Le Stockmeyer : les garçons font de la mécanique, les filles font du tissage

Poursuivons notre lecture du Stockmeyer, le livre de base très secret de la pédagogie Steiner-Waldorf. À la page 255, dans le cadre des indications générales concernant ma formation professionnelle dans les écoles Steiner-Waldorf, Rudolf Steiner explique à ses disciples pédagogues quelle doit être la répartition des activités en fonction des genres dans les grandes classes de l’école Steiner-Waldorf :

« En 7e et 8e classes, les objectifs en étude du milieu sont placés en géographie, en 9e principalement en physique; en 10e par contre, ils apparaissent comme matière en soi. La cinquième conférence du cycle de Stuttgart en 1921, après avoir parlé des différence dans l’évolution des garçons et des filles au début de la puberté, dit ceci: «Mais, au fond, il est important qu’à cet âge on passe à une approche extérieure de la vie. Et, pour nous, c’est tout particulièrement important : nous allons à présent ouvrir la l0e classe. II nous faut aussi introduire dans l’enseignement ce qui permet de concilier le subjectif et l’objectif.» Et un peu plus tard: «Nous devrions, justement à cet âge, introduire dans le planscolaire ce qui donne au jeune homme la notion de ce qui est “pratique”, de ce qui le met en relation avec le monde extérieur. C’est pourquoi, dans notre plan pour la l0e, nous allons faire la chose suivante, nous allons nous dire: à cet âge, pour tenir compte du social d’une façon juste, il faut avoir les garçons et les filles ensemble; et pourtant il faut faire une différence au niveau du travail. Mais nous ne devons pas séparer les garçons des jeunes filles. Les garçons doivent voir ce que font les jeunes filles, même s’ils ne participent pas à leur activité, et les jeunes filles doivent voir ce que font les garçons: socialement, ils doivent tous deux rester en communication. Mais nous devons aussi introduire, outre ce qui fait jaillir la pensée de la tête, ce qui fait appel à la mobilité intérieure de la main, même si ce n’est que l’objet d’un enseignement, même si cela reste un peu théorique. II faut précisément qu’il y ait une théorie au-dessus de la pratique. Aussi est-il nécessaire, pour que les garçons de cet âge reçoivent ce qui leur convient, que nous fassions avec eux de la mécanique. Pas seulement de la mécanique théorique, comme nous en faisons en physique, mais de la mécanique pratique, permettant par la suite de construire des machines. Les premiers éléments de la mécanique technique doivent figurer dans notre plan scolaire. Pour les jeunes filles, nous devons faire en sorte qu’elles acquièrent des représentations claires de l’habileté manuelle grâce au filage et au tissage. La jeune fille doit apprendre à filer et tisser avec intelligence, doit apprendre comment se font les fils et les tissus; doit savoir ce que cela signifie quand on dit: “Voici une étoffe; elle a été fabriquée par des procédés mécaniques.” La jeune fille doit être initiée aux modes de production techniques, elle doit se familiariser avec eux. C’est de son âge. Le jeune garçon doit d’autre part –même s’il en reste aux rudiments, pour autant que c’est utile à la compréhension de la chose– il doit à cet âge recevoir des notions élémentaires d’arpentage et de dessin de situation. Le jeune garçon doit être en mesure de simplement dessiner, sur le plan de situation, un pâturage ou une forêt de feuillus. Le jeune garçon doit recevoir à cet âge ses premières notions d’arpentage et de dessin de situation.Quant à la jeune fille, elle doit recevoir ses premières notions de secourisme, d’hygiène, sur la façon dont on fait un bandage ou un pansement. Les deux sexes doivent prendre part aux deux. Il faut donc apprendre le filage, le tissage, le secourisme à la jeune fille ; pour le garçon, le moment viendra plus tard. Et les jeunes filles doivent de leur côté voir comment les garçons peuvent manier les instruments de nivellement. C’est une chose que nous pouvons déjà faire à L’école Waldorf, de mesurer une différence de niveau et d’établir un petit plan de situation au-dessus d’un domaine déterminé. Bref, il faut éveiller tout ce qui permet à l’homme de comprendre ce qui, de fait, doit arriver dans la vie si l’on veut que la vie continue. Sans cela, l’homme vit en réalité toujours dans un milieu qui lui est inconnu.» Puis Steiner évoque encore une fois le sens de ces choses comme il l’a fait dans les conférences sur la pédagogie populaire, et dit: «Il y a encore une chose dont il faut tenir compte : si l’on apprend aussi en professionnel, par exemple l’arpentage, le nivellement, c’est au plus tôt je pense à dix-neuf, vingt ans qu’on l’apprend; on n’a aujourd’hui pas moindre occasion de s’instruire plus tôt d’une façon élémentaire sur le.nivellement ou l’arpentage, sur le maniement d’un jalon, et ainsi de suite; cela, on ne connaît pas du tout –oui, c’est tout autre chose, pour la vie entière, si l’on a fait ces choses à quinze ans, étant adolescent, ou si on ne les aborde qu’à dix-neuf ou vingt ans. À dix-neuf, vingt ans, cela s’imprime plus comme quelque chose d’extérieur que lorsqu’on l’a fait à l’âge de quinze ans. À ce moment-là, cela ne fait qu’un avec l’esprit humain, si bien qu’on le possède vraiment comme une propriété personnelle, pas seulement comme appartenant à sa profession. Il en va de même pour les choses élémentaires de la mécanique, et aussi pour celles que j’ai indiquées pour l’éducation des filles.» pages 255, 256 et 257

