Ecoles Steiner-Waldorf et respect du droit du travail

Le passage ci-dessous est extrait de mon article intitulé Extraits édifiants des Conseils de Rudolf Steiner aux professeurs de la première école de Stuttgart. Il m’a semblé utile s’en proposer une republication isolée, en ce qu’il éclaire de façon singulière l’origine de l’irrespect du droit du travail que l’on peut rencontrer dans les écoles Steiner-Waldorf, et les formes de dérives en tout genre qui peuvent en découler. Cette origine se trouve dans certaines consignes de gestion des écoles que Rudolf Steiner a lui-même donné à ses disciples-pédagogues :

« – Rudolf Steiner : Au sein du corps des professeurs, nous devons toujours retenir que nous, les hommes, ne sommes pas là pour nous-mêmes, mais pour réaliser les plans divins sur le monde. Gardons en conscience le fait que, lorsque nous accomplissons telle ou telle chose, nous réalisons en fait  les intentions des dieux, que nous sommes, en quelque sorte, les réceptacles destinés à réaliser les courants qui viennent d’en haut et veulent devenir réalité dans le monde ; ne cessons à aucun instant de ressentir tout le sérieux et tout le caractère sacré de notre tâche. » (Extrait page 132)

Cette admonestation de Rudolf Steiner révèle sans ambiguïté possible que la soit-disant « méthode pédagogique Waldorf » est surtout une affaire de religion et non de pédagogie. Les pédagogues sont au service des dieux ! Enseigner dans une école Steiner-Waldorf est un sacerdoce panthéiste. Nous sommes ici dans une démarche d’ordre cultuelle, pas dans l’optique d’une pédagogie innovante qui se fonderait sur une exploration anthropologique. Quand la Fédération des Écoles Steiner-Waldorf continue de présenter ses écoles et sa pédagogie comme elle le fait encore aujourd’hui, elle ment, elle dissimule le caractère religieux et missionnaire de son entreprise, que les paroles de Steiner dévoilent pourtant clairement.

Les mots employés sont forts : le pédagogue Steiner-Waldorf est un « réceptacle ». Il ne doit « pas être là pour lui-même » ! Cette phrase est sans doute l’une de celle qui aura eu le plus d’effets malsains sur le long terme : elle est responsable du fait que les pédagogues d’une école Steiner-Waldorf doivent se donner corps et âmes à leur institution, ne plus penser à eux-mêmes pour s’offrir totalement à la collectivité. Les dégâts d’une telle attitude sont parfois effroyables : épuisement progressif du corps enseignant, disparition de la vie privée de ces derniers au profit de la « vie de l’école », avec toutes les répercussions que cela entraîne. Car il est absolument essentiel de savoir ne pas se perdre ni s’oublier soi-même dans son métier, surtout lorsque l’on est enseignant. Contrairement à ce que dit Rudolf Steiner, il faut avoir une vie privée, il faut savoir aussi être égoïste ! Le droit du travail, fruit des luttes syndicales du XXème siècle, vise précisément à protéger le salarié d’un investissement excessif dans son travail, qu’il soit volontaire ou contraint. Car ce type d’investissement l’amènerait à s’oublier lui-même et à ne plus faire attention à sa propre santé, tant physique que mentale. En outre, l’état d’épuisement conduit bien souvent à ne plus savoir évaluer proprement les risques et les dangers. Demander aux enseignants de disparaître dans leur travail au point de n’être plus qu’un « réceptacle des dieux » est une consigne d’ordre sectaire, pas un programme pédagogique. Il s’agit de quelque chose de dangereux, tant sur le plan de la santé que des répercussions possibles sur le rapport de l’enseignant aux élèves. Comment s’étonner ensuite que l’on trouve fréquemment, dans ces écoles, des enseignants qui reçoivent des salaires bien inférieurs aux heures qu’ils ont réellement effectuées, en dépit de toutes les consignes des conventions collectives et du droit élémentaire du travail ? Comment s’étonner également de ce que bon nombre d’écoles Steiner, dont les plus importantes en France, n’aient même pas signé de convention collective ? Comment s’étonner enfin de ce que l’on trouve tant d’enseignants qui finissent leurs carrières en mauvaise santé, ou complètement épuisés, aigris, détruits, usés par les « longues nuits sans sommeil » ? Ou qui auront parfois nouées des relations problématiques ou illicites avec des élèves, faute d’avoir su conserver en dehors de l’école une vie personnelle qui les aurait préservé de ce genre de tentation ? Une telle consigne de Rudolf Steiner pousse vers l’illégalité. Or elle n’est pas un simple mot d’ordre du fondateur, mais détermine bel et bien un état d’esprit, une ambiance, qui est celle de la collectivité enseignante de ces écoles. En effet, lorsque vous y travaillez, il est très mal vu de vouloir préserver sa vie privée. Celui qui persistera dans cette optique le paiera cher, car il enfreint (parfois sans le savoir) un dogme anthroposophique. Pour l’heure, il y a eu à ma connaissance très peu de conflits ayant débouché sur des règlements prud’homaux, en raison de l’emprise psychologique que ces écoles parviennent à conserver sur ceux qui ont travaillé en leur sein. Jusqu’à leur faire oublier ou négliger leurs droits ! Mais avec l’arrivée d’une génération d’enseignants qui sera moins prête à entrer dans la logique du sacrifice qui a été celle de ses aînés, les choses pourraient bien changer. Bien qu’aveuglés par la doctrine anthroposophique et embrigadés lors de leur formation pédagogique, les jeunes enseignants des écoles Steiner-Waldorf, édifiés par le spectacle du naufrage de leurs collègues plus âgés, refuseront sans doute d’aller aussi loin dans l’abandon de leurs vies personnelles au profit des « dieux », de la « pédagogie » ou de quelque impératif idéaliste qu’on ne manquera pas de leur présenter dans le cadre de l’anthroposophie. C’est du moins tout le bien que l’on puisse leur souhaiter, même si le risque n’est pas mince qu’ils deviennent les cibles des pédagogues anthroposophes purs et durs, bien souvent membres des collèges de direction, qui tenteront coûte que coûte d’imposer leur manière de voir et de vivre.

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Professeur de Philosophie
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