La nouvelle stratégie Steiner-Waldorf et le prototype du Domaine du Possible

Dans un précédent article, j’ai commenté sous un certain angle la transcription d’un colloque qui a dernièrement réuni trois acteurs : les directeurs de la Maison d’édition Actes Sud (Françoise Nyssen et Jean-Paul Capitani), un membre du Comité Directeur de la Société Anthroposophique Universelle (Bodo von Plato), les deux directeurs de l’école du Domaine du Possible à Arles (Henri et Praxede Dahan) et le Président du Mouvement d’Agriculture Biodynamique (Jean-Michel Florin). Ces discussions sont en effet disponibles dans le numéro de septembre-novembre des Nouvelles de la Société Anthroposophique en France, Partir du point zéro (Article paru dans DasGoetheanum, n°31-32, juillet 2015. Adaptation française : Aurélie Bourdot).

Un changement de stratégie décidé en haut lieu

Je souhaite à présent revenir sur cette publication, qui me semble être de la première importance pour tous ceux qui, peu nombreux hélas, ont à coeur de lutter contre le phénomène sectaire, ainsi que pour les institutions qui sont encore à leur écoute. En effet, cet article, destiné normallement aux seuls membres de la Société Anthroposophique, nous dévoile les vrais motifs qui  président à la création de l’école du Domaine du Possible, pour peu que l’on sache décrypter le langage codé des anthroposophes, ce que les trentes années de fréquentation de leur milieu me permettent aujourd’hui de faire. Or il apparaît que les anthroposophes ont décidé en haut lieu un changement radical de stratégie en ce qui concerne les écoles Steiner-Waldorf, c’est-à-dire l’un de leurs meilleurs outils de propagation de la doctrine anthroposophique dans le monde. Bodo von Plato dit lui même que ce qui est en train d’être mis en place à Arles à travers l’école du Domaine du Possible est d’une importance majeure pour le mouvement des écoles Steiner-Waldorf tout entier :

« C’est un pas en avant par rapport à la tradition Waldorf, qui a d’abord dû confectionner son propre monde, sa propre organisation mondiale. »

De quelle nature est ce pas en avant, dont nous aurions bien tort de minimiser l’importance en le réduisant à une initiative individuelle de la dimension d’une seule école du Sud de la France ? Car quand un des membres directeurs du Goetheanum en personne s’intéresse au projet de création d’une simple école, cela veut dire que cette dernière revêt une signification cruciale pour le mouvement anthroposophique mondial tout entier ! Et ce n’est pas pour rien que l’article est initialement paru dans Das Goetheanum, c’est-à-dire l’organe de presse officiel de la Société Anthroposophique Universelle, diffusé sur tous les continents. Selon moi, ce changement radical va consister – comme nous le révèle l’article – à parfaire son système de dissimulation. Les anthroposophes vont en effet utiliser désormais pour leurs institutions scolaires ce qu’on pourrait appeler la stratégie du double masque ! Qu’est-ce à dire ?

Depuis trois ans maintenant, quasiment jour pour jour, les anthroposophes savent que la technique de dissimulation et d’endoctrinement à l’oeuvre depuis presque cent ans au sein des écoles Steiner-Waldorf est éventée. En effet, c’est le 5 avril 2013 qu’a eu lieu le procès qui visait a tenter de faire condamner mon témoignage L’endoctrinement des élèves à l’Anthroposophie dans les écoles Steiner-Waldorf. Ce fut pour eux un fiasco total ! De ce fait, le public possède désormais les moyens de se rendre compte de ce que sont réellement ces écoles. Même si leur puissance est encore très grande, leur temps est à présent compté, car elles ont perdu une grande partie de l’enveloppe de mensonge qui les protégeait. Ce n’est certainement pas un hasard si c’est Henri Dahan – c’est-à-dire le principal instigateur du procès qui m’a été intenté, ainsi qu’à l’UNADFI – qui est à l’origine de ce projet du Domaine du Possible. Cet anthroposophe a en effet tout simplement pris la mesure de son échec et de ses conséquences, en concertation avec d’autres anthroposophes suffisamment lucides (iI y en a peu). Et il a imaginé une alternative qui pourrait bien porter ses fruits et lui permettre de prendre, d’une certaine façon, sa revanche.