Les filles doivent apprendre à filer et à tisser, les garçons doivent apprendre la mécanique. Comme dans La belle au bois dormant ? Quelle ouverture d’esprit pour son temps ce Steiner !

Le problème est que ces indications ne sont pas seulement l’expression d’une époque, mais des conceptions issues de la doctrine anthroposophique, qui conçoit effectivement une différence de nature entre le sexe masculin et le sexe féminin. Il suffit de lire à ce sujet tout ce que Steiner dit sur la manière dont, selon lui, le fait d’être incarné dans un corps masculin ou féminin déterminerait radicalement la manière de penser.

À ma connaissance, c’est avec ce regard de Rudolf Steiner que les pédagogues Steiner-Waldorf aujourd’hui encore considèrent les aptitudes respectives des garçons et des filles dans le cadre scolaire, ce qui est une négation de l’universalité de l’esprit humain.

NB : Les commentaires que nous faisons ici n’engagent que notre propre opinion, nourri de notre propre vécu et de nos réflexions sur les écoles Steiner-Waldorf : ils ne prétendent pas enoncer des vérités absolus.

La publication de larges extraits du Stockmeyer est rendu nécessaire par le fait que ce texte pourtant fondamental de la pédagogie Steiner-Waldorf est très peu connu alors que ce devrait être un droit des parents qui souhaitent mettre ou qui ont mis leurs enfants dans une école Steiner-Waldorf d’y avoir accès pour que leur choix puisse être éclairé. Il est également nécessaire d’en publier de longs passages en raison de fait que les représentants des écoles Steiner-Waldorf accusent facilement et à tort, y compris par le biais de procédures judiciaires ou lors de celles-ci, de decontextualiser ou de déformer les citations que nous faisons des écrits de Rudolf Steiner : de larges extraits montreront clairement toute la pensée de Steiner et tout le contexte dans laquelle certaines de ses affirmations plus que problématiques se déploient.

Nos écrits ne visent nullement à porter tort à qui que ce soit, ni aux personnes qui appartiennent au mouvement anthroposophique, ni aux professeurs qui enseignent dans les écoles Steiner-Waldorf, ni aux enfants et aux parents d’élèves de celles-ci. Ils visent faire toute la lumière sur des pratiques pédagogiques dont les fondements sont méconnus car cachés au grand public et dont les effets nous semblent relever de la dérive sectaire.

Les écoles Steiner-Waldorf et leurs représentants disposent de larges moyens de communication pour vanter les mérites de leurs pratiques ou pour contester leurs détracteurs, voire même pour les calomnier et les diffamer quand elles sont à cours d’arguments, comme c’est le cas actuellement pour moi, et comme ce fut le cas pour d’autres personnes dans le monde. Ce phénomène n’est pas nouveau et ne fait que révéler la nature de ceux qui ont recours à ces méthodes honteuses. Dans l’intérêt du public, nous entendons néanmoins faire-valoir notre droit à émettre notre opinion et à la liberté d’expression.

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