depuis quelques années, la directrice des Éditions Actes Sud et actuelle Ministre de la Culture a ouvert ce qu’elle appelle « un centre de recherche », visiblement en lien avec la Biodynamie de Rudolf Steiner, même si le nom a été masqué par d’autres appellations moins susceptibles de soulever de polémiques. Mais comme le montre l’auteur du blog, les seuls noms des dirigeants et partenaires de cette institution, lesquels sont des grands pontes de la Biodynamie et de l’Anthroposophie en France, montre que ce centre est bel et bien connecté à la Biodynamie.

Plus grave encore, ce centre de recherche semble entretenir des liens étroits avec l’Ecole du Domaine du Possible, où sont scolarisés de nombreux enfants, lesquels sont amenés par divers biais (comme des stages) à entrer en contact approfondi avec cette institution et l’idéologie anthroposophique qui la sous-tend. Si bien que l’on peut légitimement se demander si il ne s’agit pas là d’un moyen subtil pour endoctriner les élèves de l’école du Domaine du Possible à l’Anthroposophie.

En effet, comme je le raconte dans Ma vie chez les anthroposophes, les stages des élèves des écoles Steiner-Waldorf dans les fermes biodynamiques est un moyen systématiquement utilisé par les pédagogues de ces écoles pour opérer chez de nombreux élèves une conversation consciente à l’Anthroposophie.  Pour ma part, ce fut à l’occasion de l’un de ces stages dit « agricole » que se produisit dans ma vie une conversion quasi mystique à l’Anthroposophie, à l’âge de 15 ans, conversion qui avait été préparée bien en amont par ma scolarité Steiner-Waldorf.

C’est pourquoi nous recommandons vivement la lecture intégrale de l’article dont nous avons donné le lien et dont nous produisons ci-dessous l’extrait concernant les liens entre ce centre de recherche et l’Ecole du Domaine du Possible.

 

                                       Grégoire Perra

 

 

« Un centre de recherche s’est ouvert à la ferme du Domaine des Possibles, La Volpelière, en lien avec l’école privée de ce nom, ouverte par Mme Nyssen, l’éditrice bien connue d’Actes-Sud, devenue Ministre de la Culture du gouvernement Macron.

« L’université Domaine du Possible se trouvera sur un site comprenant 120 hectares de terres cultivables et des locaux récents dont certains accueillent déjà une école (106 élèves de la maternelle au lycée). Ce site au sud-est d’Arles se destine à :

– accueillir des formations afin de favoriser une diffusion plus large de l’agroécologie (permaculture, agroforesterie, etc.).

– accueillir des programmes de recherches portant sur la généralisation des méthodes de l’agroécologie. La surface importante permettra aux gérants de “grands” domaines de trouver ici des solutions pour adopter de nouvelles pratiques à leur échelle.

« La taille importante de Volpelière est une opportunité pour aider l’agroécologie à changer d’échelle : aujourd’hui elle est essentiellement pratiquée sur de petites surfaces et les propriétaires de grandes cultures conventionnelles qui souhaitent se convertir et pratiquer la polyculture élevage, ont peu ou pas de source d’inspiration correspondant à leur taille. Nous accueillerons donc “en résidence” les expériences de laboratoires et les chercheurs qui ont besoin d’une telle surface. L’université deviendra également un lieu d’échanges (colloques, rencontres etc…), un forum pour les chercheurs, les étudiants.
Le site accueillera également des organismes de formation pour adultes (grand public ou professionnels) pour tenir leurs sessions. Les locaux déjà disponibles sont adaptés à l’accueil de tels groupes.

École et université : un ensemble »

Chaque formation/recherche/événement sera une opportunité de découverte pour les élèves de l’école. Cette dernière sera également approvisionnée par les terres de Volpelière, dans une démarche d’autosuffisance alimentaire du site (université et école) et de vente en circuits courts. Nous souhaitons aussi que d’autres écoles, d’autres collectivités, d’autres visiteurs puissent à terme profiter du site et découvrir l’agroécologie. »

Mais la biodynamie est-elle concernée ?

Il semble bien qu’initialement le texte d’explicitation du terme « d’agro-écologie » ait ajouté à la suite de « permaculture, agroforesterie », le mot de biodynamie.

Ce qui ne serait pas surprenant puis que Actes-Sud vient de ré-éditer l’ouvrage de Pfeiffer, texte fondateur de la biodynamie après R.Steiner, et père des méthodes globales vitalistes citées plus haut. D’autant plus que le directeur de l’école, Henri Dahan étant un anthroposophe, ne pouvait ignorer la biodynamie.