En outre, de nombreux signes montrent que le vent est en train de tourner pour les écoles Steiner-Waldorf traditionnelles. En Pennsylvanie, on a par exemple refusé d’accorder des subventions à l’une d’elle, pour des motifs qui montrent que l’on devient de plus en plus conscients de la vraie nature de ces institutions, grâce notamment au formidable travail fourni là bas par Roger Rawlings et Dan Dugan. De même, au Québec, la fermeture de l’école de la Roselière par la Commission Scolaire des Patriotes.

Se singulariser pour mieux se camoufler

Il fallait donc trouver la parade, ce à quoi se sont employé les meilleurs stratèges de la Fédération des écoles Steiner-Waldorf et du Goetheanum. Leur idée, telle qu’elle apparaît entre les lignes dans cet article, est prodigieusement intelligente. Il s’agit de créer, à côté des écoles Steiner-Waldorf traditionnelles, d’autres écoles qui ne porteraient pas ce nom et qui abandonneraient un certain nombre des éléments problématiques identifiables de leur pédagogie :

« Henri Dahan : Nous voudrions affronter le paradoxe de la pédagogie Waldorf qui prend cette image de pouvoir être reproductible partout. »

Cet abandon des formes traditionnelles de la pedagogie Steiner-Waldorf est une révolution. En effet, ces traditions font qu’une école Steiner-Waldorf est absolument identique, partout dans le monde, à une autre école Steiner-Waldorf, comme je le montre dans mon article Visite d’une école Steiner-Waldorf au Brésil. Ce sont les mêmes rituels, les mêmes crayons de cire, les mêmes dessins d’enfants, les mêmes vêtements des professeurs, la même esthétique du mobilier et de l’architecture, les mêmes chants, les mêmes recettes, etc., depuis maintenant cent ans ! On pourrait aussi ajouter les même problèmes et les mêmes scandales. Mais aujourd’hui, ces formes sont devenus beaucoup trop identifiables. De nombreuses personnes sont en trains de se rendre compte que l’on a affaire à une entreprise de colonisation sectaire a l’échelle planétaire. C’est pourquoi il faut donner aux écoles Steiner-Waldorf des formes plus singulières, plus adaptées aux pays et aux lieux dans lesquelles elles s’implantent, afin qu’elles puissent passer davantage inaperçues. Henri Dahan le dit :

« Je pense que nous avons vraiment essayé de se dire ici que l’école du « Domaine du possible » porte les ferments de quelque chose qui n’est pas reproductible. Parce qu’elle est liée à son lieu et à la façon dont elle envisage son propre développement là où elle est. »

Ne plus s’appeler école Steiner-Waldorf

Une nouvelle sorte d’école Steiner-Waldorf est donc en projet, qui ne présentera plus l’uniformité des anciennes, ce qui la rendra moins facilement identifiable en tant qu’émanation directe de l’Anthroposophie. Pourtant, ces écoles continueront bel et bien à être en lien direct avec l’Anthroposophie et la Société Anthroposophique. En témoigne notamment le fait qu’elles continueront à être dirigées par des professeurs Steiner-Waldorf et des anthroposophes, comme c’est le cas au Domaine du Possible. Il s’agit donc de donner naissance à une deuxième génération d’écoles Steiner-Waldorf, mais qui se dissimuleraient davantage que les premières, en renonçant à porter leurs noms, et aussi à certaines de leurs traditions. Bodo von Plato le dit d’ailleurs très clairement :

« L’école ne sera pas présentée aux parents comme une école Steiner ou Waldorf. »

