Le Stockmeyer : enseigner la Chimie anthroposophique d’Eugen Kolisko dans les écoles Steiner-Waldorf

Poursuivons notre lecture du Stockmeyer, le livre de base très secret de la pédagogie Steiner-Waldorf. A la page 235, dans le cadre des indications générales concernant l’enseignement de la Physique et de la Chimie dans les écoles Steiner-Waldorf, Rudolf Steiner explique à ses disciples pédagogues que l’objectif des ecoles Steiner-Waldorf est d’enseigner une Chimie spécifique, qui refuse la distinction entre la Chimie organique et la Chimie inorganique :

« En tant qu’objet de connaissance, la chimie est sans aucun doute plus étrangère au jeune être humain que la physique, parce qu’elle se saisit plus profondément de son organisme que cette dernière. Les processus chimiques que nous observons dans nos laboratoires ne s’arrêtent pas devant l’existence physique de l’homme, ils désagrègent cette existence si on ne les en empêche pas. Nous ne pouvons pas connaître et comprendre la chimie si nous n’apprenons pas à donner sa juste valeur au fait que la frontière de la peau ne l’arrête pas, si nous n’observons pas, plus avant, que les éléments chimiques introduits dans l’organisme sont soumis à une réaction de celui-ci, qui les transforme pour qu’ils puissent lui être intégrés, sauf si sa propre action est trop forte. Face à l’action des forces chimiques, on peut avoir l’impression que le sol bouge sous nos pieds, parce qu’elles dissolvent en liquide l’élément solide sur lequel nous sommes habitués à nous tenir, conformément à notre disposition naturelle. Un degré d’objectivité plus élevé que pour les débutsde la physique fait partie des conditions préalables à l’enseignement de la chimie ; la première a davantage à faire avec ce qui est mort, la seconde agit directement dans le vivant. À partir de là, on peut comprendre pourquoi Steiner place le début de la chimie un an après celui de la physique. Le premier à avoir élaboré un enseignement conséquent de la chimie à partir des données et des propositions de Steiner est certainement Eugen Kolisko, professeur à l’école Waldorf de Stuttgart, et son premier médecin scolaire. Steiner parle en ce sens de son implication pour cette matière: «Représentez-vous la chimie de Kolisko mise en œuvre; elle est inconcevable pour un chimiste d’aujourd’hui. Vous pouvez avoir la faculté de la comprendre jusqu’à dix-huit, dix-neuf ans, jusqu’à la fin du cycle lunaire. La même position de la lune se reproduit après dix-huit, dix-neuf ans. Il faut être arrivé à cette période pour pouvoir comprendre certaines notions… Un chimiste ne peut comprendre la chimie de Kolisko avec la formation actuelle. Il n’a pas les concepts nécessaires. Nous voudrions atteindre cet objectif : que nos élèves puissent la comprendre. Mais nous ne pouvons pas réaliser cela si nous sommes dans l’obligation de contribuer au délabrement du cerveau comme le fait aujourd’hui l’enseignement tout entier*.» 25 avril 1923. Le lecteur se reportera au chapitre sur l’examen en fin de 12e. Les travaux d’Eugen Kolisko seront l’objet d’une publication, malheureusement restée sans suite, dans son ouvrage Le Premier Enseignement de la chimie. Vers 1930, il y aura des luttes intenses au sujet de cet écrit. Il faudrait le considérer comme le premier et très courageux essai de mettre sur pieds un enseignement de la chimie vraiment nouveau et réalisant les exigences de Steiner. Nous trouvons dans les indications pour la 11e classe, le 21 juin 1922, la phrase suivante: «Nous ne voulons guère tenir compte de la distinction traditionnelle entre chimie minérale et chimie organique.»Même si cette phrase est prononcée en lien avec la 11e classe, elle vaut pour toute la conception de la chimie. Les objectifs de toutes les classes manifestent –plus ou moins clairement– cette tendance. D’où sa mise en exergue. » pages 235, 236 et 237

Non seulement l’anthroposophie a ses propres arts, comme l’Eurythmie, mais elle a également ses propres sciences. Elle a notamment, avec Eugen Kolisko, sa propre chimie. Et c’est cette chimie que les écoles Steiner-Waldorf se donnent pour objectif d’enseigner.

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