Peut-être s’agissait-il d’une certaine prudence à l’égard des critiques malveillantes de certains

Quoi qu’il en soit, l’entreprise s’est entourée de « personnes sources », parmi lesquelles figurent les plus importants défenseurs de la bio-dynamie, en particulier

Xavier FLORIN, qui depuis 1988, est coordinateur du Mouvement de l’Agriculture Bio-Dynamique ; il est formateur, conférencier et écrivain et également co-rédacteur de la revue Biodynamis.

Depuis 2010, il est codirecteur de la Section d’Agriculture de l’Université libre de science spirituelle du Gœtheanum (Dornach- Suisse), qui est le centre même de la pieuvre anthroposophique.

C’est lui qui a répondu à Michel Onfray, dont le livre « Cosmos » avait moqué la viticulture biodynamique et ridiculisé le « fumier spirituel » des anthroposophes. Il a préfacé la ré-édition de Pfeiffer.

RENÉ BECKER, qui est formateur en biodynamie et intervient auprès des paysans pour partager ses connaissances pratiques en biodynamie.

JACQUES CAPLAT, qui est agronome et ethnologue, et a publié chez Actes-Sud « L’agriculture biologique pour nourrir l’humanité, Démonstration », ouvrage dans lequel il se montre très favorable à la biodynamie sans en souligner les aspects ésotériques, tout au plus constate-t-il que ces pratiques « ont pu être taxées de mysticisme ». Ce dont il les en défend, au motif qu’elles s’appuient sur des des repères et sur une shématisation du monde » (comme les rites républicains du mariage, ajoute-t-il !). Selon lui, « évacuer cette dimension n’est pas faire preuve d’objectivité mais simplement se placer dans le déni de nos propres rituels ».

Claude et Lydia BOURGUIGNON enfin. Selon une interview de M. Bourguignon, celui-ci se déclare « époustouflé » par la biodynamie, et trouve ses résultats « hallucinants », même si « les préparations biodynamiques font plus penser à des grimoires médiévaux de recettes de sorcellerie qu’à de la science propre. »(…)« C’est carrément de la sorcellerie du Moyen-Age. Ou d’antiques connaissances, d’anciennes sciences de la nature. Et ensuite ce qui est hallucinant, c’est le résultat.  La bouse de cornes au microscope c’est hallucinant ce que cela peut entretenir comme vie microbienne ! Or, normalement, dans la bouse de vache il n’y a pas grand chose ».

VOILA POUR M. Bourguignon l’occasion de réaliser le rêve, qu’il avait renoncé à réaliser : « je ne peux pas mesurer les activités de la biodynamie. Si j’étais à la tête d’un Institut, je ferais faire des expériences pour voir ce qu’il y a derrière cela. Avec une vision scientifique ».

L’OCCASION AUSSI pour les ambitions des anthroposophes de se trouver  « au pied du mur »

Dans son centre de recherches, La Ministre de la Culture a toutes possibilités de faire sortir la biodynamie de son ésotérisme médiéval, en faisant les expériences nécessaires pour voir ce qu’il y a derrière cela.

D’autant plus qu’elle ne pourra laisser les anthroposophes développer de telles pratiques, devant les enfants qui lui sont confiés, pour les quels « Chaque formation/recherche/événement sera une opportunité de découverte…».

Car l’objectif anthroposophique révélé par la science spirituelle est clair « La biodynamie ne peut pas se résumer à une accumulation de pratiques ou de mesures agronomiques. Il s’agit également d’aiguiser son sens de l’observation selon la méthode gœthéenne et de créer une relation intime avec son jardin et tout son environnement. Cela exige un grand bouleversement, nécessite l’adhésion de tout l’individu et demande une transformation de la manière de voir les faits de la vie. Cela semble à priori une lourde tâche, mais commencer à agir avec l’utilisation des préparations biodynamiques représente un grand pas vers ce changement ».

Faut-il rappeler que la pensée gœthéenne, qui a inspire Steiner et son anthroposophie ésotérique, est la négation de notre culture scientifique, par la primauté qu’elle accorde aux sens sur la pensée, et à la forme sur l’observation critique du réel ? : « Les sens ne trompent pas, c’est le jugement qui trompe. » (*) En effet, on parle souvent d’illusion des sens, mais en fait c’est la pensée, le jugement, qui se laissent tromper, pas les sens. Et il ajoute : «les faits seuls sont la doctrine (ou l’enseignement) ». Selon lui : « L’homme est suffisamment équipé pour tous les vrais besoins terrestres, s’il fait confiance à ses sens et les développent de manière telle qu’ils restent dignes de confiance ». (**) Il va même plus loin, refusant tout modèle explicatif, forcément réducteur : « L’homme en lui-même, dans la mesure où il fait usage de ses sens sains, est l’appareil physique le plus grand et le plus exact qui puisse exister… »(***)

N’est-il pas temps que les éventuelles découvertes de la biodynamie se libèrent de la « science-spirituelle », pour devenir tout simplement …scientifiques ?

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A propos gperra

Professeur de Philosophie
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