Notons bien qu’il dit bien que l’école ne sera pas présentée au parents comme une école Steiner-Waldorf, et non qu’elle n’en sera pas une. Ce type nouveau d’écoles sera administré par des pédagogues Steiner-Waldorf, aura toujours en arrière fond l’Anthroposophie de Rudolf Steiner et pour fonction d’y endoctriner les élèves, mais l’Anthroposophie ne sera plus mentionnée officiellement afin de ne pas attirer l’attention sur la connexion entre ces institutions et la Société Anthroposophique. Seuls les dirigeants de ces écoles sauront ce qu’il en est vraiment, tandis que l’école pourra n’en souffler mot aux parents, et même aller jusqu’à embaucher des professeurs extérieurs sans leur dire ce qui sous-tend cette pédagogie. On leur parlera juste de « spiritualité laïque »,  concept vague et fumeux derrière lequel l’Anthroposophie aura toute la latitude nécessaire pour se dissimuler efficacement (Lire à ce sujet Le travestissement langagier des anthroposophes et La spiritualité laïque, alibi des écoles Steiner-Waldorf). C’est d’ailleurs ce qui commencait à se mettre en place à l’école Rudolf Steiner de Chatou, du temps où j’y enseignais, sous l’impulsion d’un membre éminent de la Fédération des écoles Steiner-Waldorf. Mais à l’époque, j’étais incapable de comprendre ce qui se tramait et m’indignais de ce que, en bon anthroposophe cohérent avec mes croyances, je considérais comme une trahison des principes (Lire Mon rapport sur l’école Perceval de Chatou en 2007). En fait, cela fait probablement des années que la Fédération avait dans ses cartons un tel projet, mais il a fallu attendre qu’Henri Dahan saute sur l’opportunité que lui présentait le lien particulier qu’il avait réussi à créer avec les dirigeants des Éditions Actes Sud, lors du décès de leur fils (Lire Le Domaine du Possible fait sa propagande).

Dans cette école, on renoncera même probablement à un certains nombres de rituels qui caractérisent les écoles Steiner-Waldorf et qui rendent l’Anthroposophie un peu trop visible, comme la cérémonie de la « Spirale de l’Avent », les « Paroles », les « Jeux de Noël », la cérémonie du « Feu de la Saint Jean », la « Fête des Lanternes », la « Table des Saisons », voire même à l’Eurythmie ! (Quoique je doute que Praxede Dahan accepte d’aller jusque là). Cette volonté de rompre en apparence avec les traditions de la pédagogie Steiner-Waldorf est ainsi clairement énoncée dans l’article intitulé Partir du point zéro, destiné aux membres de la Société Anthroposophique. Comme cette intention représente une forme de sacrilège pour les anthroposophes et qu’il faut tenter de faire passer la pilule, les hauts dirigeants de la Société Anthroposophique et de la Fédération des écoles Steiner-Waldorf tentent de la présenter comme un retour aux sources, comme un moyen de se relier à l’intention initiale de Rudolf Steiner :

« Quelle est la différence entre cette école et les écoles Waldorf ?

Henri Dahan : Comme l’école Waldorf  s’appuie sur des recherches qui étaient révolutionnaires au début du XXe siècle, et le sont encore aujourd’hui en partie, elle a souvent conservé des aspects forgés à cette époque, mais qui ne correspondent plus à notre présent et à l’avenir. C’est souvent un lieu où, pour parler en image, l’on vient s’ asseoir. L’enrichissement est venu alors par le fait que les enseignants sont humainement pénétrés par des questions profondes de lien entre la spiritualité et la réalité de la vie quotidienne. Mais par son fonctionnement et par son organisation, elle maintient trop souvent les enfants dans une tradition scolaire de « préparation à la vie plus tard ». L’idée de notre projet est – et avec cela nous nous approchons à nouveau de l’idée révolutionnaire de la pédagogie Waldorf -, que l’école puisse être un lieu de vie, où nous pouvons repenser de façon complètement nouvelle l’école en tant qu’institution jusque dans l’organisation, les rythmes et la vie pratique.

C’est-à-dire garder l’essence de ce qui est cherché avec l’école Steiner mais rompre avec la tradition ?

Bodo von Plato : Je ne sais pas si c’est vraiment rompre avec la tradition. Ce que j’ai perçu, c’est plutôt de revoir le sens de ce que Steiner essaya et a proposé, nouveau à concevoir, donc actuel à concevoir. »

En lisant ces lignes, on comprends bien que les initiateurs de ce projet sont en train marcher sur des oeufs. D’un côté, il faut ménager les anthroposophes ordinaires, qui considèrent que les indications pédagogiques données par Rudolf Steiner en 1919 sont des révélations des Dieux. Et de l’autre, il faut suivre la stratégie du Maître, qui a clairement spécifié à ses disciples que, pour étendre le mouvement anthroposophique, il fallait parfois être capable de changer de nom et de forme (Lire notamment à ce sujet la première conférence de Créer à partir du néant, Éditions Triades-Poches).

Endoctriner plus sournoisement encore

Mais alors, une telle école sera-t-elle encore une école Steiner-Waldorf, c’est-à-dire un outil sournois de propagation de l’Anthroposophie ? Bien sûr que oui ! Son action sera simplement plus discrète, mieux cachée. Les anthroposophes ont des comportements très proches de ceux de certains animaux, comme je l’ai montré dans mon article Le milieu anthroposophique, une animamisation de la vie de la pensée. Quand les autorités officielles leur font des reproches, leurs institutions savent faire le mort, le temps que la menace s’éloigne. Quand une de leur cachette est repérée, ils en cherchent une autre, plus sûre. L’école du Domaine du Possible, à Arles, n’est rien d’autre que le prototype de cette nouvelle forme de dissimulation des écoles Steiner-Waldorf. Une nouvelle cachette. C’est le premier exemplaire d’une nouvelle génération de monstres. S’il prouve son efficacité, il sera progressivement adopté comme modèle, et une nouvelle espèce d’école Steiner-Waldorf coexistera, pour un temps, à coté des anciennes. Il s’agira juste, pour la Fédération des écoles Steiner-Waldorf, de gérer la  transition, qui pourra prendre une cinquantaine d’années, en créant sans doute pour ces écoles un statut à part. Tandis que les écoles Steiner-Waldorf officielles dépériront peu à peu, à mesure que l’opinion publique prendra conscience de leur nature et que les parents en retireront peu à peu leurs enfants, ces nouvelles écoles se reclamant d’une pédagogie parallèle fondée sur la « spiritualité laïque » offriront une opportunité en apparence intéressante. Mais en apparence seulement, car elles seront en fait toujours dirigées par des pédagogues anthroposophes !

Nombreux sont en effet les parents qui sont dérangés par certains travers des écoles Steiner-Waldorf, mais qui continuent à désirer une pédagogie alternative ou la spiritualité aurait sa place. Ils se disent qu’il serait dommage de « jeter le bébé avec l’eau du bain », comme je l’ai entendu si souvent, et s’imaginent que l’on pourrait s’inspirer de la pédagogie Steiner-Waldorf pour faire autre chose, moins proche de l’Anthroposophie. Avec la nouvelle génération d’ecoles Steiner-Waldorf qui ne diront pas leur nom, ces parents et leurs enfants seront des proies faciles pour les anthroposophes, qui savent très bien se travestir et montrer patte blanche quand cela est nécessaire.

Mais comment s’y prendront-ils pour endoctriner les élèves à l’Anthroposophie, me direz-vous, s’ils ne peuvent plus procéder avec leurs outils les plus efficaces, comme leurs cérémonies, ou l’Eurythmie ? Ne vont-ils pas être moins efficients ? Ce serait mal les connaître ! Car les anthroposophes disposent d’outils bien plus subtils encore pour diffuser l’Anthroposophie dans les têtes des enfants que leurs rituels et leurs cérémonies ! Et ceux-ci sont quasiment indétectables ! J’ai tenté de les caractériser, dans un article intitulé Une emprise et un endoctrinement presque indétectables, qui est un complément indispensable à mon témoignage paru sur le site de l’UNADFI. J’ose même dire qu’il est sans doute l’un des plus importants que j’ai pu écrire, car il dénonce quelque chose d’essentiel que peu de gens ont vu, pour ne pas dire personne, jusqu’à présent. J’y montre en effet, par plusieurs exemples précis, comment les pédagogues Steiner-Waldorf utilisent le procédé de la « fausse réminiscence » pour inculquer aux enfants leurs idées ésotériques, sans que personne ne puisse s’en apercevoir. Il s’agit d’induire certains liens, comme par exemple d’associer l’Aigle à la tête humaine, le Lion au coeur et le Taureau aux membres, lors d’un cours de Zoologie. Car cette tripartition est une conception majeure de l’Anthroposophie steinerienne. Un autre exemple permettra de mieux saisir le procédé. On peut le voir sur une vidéo mise en ligne sur YouTube par l’école Rudolf Steiner de Verrières le Buisson (Un autre chemin vers l’école), lors d’une séquence de cours. Dans ce reportage, qui n’est qu’une apologie de cette prétendue pédagogie, un court passage révèle cette technique des fausses réminiscences :

Nous sommes dans un cours de Géographie et l’enseignante apprend aux élèves la dérive des continents. Elle montre comment les plaques continentales ont dérivées pour se souder par endroits les unes aux autres. Puis, incidemment, elle demande aux élèves si ce processus ne leur rappelle pas quelque chose qu’ils auraient déjà eu l’occasion de voir, mais dans un autre cours. Spontanément, l’un des élèves lève la main et répond : les plaques crâniennes chez le nourrisson ! L’enseignante acquiesce. Cela ne dure qu’une fraction de seconde. Personne ne remarque quoi que ce soit, à moins d’être très au fait de la doctrine ésotérique des anthroposophes. Or celle-ci affirme précisément que la planète Terre est un organisme vivant flottant dans l’espace, exécutant une forme de danse cosmique au milieu des étoiles, et que les continents sont les plaques osseuses de cet organisme gigantesque, comparable à une tête. Cette conception permet d’ailleurs aux anthroposophes d’interpréter la Bible d’une manière très singulière. Ainsi, lorsque Jésus est crucifié sur le Mont Golgotha, qui veut dire en hébreux « le Mont du Crâne », cela signifie pour eux qu’Il livre sa substance cosmique à la Terre, cette tête incommensurable qui s’est minéralisée, mais qui doit peu à peu retourner à des états moins solides, plus éthérés, grâce à l’impulsion christique. Bien sûr, l’enseignante ne va pas jusque là devant les élèves. Mais, sans dire elle-même un seul mot de cette conception anthroposophique, juste en posant une question « innocente » qui induit un parallèle entre deux réalités très éloignées (les plaques crâniennes et les continents), elle a réussi à implanter dans l’esprit des élèves cette représentation selon laquelle la Terre serait comparable à une tête cosmique.

Développer des partenariats pour mieux recruter

Autre question importante : comment ce prototype d’une nouvelle forme d’école Steiner-Waldorf pourra-t-il concilier son projet de propagation de l’Anthroposophie avec le fait que de nombreux membres de son équipe ne seront pas des anthroposophes ? Comme le dit lui-même Bodo von Plato :

« Il y a déjà quelques partenariats constitués. Dès le début, ce projet collabore avec des partenaires, avec des scientifiques, artistes, enseignants de l’Éducation nationale, écoles d’autres continents et personnes qui viennent d’horizons tout à fait différents. »

Comme on le voit, le fait que les anthroposophes seront minoritaires (mais aux commandes) de cette nouvelle institution ne pose aucun problème aux dirigeants de la Société Anthroposophique. Pourquoi donc ? Par ouverture d’esprit ? Certainement pas ! En réalité, le fait que des non-anthroposophes se joignent au travail des anthroposophes a toujours été pour les premiers un moyen de recrutement et de séduction. Et la chose devient d’autant plus facile à réaliser en créant une institution qui n’est pas officiellement anthroposophique, mais que des anthroposophes dirigent. Ainsi, plus personne ne se méfie. C’est le meilleur moyen de convertir ou séduire ces fameux « partenaires », et de pénétrer peu à peu toutes les couches de la société sans se faire repérer. Pas besoin que ces partenaires deviennent des anthroposophes ! Comme le dit Bodo von Plato :

« C’est dès le début la création de liens à d’autres personnes, d’autres systèmes, d’autres idées. »

Cela ne gêne nullement les anthroposophes que la plupart des gens n’aient que des rudiments de leur doctrine, ou qu’ils se contentent de flirter superficiellement avec leurs conceptions, tandis que seuls les initiés les possède pleinement, en fonction du rang qu’ils occupent. Ainsi, un simple sympathisant de l’Anthroposophie en sait moins sur la doctrine qu’un membre de la Société Anthroposophique, qui en sait à son tour moins qu’un membre de l’Ecole de Science de l’Esprit, qui en sait moins qu’un Dirigeant (Lire à ce sujet Qui sont les anthroposohes ?). Dans une institution de cette sorte, il suffit d’une poignée d’anthroposophes, situés à des endroits stratégiques, pour colorer et même diriger l’ensemble. Ils n’ont même pas necessairement besoin d’être officiellement aux commandes ! C’est déjà le cas avec la NEF, et cela fonctionne très bien. En effet, il faut bien comprendre que le but de la Société Anthroposophique n’est pas la diffusion uniforme et universelle de sa doctrine, mais la création d’une société pyramidale. Que la base se contente de simples conceptions new-ages, solubles avec d’autres courants spiritualistes, écologistes, solidaires, alternatifs, etc., ou d’une vague sympathie mal éclairée au sujet de l’Anthroposophie (comme c’est le cas par exemple pour Jean-Paul Capitani), tandis que le sommet maîtrise une doctrine complexe intransigeante et tire toutes les ficelles, cela fait partie de leurs plans. La société du New-Age dirigée par les anthroposophes, si elle finissait par voir le jour, n’aurait rien d’égalitaire ! Par bien des aspects, elle se rapprocherait même d’un système de castes. À l’échelle d’une école, cela se traduit par des directeurs anthroposophes, comme le sont Henri et Praxede Dahan au Domaine du Possible, en lien permanent avec les cadres dirigeants de la Société Anthroposophique (ici Bodo von Plato), tandis que les professeurs lambdas et les partenaires pourraient tout-à-fait ne pas être au fait de la nature exacte de la spiritualité à l’oeuvre dans l’institution dans laquelle ils travaillent. Ce n’est pas de l’ouverture d’esprit, mais un procédé de manipulation leur permettant d’atteindre leur but. Au fond, c’est ce qui se fait déjà dans bon nombre d’ecoles Steiner-Waldorf, qui embauchent des professeurs extérieurs aux cercles de l’Anthroposophie, mais sans les avertir de la nature de l’endroit où ils viennent de mettre les pieds. Et quand ceux-ci remarquent des pratiques étranges, on leur sert déjà le baratin rassurant de la « spiritualité laïque », le temps qu’il s’habituent et qu’ils finissent par abdiquer.

Lâcher le Plan Scolaire

La souplesse de cette nouvelle forme d’école Steiner-Waldorf pourra même aller jusqu’à un abandon partiel du Plan Scolaire de Rudolf Steiner :

« Dès l’introduction du projet, nous nous reposons par exemple cette question : qu’est-ce qu’est vraiment le plan scolaire ? Le plan scolaire Waldorf est une reconstitution, ce n’est pas le geste initiateur de Rudolf Steiner, mais il a permis la cohésion du mouvement Waldorf. Nous ne voudrions pas perdre toute cette expérience de la pédagogie Waldorf, mais nous voudrions l’approfondir dans ce contexte particulier, la développer davantage, pas la reproduire. Et peut- être cela correspondra-t-il à son impulsion originelle, de façon très fidèle.

Praxède Dahan : Cette école veut aussi regarder comment le monde a changé, comment l’enfant a changé. On n’a pas de réponses toutes faites. »

Là encore, l’abandon partiel du Plan Scolaire de Rudolf Steiner constituerait une révolution pour les anthroposophes. Mais celle-ci était devenu absolument inévitable, car ce carcan rigide avait pour inconvénient de mettre en contradiction la plupart des écoles Steiner-Waldorf avec les directives nationales en matière d’éducation, ce qui rendait difficile les partenariats et les subventions, à moins de tricher continuellement lors des inspections, ce que les écoles Steiner-Waldorf ont fait durant des décennies. Mais cela ne posera aucun problème pour continuer d’endoctriner parents et enfants à l’Anthroposophie ! En effet, l’école Perceval de Chatou avait, elle-aussi, déjà entamé ce processus d’abandon partiel du Plan Scolaire lorsque j’y enseignais, malgré les réticences des pédagogues anthroposophes purs et durs. Au Domaine du Possible, on a tout simplement décider de se débarrasser radicalement des « emmerdeurs » qui, dans les écoles Steiner-Waldorf classiques, freinaient ce processus depuis une bonne décennie, oripilant la Fédération. En tête de ceux-ci figure l’école Matthias Grünewald de Colmar. Car ces gens-là n’ont pas compris que, pour continuer à être un outil efficace de propagation de l’Anthroposophie, les écoles Steiner-Waldorf doivent accepter de se débarrasser de ce Plan Scolaire, devenu bien encombrant. Lorsque les anthroposophes dirigeront les sociétés des pays qu’ils seront parvenus à pénétrer de toutes parts, dans un siècle ou deux, il sera toujours temps d’y revenir, car plus personne ne pourra alors s’y opposer.

Conclusion : la stratégie du double masque

En conclusion de cet article, nous pouvons mesurer l’efficacité potentielle de la stratégie mise en oeuvre à travers le prototype de  nouvelle école Steiner-Waldorf du Domaine du Possible. Celle-ci est tout simplement redoutable ! Car désormais, ces institutions scolaires issues de l’Anthroposophie porteront un double masque. Non seulement elles ne diront pas clairement qu’elles se basent sur l’Anthroposophie, comme le font déjà les écoles Steiner-Waldorf actuelles. Mais, de surcroît, elles ne diront même plus qu’elles sont des écoles Steiner-Waldorf, ce qui rendra quasiment impossible de les identifier et de reconnaître leur vraie nature. Pour rendre ce camouflage opérant, ces nouvelles écoles seront capables d’abandonner de nombreux éléments qui constituent l’identité visible des écoles Steiner-Waldorf : les rituels, les cérémonies, le Plan Scolaire, etc. Jusqu’à leurs noms ! Mais elles resteront les outils de propagation de l’Anthroposophie qu’elles ont toujours été, en exploitant simplement des procédés d’endoctrinement plus subtiles et moins repérables, comme celui des « fausses réminiscences ».

En offrant leurs subsides à cette initiative, il est peu probable que les dirigeants des Éditions Actes Sud sachent vraiment ce qu’ils font. Ils se croient les porteurs d’une initiative qui les comble, mais ils ne sont que les instruments d’un plan qui avait probablement été décidé bien en amont au sein des instances dirigeantes de l’Anthroposophie. Leur responsabilité en sera-t-elle atténuée aux yeux de l’Histoire, quand cette folie finira par prendre fin ? Pas plus que celle du couple dirigeant de la firme Waldorf-Astoria qui, au debut du XXème siècle, manipulés par Rudolf Steiner, à rendu possible la création de la première école Steiner-Waldorf de Stuttgart, dont les autres ne sont que des copies. Cette initiative actuelle a-t-elle des chances de réussir et ce nouveau prototype du Domaine du Possible de se répandre ? Les quelques prochaines années seront à cet égard décisives. Mais à en juger par les moyens mis en oeuvre pour assurer son succès, notamment sur le plan journalistique, on ne voit pas bien ce qui pourrait la contrecarrer.

Lire l’article complet :

Http://www.anthroposophie.fr/wp-content/uploads/2015/12/Nouvelles-2015.09.pdf

 

 

Le lien ci-dessus n’est plus valable, car les anthroposophes se sont empressé de le défaire aussitôt mon article paru. Cependant l’intégralité de l’article est encore accessible via le site Waldorf Critics un France, qui en a gardé la copie : lien.

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